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SECTION IL — GRAVURE HÉLIOGRAPHIQUE (1) AU BITUME DE JUDEE

Nous avons brièvement énoncé dans l'historique de cet ouvrage sur quels principes repose la gravure héliographique au bitume de Judée, et quelles modifications ce procédé avait reçues depuis son invention par Niépce, de Chàlons.

405. Solution de bitume. — Le bitume de Judée, ou asphalte propre à la gravure héliographique, doit être d'une qualité spéciale. La meilleure sorte est complètement insoluble dans l'eau. Elle se dissout à raison de 5 pour cent dans l'alcool, de 70 pour cent dans l'éther, et en toutes proportions dans l'essence de térébenthine, la benzine pure et le chloroforme.

(1) Les personnes qui s'occupent de gravure héliographique consulteront avec fruit l'excellent ouvrage sur ce sujet, publié en 1872, par M. Scamoni, à St. Pétersbourg, intitulé : Héliographie.

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

Avant de dissoudre cet asphalte, on le casse en petits morceaux qu'on lave dans l'éther qui en dissout la couche extérieure. Ces morceaux lavés sont alors dissous dans le chloroforme ou dans l'essence de térébenthine.

Pour les reproductions linéaires, les gravures par exemple, la solution doit être plus mince que pour les reproductions qui offrent des demi-teintes.

La solution, avant d'être employée, doit être exposée en flacons fermés 2 ou 3 jours à la lumière du jour. La consistance de cette solution doit être pareille à celle du collodion.

§ 406. Couche d'asphalte. — La solution d'asphalte est versée sur la surface (zinc ou autre) comme le collodion sur le verre, et cela dans l'obscurité. La couche sèche est exposée aussitôt derrière un négatif, dans le chàssis-presse. L'exposition au soleil dure, en moyenne, de 15 à 40 minutes. Une fois la sensibilité de la couche d'asphalte déterminée, on doit se servir du photomètre pour régler l'exposition à la lumière des couches d'asphalte.

§ 407. Subjectiles. — La solution d'asphalte peut être versée sur l'acier, le cuivre, le zinc, ou bien sur pierre, sur verre, etc. Après l'action du dissolvant dont nous parlerons tantôt, on les soumet à l'action des acides, pour poursuivre les opérations comme celles de la gravure en creux, à l'aquatinte, etc. La description de ces procédés techniques appartient du reste à la gravure, et non à la photographie.

§ 408. Développement. — Quand la couche de bitume a été insolée derrière le négatif, on la rentre dans l'obscurité, puis on la lave à la benzine mêlée d'huile de naphte. L'image apparaît par la disparition des parties de la couche d'asphalte non insolées où le métal est mis à nu. Puis la couche est lavée à l'eau et soumise aux acides qui creusent le subjectile. Dès lors la partie photographique est terminée et maintenant commencent les opérations de gravure proprement dite.

La méthode se résume donc en ceci : user de bitume de Judée, substance chimique sensible à la lumière, et susceptible de devenir insoluble dans les endroits atteints par elle, tandis qu'elle demeure soluble dans un liquide déterminé partout où elle n'a subi aucune action lumineuse.

Cette substance doit en même temps être capable de résister à l'action des acides employés à mordre le métal.

11 est diverses substances de ce genre; mais celle qui, jusqu'ici, a mérité la préférence, parce qu'elle est douée de la plus grande

ZINCOGRAPHIE.

somme de résistance aux atteintes des acides, c'est le bitume de Judée en dissolution dans la benzine anhydre. Voici la formule de la dissolution :

Ajouter quelques gouttes d'essence de citron pour accroître la sensibilité.

Ce vernis est étendu sur chaque plaque en couche très-mince et trèsuniforme, et quand cette couverture est sèche, on impressionne à travers le négatif.

La lumière, traversant les traits transparents du cliché, va rendre insolubles les parties immédiatement correspondantes de la couche bitumée. — L'insolation étant suffisante — ce que l'on voit facilement quand on a l'habitude de ce procédé — il reste, ainsi que nous l'avons dit, à dissoudre tout le bitume demeuré à l'abri des atteintes de la lumière. Les dissolvants du bitume sont nombreux. L'essence de lavande et l'essence de térébenthine sont les plus employées; la benzine elle-même pourrait encore servir, mais son action est trop énergique. Bien que le bitume se trouve modifié par la lumière, il convient, lors du développement, c'està-dire de la mise à nu du zinc partout où devra agir le mordant, de ne le traiter qu'avec modération pour ne pas entamer les fines tailles et pour conserver les traits les plus déliés du cliché négatif.

Quand l'action du dissolvant paraît suffisante, on l'arrête par un lavage copieux à l'eau ordinaire ; on laisse sécher, puis la plaque, qui porte alors le dessin bien complet, formé par le vernis de bitume se détachant sur un fond métallique bien dégagé de tout voile, est soumise à une nouvelle insolation qui a la propriété de donner plus de dureté au bitume et d'accroître sa solidité lorsqu'on mettra la plaque au bain d'acide, c'est-à-dire lorsqu'on fera mordre.

La plaque est alors immergée dans une cuvette en gutta contenant de l'eau acidulée d'acide azotique, à 2, 3 ou 5 p. c. suivant la nature du travail. Il convient d'employer une acidulation très-faible quand on traite un sujet d'une extrême délicatesse, et l'on peut agir avec un peu plus d'énergie quand le dessin ne contient pas de grandes finesses qu'une action trop vive détruirait.

La cuvette ou le bain de morsure, doit toujours être animé, pendant l'action de l'acide, d'un mouvement de balancement, pour que le métal mordu se trouve toujours débarrassé des sels qui se forment, pendant le mordançage, par la combinaison de l'acide azotique avec

Bitume. . . .

Benzine anhydre

8 à 5 grammes.

le métal,

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

Après une première morsure, que l'on ne prolonge que jusqu'au moment où il s'est formé un creux appréciable au toucher, à peine visible, on sort la plaque, on l'essuie et on la pose sur une presse lithographique pour l'encrer avec un vernis gras qui ne prend, naturellement, que sur les parties recouvertes de bitume et déjà mises en relief.

Cela fait, on pose la planche sur une plaque en fonte de fer chauffée, par dessous, à une température assez élevée. La chaleur ramollit le vernis gras épais, posé sur les reliefs et le fait couler sur les deux parois de la taille en relief qui se trouve ainsi revêtue à son tour d'une couverture, d'un vernis protecteur contre l'action ultérieure du bain d'acide ; pour que ce vernis soit plus homogène et plus résistant on saupoudre la plaque de poudre de bitume qui adhère partout où est le corps gras.

On laisse refroidir, puis on soumet à un nouveau mordançage qui accroît le relief d'une quantité égale à la première. — Même opération encore d'encrage, de chauffage, de saupoudrage et ainsi de suite jusqu'au moment où le relief est suffisant.

Durant ces opérations successives on peut, par des réserves formées avec un vernis gras et placées artistiquement, arrêter l'action de l'acide dans les parties suffisamment attaquées et ménager ainsi, de proche en proche, les effets qui doivent le mieux concourir à la reproduction exacte de l'original. C'est là une question d'habileté et de goût, en dehors de l'action mécanique elle-même, et qui est pour beaucoup dans la valeur des résultats.

Le même outil produit des œuvres plus ou moins appréciables, si automatique que soit son action, suivant qu'il est dirigé par des mains plus ou moins exercées.

Ces opérations successives peuvent aller de 6 à 9. — La résine et l'encre en coulant, sous l'influence de chaque chauffage, finissent par remplir, peu à peu, toutes les cavités les plus serrées, il ne reste plus à la fin que les grands espaces sans taille qui conservent le métal à nu et il n'y a alors aucun danger à terminer l'opération par un mordançage plus violent qui creusera beaucoup ces espaces larges, ainsi que le fait, pour ménager les blancs, un graveur créant à la main un cliché typographique sur bois.

Si simples en apparence que soient ces opérations diverses, elles exigent néanmoins une certaine habitude pratique de la part des opérateurs qui ont à les appliquer ; mais on reconnaîtra sans peine qu'il y a loin de la difficulté qu'elles peuvent présenter à celle des travaux de gravure directe.

Et l'on peut être convaincu d'avance que la main n'arriverait jamais à une semblable fidélité dans le rendu. La copie faite par

ZINCOGRAPHIE.

un artiste, même à l'aide du décalque le plus minutieux, n'égalerait jamais la reproduction photographique ; et, de plus, quelle minutie, que de temps précieux perdu pour reproduire à l'aide du burin, même les objets les plus insignifiants, sans parler de ceux que l'on ne tenterait même pas de copier si l'on n'avait la photographie à sa disposition.

La plaque de métal, une fois mordue à la profondeur voulue, doit être rognée à la dimension convenable, biseautée, clouée sur bois et souvent recreusée à la gouge dans les grands blancs pour éviter que les rouleaux, en fléchissant, n'atteignent le fond de ces parties, vides de tailles en relief, et ne le salissent au détriment de la propreté du tirage.

Quelques retouches au burin sont parfois nécessaires pour dégorger certains empâtements, pour donner de la netteté à certaines parties de l'image. Il est même rare qu'on puisse les éviter dans les travaux où abondent les hachures serrées, lorsque surtout, les espaces vides se trouvent rétrécis considérablement, par une réduction au 1/4, au 1/6, et souvent même à une échelle bien moindre encore, des dimensions de l'original.

Les applications de la zincographie ou gravure sur zinc en relief découlent des résultats mêmes qui viennent d'être indiqués : elles s'étendent à toutes les reproductions industrielles de dessins à la plume ou au crayon obtenues directement avec des traits ou des points, à la condition que ces dessins soient exécutés sur des fonds blancs ou très clairs.

Les papiers jaunâtres, bleutés ou teintés de n'importe quelle autre couleur, ne permettent pas toujours au négatif d'avoir des traits d'un blanc bien pur se détachant sur un fond bien opaque. Il en résulte une translucidité générale du fond du dessin dans le cliché, et, par suite, un voile léger de bitume sur toute la surface de la plaque.

Le métal n'est pas mis à nu et la morsure ne peut avoir lieu. Il faut absolument réunir les deux conditions essentielles d'une netteté parfaite dans le dessin formé par le bitume et d'une propreté complète du zinc dans toutes les parties qui correspondent au blanc du papier dans l'original.

On peut agir sur le cuivre tout comme l'on opère sur des plaques de zinc, et obtenir, avec l'emploi du bitume de Judée, imprimé pliotographiquement, des reliefs sur cuivre.

L'emploi du cuivre est bien préférable au zinc quand l'on doit reproduire des sujets d'une très grande finesse, comme des dessins d'objets vus au microscope, etc. — Seulement il exige un bain plus

322 ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

chargé en acide et une habitude toute spéciale de J'usage de ce métal (1).

section iii. — phototypie et procedes a la gelatine bichromatée(2).

§ 409. Noms divers, tels que : albertypie, héliotypie, phototypie. — Nous avons exposé, pages 11 et suivantes, le principe sur lequel reposent les procédés de gravure héliographique à la gélatine bichromatée successivement découverts par MM. Talbot, Paul Pretsch et Poitevin.

Dans ces dernières années, ces procédés ont reçu des perfectionnements nombreux dus à MM. Tessié du Mothay et Maréchal (3), à M. Albert (4), à M. Obernetter (5), à M. Edwards (6), à M. WaterhouseH), à M. Husnikl^) et à M. Léon Yidal. De là une série de méthodes plus ou moins nouvelles, qui ont reçu plusieurs noms, tels que : phototypie, albertypie, liéliotypie, etc. Tous ces procédés, il faut bien le dire, dérivent des procédés de M. Paul Pretsch et de M. Poitevin.

§ 410. Procédé de MM. Tessié du Mothay et Maréchal.

— Ces inventeurs exposent la couche de gélatine bichromatée, étendue sur une feuille de cuivre poli, derrière un négatif, pour laver ensuite cette couche à l'eau froide, qui enlève l'excès de sel de chrome. La gélatine absorbe cette eau en se gonflant et d'autant plus qu'elle a été moins modifiée par la lumière.

Cette couche se trouve dans l'état d'une pierre lithographique préparée, c'est-à-dire que si l'on passe un rouleau d'encre d'imprimerie

(1) Bien que ces quelques détails puissent conduire à une intelligence complète de ce procédé, d'une application si générale aujourd'hui, nous renvoyons pour des indications complémentaires aux mémoires de M. Lemaitre, de Niepce de St. Victor de Nègre, dans les précédentes éditions de cet ouvrage.

(2) Nous devons nous borner ici, au milieu du grand nombre de procédés à la gélatine bichromatée qui ont été publiés, à la description succincte de ceux-là seuls de ces procédés qui ont produit les meilleurs résultats et qui ont le plus d'avenir. A ce point de vue, nous pouvons nous borner à la description des procédés de M. Albert et de M. Obernetter, renvoyant le lecteur désireux d'approfondir davantage ce sujet au Rapport historique de M. Davanne {Bull. Soc. franc. pJiot. 1867, pp. 89 à 112) et à l'ouvrage de M. Scamoni, sur l'héliographie.

(3) Bull. Soc. franc. 1867, p. 116, p. 306.

(8) Voir pour les procédés le Traité irratique de pliotogra2)hie de M. Louis Vidal,

PHOTOTYPIE.

à la surface, les parties humides de gélatine repoussent l'encre, qui adhère, au contraire, aux parties sèches (celles modifiées par la lumière).

Il est à remarquer que la couche de gélatine ainsi préparée ne fournit guère plus de 50 à 70 exemplaires; aussi ce procédé n'a-t-il point été adopté dans la pratique.

§ 411. Albertypie. — Ce procédé est, au fond, identique à celui de M. Poitevin. Il en diffère, toutefois, par plusieurs perfectionnements, en apparence de peu de valeur, mais qui sont considérables au point de vue pratique.

Ainsi, jamais M. Poitevin, soit par lui-même, soit par ses nombreux élèves, n'a produit des épreuves comparables à celles de M. Albert comme beauté de demi-teintes. De plus, ses planches (gélatines) n'ont jamais fourni un grand nombre d'exemplaires.

Pour se rendre bien compte de la valeur pratique du procédé de M. Albert, il faut visiter, comme nous l'avons fait plusieurs fois, ses ateliers à Munich. L'on y imprime couramment des épreuves depuis le format carte, jusqu'aux feuilles de 50 centimètres sur 80. Une planche de 20 cent sur 30 fournit en moyenne 200 épreuves par jour.

Voici le procédé de M. Albert, tel que nous l'avons vu pratiquer dans ses ateliers, mais modifié, quant aux formules.

Une glace épaisse, finement dépolie, est placée horizontalement la surface dépolie en haut. Elle est recouverte d'une solution préparée de la manière suivante :

6 grammes gélatine.

300 n eau distillée.

5 à 6 n bichromate d'ammoniaque.

La gélatine doit être préalablement placée pendant une demi-heure dans l'eau distillée froide, puis on chaufiTe le liquide à 40 degrés centigrades et l'on y ajoute le bichromate dissous dans un peu d'eau.

A ce liquide l'on ajoute 100 cent, cubes d'albumine préalablement battue en neige et déposée. Quand le mélange est refroidi à 25 ou 30 degrés centigrades, on le bat de nouvenu fortement, et on le filtre dans un endroit chaud.

Le liquide a une consistance sirupeuse s'il est à une température convenable. On l'étend sur la glace dépolie en couche plus ou moins épaisse, puis on laisse sécher la glace dans une grande boîte formée de parois de toile tendue sur châssis. Sur la toile on colle du papier buvard. L'intérieur de la boîte est maintenu par un courant d'eau chaude à la température de 30 degrés centigrades. Il est bien entendu que la dessiccation s'opère dans l'obscurité.

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Quand, au bout de quelques heures, la couche de gélatine ne colle plus, on met la glace sur un drap noir, la gélatine en contact avec le drap, et on l'expose de 5 à 10 minutes à la lumière du jour. La partie de la couche de gélatine, en contact immédiat avec la glace, est ainsi insolubilisée. La deuxième couche, dont nous parlerons tout à l'heure, ne peut atteindre le verre, et est ainsi d'une beaucoup plus grande adhérence.

Ceci est un perfectionnement original et important, parce que l'humidité des rouleaux lithographiques ne peut pénétrer jusqu'au verre. De là, possibilité d'un tirage bien plus considérable que dans les procédés dans lesquels on n'emploie qu'une seule couche.

La plaque de verre est, à présent, rentrée dans un endroit faiblement éclairé, plongée une demi-heure dans l'eau froide, et séchée dans une position verticale, à l'abri de la poussière. Cette opération n'est point indispensable.

La seconde phase du procédé consiste à couvrir la première couche de gélatine d'une seconde, dont voici la composition :

a) Environ 20 grammes de gélatine sont ramollis dans

125 » d'eau distillée froide.

b) 4 » de colle de poisson divisée au marteau sont ramollis

dans

60 5) eau froide.

Puis les liquides sont lentement chauffés jusqu'à dissolution de la gélatine, qui ne se fait jamais entièrement.

c) Albumine battue en neige, déposée et filtrée à travers un linge.

d) 10 grammes bichromate de potasse sont dissous dans 60 n eau distillée. Filtrez.

e) 5 » lupuline \

3 n benjoin > sont digérés 12 heures dans

2 » baume de Tolu )

100 5) alcool aqueux (à 8« pèse-alcool Gay-Lussac).

f) 1 n nitrate d'argent.

30 » eau distillée.

g) 2 » bromure de cadmium.

2 n iodure »

30 5> eau.

De ces diverses solutions, on mélange d'abord a et h. Quand le liquide est refroidi à 35 degrés, on y ajoute

de c) environ 6 grammes.

Il se produit un précipité dans le mélange que Ton secoue forte-

PHOTOTYPIE.

ment, puis que l'on filtre et que l'on reçoit dans un flacon maintenu à 35 degrés centigrades.

L'auteur de cet ouvrage conteste absolument l'utilité des solutions f et g. Mais le point sur lequel il insiste tout particulièrement, c'est le choix de gélatine de bonne qualité.

Une solution de colle de poisson fraîche, naturelle, (non blanchie à l'acide sulfureux) simplement additionnée de bichromate de potasse et d'albumine, suffît en lieu et place du mélange compliqué de M. Albert.

La glace recouverte de gélatine insolée, qu'elle ait été lavée ou non à l'eau froide, est immergée dans l'eau tiède (40*^) jusqu'à ce que l'eau coule en nappe continue à sa surface, puis égouttée une demi-heure dans une position verticale, et enfin recouverte de la gélatine bichromatée dont nous venons de donner les formules, et cela à plusieurs reprises.

La glace est maintenant placée dans une position horizontale dans l'armoire à parois de toile, armoire qui, nous l'avons déjà dit, doit être maintenue à 30 degrés de température. La couche sèche est à présent sensible à la lumière.

L'épaisseur de la deuxième couche doit varier de 1 à 3 millimètres. De même que l'épaisseur de la première couche, elle doit varier suivant l'intensité du négatif à copier. Les couches très-minces sont bonnes pour la reproduction de la gravure au trait, les couches plus épaisses pour les demi-teintes.

La glace sèche est appliquée dans le châssis-presse contre le négatif, et insolée au point voulu, jusqu'à ce que toutes les nuances de l'image soient visibles à travers la glace, qu'on examine de temps à autre en ouvrant le châssis-presse.

Si le négatif n'a pas été préalablement renversé, les images fournies par la planche seront elles-mêmes renversées, ce qui, pour bien des images, n'offre point d'inconvénient.

A présent la glace est plongée dans l'eau froide et lavée jusqu'à disparition complète des dernières traces de chromate, et finalement séchée dans une position verticale.

On reconnaît aisément, pendant ce dernier lavage, si la couche a été surexposée ou exposée trop peu à la lumière. Dans le premier cas, le sel de chrome en excès ne se laisse point enlever par les lavages. Dans le second cas, la deuxième couche adhère mal à la première, ce que l'on reconnaîtra aisément, plus tard, pendant l'impression lithographique.

L'albumine que l'on ajoute à la gélatine donne à la couche un aspect dépoli et une consistance plus serrée, ce qui empêche la pénétration de la lumière pendant l'exposition de la couche derrière le négatif.

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Avant de soumettre la couche à l'impression lithographique, on l'immerge pendant 4 ou 5 minutes dans l'eau froide additionnée de glycérine, puis on passe à sa surface une éponge mouillée et exprimée, pour la frotter ensuite avec un morceau de flanelle imbibée d'huile, et la repasser de nouveau à l'éponge mouillée. Alors on procède immédiatement à l'encrage.

La glace est alors soumise à l'impression au rouleau dans la presse lithographique, et ceci est la partie la plus délicate et la plus difficile du procédé. Aussi faut-il, pour l'exécuter convenablement, un ouvrier habile. L'encrage est-il empâté, on enlève l'encre à la térébenthine avec une éponge.

La glace doit être assujettie avec soin, soit sur une couche de plâtre, soit sur une feuille de caoutchouc, des papiers superposés, etc.; Autant d'ateliers l'on visite, et autant de procédés différents l'on remarque.

L'encre grasse dont les rouleaux sont revêtus doit être de qualité supérieure. On l'additionne souvent de pourpre pour donner aux épreuves la même apparence que les épreuves photographiques.

Quand la plaque est imprimée, il faut éviter de la laisser sécher complètement, sinon la gélatine pourrait s'enlever spontanément du verre. Le mieux est, après l'impression, de laver la couche à l'éponge, puis avec une seconde éponge imbibée d'eau et d'éther sulfurique.

Les épreuves obtenues par M. Albert ressemblent à s'y méprendre aux plus belles épreuves obtenues photographiquement à l'aide du papier salé. Elles ne laissent rien à désirer sous le rapport de la propreté, de la finesse et des demi-teintes.

Il existe, d'ailleurs, des moyens nombreux de donner aux épreuves le brillant du papier albuminé. Un procédé pratique consiste à les recouvrir au rouleau mécanique de gélatine, que l'on insolubilise ensuite par l'alun, ou bien d'albumine que l'on insolubilise par le bromure de cadmium.

§ 412. Procédé de M. Obernetter. — M. Obernetter, de Munich, n'a jamais publié le procédé dont il s'est servi dès le début et dont il est parlé à peu près dans le bulletin de la Société Française de photographie de 1870. Nous n'essaierons donc pas de reproduire une description qui laisse beaucoup de choses dans le vague et dont on ne saurait tirer aucune espèce de profit, nous aimons mieux citer la méthode qu'emploie actuellement M. Obernetter et avec un très grand succès car les images qu'il obtient sont aussi belles que des épreuves au chlorure d'argent très-réussies. On ne saurait d'ailleurs les distinguer des meilleures épreuves sur papier albuminé.

Nous trouvons cette description dans la patente du brevet améri-

PHOTOTYPIE.

cain de M. Obernetter actuellement tombé dans le domaine public. Ce procédé consiste dans la préparation des plaques photographiques pour l'impression mécanique avec des presses et de l'encre lithographiques ordinaires, et de telle sorte que l'on peut se servir de plaques transparentes ou opaques, et que l'impression des demi-teintes s'obtient à un tel degré de modelé que les épreuves ainsi tirées ont l'apparence des épreuves ordinaires sur albumine.

Ce procédé est approprié aux besoins et aux travaux courants des photographes, à ce point que n'importe quel nombre de photographies peuvent être tirées d'une plaque, à bon marclié, rapidement et avec des matières colorantes d'une durabilité assurée. L'invention consiste principalement dans la formation, à la surface d'une plaque translucide ou opaque, d'une couche composée d'une solution d'albumine et de silicate de soude soluble et dans le recouvrement de cette couche, après qu'elle est parfaitement sèche, par une deuxième couche sensible, laquelle reçoit l'image, d'après un négatif photographique, à la façon habituelle.

La première solution, que l'on étend sur la plaque de verre ou de métal à l'aide d'une brosse ou par tout autre moyen, se compose de sept parties d'albumine, trois parties de silicate de soude et huit parties d'eau.

La couche formée par cette solution est ensuite séchée, soit lentement à l'air, soit rapidement par une chaleur artificielle, suivant qu'on le préfère.

Quand la couche est parfaitement sèche, on la lave en la rinçant à l'eau pendant 5 minutes environ, mais en prenant garde d'en toucher la surface. Après le lavage, la plaque est mise à égoutter sur un chevalet. La plaque sèche est ensuite placée dans une etuve chauffée, et, quand elle est arrivée à 100 degrés ou à peu près, on procède a son recouvrement par la deuxième couche sensible; celle-ci est préparée en dissolvant 50='' de gélatine, 50^' de colle de poisson et 15*^' de bichromate d'ammoniaque dans un litre d'eau. On filtre la liqueur pendant qu'elle est chaude. Aussitôt que cette solution est également répartie sur la surface de la plaque, on place celle-ci dans l'étuve pendant 10 à 15 minutes jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement sèche. La plaque est alors prête à recevoir l'image à travers le négatif et à être exposée à la lumière, comme on le fait habituellement pour le papier albuminé ; mais l'exposition ne doit être que la moitié du temps ordinaire. Après l'exposition à la lumière pendant un temps suffisant, on la lave en l'immergeant dans l'eau pendant 10 à 15 minutes jusqu'à ce que tout le sel de chrome, non atteint par la lumière, ait été éliminé.

Une fois sèche, elle est prête à l'impression sur des presses et avec

de l'encre lithographique ordinaire, et l'on obtient des images semblables en tous points à celles que l'on imprime sur papier albuminé et offrant des demi-teintes et une finesse égales à celles des photographies ordinaires. On peut préparer des plaques à l'avance et les employer quand on en a besoin, et l'on produit ainsi des impressions rapidement et à bon marché ; ce procédé est absolument celui qu'a décrit plus tard M. Husnick.

§ 413. Procédé Edwards. — Autant que nous avons pu le comprendre par la description que M. Edwards a faite de son procédé, la différence qui caractérise ce dernier du procédé de M. Albert, est que la glace recouverte de ses 2 couches de gélatine bichromatée, insolée, lavée et alors séchée, est trempée pendant 5 à 6 heures dans une solution d'alun de chrome qui durcit la couche. Il paraît qu'alors cette couche est susceptible de fournir un nombre d'épreuves bien plus considérable à la presse, que lorsqu'on opère comme l'indique M. Albert.

§ 414. Procédé le plus couramment employé dans l'industrie photo typique. — Nous extrayons du traité de phototypie pratique de M. Léon Vidal et dans leur ordre d'emploi tout l'ensemble des manipulations opératoires qui constituent un des procédés de phototypie les plus usuels et nous espérons qu'avec ces indications détaillées l'on pourra tenter des essais pratiques que n'auraient pas permis des renseignements moins complets.

P CJioix du support rigide. — Prendre des glaces de Saint-Gobain d'une épaisseur de 10 millimètres environ et aussi égales que possible sur toute leur étendue. Les dimensions dépendent des sujets à reproduire; il ne faut pas craindre de pécher par un excès dans les dimensions, d'affecter, par exemple, des glaces de 27x33 à des impressions d'images du format album, ou de 18X^4. Les glaces doivent avoir un côté parfaitement dressé à l'émeri.

2° Nettoyage de la surf ace polie des glaces. — La surface des glaces qui doit recevoir la couche sensible doit être nettoyée avec beaucoup de soin et surtout être exempte de tout corps gras. On est sûr d'éliminer les matières grasses en terminant le nettoyage avec un chiffon ou avec de la ouate bien propre et imprégnée d'ammoniaque liquide.

Si les glaces portent encore la préparation précédente, il faut les immerger dans de l'acide sulfurique ordinaire, contenu dans une grande cuve en plomb. Après quelques heures de séjour dans ce bain, on les rince à plusieurs eaux courantes, et l'on procède au nettoyage définitif. Toutes les opérations, de la mise au bain d'acide sulfurique, de la sortie de l'acide et du rinçage à l'eau, doivent se faire avec de

PHOTOÏYPIE. 329

grandes précautions pour éviter les brûlures sur toutes les parties du corps et des vêtements qui pourraient être atteintes par l'acide.

Les lavages doivent avoir lieu dans un endroit isolé des gouttières ou tuyaux d'écoulement en zinc, lesquels seraient bien vite corrodés par l'eau acidulée.

30 Prèimration et ajopUcation de la première couche. — Prendre une des glaces, bien nettoyée et exempte de toute poussière, puis verser à sa surface (côté poli), comme si l'on collodionnait, le liquide à base d'albumine composé ainsi qu'il suit :

Albumine 180 grammes.

Eau 150 —

Ammoniaque 100 —

Bichromate de potasse 5 —

Avoir soin de faire dissoudre le bichromate de potasse dans l'eau et l'ammoniaque avant de l'ajouter à l'albumine.

Ce liquide sert jusqu'à épuisement, mais il est bon de ne pas le laisser vieillir au delà de 10 à 12 jours.

Il est versé à froid et avec lenteur sur la glace, afin d'éviter les bulles d'air qui se forment très-aisément quand on agite de l'albumine ou un liquide qui en contient. L'excès du liquide est rejeté dans une cuvette et refiltré ensuite dans un récipient, où on le conserve. Chacune des glaces est traitée de la même façon et posée ensuite verticalement sur un chevalet ad hoc dans l'obscurité et surtout à l'abri de toute poussière.

Cette couche d'albumine, étant peu épaisse, sèche très-vite.

4'' Insolation ou coagulation de la première couche, — Quand la couche d'albumine est sèche, on doit l'insolubiliser pour la rendre apte à recevoir, sans se dissoudre, la deuxième couche sensible, qui sera la couche imprimante.

Si l'on use du procédé de M. Albert, on produira cette insolubilisation en faisant agir la lumière sur la couche bichromatée, à travers l'épaisseur du verre. A cet effet, exposer les glaces à la lumière diffuse pendant environ 10 minutes si le temps est clair et 20 minutes si le temps est couvert.

Si l'on a recours à un procédé de coagulation chimique, il sufi^t de plonger les glaces Tune après l'autre dans une cuvette contenant de l'alcool rectifié. L'albumine sera coagulée et propre à recevoir la deuxième couche sans se dissoudre.

Le premier moyen est plus économique et plus rapide. Après cette opération, on peut mettre les glaces dans l'étuve.

5° Chauffage de Vètiive à 35 degrés centigrades environ. — Avant de chauffer l'étuve, s'assurer si elle est bien propre ; et, au cas où il

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

paraîtrait y avoir de la poussière, on éponge avec un chiffon ou une éponge humide toutes les parois intérieures et les panneaux du couvercle.

Arroser aussi le sol pour éviter les poussières que soulèveraient la marche de l'opérateur, les allées et venues au cours du travail.

6" Calage des glaces sur les vis de Vétuve à la place cpo elles devront occuper après avoir reçu la couche sensille. — Ce calage est fait avec un niveau à bulle d'air, de manière à ramener la surface supérieure de chaque glace à l'horizontalité parfaite, le côté dépoli des glaces se trouvant en dessous.

Avant d'introduire les glaces dans le cabinet où est l'étuve, avoir soin d'enlever, avec un blaireau promené sur leurs deux surfaces, toutes les poussières qui pourraient y adhérer.

l"" Préparation de la deuxième couche sensihle. — La deuxième préparation se fait autrement que la première. On met un pied à vis calantes au milieu d'une cuvette plus grande que les glaces à préparer, puis le tout est posé sur le panneau mobile de l'étuve préalablement chauffée comme il est dit ci-dessus.

On met à portée de la main, sur cette même table, un verre à bec d'une capacité suffisante, un matras contenant la préparation, un blaireau et des triangles d'un papier souple et buvard.

Le liquide constituant la couche sensible est ainsi formé :

Eau

Colle de poisson

Eau

Bichromate de potasse

— d'ammoniaque.

Eau

Cette préparation doit être assez récente, du jour même ou de la veille; il faut donc n'en faire que la quantité dont on aura besoin, au moins approximativement. Au moment de s'en servir, il faut l'amener au bain-marie à la température de 35 degrés et au besoin la maintenir dans ce bain pendant la préparation des glaces, si la températui^e de la pièce où est l'étuve différait notablement de celle de l'étuve.

Pour filtrer facilement la gélatine il est bon de la maintenir liquide en usant d'un appareil à filtrer à chaud ; celui dont nous donnons ici le dessin fîg. 168 est très-commode. Ce double fond en cuivre est rempli d'eau que l'on maintient à la température voulue à l'aide d'une lampe à alcool ou d'un bec de gaz ; de la fine mousseline est ce qui convient le mieux pour le filtrage de la gélatine, mais il faut l'employer repliée sur elle-même en quatre.

Quand le liquide de la deuxième couche est prêt, on prépare suc-

PHOTOTYPIE.

cessivement chaque glace et on les laisse à l'ëtuve chauffée régulièrement à 35 degrés jusqu'à ce qu'elles soient sèches, puis, au bout de 2 heures environ, on éteint le gaz ou l'on supprime l'action de la chaleur, quel que soit le moyen employé pour le chauffage.

Fig. 168. — Appareil à filti er,

La figure 169 donne une idée de la construction de l'étuve à dessiccation. Elle peut être chauffée au gaz ou bien par le tuyau d'un poêle, on fait passer le tuyau dans le compartiment inférieur de

Fig. 169, — Etuve à dessiccation.

l'étuve, tandis que le poêle est dans une pièce séparée de celle où est l'étuve.

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

Un plateau mobile posé sur les couvercles de l'ëtuve permet de faire marcher les différents ustensiles et produits propres à la préparation de façon à les amener le plus près possible de la place même que doit occuper dans l'étuve chaque glace préparée — les couvercles doivent être formés par des châssis sur les bords desquels on a tendu du papier consolidé par du calicot.

Par ce moyen on se débarrasse des vapeurs humides qui ne pourraient sans cela sortir de l'étuve et l'on évite les poussières qui seraient la conséquence fatale d'un courant d'air libre.

Des barres de fer placées horizontalement et traversées par des vis permettent de caler parfaitement les plaques à l'aide d'un niveau à bulle d'air.

8*" Exposition soîis le cliché des glaces couvertes de la couche sensible. — Les glaces, une fois refroidies, peuvent être exposées immédiatement sous les clichés à l'action de la lumière, soit directe, soit diffuse, et dans les châssis disposés ad hoc. La durée de l'exposition varie suivant la nature du cliché.

9" Deuxième insolation à travers Vèpaissetir du terre après V action de la lumière à travers le cliché. — Si l'on veut augmenter à la fois la finesse du grain et la solidité de la couche, on peut, comme le conseille M. Despaquis, insoler à la lumière diffuse une deuxième fois à travers l'épaisseur du verre, en posant la plaque, la couche en dessous, et portant sur un drap noir.

Cette insolation doit durer environ deuxv à cinq minutes, suivant l'éclat de la lumière. La couleur brune que prend le bichromate sous l'influence des rayons lumineux sert de guide pour arrêter l'insolation au moment opportun. On peut se passer de cette deuxième opération, mais elle ne saurait qu'ajouter de la solidité à la couche imprimante et de la finesse aux détails.

lO"* Immersion des placiues insolées dans le hain de dégorgement. — Après l'insolation, les plaques sont posés dans les rainures d'une cuve en zinc à eau courante et souvent renouvelée; elles y restent environ 3 à 5 heures, suivant la saison, jusqu'à ce que tout le bichromate de potasse, demeuré soluble, soit dissous.

11" Immersion dans le hain d'alun. — Dès que l'on est certain que les dernières traces du bichromate de potasse soluble ont disparu, on sort les glaces de la cuve à eau, et on les immerge dans une cuvette contenant le liquide ci-après :

Eau ordinaire 100 grammes.

Alun d'ammoniaque 2 —

Le séjour dans ce bain doit être de 5 à 10 minutes, après quoi Ton

PHOTOTYPIE.

rince à eau courante et l'on abandonne à dessiccation les glaces posées verticalement sur un chevalet à larges rainures.

12° Humidification des plaques avant V encrage à la presse. - Dès que les surfaces imprimantes sont parfaitement sèches, on peut procéder à une opération spéciale à la deuxième partie du travail, celle relative à l'impression à l'encre grasse. Il faut tout d'abord plonger les plaques dans de l'eau ordinaire, puis les recouvrir de la liqueur à la glycérine ci-après :

Eau 100 c. c.

Glycérine. . 40 grammes.

On peut se passer d'aluner avant le mouillage et introduire l'alun dans l'eau gljcerinée à raison de 2 grammes par 100 c. c. de la solution.

On laisse la glace sous l'action de l'eau gljcérinée pendant un temps qui peut varier de 10 à 20 minutes.

13° Calage sur la presse. — Quand on croit que la couche imprimante a absorbé l'humidité nécessaire à l'impression, on nettoie avec soin la surface postérieure de la glace, de façon à enlever toute épaisseur de gélatine qui s'y serait formée lors de la deuxième préparation ; sans cette précaution, on serait exposé à briser un grand nombre de glaces, à cause du relief très-marqué que prennent ces coulures de gélatine quand elles sont gonflées par l'humidité absorbée et même à l'état sec.

Ce n'est qu'après qu'on s'est assuré de la netteté parfaite de cette surface, qu'on porte la plaque sur le plateau de la presse en interposant, entre ce plateau et la glace, une feuille de papier buvard blanc.

Nous avons ouï dire que du papier buvard blanc plongé dans une liqueur formée de :

Benzine ou essence minérale 100 ce,

Caoutchouc 10 grammes,

et employé quand le dissolvant du caoutchouc s'est évaporé, formait un excellent support, à cause de sa souplesse, ou mieux, de l'élasticité du caoutchouc. Selon nous, rien ne vaut mieux que d'user de surfaces absolument bien dressées, autant du côté du plateau de la presse que de celui de la glace ; aucune rupture n'est alors à craindre.

L'on peut employer à l'impression phototypique les divers genres de presses à cylindre et à râteau qui sont usitées dans les impressions, soit lithographiques, soit des planches de gravure en tailledouce. La figure 170 est le dessin du modèle assez lourd et peu commode, d'abord usité en Allemagne. C'est une presse à râteau dont le plateau est mû par une manivelle, le châssis porte un cuir tendu que l'on rabat sur le plateau avant de faire agir le râteau dont la pression est réglée par un ressort.

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

Nous aimons mieux le modèle plus récemment construit par M. Poirier à Paris, fîg. 171, le principe en est le même, mais cet outil est mieux établi et il est d'un emploi plus facile.

Fig. 170. — Presse pbototjpique.

Le levier qui sert à régler la pression est surtout très-intelligemment imaginé.

Nous ne connaissons pas de presse à cylindre spécialement construite pour la pliototjpie, ce système serait pourtant préférable au râteau et nous croyons qu'à défaut d'un modèle spécial on peut adapter aux tirages pliototypiques les diverses presses à cylindres qu'on emploie pour l'autograpliio ou pour la taille-douce, le modèle indiqué par la ûg. 172 peut parfaitement être employé à la condition que le plateau soit très-solide et parfaitement dressé et que le cylindre porte aussi bien que possible sur toute la surface du plateau; une feuille de caoutchouc de P"'" d'épaisseur doit être interposée entre le dos du papier à imprimer et le cylindre.

PHOTOTYPIE.

Un système de presse verticale analogue à celui dont on se sert 2)our les impressions typographiques peut servir à la phototypie : c'est

Fig. m. — Presse phototypique.

ainsi que l'on imprime à la C'^ Autotype de Londres; la pression verticale fatiguerait moins la couche de gélatine que les pressions horizontales, mais c'est aussi le rouleau encreur qui éraille parfois cette couche et provoque des déchirures que la pression rend ensuite plus graves.

Avant tout, et quel que soit le moyen de pression employé, il faut user de plaques portant des couches solides ; nul procédé à ce point de vue ne vaut mieux que celui de M. Obernetter, voir page 326.

L'emploi des presses mécaniques à vapeur s'est répandu depuis quelques années en Allemagne puis en France, et il tend à se généraliser partout. La production par ce moyen est plus considérable et le travail est plus régulier.

Les presses mécaniques pour la phototypie ressemblent à celles du même genre pour la lithographie. L'encrage s'opère mécaniquement et l'on peut, avec des plaques qui marchent bien, exécuter de 1000 à 1500 tirages par jour.

Le mouillage à la glycérine est dans ce cas indispensable, les plaques devant fournir un certain nombre de tirages successifs sans que l'on ait à les mouiller de nouveau.

Le mouillage ordinaire à l'eau rendrait illusoire l'emploi d'une presse mécanique.

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

14° Encrage et essai de laj^l^Klîie, — La glace bien calée, de façon à ne pas pouvoir être déplacée par le jeu du rouleau et par la marche du cylindre au moment de la pression, on l'enci^e et l'on en tire une épreuve ; puis, si l'impression n'est pas complète, on en fait une deuxième et plusieurs autres successivement pour amener la surface

Fig. 172. — Presse pbototypique.

imprimante à l'état le plus convenable pour fournir les meilleures épreuves.

Si elle s'encre bien, si les blancs restent purs, tandis que les moindres demi-teintes sont accusées, si enfin les noirs sont parfaitement noirs, la plaque est bonne et l'on peut exécuter le tirage; sinon, il y a lieu de le suspendre et de vérifier quelles sont les causes d'imperfection. Il peut se faire qu'elle manque d'humidité, auquel cas on la lave à l'essence de térébenthine, puis on la mouille de nouveau; ou bien elle a, au contraire, absorbé trop d'eau : on la nettoie à l'essence et on la laisse se sécher assez pour arriver au point d'humidité convenable.

15° Tirage atec ou sans marges, — Le tirage sur tel papier voulu, exige beaucoup de précautions et de soins. Il est nécessaire, tout

PHOTOTYPIE.

d'abord, de mettre sous les yeux de l'imprimeur, comme type à comparer, une épreuve très-complète et jugée bonne.

Au fur et à mesure du tirage, on rapproche chaque impression de ce type, et il sert de base, soit pour atténuer ou pour accroître la force de l'encrage, soit pour graduer les doses d'humidité, suivant que les demi-teintes tendent ou à être trop voilées ou à s'effacer.

Aucune précaution spéciale n'est requise pour le tirage sans marges; mais, pour celui avec marges, il faut, avant chaque impression, recouvrir les marges de la plaque de bandes de papier mince qui préservent celles du papier. On fait encore un cadre ou frisquette qu'on rabat exactement à la place voulue après chaque nouvel encrage.

Dès que les épreuves s'éloignent trop du type de comparaison, il faut arrêter le tirage et remplacer la plaque épuisée par une deuxième.

Avec un peu de pratique, on se rendra bien vite compte de l'état de la couche, et l'on saura si elle est susceptible, après dessiccation, de fournir encore de bonnes épreuves, ou s'il est préférable de l'abandonner définitivement.

lô"" Retoiiclie, remontage, gélatinage, vernissage et satinage. — Avant de procéder à ces diverses opérations, il est nécessaire de laisser sécher pendant une journée ou deux l'impression au vernis gras, sans quoi on s'exposerait à abîmer les épreuves, encore trop fraîches, soit par le moindre frottement exercé à leur surface, soit par une pression trop grande, qui produirait la décharge d'une épreuve sur le dos de celle qui lui est superposée, et ainsi de suite. Des feuilles d'un papier mince et lisse seront utilement intercalées entre chaque épreuve pour éviter de maculer le dos des images tirées sur marge et dont le dessous doit être parfaitement propre. Pour ne pas user trop de ces feuilles d'intercalation, on pose les épreuves, face contre face, mais séparées par l'intercale, puis dos à dos sans intercale, et ainsi de suite. En agissant de la sorte, 500 feuilles intercalaires suffisent pour un tirage de 1,000 épreuves.

Vernissage et montage des èjpremes phototypiques tirées sans marges. — Les épreuves phototypiques destinées à être montées sur carte ou sur bristol peuvent être laissées avec leur aspect mat, ou bien il faut quelquefois les vernir pour leur donner plus de transparence et d'éclat, et le plus souvent pour que leur ressemblance avec les épreuves photographiques ordinaires soit plus complète.

Dans le premier cas, il n'y a qu'à rogner les épreuves et à les coller à la colle de pâte sur leur support définitif, préalablement imprégné d'humidité et assez distendu, par ce fait, pour que le jeu des deux papiers s'efi'ectue dans le même sens lors de la dessiccation après le collage de l'épreuve.

338 ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

On évite ainsi que le bristol ne gode, ce qui est fort désagréable. Quand ces montages sont arrivés à un point de siccité suffisant, on l)asse les feuilles dans un laminoir à satiner, de façon à bien incorporer l'image collée dans l'épaisseur du carton et à satiner convenablement sa surface.

L'épreuve phototypique acquiert ainsi plus de solidité, elle est moins sujette à abandonner du noir par le frottement et à se détériorer. C'est une sorte de fixage de ces épreuves.

Il faut ne procéder à ce satinage que lorsque le vernis gras s'est assez durci, assez séché pour ne plus décharger sous la pression du cylindre. Si l'on s'apercevait que l'image se dédouble au satinage, il y aurait lieu de le différer jusqu'au moment où la siccité du corps gras permettrait ce travail sans qu'il y eût à perdre de la matière colorante.

Les épreuves à vernir peuvent être de deux sortes, suivant qu'elles auront été imprimées sur papier couclié ou sur papier non couché.

Si le papier est cottclié, ou albuminé, (sauf à coaguler ensuite) on peut procéder à leur vernissage immédiat sans avoir à craindre la pénétration du vernis dans l'épaisseur du papier. Mais si le papier n'est pas recouvert d'un enduit isolant, il est indispensable de le gélatiner avant de le vernir.

Le gélatinage se fait au pinceau avec une dissolution tiède de 100 grammes de gélatine blanche dans 1000 grammes d'eau ordinaire.

On passe la gélatine régulièrement avec un large pinceau, dit queue de morue, et en évitant, autant que faire se peut, soit les épaisseurs de gélatine, soit les bulles d'air. Avec un peu d'habitude, on arrive bien vite à exécuter cette opération sans aucune difficulté.

Les épreuves gélatinées sont piquées avec des punaises, deux ensemble et dos à dos, sur des liteaux en bois recouverts d'un liège, et, quand elles sont sèches, on procède au vernissage.

Le meilleur vernis à employer est celui qui, tout en restant blanc, est le plus susceptible de fournir un enduit dur et difficile à rayer.

Nous préférons la gomme laque blanche en dissolution dans l'alcool méthylique .

Quand on met à dissoudre de la gomme laque dans de l'alcool, on remarque que la solution est troublée par des matières grasses tenues en suspension. Si, comme l'indique M. Peltz, on ajoute de la chaux en poudre, on obtient une solution dont les trois quarts sont limpides, et ce qui reste filtre rapidement, même à travers un feutre.

On peut encore mettre une partie d'essence de pétrole ou de benzine pour trois parties de vernis. Il se forme deux couches ; la supérieure contient la matière grasse, que l'on élimine ainsi. Il est bon de séparer

PHOTOTYPIE.

le corps gras, sans quoi le filtrage est très-lent, et l'on n'a qu'un vernis peu brillant.

Ce vernis est passé au pinceau large avec assez de soin pour éviter les bulles d'air, et, dès que l'épreuve en est recouverte, on la pose dans une étuve spéciale, dont nous donnons ici le dessin fig. 173 :

C'est tout simplement une caisse en tôle, rectangulaire, d'une longueur d'environ 1 mètre et de 0'",25 de hauteur. Un tube à gaz, percé de trous de distance en distance, tous les 6 à 8 centimètres, traverse la partie supérieure de cette boîte, dont la face antérieure est ouverte aux deux tiers; une toile métallique sépare le tiers supérieur des deux autres tiers et forme la cloison intérieure de la chambre, qui est traversée par la grille. La cloison latérale antérieure de cette chambre est munie de charnières pour qu'on puisse l'ouvrir et allumer des becs. Par la partie ouverte antérieure, on introduit les épreuves que l'on pose sur le sol de la caisse. La chaleur, emprisonnée dans le milieu, suffit pour sécher rapidement le vernis, et la grille interposée évite tout danger de l'inflammation de l'alcool volatilisé par la chaleur.

Avec un appareil de ce genre, on peut vernir bien rapidement un très-grand nombre d'épreuves.

On n'a plus ensuite qu'à les rogner et à les coller comme d'habitude. Seulement, on doit, pour éviter de détruire en partie l'effet du vernis par le gonflement de la pâte du papier, avoir soin de ne pas trop le mouiller avec la colle et surtout de ne pas le laisser trop longtemps avec le dos recouvert de colle avant le montage.

On laisse sécher et l'on satine comme il J a été dit plus haut.

Pour éviter le gélatinage, on pourrait, après que le tirage est assez sec, passer une à une chaque épreuve sur la surface d'un liquide ainsi composé :

Fig, 173. — Etuvo.

Eau

Borax

Gomme laque blanche Carbonate de soude .

. 500 grammes

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

On fait dissoudre le borax additionné du carbonate de soude dans de l'eau en ëbullition et l'on y ajoute la gomme laque blanche par petites quantités et l'on filtre avec soin. Les épreuves, passées sur ce bain tiède, sont piquées deux à deux, dos contre dos, sur des liteaux portant des pointes, et, quand elles sont sèches, on peut les vernir à chaud. De cette façon, il n'y a jamais, à la surface de l'image, que du vernis à la gomme laque sans interposition d'une manière organique, comme la gélatine, susceptible de se ramollir à l'humidité, d'amener des moississures et l'altération du papier et, par suite, de l'image qu'il porte. En hiver, il convient de faire l'opération du mouillage à la gomme laque dans une pièce assez chaude, et le bain lui-même doit être maintenu à une température moyenne de 25 à 30 degrés centigrades.

On peut encore arriver à boucher les pores du papier à vernir par un léger parcheminage. Pour cela, on prépare un mélange froid composé de :

1 volume d'eau.

2 — d'acide sulfurique.

On immerge pendant très-peu d'instants les épreuves, une à une bien entendu, dans ce mélange, et on les plonge rapidement dans une grande quantité d'eau froide. On peut, pour neutraliser complètement l'effet de l'acide, terminer le lavage dans une cuvette contenant de l'eau additionnée d'une petite quantité d'ammoniaque.

Pour éviter le gondolage du papier parcheminé, gondolage qui provient d'une tendance à se contracter inégalement pendant le séchage, il faut le laisser sécher sous une certaine pression, ou bien en tendant les feuilles sur des châssis.

Ce mode d'occlusion des pores du papier ne saurait être employé d'une manière courante, mais il est des cas où il peut convenir par l'aspect diaphane du parcheminé, — c'est le mot propre, — qu'il donne au papier et dont l'effet peut être agréable pour certains genres d'épreuves.

Il faut éviter de pousser trop l'action du parcheminage, qu'il sufi^t d'obtenir sur la surface même du papier sans qu'il pénètre trop avant dans son épaisseur. Le vernis restera tout entier à la surface parcheminée, mais il devra être passé alors que l'image est tendue, pour que la chaleur nécessaire au vernissage ne gondole les épreuves et ne déforme à ce point le papier qu'il se prêterait mal ensuite au montage.

Nous avons tenu à reproduire tout ce chapitre relatif au vernissage et au montage des épreuves parce que les indications qu'il contient s'appliquent aussi bien à tous les autres genres d'épreuves.

Applications de la pliototypie, — Nous aurons bientôt dit quelles

PHOTOLITHOGRAPHIE.

sont les applications de ce procédé en nous bornant à indiquer que, de tous les procédés, il n'en est aucun qui se prête autant que celui-là à tous les genres d'impressions avec ou sans marges. Il est d'un très utile emploi pour l'illustration des ouvrages de luxe, et, grâce à l'adoption de presses mécaniques pour les tirages, on arrive à produire beaucoup et à très bon marché.

§ 415. Photolithographie. — Nous avons exposé précédemment dans cet ouvrage un procédé de photolithographie basé sur l'emploi du bitume de Judée.

M. Toovey (1) prépare un papier à la gomme arabique et au bichromate de potasse, l'expose à la lumière derrière un négatif, puis l'applique sur une pierre lithographique disposée dans une presse à percussion. Le papier est couvert de plusieurs doubles de papier humide, puis l'ensemble est soumis à une légère pression pendant un temps suffisant.

Quand la pierre est mise à nu, elle porte à sa surface une image négative, en gomme. La pierre sèchée est soumise au rouleau à l'encre grasse, qui mord partout où la gomme n'a pas touché. Puis la couche d'encre est enlevée à l'essence, et la gomme enlevée par l'eau.

La pierre, ainsi préparée, est soumise à l'impression lithographique ordinaire. Le même procédé peut s'appliquer sur zinc.

Un autre procédé de photolithographie consiste dans l'emploi d'un papier gélatiné, tel que celui qu'on trouve tout prêt dans le commerce pour les cartonnages. — Ce papier est sensibilisé dans un bain de :

quand il est sec, on l'applique contre un cliché négatif d'un sujet au trait, et, après une insolution suffisante, on le met à dégorger dans de l'eau froide, à la température normale.

Au bout de quelques instants il peut être encré, après qu'on l'a appliqué mouillé sur une surface bien plane, comme une pierre lithophique par exemple.

L'encre grasse ne prend que sur les parties insolées, et quand l'encrage est bien complet, on reporte sur une pierre lithographique poncée où, à l'aide de quelques impressions, on opère le décalque.

Les opérations ultérieures du tirage sont celles de la lithographie habituelle.

Le report sur pierre lithographique d'une image phototjpique au trait ou suffisamment granulée, peut fournir une image photolithogra-

(Ij Bull, Soc.fr. phot. 1865, p. 24.

Eau. ....

Bichromate de potasse

100 grammes

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

phique ; mais difficilement on tirerait une bonne épreuve lithographique après le report d'une phototjpie à modelés continus.

On peut encore, quand on n'a que des traits à reproduire, agir directement sur la pierre, celle-ci étant préalablement sensibilisée avec de l'albumine saturée de bichromate de potasse. On passe cette liqueur sur la surface poncée de la pierre et on l'essuie ensuite, de façon à n'apercevoir aucune trace du liquide, aucune épaisseur ; il doit avoir pénétré suffisamment dans les pores de la pierre pour les garnir.

L'on expose ensuite à la lumière le cliché portant contre la surface sensibilisée; puis, à l'aide d'un rouleau d'impression, on recouvre la surface entière de la pierre avec de l'encre grasse. Une éponge imprégnée d'eau est ensuite promenée délicatement sur la pierre et l'on y passe enfin un rouleau lisse en cuir non encré, qui enlève l'encre partout où n'a pas pénétré l'action de la lumière.

Celle-ci a reodu imperméable à l'humidité toutes les parties sur lesquelles elle a agi, et l'encre y adhère fortement ; tandis qu'elle abandonne aisément les enduits où l'humidité s'oppose à son adhérence.

On comprend qu'il ne faut employer ce procédé que dans les cas où le dessin est formé par des traits assez distants entre eux.

Il ne conviendrait pas à une reproduction de gravures à tailles serrées ou d'autres dessins analogues.

En général, l'on a recours à la photolithographie plutôt comme moyen intermédiaire pour arriver à une gravure sur zinc, que pour des tirages directs sur la pierre.

On use pourtant de cette dernière dans certains établissements, pour les reproductions des cartes géographique dont les détails ne sont pas trop compliqués.

Dans tous les cas où le sujet à reproduire est très réduit et surtout s'il présente des traits très rapprochés, mieux vaut recourir au transport sur pierre, ou même sur zinc directement, d'une bonne épreuve phototypique tirée à l'encre de report sur du papier de Chine encollé à l'amidon.

L'on transforme ensuite ce décalque en une gravure en relief, en opérant, ainsi qu'il est dit plus haut, au sujet des gravures au bitume de Judée.

Si l'on reportait d'abord sur pierre, une nouvelle opération de transport sur zinc serait nécessaire, et la valeur finale de l'image ne pourrait que se ressentir de cette succession de reports.

Plus l'on agit directement et mieux l'on fait : c'est ce qui explique pourquoi une image imprimée directement sur le bitume, celui-ci servant de réserve lors de la morsure à l'acide, vaut mieux qu'une impression photolithographique généralement indirecte.

PHOTOGRAVURE.

§ 416. Photogravure. — Les procédés au bitume de Judée sont très propres à la production de la photogravure, quand les demiteintes ne sont pas une condition essentielle. Les procédés au bichromate de potasse et à la gélatine réussissent moins bien à cause de l'absence, dans la couche, du gmioi destiné à retenir l'encre. Cependant M. Woodbury a vaincu cette difficulté. Voici son procédé :

On se procure d'abord un relief en gélatine, si l'on peut nommer ainsi ce qui constitue moins un relief appréciable, qu'une agrégation à peine sensible de matières en poudre très-fine, et voici comment.

Une glace, légèrement enduite de cire, est recouverte d'une couche de collodion; pardessus celle-ci, on verse une mixtion de gélatine et de bichromate de potasse, contenant en suspension une certaine quantité de verre pilé, d'émeri broyé très-fin ou de charbon. Lorsque cette couche est sèche, on l'enlève de la glace, et on l'expose, du côté du collodion, sous un cliché. Après une exposition suffisante, on l'applique temporairement sur une plaque de verre, au moyen d'une solution de caoutchouc, et on la lave à l'eau chaude. Après le développement, on détache de nouveau de la glace, la couche portant maintenant une image en relief

Ce mot de relief n'est pas tout à fait exact, car dans l'image obtenue ainsi, les grands clairs sont représentés par une surface lisse, et les ombres par un grain ou pointillé plus ou moins serré, constitué par la matière granuleuse emprisonnée dans la gélatine, impressionnée elle-même à divers degrés par la lumière.

Pour transporter ce grain ou pointillé si délicat sur une plaque métallique, il n'y a pas d'autre moyen que de recourir à la presse hydraulique. Si l'on voulait y parvenir au moyen de l'électrotypie, toute la beauté du cliché serait perdue ; le gonflement de la gélatine ferait disparaître l'efîet du pointillé, car jusqu'ici Ton ne connaît aucun moyen efficace pour durcir la gélatine de façon à l'empêcher de gonfler toujours un peu dans l'eau. Au contraire, une forte pression de la couche sur un métal mou en reproduit toute la délicatesse, et cette empreinte permet d'obtenir un électrotype en contre-partie, qui sert à la reproduction par le même procédé, de nouveaux clichés qu'on a soin d'aciérer.

Il est assez curieux de remarquer que ces deux sortes de clichés, dont l'un est la contre-partie exacte de l'autre, fournissent des épreuves identiques : dans le négatif, l'encre remplit des interstices du pointillé en relief, dans le positif, elle est retenue dans les creux formés par le pointillé lui-même.

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

M. Rousselon (i) nous a fait voir d'admirables spécimens de photogravures qu'il obtient au moyen d'un premier moulage en creux d'une pellicule préparée par le système Woodbury sur une surface plane en plomb, au moyen de la presse hydraulique.

La nouveauté du procédé consiste en un moyen particulier pour obtenir immédiatement dans cette gélatine le grain nécessaire à la gravure. Pour cela, M. Rousselon incorpore à cette gélatine une substance qui produit ce grain sous l'influence de la lumière, et qui est d'autant plus gros que l'action de la lumière est plus vive et plus prolongée.

Ce grain se reproduit sur le plomb. Alors, à l'aide de la galvanoplastie, on obtient du plomb une planche qui peut être tirée comme la gravure en taille douce.

Le procédé appliqué dans les ateliers d'Asnières par M. Rousselon a beaucoup d'analogie avec celui qui a servi quelques années auparavant à M. Placet pour la préparation de ses planches d'héliogravure. M. Rousselon, comme l'a fait M. Placet, fait agir la lumière sur une couche de gélatine bichromatée, puis il immerge la couche insolée, soit dans de l'eau ordinaire, soit dans un liquide contenant une substance contractante. Partout où la lumière a agi, les parties par elle atteintes ne peuvent, comme celles qui les entourent et où n'est pas parvenue la lumière, absorber de l'eau et rester unies; elles sont soulevées parla couche de gélatine sous-jacente susceptible» elle aussi, de se gonfler, et il en résulte une contraction plus ou moins forte, suivant que la lumière a agi avec plus ou moins d'intensité ; de là résulte une sorte de vermiculé, un dépoli qui, nul dans les parties non actionnées par la lumière, va s'accroissant graduellement jusqu'aux grands noirs du positif.

Cette pellicule, une fois sèche et séparée de son véhicule provisoire» est soumise à un cylindrage énergique contre une feuille mince d'étain, dont la contre-épreuve galvanique, complétée dans certains cas par quelques retouches, permet d'obtenir de magnifiques tirages en taille-douce.

Grâce à ce moyen qui exclut l'emploi de la presse hydraulique, l'on obtient des gravures d'un très grand format.

Photogravure Garnier. — Un autre procédé de gravure a été inventé par M. Garnier, et est exploité à Paris par M. Dujardin; il diffère essentiellement de celui qu'emploie avec tant de succès M. Rousselon, et il donne d'ailleurs des résultats qui sont moins complets.

[D Bull. Soc. franç. phot. 1873, p. 14.

PHOTOGRAVURE.

Bien que ce procédé n'ait jamais été publié, nous croyons pouvoir dire sommairement en quoi il consiste, sans garantir cependant d'une façon absolue l'exactitude de nos assertions.

Une plaque de cuivre est recouverte directement d'une couche, formée par une dissolution dans de l'eau, de sucre, de gomme et d'albumine; on sensibilise cette liqueur avec du bichromate de potasse et l'on expose à la lumière au travers d'un cliché positif. L'hygroscopie de toutes les parties non atteintes par la lumière permet d'y faire adhérer une poussière de bitume de Judée. On exécute en un mot la même opération que pour les émaux par le procédé dit aux poudres; quand l'image est bien complète, on chauffe à un certain degré, et l'on mord ensuite avec du perchlorure de fer concentré. La poudre de bitume a formé réserve, et réserve graduée suivant les modelés, et les creux ne se produisent que dans les endroits où peut pénétrer le mordant, c'est-à-dire partout où le métal est dépourvu de poudre de bitume.

La morsure agit ici directement sur la planche aussitôt après l'insolation, et l'on ne doit recourir à aucune opération galvanoplastique.

Entre des mains habiles et à l'aide de certaines retouches, ce procédé peut rendre de grands services.

Une épreuve phototypique modelée, reportée sur cuivre avec du papier de Chine encollé, puis saupoudrée de bitume en poudre, de' façon à bien garnir l'encre du report, peut être mordue au perchlorure de fer et fournir une planche gravée en taille douce, offrant les finesses et les dépressions de l'original.

Ce procédé est, on le voit, de la vraie gravure chimique, et comme tel il est plus sujet à des accidents que le procédé plus mécanique et plus sûr de M. Rousselon.

Ce dernier nous paraît devoir conduire à des impressions bien plus nettes et surtout bien moins grenues.

L'on guide toujours mieux les moulages et contre-moulages que la morsure par les acides.

ÉPREUVES VITRIFIÉES

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