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CHAPITRE VII

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, le vers classique devenir instable sous Tinfluence d'un commencement de cohésion entre le deuxième et le troisième élément rythmique. Loin d'exiger impérieusen^ent le repos de l'hémistiche, le sens tend à en restreindre la durée ; par suite, l'accent perd son caractère de fixité et ne conserve plus que la valeur relative d'un accent mobile sujet à faiblir et à s'éteindre. Or, dès que le sens soude fortement ensemble les éléments moyens du vers et les sépare des éléments extrêmes, la discordance devient complète entre le ^ns et le mode classique. La loi rythmique et la cohésion syntaxique doivent être considérées comme deux forces agissant en sens contraire, dont l'une tend à écarter et l'autre à rapprocher les éléments moyens du vers. C'est la résultante de ces deux forces qui détermine le mode. Si la loi rythmique est plus forte que la cohésion syntaxique, le vers est du mode classique ; si, au contraire, la cohésion syntaxique l'emporte, le vers est du mode romantique. Dans les

m VERSIFICATION FRANÇAISE.

vers à double rythme, dont nous avons précédemment cité des exemples, les deux forces sont à peu près équivalentes : c'est pourquoi ces vers se prêtent également à la division classique et à la division romantique.

Lorsque le vers est décidément du mode romantique, la voix, qui opère !e groupement des sons corrélativement aux divisions logiques derla pensée, se pose sur le premier accent rythmique, après lequel elle trouve éventuellement un léger temps de repos ; de là, au lieu de s'arrêter sur l'accent de l'hémistiche, qui n'a plus l'appui normal du repos fondamental et qui se trouve affaibli, la voix passe sur la sixième syllabe, tonique ou muette, mais non rythmique, et va se fixer sur l'accent rythmique suivant, après lequel elle peut encore en certains cas retrouver un léger temps de repos, puis enfin remonte à l'accent final du vers et fait sonner la rime.

On voit que, tandis que dans le vers classique la rime porte sur le quatrième accent rythmique, elle sonne sur le troisième dans le vers romantique. Or, puisque dans ce dernier la voix, obéissant au sens, doit supprimer la durée de l'accent de l'hémistiche et la durée du repos , elle doit donc rapprocher le.4euxième et le troisième élément rythmique, dont toutes les syllabes, jusques et y compris la pénultième , viennent occuper la seconde thésis du vers, et dont la syllabe frappée de l'accent rythmique vient se placer dans la seconde arsis. Ainsi le mode romantique resserre les syllabes et diminue le temps normal du vers de l'intervalle de temps qui sépare deux arsis , c'est-à-dire du quart de la durée totale. Supposons un vers classique de la forme

4 — 2 — 2 — 4. Si le sens soude ensemble les éléments intérieurs du vers, la formule deviendra 4 — 4—4 et représentera le nouveau groupement des syllabes. Dans le premier cas, la quatrième syllabe du vers se place dans la première arsis, la sixième syllabe dans la seconde, la huitième dans la troisième et le douzième dans la quatrième ; dans le Bécfnd cas, la quatrième syllabe occupe toujours la première arsis, mais c*est la huitième syllabe qui vient se placer dans la seconde arsis et la douzième dans la troisième.

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