CHAPITRE VI
DE l'Évolution rythmique
Nous abordons Tétude de la transformation du mode classique en mode romantique. Le sujet est nouveau; il est donc nécessaire que nous procédions avec méthode. Nous examinerons d'abord, dans ce chapitre, les accidents rythmiques dont peuvent être affectés les vers à forme classique , puis en vertu de quel accident particulier ce vers peut devenir instable. Il nous restera ensuite à faire voir, dans le chapitre suivant, comment le mode romantique est né de l'instabilité accidentelle du mode classique. J'appelle accidents rythmiques tous les changements que le rythme théorique peut éprouver sous l'influence d'une cohésion syntaxique, grammaticale ou simplement phonique entre les éléments du vers.
Le vers à forme classique exige deux accents rythmiques fixes, l'un placé à la rime, l'autre à l'hémistiche. En outre, il comporte en général deux autres accents mobiles, qui sont déterminatifs du rythme. Ces deux accents secondaires et mobiles peuvent être placés sur l'une des cinq premières syllabes de chacun des deux
hémistiches. Voici un tableau de la disposition que peuvent prendre les deux parties composantes d'un hémistiche, selon le nombre des syllabes de chaque élément rythmique.
ler ou se élément.
Thésis.
Arsis.
se ou 4e élément.
Thésis.
Arsis.
Ce tableau fait bien voir que les accents rythmiques sont séparés par des intervalles de temps égaux, mais par un nombre variable de syllabes. Par conséquent , selon la composition des éléments, un nombre plus ou moins grand de syllabes s'interpose entre les effets, égaux en puissance, des deux accents. Or, quand ce nombre de syllabes devient égal à zéro , les deux effets se trouvent consécutifs, et la voix doit sans transition passer de Tun à Tautre, ce qui est contraire aux lois du langage, attendu que Teffet produit par un accent n'a pas une puissance absolue, mais tire sa puissance relative de la syllabe non accentuée qui le précède immédiatement Or, entre un accent mobile et un accent fixe, la voix ne trouve pas (à moins d'un arrêt du
sens) un repos semblable à ceux de rhémistiche ou du temps aspiratoire , lesquels permettent de placer à la suite Tun de l'autre deux accents; et, comme les accents fixes sont inébranlables, parce que Tun s'appuie sur le repos obligatoire et Tautre sur le temps de Taspiration, ceux-ci tendent, selon le cas le plus favorable, soit à rejeter Taccent mobile sur la première syllabe de rhémistiche, soit à l'étiindri et à Tabsorber. Quand donc le sens et la relation syntaxique des mots ne laissent pas à la voix la faculté ^'intercaler un temps de silence entre les deux accents, la formule 5 — 1 tend presque toujours à se résoudre en une des deux formules 1 — 5 ou 0—6.
Les places les plus défavorables que puissent occuper les accents mobiles sont conséquemment la cinquième et la onzième syllabe. Dans ces deux cas, surtout dans le premier, le rythme est essentiellement instable. Voici quelques vers dans lesquels les deux cas se présenteront tour à tour. Nous les rythmerons théoriquement, et nous ne distinguerons au moyen de lettres italiques que les deux syllabes accentuées sur lesquelles nous voulons appeler l'attention.
Qui ne daman — dent comp — te à ce malheureia — fils.
Je n'épargnerai — n'en, — dans ma jus — te colère.
Ne verrez-vous ;)oe>î/ — PAè-^re avant — que de partir?
Dès longtemps — elle hait — cette fermeté — rare.
De notre dernier — roi^ — Josabeth — est la sœur.
Soumis — avec respect — à sa volon^^ — sainte.
Le sang de vos rois — cri — e et n'est point — écouté.
Que je crains — pour le fils — de mon malheureux — frère, R.
Où Pela — ge est si grand — que le chevrter — dit.
Et nous lui criom ; — Viens! — et — nous accélérons.
Un ruissellement — vas—ie, affreux, — torrentiel.
Corbus — est le berceau — de la royauté — scyihe.
Comme l'arc-en-ciW — rit — entre Tom — bre et la pluie.
La nécessi/^ — mor — ne était — sa réticence.
On voit — s'aventurer, — dans les profon^^ewri — /auves,
La curiosité — de ces ftb'ir^éafits — chauves. V. H.
Si on lit ces vers avec quelaue attention, on s'apercevra que le rythme en est insHme, mais à des degrés divers et pour des causes différentes. En général, la fin de la phrase et par suite la pause de la voix coïncidant plus souvent avec la fin du vers qu'avec l'hémistiche, l'accent sera plus facilement maintenu sur la cinquième syllabe que sur la onzième. Dans ce vers :
Un ruissellement — vas — te, affreux, — torrentie/,
le premier accent mobile |tend à faiblir et à se laisser absorber par l'accent fixe ; mais la voix parvient à le maintenir parce qu'il porte sur une syllable certainement longue, et parce qu'elle peut monter et se prolonger sur va^te, ayant encore à se poser sur deux accents successifs avant de s'éteindre avec la muette latente de la dernière consonne de torrentiel. Si vaste était placé à la fin de la phrase :
Un flot — torrentie/, — un ruissellement — vasie^
la finale de ruissellement étant un son qui se prolonge naturellement, la voix pourrait encore y maintenir l'ac-
cent rythmique. Mais si Taccent rythmique, au lieu de porter sur une syllabe longue, était placé sur une brève, il s'éteindrait absolument. On verrait alors se produire ce phénomène, sur lequel j'appelle l'attention du lecteur, d'un rythme théorique se transformant, comme je l'ai dit plus haut , en un rythme différent. Ainsi, dans ce vers de Victor Hugo : ^
Gorbus — est le berceau — de la royauté — scythe,
ainsi que dans celui de Racine :
Dès longtemps — elle hait — cette fermeté — rare,
Vé bref de royauté et de fermeté ne peut soutenir l'accent rythmique , et la voix court d'un trait se placer sur Scythe et sur rare, de telle sorte que les rythmes théoriques 2—4 — S — 1 et 3 — 3 — S — 1 se résolvent en ces deux rythmes différents 2—4—0—6 et 3—3—0—6. Ces vers doivent donc se scander ainsi :
Cor&w? — est le berceai« — de la royauté scythe. Dès long^em/)s — elle hait — cette fermeté rare.
Si dans ce dernier exemple nous reculions \è de fermeté d'une syllabe :
Dès longtemps — elle haït — ta fermeté — si rare,
on verrait immédiatement l'accent rythmique reparaître. Si, au contraire, nous ramenons Vé accentué à sa place primitive en modifiant le vers :
Ce qu'elle hait en toi, c'est la fermeté rare.
il se produira un autre phénomène. L'accent de la rime, au lieu d'absorber l'accent rythmique de fermeté^ le rejettera sur l'accent tonique du mot c'est ^ et la formule 4 — 2 — 5 — 1 se résoudra en cette autre formule 4—2 — 1 — 5. Le vers de Racine aurait pu très naturellement se prêter au même renversement du rythme. •
Ce qu'elle hait^ — en /oï, — c*e$t — ta fermeté rare. Dès long/cm/?« — elle hait — cet — ^te fermeté rare.
Il faut prévoir ces reports possibles et probables d'accents. Les poètes doivent éviter de favoriser une substitution de rythmes qui ne concorderait pas avec le sentiment qu'ils veulent exprimer et l'effet qu'ils veulent produire. Dans certains cas, au contraire, le récitateur ou l'acteur doit prendre garde de trahir le poète en se laissant aller à la tendance naturelle qu'a la voix de se décider pour le moindre effort. Un report d'accent suffit , quand il se produit mal à propos, pour détruire Teffet précisément cherché par le poète. Le beau vers de Racine :
Le sang de vos rois — cri — e et n'est point — écouté,
nous en offre un exemple remarquable. Il est certain que Racine aurait pu avec une extrême facilité rendre ce vers plus coulant. Une simple inversion eût suffi :
De vos rois — le sang cri— e et n'est point — écouté.
Le vers eût été construit sur la formule 3 — 3 — 3 — 3, qui
est celle de la concordance parfaite ; mais le vers eût ainsi perdu tout ce qui fait sa force et sa beauté. Si Racine ne l'a pas fait, et avec raison, il faut que la voix s'applique à rendre l'effet qu'a voulu produire le poète, et qu'elle résiste à la tentation de rejeter l'accent sur le mot sang. Ce serait outrager Racine que de lire ainsi ce vers :
Le iang — de vos rois m — e et n'est point — écouté.
La voix doit maintenir l'accent sur rois et développer l'énergie nécessaire a prononcer la double articulation de crie, qui, venant après un léger temps d'arrêt, double la puissance et l'effet de l'accent fixe.
Mais si l'accentuation de ce vers est saisissante et si la pensée n'y admet pas de transformation de rythmes, il peut se présenter un grand nombre de cas où le rythme sera essentiellement instable. Tel est ce vers de Victor Hugo :
La curiosité — de ces noirs %ibanU — cAauves.
Ainsi isolé et détaché, le mot chauves n'ajoute que bien peu de chose à l'idée exprimée. La voix hésitera donc entre cette forme et les suivantes :
La curiosif^ — de ces noin — géants cAauves.
La curiosif^ — de ces noirs géants cAawves.
Le poète devra éviter, autant qu'il lui sera possible, ces sortes de vers à césures indécises, et chercher par le choix des mots à atténuer l'instabilité rythmique.
Lorsque les deux accents mobiles portent sur la quatrième et sur la dixième syllabe, on remarque une instabilité de même genre, quoique beaucoup moins grave. Voici, par exemple, quelques vers dans lesquels on verra tour à tour faiblir l'accent rythmique de la quatrième et de la dixième syllabe. Comme précédemment nous ne distinguerons ici, au moyen de lettres italiques, que les deux syllabes accentuées sur lesquelles nous voulons appeler l'attention du lecteur.
Combien — à vos malheurs — ai-je donw^ — de /armes !
Il s'élè — ve en la mien — ne une secrè — te joie.
Ainsi la Grè — ce en vous — trouve un enfant -^ rebelle.
Il n'en faut point — douter : — vous aimez, — vous brûlez.
Mais pour fer?ner — vos yeux — cherchez — une autre main.
Même au pied — des autels — que je îdàsais — fumer.
Par de s ter/ — les vœux — pensez- vous — m'honorer?
Dieu mê — me, disent-ils, — s'est retira — de vous.
Et votre henreux — larcm — ne se peut plus — celer, R.
Il connaît — ce pays — qu'il parcourw^ — naguère. Sa grande épé — e était — le contrepoids — de Dieu, C'est la loi, — seulement — la pauvre fem — me a peur. Si la ron — ce du bouc — apercevais -^ la dent. Elle a — pour nourrisson — l'universe/ — le faim. Et le "^ro fond — jarc?in — rayonnant — et fleuri. Toujours vê^M — de noir^ — ce Tout-Puissanf — terrwtre. La jeu — ne Humanité — sous son chapeau — de fleurs, V. H.
Dans ces vers, on voit se reproduire , quoique avec moins de force que dans le cas précédent, et à des degrés divers, le même phénomène d'affaiblissement des
DE L'ÉVOLUTION RYTHMIQUE. lli
accents. Pour quelques-uns, l'accent mobile, quoique légèrement instable, veut être maintenu, car la place que lui a donnée le poète n'est nullement indifférente. Ce vers de Racine :
Ainsi la Grè — ce en vous — trouve un enfant — reôe/le,
perdrait singulièrement de sa valeur si on le scandait de cette façon :
Ainsi la Grè— ce en vous — trou — ve un enfant reôe/le.
Nous ne multiplierons pas les remarques, en nombre presque infini, que pourrait susciter l'examen attentif des exemples ci-dessus. Pour remédier jusqu'à un certain point à cette instabilité des accents mobiles, les poètes usent de différents procédés. Premièrement, ils préféreront les mots à finale longue aux mots à finale brève ; c'est ainsi que les voyelles an, on, un tiendront mieux l'accent que les voyelles brèves correspondantes a, 0, 11, Deuxièmement, ils choisiront des mots dont la consonne finale soit favorable au prolongement de la voix. Les muettes latentes qui sont nécessaires à leur prononciation introduisent en quelque sorte une syllabe surabondante qui s'interpose entre les deux accents. Troisièmement, ils porteront leur attention sur les consonnes d'attaque, qui leur permettront de frapper énergiquement les syllabes accentuées du vers. Quelquefois ils trouveront un utile secours dans l'allitération , comme dans ce vers de Racine :
Je n'épargneftai — Rien^ — dans ma jus — ta colère.
Naturellement, l'emploi de ces divers procédés sera d'une plus grande efficacité quand les deux accents seront déjà séparés par une syllabe, c'est-à-dire quand l'accent porte sur la quatrième ou sur la dixième syllabe. Dans ce cas, le procédé le plus simple à employer pour éloigner deux accents sera de changer la voyelle muette en voyelle orale. Dans ce vers de Racine :
Combien — à vos malheurs — ai-je Donn^ — De /armes,
les deux accents sont assez facilement maintenus par l'allitération de la dentale. Mais on fixera bien mieux encore l'accent mobile en le soutenant au moyen d'une consonne à muette latente et en remplaçant la voyelle muette du dernier élément rythmique par ^une voyelle orale, comme dans cet autre vers de Racine :
Combien — Dans cet exil — ai-je souffert — D'a/arme,
dans lequel le poète a encore ajouté à ces divers procédés celui de l'alUtération , en frappant de la même dentale le second et le quatrième élément rythmique.
Si maintenant on se reporte au tableau ci- dessus, on comprendra aisément que jamais les accents mobiles ne faiblissent, quelles que soient les syllabes qui les supportent, lorsque le sens sépare les éléments rythmiques du vers. Cela paraîtra évident, et c'est à peine si j'ai besoin de citer les quelques exemples suivants :
Ne craignez rien; — ce cœur — qui veut bien — m'obéir. Ma gloi — re, mon amour, — ma sûref^, — ma vie. Héros, avec qui^ — mé — me en terminant — ma vie.
Rei — ne, Dieu m*est témoin. .. — Laisse-là ton Dieu, — Maître. Et voilà — comme on fait — les bonnes mai^oT». — Va. R.
Soit! que te faut-i7? — Prends, — dit l'être — avec dédain. Les yeux — de l'éléphant, — le cou du taureau, — matire. Elle vint. — Jésus dit : — « Pourquoi pleures-/M, — /emme? » Et l'ange lui dit : — « Dieu — dési — re ta présence. Celui qui le voit — dit : — « C'est l'idiot I» — et passe. Quel temps a-t-il fait ? — Dur, — Et la pô — che ? Mauvaise. H.
Le sens, en autorisant Tintercalation d'un temps de silence entre les deux accents, isole les deux effets et leur permet de conserver chacun son intensité propre. On peut dire, pour s'exprimer avec exactitude, que, puisque la durée du silence nécessaire croît en raison inverse du nombre des syllabes du second élément rythmique, la cohésion syntaxique devra diminuer en même temps que ce même nombre de syllabes. Toutefois, la puissance de sonorité du premier accent peut compenser, dans certains cas, le défaut d'affaiblissement du lien syntaxique. Le temps de silence n'est pas alors absolument nécessaire ; il suffit que la voix, après avoir porté le premier accent à son maximum d'intensité, redescende sur la même syllabe en baissant le ton, ce qui lui permet de remonter sans effort à Taccent suivant.
Au surplus, l'importance de cette observation tient à ce qu'elle concourt à démontrer que c'est la pensée, délerminatrice de la cohésion syntaxique, qui est la créatrice du rythme. Nous allons, dès lors, assister à une lutte intéressante au sein du vers classique entre
la loi rythmique, qui tend à séparer, à rhémistiche, les éléments du vers, et le sens, qui tend à les rapprocher. C'est cette première oscillation du vers classique qui déterminera son évolution définitive vers le mode romantique.
Nous savons que Taccent de Thémistiche est fixe parce qu'il s'appuie sur un repos effectif de la voix. C'est la loi première et nécessaire du mode classique. On peut donc dire que la solidité de cet accent est en raison directe du temps de repos que le sens exige de la voix, et que, par conséquent, sa solidité serait sensiblement atteinte si le sens rapprochait, au lieu de les séparer, les deux éléments intérieurs du vers. C'est pourquoi, dans le vers classique, lorsque le sens et la cohésion grammaticale resserrent le deuxième et le troisième élément, le rythme devient instable ; et l'accent fixe de l'hémistiche, perdant son point d'appui, descend au rôle d'accent mobile. Ce changement de nature dans l'accent central du vers classique est le signe précurseur de son évolution rythmique. On peut aisément saisir sur le fait cet affaiblissement de l'accent de l'hémistiche, dû à la cohérence inusitée du deuxième et du troisième élément rythmique.
Il existe, en effet, dans Racine un assez grand nombre de vers à double rythme, c'est-à-dire dans lesquels le sens permet à la rigueur de supprimer le temps de repos de l'hémistiche et de rapprocher les deux éléments intérieurs du vers, en ne conservant que le second de leurs accents rythmiques. C'est là un fait, d'ailleurs, qui ne devra pas étonner les auditeurs attentifs, qui
auront sans doute été frappés de la façon différente dont, avec raison et par habitude d'éducation, ils lisent ces vers classiques, et dont tel ou tel acteur moderne les dit à la scène, par suite d'habitudes contractées sous l'influence du drame romantique.
Nous allons faire passer devant les yeux du lecteur un certain nombre de ces vers. Nous séparerons successivement leurs éléments rythmiques suivant les deux systèmes , et nous les rangerons suivant les formules numériques déterminées parle nouveau groupement des éléments rythmiques.
Je puis Valmer — sans ^— tre escla — ^ve de mon père. Je puis l'aimer — sans être escla — ve de mon père.
Ouvrez vos yeitx : — Songez — qu'Ores — te est devant vous. Ouvrez vos yeux : — Songez qvCOres — te est devant vous.
Quoi I votre amour — se veut — charger — d'une fune. Quoi 1 votre amour — se veut charger — d'une fune.
Très bien I mes soins — vous ont — rendu — votre con^^te. Très bien 1 mes soins — vous ont rendu — votre con^u^te.
Si je te hais, — ; est-î7 — coupa — ^ble de ma Aat'ne. Si je te hais, — est-il coupa — ble de ma haine»
Et je n'ai pu — trouver — de pla--ce pour frap/>er» Et je n'ai pu — » trouver de pla — ce pour frapper.
Toujours pumr — toujours -^ trembler — dans vos projets. Toujours punir, — toujours tremWÉr — dans vos pro^e^^.
Il te souvient — du jour — Wlus — tre et douloureur. Il te souvient — du jour iUmire — et douloureuo:.
Mon désesjooir — tourna — mes pas — vers l'Ita/ie. Mon désesjE>oir — tourna mes pas — vers rita/fe.
Adieu. Je vais — le cœur — trop plein — de votre image. Adieu. Je vais — le cœur trop j9/em — de votre image.
Qu'ai-je trouva? — Je vois — la mort — peinte à vos yeux, Qu'ai-je trouva? — Je vois la mort — peinte à vos yevix.
Ses propres fils — n'ont point — de /w— ge plus sévère. Ses propres fils — n'ont point de ju — ge plus sévère.
Je sais pourquoi — tu fuis — Vhymen — où je V envoie. Je sais pourj'uoe — tu fuis l'hymen — où je t'envoie.
Et ce vain^Mcwr — suivant — de près — sa renommée. Et ce \ainqueur — suivant de près — sa renommée.
Jamais vaisseaux — parfis — des ri — ves du Scamandre. Jamais waîsseaux — partis des ri — ves du Scamandre.
Non, je ne puis. — Cédons — au sang, — à Vamitié, Non, je ne puis, — Cédons au sang, — à V amitié.
Des sentiments — d'un cœur — si fier, — si dédaigneux. Des sentiment — d'un cœur si fier, — si dédai^neiw:.
Osai jefcr — un œil — pro/a — ne, incestuewjc. Osai jefer — un œil pro/a — ne, incestueuo:.
Et Mardoc/i^— e est-tV — aussi — de ce festin? Et MardocA^ — e est-il aussi — de ce fes/m?
Et que tout trem — ble au nom — du jDieu — qu'Esther adore. Et que tout trem — ^ble au nom du jDicm — qu'Esther adore.
DE L'ÉVOLUTION RYTHMIQUE. ni
Ai-je hesain — du sang — des boucs — et des génwses. Ai-je besoin • — du sang des boucs — et des gém^ses.
Non, je ne puis: — tu vois — mon trou — ble et ma ÎSiiblesse. Non, je ne puis : — tu vois mon trou — ble et ma fai^/e^se^
Éliadn? — J*en ai — pour el — le quelque honte. ÈViacin? — J'en ai pour eln-\e quelque Aonte.
Oui, c'est Joas; — je cher — che en vain — à me tromper. Oui, c'est Joa5; — je cherche en vain — à me tromper.
Quelquefois, — elle ai^pel — le Ores — te à son secoure. Quelquefois, — elle appelle Ores — te à son secours.
Déjà mè — me je crois — enten — dre la réponse. Déjà m^— me je crois en/en— dre la réponse.
L'orgueil/eu — se m'at/cnd — enco — re à ses genoux. L'orgueil/eu — se m'attend enco — re à ses genoux.
Que sa flam — me Mendrait — si tard — pour éclater. Que sa flam — me attendrait si tard — pour éclater.
Androma — que m'arra — che un ccsur — qu'elle dé^e^te. Androma^[ue m'arrache un cceur — qu'elle déteste.
N'a-t-il point — détourna — ses yeux — vers le palais. N'a-t-il point — détourné ses yeux — vers le palais.
Que mon cœur — démentait — ma bou — che à tous moments. Que mon cceur — démentait ma bou — che à tous moments.
J'étais né — pour servir — d'exem — pie à ta colère. J'étais né — pour servir d'exem — pie à ta colère.
Ce palais — retentit — en vain — de vos regrets. Ce palais — retentit en vain — de vos regrets.
118 VERSIFICATIOPi^FRANÇAISE.
Sa foTtu — ne dépend — de vous — plus que de moL Sa foTtu — ne dépend de vous — plus que de moi.
Je fis plus : — je chobw — moi-m^ — me dans sa suite. Je fis plus : — je choisis moi-m^ — me dans sa suite.
J'espérai — de verser — mon sang — après mes /armes. J'espérai — de verser mon sang — après mes /armes.
Tous ces yeux — qu'on voyaiY — venir — de toutes parts. Tous ces yeux — qu'on voyait yenir — de toutes parts.
Votre amour — ne peut-i7 — para( — tre qu'au séna^ ? Votre amour — ne peut-il parai— tre qu'au séna^?
Et le bruit — en ira — bientôt — à ses oreilles. Et le bruit — en ira bienM^ — à ses orei71es.
Mille soins — la rendaient — présen — te à sa mémoire. Mille soins — la rendaient présen — te à sa mémoire.
Que je viSj — que j'aimai — la rei — ^ne le premier. Que je vis, — que j'aimai la rei — ne le premier.
En quels lieux — avez-rous — choisi — votre retraite. En quels lieux — avez-vous choisi — votre retraite.
Mais qu'un trai — tre qui n'est — hardi — qu'à m'offenser. Mais qu'un trai — tre qui n'est hardi — qu'à m'offenser.
Vous a fait — devanrer — l'auro — re de si loin. Vous a fait — devancer l'auro— re de si loin.
Roi sans ^/oi— re, j'irais — vieil/ir — dans ma famille. Roi sans gloi — re, j'irais vieil/ir — dans ma fami/le.
Et vous cher — che, hrùlant — d'amour — et de colère. Et vous cher — che, brûlant d'amour — et de co/ère.
Hippo/y — te rendra — ma chat—ne plus légère. Hippo/y — te rendra ma chat — ne plus légère.
Jamais fem — me ne fut — plus di—gne de ^ïtie. Jamais fem — me ne fut plus di — gne de pi^iV.
Tes malAeur* — te prêtaient — encor — de nouveaux cAarmes. Tes malheurs — te prêtaient encor — de nouveaux cAarmes.
Jamais crain — te ne fut — plus jus — ^te que la v<Jtre. Jamais crain — te ne fut plus jus— te que la vdtre.
Qui sait mé — me où m'allait — porter — ce repentir. Qui sait mé — me où m'allait porter — ce repentir.
Je croyais — voir marcher — la mort — devant ses pas. Je croyais — voir marcher la mort — devant ses pas,
Baby/o — ne paya — nos pleurs — avec usure. . Babyto — ne paya nos pleurs — avec usure.
Vous, enfants, — préparez — un trô — ne pour Joo^. Vous, enfants, — préparez un trô — ne pour Joos.
Véyénement — n'a point — démena — mon attente. L'événement — n'a point démena' — mon attente.
Dont votre amour — le vient — d'outrayer — à mes yeux. Dont votre amour — le vient d'outrayer — à mes yeux,
Iphigéïw*— e avait — retire — dans son sein.
Iphigéni — e avait retira — dans son sein.
Et ce malheur — n'est plus — ignora — que de vous. Et ce malheur — n'est plus ignora — que de vous.
Par quel mira— cle a-/-on — obtenu — votre ^dce? Par quel mira— cle a-ton obtenu — votre ^rdce ?
Et pourquoi donc — en fai^-^re écla/er — le dessein? Et pourquoi donc — en faire écla/er — le dessein?
Quand Vempi — re devait — «mi — vre son hymén^. Quand rempt— re devait «/i— vre son hymén^.
Ma rou^ewr — ne fut pas — pr^— te à me décefer. Ma routeur — ne fut pas pré^ie à me décefer.
Crois-ft* — qu'ils me suivraient — enco — re avec plaisir? Crois-/M — qu'ils me suivraient enco— re avec plai«r?
Quel œil — ne serait joa* — trompa — comme le mien? Quel œil — ne serait pas trompa — comme le mien ?
Que les Scy — thés auraient — déroôé— e à vos coups. Que les 5cy— thés auraient déroô^— e à vos coups,
Agrippi— ne ne s'est — présent — e à ma vue.
Agrippi— ne ne s*est présenta — e à ma vue.
Mais j*ai cru — vous devoir — aver/ir — par avance. Mais j*ai cru — vous devoir aver/ir — par avance.
Mais... Quoi donc? — Qu'ave&-voiw — résolu? — D'obéir. Mais... Quoi donc? — Qu'avez-vous résolu? — D'obéir.
La vic/oi— re vous aiY — ramena — dans l'Au/ide. La victoi— re vous ait ramené — dans l'Au/tde.
Mon amour — n^avait pas — dXiendu — vos prières. Mon amour — n'avait pas attendu — vos prières.
Dieux plus doux, — vous n'avez — demanrfè — que ma vie. Dieux plus doux, — vous n'avez demanefè — que ma vie,
m. ^ Ne courons-nous pas — rcn-<!re He/è — ne à son époux.
Ne courons-nous ;mm — rendre Hété— ne à son époux.
Pendant tout le temps qu'a régné le vers classique, les poètes ont résisté à cet affaiblissement de Taccent de rhémistiche, qui avait une conséquence grave que le chapitre suivant mettra en lumière. Sans doute, je n*ai pas rassemblé tous les exemples de vers à double rythme que poucrait offrir Racine ; je crois cependant qu'on ne pourrait grossir beaucoup cette liste. Même, parmi les vers cités, le lecteur s'apercevra que quelques-uns offrent une plus grande résistance que d'autres au nouveau groupement des éléments rythmiques. C'est qu'en effet, pour que ce nouveau groupement soit possible ou satisfaisant, il faut qu'il présente une disposition particulière des syllabes toniques ou longues par rapport aux différents moments de la thésis. Nous nous appliquerons plus loin à mettre en lumière ce point important.
Quoi qu'il en soit, ce sont ces rythmes légèrement instables du vers classique qui avaient dès longtemps préparé l'oreille à l'évolution romantique. Mais jusqu'à notre époque la concordance entre la cohésion syntaxique et le mode classique n'était qu'affaiblie ; la dis-
cordance n'était pas assez forte pour amener un nouveau mode de versification. C'est toutefois ce passage d'un système à un autre qu'il faut bien saisir pour comprendre la portée de la révolution rythmique dont notre siècle a été témoin.