VERS DE TROIS SYLLABES, AVEC UN ACCENT RYTHMIQUE
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Sar- ra - sin.
Mon voi - sin.
(SCARRON
Pour compléter ee tableau, il faudrait y joindre les
vers de deux et de une syllabe. Mais, nous Tavons déjà dit, ces vers se joignent presque toujours à de plus grands, et dans ce cas augmentent la durée de ceux-ci d'une mesure. Voici un exemple pris dans La Fontaine :
Je gage Qu'on verra, s'ils sortent de cage, Beau jeu.
Ces vers, où se trouve un vers de huit syllabes comptant douze unités de temps, se résoudront en une période mélodique de quatre mesures.
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Je ga - ge qu'on ver- ra, s'ils sortent de ca- ge^ beau jeu.
Il en sera de même pour les vers de une syllabe. Voici un vers de une syllabe encadré entre un vers de six et un vers de quatre syllabes :
Songez que tout amant
Ment Dans ses fleurettes. (Panard.)
Nous aurons donc également ici une période mélodique de quatre mesures.
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Son - gez que tout a - niant ment dans ses fleu - rettes.
Mais, dans le cas où Ton voudrait, pour un temps naturellement très court, faire jouer à ces vers de une ou de deux syllabes le rôle d'unités métriques, et construire
une suite plus ou moins longue de vers semblables, on ne pourrait y arriver qu'en plaçant le premier accent sur le temps fort, le second sur la partie forte du temps faible, ou vice versa. Toutefois , on parviendra à élever les vers de deux syllabes au rôle d'unités métriques en multipliant les syllabes féminines, ce qui, en réalité, fait l'effet de vers de trois syllabes. Ainsi peuvent se couper ces vers de Victor Hugo :
On dou - te la nuit ; j'é - cou - te, tout fuit, tout
zr^iz
pas - se ; l'es - pa - ce ef - fa - ce le bruit.
Nonobstant, les vers de trois syllabes ont souvent beaucoup de tendance à se ranger deux par deux dans la même mesure, une rime sur le temps fort et la suivante sur le temps faible.
Mais quittons ces monomètres un peu courts, qui ne trouvent qu'un emploi très rare. Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur le tableau que nous avons dressé de tous les vers en usage dans la poésie française, nous apercevrons aisément qu'un certain nombre d'entre eux ne peuvent que difficilement être maintenus au rôle d'unités métriques, vu leur peu de stabilité. En effet, la première condition d'une unité métrique, c'est d'être autant que possible rigide et inextensible. Or, plusieurs de ces vers, à cause du nombre de syllabes relativement élevé qui entre toujours au moins dans un de leurs éléments rythmiques, ce qui est favo-
rable à Tapparition de nouveaux accents, sont sujets à passer à chaque instant de la classe à laquelle ils appartiennent à la classe supérieure. Il en est ainsi des vers de cinq, neuf, onze, treize, quatorze, quinze et seize syllabes. Seuls (en négligeant le vers très court de quatre syllabes), les vers de six, sept, huit, dix et douze syllabes peuvent et ont pu en efîet jouer le rôle d'unités métriques et régler une plus ou moins longue suite de vers isomètres. Nous avons à peine besoin de faire remarquer que, par le fait de l'apparition d'un nouvel accent rythmique, les tétramètres deviendraient des pentamètres, les pentamètres des hexamètres, etc. Le poète, sans doute, est libre de placer les accents rythmiques mobiles sur les syllabes qu'il lui convient, à cette condition toujours sous-entendue que les divisions rythmiques de son vers correspondent aux divisions logiques de sa pensée. Mais il doit donner toute son attention aux accents rvthmiques qui pourraient surgir inopinément, car un accent de plus augmente la durée du vers d'une mesure. Si c'est là précisément ce que le poète veut obtenir, il lui sera loisible de favoriser par la composition de son vers l'apparition de cet accent; mais, dans certains cas, cet accent imprévu surgit contre son intention même. En effet, c'est fort souvent la position du premier, accent mobile qui rend nécessaire l'adjonction d'une mesure dans un vers qui ne le comporte pas, ou qui force la voix, qui se refuserait à ce ralentissement du vers, soit à déplacer l'accent, soit à opérer une modification dans la division du temps. Le vers de huit syllabes, en particulier, est sujet
à cet accident rythmique. La césure y est libre ; mais il est nécessaire que le poète sache à quoi il s'expose en plaçant un accent rythmique sur la première syllabe. Un exemple éclaircira immédiatement cette question de détail. Dans ces vers de J.-B. Rousseau :
Loin de vous, — l'aquilon fougueux Souf—ûe sa piquante froi^^ure; La ter — re reprend sa verdure , Le ciel bril — le des plus beaux feux.
Le second vers supporterait facilement un troisième accent rythmique sur piquante :
Souf—He sa i^iquan — te froidure.
Cependant le mouvement général de la pensée ne comporte en aucune façon lin allongement du vers et un ralentissement dans la diction. Aussi il se trouvera des lecteurs inexpérimentés qui, n'ayant pas étudié cette pièce, seront entraînés, en la déchiffrant à première vue, à déplacer l'accent rythmique et à lire :
Souffle sa — piquante froirfwre,
ce qui est absolument inadmissible. Or, en dehors de la possibilité qu'a la voix de placer un troisième accent SUT piquante (ce qui allonge l'octosyllabe de six unités de temps), il existe trois moyens de remédier musicalement à cet accident rythmique. Premièrement, la voix introduira un triolet dans la mesure et lira :
Souf-fle 8a pi-quan-te f roi - dure.
Deuxièmement, la voix pourra reporter le mot souffle sur le temps faible de la mesure précédente et le prolonger sur le temps fort au moyen d'une syncope :
Loin de vous TAqui-lon fou-gueux souf - fie sa piquante froidure.
Enfin, troisièmement, la voix pourra changer la mesure, et passer de la mesure à six-huit à la mesure à deux temps :
Loin de vous l'Aqui-lon fou-gueux souf-fle sa piquante froidure.
Toutefois, par l'emploi de ce dernier procédé, nous glissons de la poésie, soumise à l'égalité des rythmes, dans la prose, qui se dit sur des rythmes inégaux. On voit donc combien cet accent rythmique, placé sur la première syllabe d'un vers de huit syllabes, offre de difficultés au lecteur. Sans doute la voix est un instrument complaisant, dont l'instinct et l'habitude nous ont appris à nous servir fort habilement; mais il ne faut la forcer à recourir à ces savants artifices de diction qu'en connaissance de cause et en vue d'obtenir un effet particulier. Il faut donc, et c'est là où je voulais en venir, que le poète facilite au lecteur l'emploi de l'un de ces artifices par la composition de son vers et par le choix des syllabes successives, dont la légèreté sera un stimulant, ou la lourdeur un obstacle à l'agilité de l'organe vocal.
Chacune de ces unités métriques secondaires pourrait
ôtre l'objet d'une étude semblable à celle que nous avons faite du vers de douze syllabes. La récitation pourra de même réduire ou augmenter leur portée mélodique. Quant à la disposition des accents toniques, nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit dans le huitième chapitre. Tous ces vers se composent,, comme le vers fondamental, d'éléments rythmiques qui varient de une à six syllabes, et sur lesquels par conséquent les accents toniques se distribuent exactement suivant les mêmes lois.
Sans épuiser les nombreuses remarques auxquelles pourrait donner lieu une étude approfondie de ces différents mètres, nous passerons à un autre ordre d'idées, et nous rechercherons ce qui règle l'adaptation d'un vers choisi comme unité métrique aux idées ou aux sentiments que l'on veut exprimer. Il est évident que le poète emploiera toujours de préférence un vers qui soit en rapport avec la vivacité ou la gravité des sentiments qui l'animent. Tel vers est vif, léger, rapide; tel autre est lent, grave, pompeux. Le pas d'un régiment en marche n'est pas celui d'une procession. L'homme joyeux frappe allègrement la terre; l'homme grave affecte une démarche plus noble et plus lente. Chaque vers a ainsi un caractère qui lui est propre et qui se trahit par son allure, c'est-à-dire par le plus ou le moins de vivacité qu'il imprime au débit. Ce qu'il est donc essentiel de déterminer, c'est la vitesse relative de chacun des vers de la poésie française.
Il est évident que, si, après avoir prononcé un certain nombre de syllabes en un certain temps, nous les pro-
nonçons de nouveau dans un temps double, nous aurons parlé la seconde fois avec une vitesse deux fois plus petite. Si, au contraire, dans le même temps nous prononçons un nombre double de syllabes, nous aurons parlé deux fois plus vite. La vitesse relative d'un vers quelconque pourra donc être représentée par le rapport du nombre de ses syllabes au temps employé à les prononcer.
Soit Sy s\ / les nombres de syllabes qui entrent dans des vers différents; soit t, f, f les temps que dure chacun des vers ; les vitesses i?, v^ v" seront représen-
tées par les fractions —, --r, yr- Si nous choisissons un
certain temps T, tel qu'il soit un multiple de ^, de t\ de t'\ et si nous désignons par ^, ^', tî' les coefficients nécessaires pour que ^^=T, ^Y=T, 7Î'f=^T, nous pourrons
ns ris' rî's"
représenter les vitesses par les fractions -=7, m 7 rp ,
ou plus simplement par les produits ris, rîs\ ri's".
Or, pour tous ces vers, nous connaissons le nombre de leurs syllabes et le temps que dure chacun d'eux. Ce temps est de vingt-quatre, dix-huit, douze ou six unités de temps. Nous voyons aisément que soixante-douze sera un multiple commun aux différentes durées de ces vers. Pour trouver leurs vitesses relatives, il suffira donc de multiplier le nombre de syllabes des té- Iramètres par 3, le nombre de syllabes des trimètres par 4, le nombre de syllabes des dimètres par 6 et le nombre de syllabes des monomètres par 12. Nous pourrons donc dresser le tableau des vitesses, en dési-
fîSkl
gnaiit les vers par le nombre de leurs syllabes, Tindice indiquant, ce qui est essentiel, le nombre des accents rythmiques.