‹ Traité général de versification françaiseChapitre 54 sur 54 · TERCET · texte numérisé non relu

TERCET

Quelques-unes des formes irrégulières du sonnet sont d'ailleurs excellentes.

Ma

Les poèmes m rimes tiercées (la term rima des Italiens). — Ces poèmes sont d'origine italienne et préti - p sentent un très ingénieux entrelacement de

rimes. Ils sont formés par une suite indéterminée de tercets, Je premier et le troisième vers de chaque tercet rimant avec le second vers du précédant.

Au dernier tercet on ajoute un vers final ^ - ^\ qui complète le système des rimes. Le nom-

bre des vers est indéterminé; il est toujours égal à un multiple de 3 plus 1. Mais si on le commence sur une rime féminine, on devra désirer qu'il se termine sur une rime masculine. Dans ce cas, le nombre de vers sera égal à un multiple impair de 3 plus 1. On trouvera de charmants modèles de ces poèmes en rimes tiercées dans les œuvres de Théophile Gautier. Ce fut, croit-on, dans les premières années du xvi^ siècle que la terza rima des Italiens s'introduisit en France.

Je n'ai rien dit de la Glose, de V Acrostiche et de bien d'autres poèmes anciens. Je ne crois pas non plus qu'il soit utile de parler de la Sextine, qui ressemble au jeu 4;as Bouts-rimés, si ce n'est pour rectifier encore une erreur souvent reproduite. En effet, ce petit poème, d'origine italienne, n'est pas d'importation moderne; 0» car on trouve deux sextines dans les Erreurs ammc-

reuses de Pontus de Thyard, aux pages 29 et 75 de l'édition de 15S5. Nous ne donnerons pas non plus les lois du Pantoum, très rarement employé, malgré le charme

qu'il doit à rentrelacement poétique de deux pensées qui semblent s'appeler et se répondre. A plus forte raison ne dirons- nous rien des vers figurés^ lettrisés^ m rétrogrades, ni de toutes^ lè^ combinaisons de rimes, telles que la Kyrielle^ la Mtelée, la fraternisée, etc., dont nos aïeux se firent trop longtemps un jeu quelque peu puéril.

De tous les petits poèmes "anciens que nous avons #

examinés rapidement, un grand nombre est aujourd'hui ^ hors d'usage. Il n'y a pas à le regretter. Plusieurs *#

d'entre eux, par la répétition exagérée des mêmes rimes, ^ ^ ^

forcent l'esprit à une gymnastique peu digne de la poésie, quoiqu'elle atteste la merveilleuse habileté d'un î^ ^^

poète. Ceux qui, seuls, ont survécu, sont le triolet, • *^

dont la forme est courte et piquante, et le sonnet qui peut prendre tous les tons. Amoureux et héroïque tour à ^

tour, le sonnet a eu de hautes destinées. Quelques-uns '^ -m

de ceux composés par Ronsard et par du Bellay s'élèvent .'^ ^

jusqu'aux régions les plus élevées de la poésie. Aujour- - - ^ * ^ d'hui le sonnet, ciselé jusqu'à la perfection, s'il n'a pas -m. perdu sa fierté, a du moins abaissé son ambition. Dans cette charmante prison, où s'ébattent de merveilleux chanteurs, l'aigle ne peut ouvrir ses ailes : il lui faut l'espace et le ciel libre ! ,

Nous devons nous arrêter. En quittant le domaine du poème lyrique simple, pour explorer celui du poème lyrique complexe, c'est-à-dire formé de parties lyriques diversement agencées, qui sont chacune une ode à périodes simples ou composées, nous sortirions des

bornes que doit se proposer un traité de versification. ^ Il n'y a pas de limites précises qui séparent la métrique

de la poétique, la poétique de l'esthétique et l'esthéti- ♦ ^ ^ Que de la psychologie. Il f^ut savoir s'en poser et résister

à une ascension qui n'aurdtf pas de fin. D'un |K)mmet, on aperçoit les sommets plus élevés qu'on ambitionne d'atteindre; mais tous ne sont que d'humbles degrés que monte la peBteée humaine. En s'élevant de l'un à l'autre on perd déjà la terre de vue, qu'on n'en- ^ • • trevoit qu'à peine les premières pentes du sommet inac- ^ ^ cessible qui se dérobe dans l'infini.

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