‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 118 sur 344 · LAB · texte numérisé non relu

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rouges, bleues et jaunes. Ce poisson , que l'on pêclie sur les rochers de l'Angleterre, est souvent désigné par les pêcheurs sous le nom de tanche de mer.

Le Labre double tache a i5 rayons aiguillonnés et II rayons articulés à la dorsale; 14 rayons aiguillonnés, et 8 rayons articulés à l'anale; des filamens aux rayons de la nageoire du dos , et aux deux premiers rayons de chaque thoracine ; l'anale en forme de faux ; une grande tache sur chaque côté du corps et sur chaque côté de la queue. On le pêche dans la Méditerranée.

Le Labre ossifrage a 17 rayons aiguillonnés et i4 articulés à la dorsale; 3 rayons aiguillonnés et 10 articulés à l'anale. On le pêche dans les mers de l'Europe.

Le Labre-Tourd a 18 rayons aiguillonnés et i5 rayons articulés à la nageoire du dos ; 3 rayons aiguillonnés et 12 rayons articulés à l'anale ; le corps et la queue allongés ; la partie supérieure jaune , avec des taches blanches ou vertes , et quelquefois avec des taches blanches bordées d'or au-dessus du museau. Ce poisson parvient à plus d'un pied de long ; il se trouve dans la Méditerranée et dans la grande mer; on en mange à Marseille, où on l'apporte souvent au marché.

Le Labre maillé, lahnis vinosus ( Lin.), a i5 rayons aiguillonnés et 10 articulés à la dorsale; 3 rayons aiguillonnés et 9 articulés à celle de l'anus; le corps ovale, comprimé et de couleur verte, avec un réseau rouge ; une tache noire sur chaque opercule et sur la dorsale, des bandes et des filamens rouges à la nageoire du dos. Il habite la Méditeiranée, et se vend à Marseille.

Le Labre tacheté , lahnis guttiirus ( Lin. ) , a 1 5 rayons articulés à la dorsale; 3 rayons aiguillonnés et I I articulés à l'anale; la couleur générale rougeâtre ; un grand nombre de points blancs disposés avec ordre; des taches noires; une tache au milieu de la caudale. On le pêche dans la Méditerranée.

Le Labre-Canud. V. Canud,

Le Labre-Vieille. V. Vieille.

Le Labre-Diane a 12 rayons aiguillonnés et 10 rayons articulés à la dorsale ; 2 rayons aiguillonnés et i3 articulés à l'anale; la nageoire dorsale présentant trois portions distinctes ; la caudale arrondie ; 4 grandes dents au bout de la mâchoire supérieure, et 2 au bout de la mâchoire inférieure. Il habite la crande mer.

Le Labre neustrien. On le connaît, à l'embouchure de la Seine 5 sous le nom àe grande vieille et de bandoulière marbrée. Ce poisson, qui habite les mers de l'Europe , a 20 rayons articulés à la nageoire du dos ; 3 rayons aiguillonnés et 7 articulés à celle de l'anus; 7 rayons à la membrane branchiale; la caudale arrondie; les dents égales, fortes et séparées l'une de l'autre ; le dos marbré d'aurore , de brun et de verdàtre ; les côtés marbrés d'aurore , de brun et de blanc.

Le LABRE-CALOPS,que l'on connaît à Dieppe sous le nom de brune , et que l'on trouve dans les mer^ de l'Europe, a 12 rayons aiguillonnés et 8 rayons articulés à la dorsale; i3 rayons à l'anale; le premier et le dernier de ces rayons articulés ; l'oeil

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très-grand et très-brillant ; la ligne latérale droite ; les écailles fortes et larges j la tète dénuée d'écaillés semblables à celle du dos 5 une tache grande et brune au-delà, mais proche des pectorales.

La troisième section des labres renferme les es-

f'èces dont la nageoire dorsale est divisée en trois obes ; mais aucune de ces espèces n'habite les mers de l'Europe.

LAC, du latin lacus. Grand amas, grande étendue d'eaux douces et dormantes, qui ne tarissent jamais et ne se communiquent à la mer que par quelques rivières ou quelques canaux souterrains. Ils ditTèrent des étangs en ce qu'ils ne tarissent point, et que les étangs tarissent quelquefois.

La police pour la pèche dans les lacs est la même que pour celle dans les fleuves et les rivières. Voy. l'ordonnance de 166g et les mois Etang et Pêche.

LACCIA. Nom de l'alose à Rome.

LACERT ou LACERET. L'un des noms de la Lyre. V. ce mot.

LACEUR. Synonyme de maîHeur : ouvrier qui fait des filets. V. Filet.

LACHE. Poisson qui ressemble à une petite alose, et qu'on prend assez abondamment à Agde.

LADOG. Espèce de hareng qu'on pêche en Moscovie , dans le lac Ladoga.

LAGUILLIÈRE. Rets en usage à Marseille, fait avec du fil de lin très-fin et double, de i5 mailles au pan , et de 200 brasses de long sur 6 de large.

LAGUNE. Espace de mer qui a peu de profondeur, qui couvre un fond sablonneux, et qui, d'espace en espace, est entrecoupé par des îlots presque à fleur d'eau.

LAICHE. On appelle ainsi, dans certains pays, les lombrics ou vers de terre. V. Appât.

LAITE ou LAITANCE. On donne ce nom à la semence des poissons mâles, qui est ordinairement blanche. V. Frai^ Poisson.

LAITE AU. C'est le nom que l'on donne, à l'embouchure de la Loire, au mâle de la feinte, poisson du genre des clupés. V. Feinte.

LAME. Poisson. V. Cépole.

LAAIENTIN, trichecus. Genre de quadrupèdes dans l'ordre des amphibies. Les lamentins ont beaucoup de rapport avec les plioques , et ils en ont aussi avec les cétacés. Ils n'ont que 2 pieds proprement dits, et l'espèce de nageoire horizontale qui termine la queue tient lieu de pieds de derrière.

Description. — Les caractères principaux de ce genre sont d'avoir une tête petite 5 un cou fort court; des yeux petits et placés, pour l'ordinaire, entre le bout du museau et les trous auditifs, qui sont à peine apparens ; des narines garnies de poils, ou plutôt de soies courtes ; le corps épais , et très-gros jusqu'à l'endroit où commence la queue, diminuant ensuite de plus en plus jusqu'à la naissance de la nageoire , qui termine cette queue en forme d'éventail étendu horizontalement; une peau très-épaisse, raboteuse, et dans quelques espèces parsemée de poils rares ; une langue étroite; la verge du mâle assez semblable à celle du cheval ; la vulve de la femelle assez grande et située au-dessus de l'anus , tandis que dans les autres animaux cette partie est placée au-

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dessous j enfin, sur la poitrine deux mamelles Irèsgonflées durant la gestation et l'allaitement.

Les lamentins ont l'instinct et l'habitude de la sociabilité. L'attachement entre les membres de la même famille s'étend à la troupe entière; tous se défendent et se secourent mutuellement ; loin de fuir l'homme , le plus implacable de tous leurs ennemis , ils s'approchent de lui sans défense, et s'offrent pour ainsi dire eux-mêmes à ses coups et à leur propre destruction.

Habitation. — On trouve des lamentins aux environs des Antilles , au Kamtschatka, sur les côtes de l'Amérique méridionale et au Sénégal.

Nourriture. — Ils ne se nourrissent que d'herbes marines, et on ne les trouve que dans les endroits où ces herbes sont abondantes , toujours dans le voisinage des côtes ; mais ils ne viennent jamais sur terre , et ils n'y peuvent même ramper comme les phoques. Lorsqu'ils sont repus, ils s'endorment et nagent le ventre en haut.

Propagation. — C'est ordinairement vers le soir que leur accouplement a lieu : la femelle , dans cet acte, se renverse sur le dos. Sa gestation dure une année entière , et sa portée n'est que de deux petits et souvent d'un seul.

Qualités. — Leur lard et leur chair se mangent, et forment une grande ressource pour les navigateurs et pour les peuples qui habitent les parages fréquentés par ces animaux. Le lait de la femelle est gras et d'un goxit approchant de celui de la brebis.

ESPÈCES

On connaît six espèces de lamentins, et qui sont :

Le Grand-Lamentin des Antilles, qui a la peau rude , épaisse , de couleur d'ardoise et parsemée de poils ; plus de 32 dents molaires ; les pieds antérieurs ou les bras munis de cinq ongles fort courts , et assez semblables à ceux de l'homme ; 5?. vertèbres.

Le Grand-Lamentin DU Kamtschatka, espèce beaucoup plus grande que la précédente , et qui a 23 pieds de longueur, 19 pieds de tour et 8,000 liv. de poids. Elle est commune sur les côtes occidentales du nord de l'Amérique, et autour des îles situées entre ce continent et le Kamtschatka. La graisse de ce lamentin enveloppe tout son corps ; elle a bon goiit et bonne odeur : on peut l'employer aux mêmes usaj^es que le beurre et pour suppléer à l'huile à brûler. La chair est fort dure, et a besoin d'une longue cuisson pour être mangeable; mais son goût est le même que celui de la viande de bœuf.

Le Grand-Lamentin de la mer des Indes.

Cette espèce , que M. Sonnini croit être la même que le lamentin des Antilles, se trouve aux Philippines et à l'île Rodrigue ; elle a environ 20 pieds de longueur, la peau noirâtre et parsemée de quelques poils rares; des dents molaires seulement aux deux mâchoires.

Le Petit-Lamentin d'Amérique, espèce nombreuse sur les côtes de l'Amérique méridionale , réj^andue dans les fleuves, les rivières et les lacs de cette partie du monde , et qui fréquente alternativement les eaux salées et les eaux douces. Il y aune très-grande quantité de ces animaux le long des ri-

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vages bas et noyés de la Guiane , entre l'Oyapoek et le fleuve des Amazones. Leur pêche peut devenir , pour la colonie de la Guiane, une nouvelle ressource et un objet de commerce d'une assez grande importance. Ce lamentin, appelé par les sauvages monati, a ordinairement 8 à 1 2 pieds et quelquefois 1 6 pieds de longueur; sa tête est épaisse et ronde , son museau plat ; sa peau rude et parsemée de poils raides et rares; il n'a que des dents molaires; il mange l'herbe des fonds élevés et celle qui borde les rivages , quand il peut l'atteindre en avançant sa tête sans sortir entièrement de l'eau. Cet animal est fort gras , et sa chair, lorsqu'il est jeune, approche, pour le goût , de celle du veau. On la sale , et alors elle n'est plus qu'un aliment grossier , que les colons réservent ordinairement pour la nourriture de leurs nègres.

Le Petit-Lamentin du Sénégal ne diffère que très-peu du petit lamentin d'Amérique. Il n'a que 8 pieds de long, et pèse environ 800 livres. Il a la tête conique et d'une grosseur médiocre ; les yeux ronds; des dents molaires aux deux mâchoires; le cuir épais et d'un cendré noirâtre; la graisse blanche et la chair d'un rouge pâle. Il se trouve à l'embouchure du fleuve Sénégal. Les nègres Jolofes l'appel- . lent lercou.

Pêche du lamentin.

On attend que le lamentin paraisse endormi , le mufle à moitié hors de l'eau ; on tâche de s'en approcher avec un canot, et dès qu'on est à portée de le harponner , un des pêcheurs lui jette son harpon de toute sa force , et laisse ensuite filer le cordeau qui y est attaché ; dès que l'animal se sent frappé , il s'enfuit, et emporte avec lui le croc et le cordeau, à l'extrémité duquel on a soin d'attacher un gros morceau de liège pour servir de renseignement. Le canot suit le lamentin , et quand on est à portée, on le darde une seconde fois , afin d'accélérer la perte de son sang. Quand on s'aperçoit qu'il commence à s'affaiblir, on reprend l'extrémité du cordeau, et on le roule jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que quelques brasses , et à l'aide de la vague on tire l'animal vers le bord, ou bien on achève de le tuer dans l'eau à coups de lance. Il faut souvent une voiture attelée au moins de deux bœufs pour le transporter.

Cette pêche n'est pas assez connue ; elle pourrait faire l'objet d'un commerce assez considérable.

LAMIE. Nom que l'on donne quelquefois au JX.equin. V. ce mot.

LAMPOTE. Nom vulgaire àes patelles, coquillage dont on emploie la chair pour amorcer les lignes : de là le nom de lampote , qu'on donne aux espèces d'appâts qui sont faits avec la chair de ce coquillage.

LAMPRESSE. Nappe de filet dont les mailles n'ont qu'un pouce et demi d'ouverture. Il est du genre des demi-folles. V. Lamproie et Folles.

LAMPROIE. Nom spécifique de plusieurs espèces de poissons du genre /Je^roTOj>^zo7f, et principalement de la plus grosse espèce de ce genre.

La dénomination de lamproie vient du latin lampetra ou lambreda, qui dérive des mots lambcre ,

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lécher, et petra, pierre; dénomination qui a rapport à l'habitude commune à toutes les espèces de lamproies de s'attacher aux rochers avec beaucoup de force.

Les lamproies ont la forme générale et même quelques-unes des habitudes des serpens. Leurs parties solides se réduisent à une longue corde cartilagineuse, qui renferme la moelle vertébrale sans aucune côte ; leur canal alimentaire est sans sinuosités ou appendices. Ces poissons peuvent perdre, sans mourir, de très -grandes portions de leur corps.

Histoire. — La lamproie n'a point été connue des Grecs. Aristote n'en a point parlé , et il est probable que, de son temps, on la confondait encore avec les serpens d'eau, ou qu'elle était très-rare dans les mers de la Grèce.

Les écrivains romains se taisent également sur ce poisson , et le nom latin sous lequel il est aujourd'hui connu lui fut donné dans le moyen âge , époque où il était péché en Angleterre , en France et en Espagne.

On voit dans d'anciens actes rapportés par Noël, dans son Histoire des Pêches, qu'en Angleterre il était fait des donations de ces poissons à des abbayes, et que les souverains de ce royaume en consommaient beaucoup pour leur table. On apportait aussi à Londres des lamproies salées; car il en est fait mention, en i3o6 , dans le tarif des droits de pontage de cette capitale. Henri 1er. mourut , diton , à Lyons-la-Forêt en Normandie , pour en avoir mangé avec excès.

Il paraît, d'après des actes de 1418 et 1422, qui chargeaient des marchands de lamproies d'approvisionner la table du roi d'Angleterre et de fournir aux besoins de l'armée , qu'il y avait dans la Seine une pêche abondante de ce poisson, entre Honfleur et Rouen , occupés alors par les Anglais : on y salait les lamproies , ainsi que cela se pratiquait en Bretagne dès 1200. Le goût des Anglais pour la lamproie se perdit ensuite; et il paraît que, sous le règne d'Elisabeth et même dès Henri VIII, la nation anglaise ne recherchait plus ce poisson.

Il a joui en France d'une estime non moins grande. Il n'était permis de l'apporter à Paris qu'en plein jour ; et il est seul cité comme poisson d'eau douce dans l'ordonnance de police de Charles VI , en \l\\S.

Il en est également parlé dans un acte de 1 133, relatif à la ville de Compostelle, en Espagne, dans lequel le prix de la lamproie et d'autres poissons est fixé par l'archevêque Gelmirez.

Des dijférentes espèces de lamproies.

La La-mproie proprement dite, petromyzon mariniis Lin. (V. la PI. II,fig. i.)

Description. — Ce poisson parvient à une grosseur considérable, 6 ou 8 pieds de long et 4 pouces de diamètre. 11 a le corps allongé et cylindrique , comme celui du serpent; la queue épaisse, courte, arrondie, et s'amincissant à l'extrémité; la peau lisse, dure , visqueuse , très-glissante, et d'un vert brun sur la tête , où l'on voit une tache ronde et blanche ; le ventre blanc ; la couleur générale variée de taches bleues et blanches ; quelquefois la

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couleur est jaune, et l'on y voit des membranes verdàtres. Le dos est recouvert de deux nageoires séparées et basses, dont la couleur est d'un jaune mêlé de rcuge ou brun orangé 5 celle de la queue est bleuâtre.

La lamproie n'a point de nageoire pectorale ; elle a la tète arrondie ; les yeux petits, ronds et enfoncés ; l'iris jaune et pointillé de noir ] derrière la tète, un évent entouré d'une membrane saillante et communiquant avec la bouche ; les lèvres épaisses, charniies , déchiquetées et spongieuses: la bouche arrondie j plusieurs rangées de cinq ou six dents , disposées en cercle ; ces dents recourbées, creusées, aiguës, de couleur orange, formées d'une matière osseuse, mais enchâssées dans la chair j la langue offrant aussi des dents eu forme de scie. Ce poisson n'a pas d'ouïe 'j il respire par sept ouvertures placées de chaque côté sur une même ligne , et c'est par ces ouvertures qu'il rejette l'eau qu'il a avalée.

Habitation. — La lamproie habite les mers d'Europe, d'Asie et d'Amérique, d'où elle remonte dans les rivières, au printemps, pour y déposer son frai, après quoi elle retourne à la mer. Comme l'anguille, avec laquelle elle a de grands rapports , elle nage par ondulations latérales, à la manière des serpens j elle rampe aussi fort bien sur terre, où elle peut rester long-temps sans inconvéniens, pourvu qu'il ne fasse pas trop chaud. Elle s'attache avec tant de force aux corps solides, par le moyen de sa bouche, qu'on a enlevé, avec une lamproie de 5 livres, une pierre de 1 2 livres contre laquelle elle était fixée.

Nourriture. — Les lamproies se nourrissent de vers marins et fluviatiles, de très-petits poissons, de charognes, etc.

Propagation, — Aux mois de mars , avril et mai , les lamproies quittent la mer, et entrent dans les fleuves et rivières j les femelles pour y déposer leurs œufs, les mâles pour les féconder 5 elles multijilient beaucoup, et il parait, contre l'opinion des anciens, qu'elles vivent long-temps, quoiqu'elles croissent assez promptement. A l'arriére-saison , les petits , qu'à Bordeaux on appelle pibales , gagnent la mer avec les vieilles lamproies qui ont échappé aux filets des pêcheurs.

Ennemis. — Les lamproies ont pour ennemis les brochets, les silures, les loutres, etc., contre lesquels elles n'ont pour moyens de salut que la vitesse de leur fuite et l'habitude de se tenir, pour la plupart du temps, cachées dans la vase, dans les trous du rivage ou sous les dunes. On leur donne encore pour ennemis des insectes qui s'attachent à leurs yeux, en sucent l'humeur et les aveuglent.

Qualités. — La chair de la lamproie est délicate ; mais quand elle est trop grasse , elle est difficile à digérer. On dit qu'elle est un peu échauffante , et que celle du mâle vaut mieux que celle de la femelle. Lorsque la lamproie sort de la mer, sa chair est plus tendre et plus savoureuse que lorsqu'elle a séjourné long-temps dans les rivières. Les pêcheurs appellent lamproie cordée celle qui , étant prise en mauvaise saison, est devenue dure et sèche. On mange la lamproie ordinairement cuite dans l'eau et à la sauce blanche, ou cuite sur le gril et à la sauce piquante; on en fait aussi d'excellens pâtés.

Il est certaines rivières où les lamproies sont si abondantes , qu'on ne peut les consommer fraîches : dans ce cas, il est avantageux, à l'exemple des pêcheurs du nord de l'Allemagne , de les faire cuire sur le gril , et de les mettre dans des barils avec une saumure composée de vinaigre, de sel, de feuilles de laurier , de thym et de poivre ; elles se conservent très -bien ainsi pendant plusieurs mois, surtout lorsqu'on les tient dans une cave.

Pêche de la lamproie.

L'ordonnance de 1669, qui défend de pêcher en temps de frai, excepte de cette prohibition la pêche aux saumons, aloses et lamproies , que l'on peut prendre en tout temps. Cette exception est fondée sur ce que c'est principalement dans le temps du frai que l'on peut prendre ces poissons voyageurs.

Comme la lamproie ne fait que sucer, on n'en pêche aucune avec la ligne.

On la prend à la main et avec la fouane , comme les anguilles, avec des nasses, des louves, et avec le filet dit lampresse.

Pêche à la main. — Il y a des personnes exercées qui prennent ce poisson à la main, en jetant, dans les endroits où il se trouve une composition faite avec de la chair d'esturgeon , 8 drachmes de graine de rue sauvage , et autant de graisse de veau , mêlées ensemble, bien pilées et réduites en petites boulettes de la grosseur d'un pois. Cette amorce les étourdit et les enivre ; mais de semblables appâts sont défendus par l'ordonnance de 1669.

Pêche d la fouane. — Cette pêche se fait pendant la nuit, au moyen de feux.

Pêche avec les nasses. — Les nasses dont se servent les pêcheurs de Nantes pour prendre les lamproies ont la forme d'un cône. A l'un des bouts est un goulet qui se resserre beaucoup, et que l'on présente au courant le plus rajjide.

A l'embouchure de quelques rivières , comme celle de la Loire, on construit en bois et en pierres des chaussées, sur lesquelles on établit les nasses; des pieux enfoncés en travers de la rivière , dans les endroits où le flot se fait sentira chaque marée, maintiennent des pierres sèches que l'on jette entre eux et qui en surmontent la tête d'un pied au moins. On profite, pour se livrer à ce travail , des eaux basses de l'été ; mais à l'époque de la pêche des lamproies, qui commence à Noël , si le temps est convenable et s'il n'y a point de glace , il y a sur ces chaussées jusqu'à 10, 12, i5 et même 20 pieds d'eau.

Ces pêcheries s'appellent duits : on y place des nasses d'environ 6 pieds de long , à ventre fort gros et à large ouverture. Les baguettes ou tiges dont elles sont formées doivent être assez serrées pour c|u'on ne puisse placer les doigts entre deux sans les forcer un peu. Le dessous doit être plat , et le goulet, qui commence dès l'entrée, va presque jusqu'au bout , où la nasse lorme une petite gorge , et où il y a une espèce d'anse ou d'organeau aussi d'osier.

Il y a tout-à-fait au fond une ouverture, bouchée , dans les unes, avec un tampon de paille ou de foin, dans les autres avec une petite porte d'osier arrêtée avec une cheville : c'est par là que les pêcheurs tirent hors des nasses les lamproies qui s'y sont prises.

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Pour tendre les nasses et les placer sur les duits, les pêcheurs passent dans l'anse d'osier ou l'organeauun lien d'osier tors, qu'ils nomment tresseau , et qui est en forme de cordage et long de 5 à 6 brasses. A l'autre bout du tresseau, ils attachent une grosse pierre de loo à i5o livres pesant, qui sert d'ancre, et que l'on pose en amont du duit. Chaque nasse a son tresseau et sa pierre ; on l'arrête sur le duit de manière que l'ouverture en soit exposée à la mer. Ces instrumens restent 3 ou 4 mois à l'eau.

Lorsque les pêcheurs relèvent les nasses pour en retirer les lamproies qui y sont entrées, ils accrochent avec une hampe ou gauffe le tresseau , sans être obligés de remuer la pierre , et ils replacent de même les nasses après qu'ils ont pris les lamproies, lis ne manquent pas de les visiter une fois par jour. Un duit porte 4o à 6o nasses , se touchant l'une à l'autre par leurs côtés.

Pêche à la louve. — La louve ou le loup, qu'il ne faut pas confondre avec le verveux double, auquel on donne aussi le nom de loup ou louve dans quelques endroits, est une espèce de filet en nappe, dont les mailles ont ordinairement de i6 à 17 lignes en carré , et dont le milieu forme une poche. (V. la fig. N°. III f PI' 32.) On tend ce filet avec trois grandes perches ABC, dont l'une. A, est haute de 12 à i5 pieds, et doit rester à la place où on l'a fichée ; les deux autres se dépiquent toutes les fois que l'on veut prendre le poisson qui est dans le filet.

Les pêcheurs nantais se servent de ce filet de la manière suivante, dans leur rade, à une demi-lieue au plus de terre : le filet présente à l'eau son ouverture AB^ aux deux bouts qui répondent aux perches -(4 et -B , il a 3 brasses de chute ; mais au milieu ou au fond , qui répond à la perche C, il n'en a que 8 , en sorte qu'il forme en / une grande bourse : l'ouverture AB est de 12 à i3 brasses. Pour tendre ce filet, on amarre à la perche A une aussière de 3o à 40 brasses de longueur 5 une corde un peu plus grande que l'ouverture du filet s'étend de la perche A à. la. perche B. On mouille en avant un petit grappiny^ dont le câblot^a 10 ou 12 brasses de long , et qui sert à retenir la pêcherie contre l'effort du courant. On amarre aux deux perches A et B les aussières d et h. Afin que le filet fasse mieux le sac, on le tend de manière que la marée l'entonne dans son fond, et la perche C le soutient. Communément le filet ne porte pas sur le terrain 5 il n'a presque jamais ni flotte ni lest : on le tend une heure après le commencement de la marée , et on le relève une heure avant qu'elle ne se retire.

Le filet tendu , les pêcheurs se tiennent dans un petit bateau derrière la perche C. Lorsqu'on veut prendre le poisson , on démonte la perche B ; on dépique celle du milieu C; on dégage les bras de la perche A , et on tire le filet dans le bateau , en le pliant en deux, suivant sa longueur, pour mieux retenir le poisson. Cette pêche se fait également de jour comme de nuit^ les grandes marées, aussi bien que les temps calmes, sont les momens les plus favorables.

Quelquefois on se sert d'un filet approchant du loup, mais moins grand, lesté et flotté, et qu'on

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tient à la main : on lui donne ordinairement 3 on 4 brasses de longuevir , et une brasse et demie ou 2 brasses de chute ; on l'attache, par les extrémités, à deux perches de i5 à 20 pieds de long. Deux hommes nus, tenant chacun une de ces perches, vont sur les sables de la côte, à marée montante , et entrent dans la mer le plus avant qu'ils le peuvent , ayant souvent de l'eau jusqu'au cou. Ils présentent au flux leur filet, auquel l'effort de l'eau donne une courbure semblable à celle d'une voile enflée par le vent. Lorsque ces pêcheurs voient arriver vers eux une grosse lame qui pourrait les couvrir, ils s'élèvent au-dessus en s'appuyant sur la perche qu'ils tiennent , et dont le pied s'enfonce dans le sable. Dès qu'ils sentent qu'il y a des poissons dans le filet , ils rapprochent les deux perches l'une de l'autre pour envelopper les poissons, et après les avoir retirés du filet, ils recommencent la même manœuvre tant que la marée le leur permet; ils se rapprochent du rivage à mesure que la mer s'élève, et ils ne cessent de pêcher que lorsqu'elle les force à se retirer.

Pêche avec la lanipresse. — On se sert encore , pour la pêche des lamproies dans la Loire , d'un filet que, par cette raison, l'on appelle lampresse. C'est une espèce de demi-folle, dont les mailles n'ontqu'un pouce et demi d'ouverture, et qui ont 28 brasses de longueur sur 6 pieds de haut.

Les lamproies qui proviennent des lampresses et des louves sont plus estimées que celles qui se pèchent avec les nasses , parce que le poisson est retiré sur-le-champ de ces filets; au lieu que celui qui se prend dans les nasses , peu de temps après qu'elles ont été visitées , s'y fatigue beaucoup par les efforts qu'il fait pour sortir; ce qui le maigrit extrêmement.

Lamproie de rivière, ou petite Lamproie, ou LA Pricka {petromyzon pricka , Lacépède ; petromyzon Jluviatilis f Lin.).

Description. — Cette lamproie a rarement plus de i5 pouces de longueur. Ses dents ne sont ni en même nombre, ni disposées de même que celles de la lamproie ordinaire ; elle a la nageoire dorsale confondue avec celle de la queue ; la tête verte ; les nageoires violettes ; le dessus du corps noir, ou d'un f;ris bleu; les côtés quelquefois jaunes; le dessous du corps souvent d'un blanc argenté , et des raies transversales et ondoyantes sur le dos.

Habitation.— \->2l petite lamproie habite, pendant l'hiver, les eaux douces des lacs de l'intérieur des continens, et elle les quitte vers le printemps, pour s'engager dans les fleuves et les rivières qui s'y jettent ou qui en sortent. Elle est abondante dans le nord de l'Europe , et elle n'est pas rare en France.

Nourriture. — Celle de la lamproie ordinaire.

Propagation. — La petite lamproie fraie, au printemps, dans les eaux des fleuves et des rivières : elle multiplie beaucoup.

Ennemis. — Les mêmes que ceux de la lamproie.

Qualités. — Ce poisson est recherché pour la nourriture de l'homme , de même que la lamproie proprement dite, et on l'accommode de la même manière. Comme il a la vie dure, on peut le transporter en vie à des distances assez grandes , surtout si on le tient enveloppé dans de la neige ou de la glace ; on peut aussi le faire griller et le renfer-

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