V. Loche d'étang
MITERNE, synonyme de Jonchère. V. ce mot. MOBULAR. Nom spécifique d'un poisson du genre des Raies. V. ce mot.
MOINE. Dénomination impropre appliquée quelquefois au Marsouin. V. ce mot.
On donne aussi le nom de moine au squale-ange. V. Angelot.
MOINEAU DE MER. Nom spécifique d'un poisson du genre pleuronecte, du Fiez. V. ce mot.
MOLE. On donne ce nom à plusieurs espèces de poissons , entre autres à la blennie-phycis dont nous allons parler, à un tétraodon et à un diodon.
MOLE , hlennius phycis. (Lin.) Poisson du genre b'ennie , cju'on nomme moule en Languedoc; en Espagne, molere^ et en Italie , pZ/yco.
Ce poisson parvient quelquefois à la longueur de i8 ù 20 pouces 5 il a deux, nageoires sur le dos; un appendice auprès de chaque narine; un barbillon à la lèvre inférieure. Ce dernier filament, ses nageoires dorsales et sou volume le font ressembler à siu gade^ mais la forme de ses nageoires jugulaires, qui ne présentent que 2 rayons, le place parmi les blennies. Ce poisson, dit Rondelet, ressemble, du devant du corps , à une tanche d'eau douce , et du derrière à une sole, parce que celte partie est mince, |ilate et environnée de nageoires. Ses couleurs varient suivant la saison : dans le printemps, il a la tétc d'un rouge plus ou moins foncé ; presque tout son dos est plus ou moins noirâtre; ses nageoires pectorales sont rouges, et un cercle noir entoure son ai I u s .
Ou trouve le mole dans la Méditerranée; il vit près des côtes de roches , fraie au milieu des plantes marines , se nnnrrit de petits poissons et de vers aquatiques, et a la chair ferme et délicate.
MOLLE. L'un des noms donnés à un poisson appelé Lune-de-mer. V. ce nom.
MOLLE SALÉE (MORUE). Une morue molle salée est celle à qui on n'a pas donné assez de sel. MOLLE. Nom vulgaire d'un poisson du genre des gades, du Capelan. V. ce mot.
MOLLUSQUES, molisca. Nom donné par LinnaîKs à une des divisions de la classe des vers. Il ne l'a pas caractérisée d'une manière précise; mais il l'a subdivisée en deux autres: l'une, à laquelle il a conservé le nom de mollusques propreuient dits, et l'autre, qu'il a appelée mollusques testaccs.
Brugniôro, qui a conservé à la première subdivision le nom de -vers mollusques , la (li'finit ainsi : ils sont mous, non articulés, polymorphes, quelquefois pourvus de I)ras; les uns vivent dans la mer, Icsautresdans les eaux douces ; les autres rampent sur la terre, et
M OR
ou sur le corps de divers animaux. Plusieurs sont ovipares et hermaphrodites; tous ceux qui vivent dans la mer sont ])lus ou moins phosphoriques, et brillent dans la nuit comme autant de lampes.
MM. Cuvier, Rose et Lamarck ont aussi établi différentes divisions dans les mollusques , que la nature de notre ouvrage ne nous permet pas de rapporter ici. Il nous suffit, pour l'intelligence des articles où il est parlé des molluscjuesj d'avoir rappeh^ la définition que Brugnière en a donnée.
MOLUE. C'est une altération du nom de la morue. Les anciens réglemens sur la pêche maritime emploient souvent cette dénominaf!ion.
MOLVE. Poisson du genre des gades. V. Lingue.
MOMIE. Il est défendu d'en jeter dans les ri'^ vières, et toute autre drogue ou appât, sous peine de punition corporelle. {Ord. de 1669, tit. XXXI, art. 1 4. )
Il est pareillement défendu, sous peine d'une amende de 3oo fr., d'en jeter dans les eaux de mer. {Déclar. du roi, du 2.3 avril 1726.) V. Pêche maritime.
MONACHELLE. Nom vulgaire d'un poisson du genre spare. V. Marron,
MONCHICOURA. Poisson qui se prend à la côte de Saint-Jean-de-Luz , très-approchant de la picarelle. C'est un poisson demi-plat , de 1 1 pouces de longueur et dont la queue est fourchue; il a 4 pouces de largeur au milieu du corps; les écailles petites; le dos bleu argenté et le ventre blanc; la bouche petite , avec des dents mâcheliùres sur les côtés et un ]ieu plus pointues sur le devant; les yeux de grandeur ordinaire ; le dessus du dos rond ; une nageoire qui va de la tête à la queue, et dont les 11 premiers rayons sont épineux, les autres
mous
lou!
une nageoire longue et étroite près des ouïes, et une tache noire assez grande au bord des ouïes, à la partie cjui va vers le dos; sous la gorge deux petites nageoires, dont le premier rayon est épineux; et une petite nageoire anale, dont les 3 premiers rayons sont épineux.
MONGONIERS. Nom qu'on donne aux marchands de sardines en Languedoc.
MONOPTERE. On donne ce nom à un poisson du genre des gades , a.u gade méditerranéen. V. Gade.
MONTAISON. Saison où les truites quittent l'eau salée pour passer dans l'eau douce, où elles doivent frayer.
MONTER UN FILET. C'est le garnir de cordes et apparaux pour le mettre en état de servir. V. Filet.
MORGUE ou GORGE. On appelle ainsi l'embouchure de la chausse du bregin et de l'aissaugue; c'est aussi l'entrée de la manche des filets qui en ont, particulièrement de celle du filet de la tartiine. V. Aissaugue , Bregin, Tartane.
MORME, sparus mormyrus. (Lin.) Poisson que l'on nomme, dans (|uelques provinces méridionales de la France, marine, mormirot ou mormarot ^ en Espagne et en Ligurie , morvio ; à Rome , mormillo ; et à Venise, mormiro. Ce poisson, qui parvient à une longueur de 2 pieds, a 1 i rayons aiguillonnés et 12 rayons articulés à la dorsale; 3 rayons ai-
quelques-uns s'établissent en parasites dans le corps |gnillonnés et lo rayons articulés à l'anale ; la ma
M OR
clioire supérieure un peu plus avancée que la mâchoire inlérieure ; trois ou quatre rangées de petits tubercules arrondis ou de petites dents molaires sur le bord intérieur de la mâchoire d'en haut, et deux rangées de dents semblables sur le bord intérieur de la mâchoire d'en bas; plusieurs bandes transversales étroites, et allemativemerit argentées et noirâtres. Il se trouve dans la JNIéditerranée, et il vit de petits poissons et de sèches. Sa chair est molle et peu agréable au goût. On le pêche dans la Méditerranée j mais comme il s'enfonce dans lo sable et la vase, il échappe souvent aux filets des pêcheurs.
MORMIROT. Nom vulgaire d'un poisson du genre spare. Y. Morme.
MORCELLES ou MORNILLES. Pêche que les Espagnols font dans un batelet avec des Nasses. V. ce mot.
MOROUDE ou MORRUDE. Nom que l'on donne à un poisson du genre des trigles , au triglehirondelle. \ . Hirondelle.
On l'applique aussi au trigle-grondin.N . Grondin.
MORRLDE. L'un des noms vulgaires du ^roTïdin, poisson du genre des trigles. \ . Grondin.
MORSE , tricheeus. Genre de quadrupèdes de l'ordre des amphibies , qui renferme deux espèces, le dugong et le morse , dont nous allons parler.
Le Morse, trichecus rosmarus , que l'on a nommé inqjropremeiit l'ac/ze marine, cheval de mer, et <ju'on a appelé iivec plus de raison éléphant de mer, a en effet, comme Véléphant , deux grandes défenses d'ivoire qui sortent de la mâchoire supérieure; et il a la tète conformée, ou plutôt, ditBuffon, déformée de la même manière que l'éléphant , auquel il ressemblerait en entier par cette partie capitale, s'il avait une trompe; mais, ajoute Buffon , le morse est non-seulement privé de cet instrument , qui sert de bras et de main à l'éléphanr, il l'est encore de l'usage des vrais bras et des jambes. Ces membres sont, comme dans les phoques, enveloppés sous la peau ; il ne sort au dehors que les deux mains et les deux pieds; son corps est allongé et renflé vers la partie de l'avant, étroit vers celle de l'arrière, partout couvert d'un poil court; les doigts des pieds et des mains sont enveloppés dans une membrane, et terminés par des ongles courts et pointus; de grosses soies en forme de moustaches environnent la gueule ; la langue est échancrée ; il n'y a point de conque aux oreilles, etc. : en sorte qu'à l'exception des deux grandes défenses qui lui changent la forme de la tête, et des dents incisives qui manquent en haut et en bas, le morse ressemble pour tout le reste aux phoques. Il a encore de commun avec les phoques d'habiter les mêmes lieux, et on les trouve presque toujours ensemble. Ils ont encore beaucoup d'habitudes communes : ils se tiennent également dans Teau ; ils vont également à terre ; ils montent de même sur les glaçons ; ils allaitent et élèvent de même leurs petits; ils se nourrissent des mêmes alimens ; ils vivent de même en société et voyagent en grand nombre. Mais il paraît que le morse ne va [«is si loin que les phoques; qu'il est plus attaché à son climat, et qu'on en trouve rarement ailleurs que dans les mers du Nord : aussi les
MOR
phoques étaient connus des anciens et le morse Jie l'était pas.
La plupart des voyageurs qui ont parcouru les mers de l'Aniérique septentrionale, de l'Asie et de l'Europe, ont fait mention de cet animal; mais Zorgdrager et Cook sont ceux qui en parlent avec plus de connaissance.
ce Les phoques et les morses , dit le premier de ces auteurs {Pèche de la baleine, 1750), se rendent, dans les grandes chaleurs de l'été, dans les ()laines qui sont voisines de la baie d'Horisont et de celle de Klock , et l'on en voit quelquefois des trouiieaux de 80, 100 et même jusqu'à 200, particulièrement des morses, qui peuvent y rester plusieurs jours de suite, et jusqu'à ce que la faim les ramène à la mer. On voit beaucoup de morses vers le Spitzberg ; on les tue sur terre avec des lances. On les chasse pour le produit qu'on tire de leurs dents et de leur graisse; l'huile en est presque aussi estimée que celle de la baleine ; leurs deux grandes dents valent autant que toute leur graisse ; l'intérieur de ces dents a plus de valeur que l'ivoire , surtout dans les grosses dents, qui sont d'une substance plus dure et plus compacte que les petites. Une dent médiocre pèse 3 livres, et i:n morse ordinaire fournit une demi-tonne d'huile. Lorsqu'on a joint un de ces animaux sur la glace ou dans l'eau , ou lui jette un harpon fort et fait exprès, et souvent ce harpon glisse sur sa peau dure et épaisse ; mais lorsqu'il a pénétré, on tire l'animal avec un câble vers le timon de la chaloupe, et on le tue avec une forte lance destinée à cet usage; on l'amène ensuite sur la terre la plus voisine ou sur un glaçon plat. Il est ordinairement plus pesant qu'un bœuf. On commence par l'écorcher, et on jette sa peau, parce qu'elle ne vaut rien. On sépare de la tête avec une hache les deux dents, ou bien l'on coupe la tète pour ne pas les endommager; on coupe ensuite la graisse on longues tranches et on la porte au vaisseau, yi
La femelle du morse, dit-on, met bas en hiver sur la terre ou sur la glace, et ne produit ordinairement qu'im petit, qui est, en naissant, déjà gros comnie un cochon d'un an.
On prétend que ces animaux se nourrissent des coquillages qui sont attachés au fond de la mer, et qu'ils se servent aussi de leurs défenses pour les sltra.che,r (Bist. nai. du Groenl.,, p. 162); d'autres assurent qu'ils ne mangent que d'une certaine herbe à larges feuilles, qui croît dans la mer, et qu'ils ne mangent ni chair ni poisson. Mais Buflon pens» que ces opinions sont mal fondées, et il croit que le morse vit de proie comme les phoques , et surtout de harengs et d'autres petits poissons ; car il ne mange pas lorsqu'il est sur terre, et c'est le besoin de nourriture qui le contraint de retourner à la mer.
Pèche des morses. —— Elle n'est pas moins ancienne dans le Nord que celle des phoques. On leur donnait la chasse pour en avoir le cuir, la graisse et les dents ou défenses. Son cuir, divisé en lanières, servait à faire des câbles destinés au service des ancres , et réputés d'une telle force que soixante hommes n'en jiouvaient rompre un. On les employait aussi dans les combats sur mer, pour lier fortement
MOR
ensemble les bâtïmens de guerre qui devaient prendre part ;\ l'action. Les défenses du morse n'étaient pas moins reclierchées que son cuir; et dans le nord de l'Europe et de l'Asie, on mettait autant d'empressement à se les procurer qu'en avaient mis les Bretons, qui les employaient à l'ornement de leurs armures. Ces défenses avaient la même destination en Norwege. ce La poignée de l'épée des rois, dit Schoning, était formée de cette matière précieuse. « Les peuples encore barbares des bords de la mer Glaciale recueillaient les défenses des morses avec beaucoup de soin, et ils eu faisaient avec les étrangers un commerce, qui fut continué par les Russes. La chair du morse était prohibée , comme celle des 2)lioques, dans les jours d'abstinence.
La pêche du morse se fait ordinairement sur les glaces du Spitzberg. Quand on a joint cet animal , on lui jette un harpon ; on l'entraîne dans l'eau vers le timon de la chalouj)e, et on le tue en le perçant avec une lance. Le morse est aussi difficile à suivre à force de rames que la baleine. Comme sa peau est extrêmement dure et épaisse, on l'atteint souvent jusqu'à trois fois avec une lance bien affilée sans pouvoir la percer : aussi les pêcheurs ont soin de frapper cet animal dans un endroit où la peau soit bien tendue , et ils ont soin de retirer aussitôt la lance; car souvent le morse la prend dans sa gueule et s'en sert pour blesser les assaillans. Il a une force prodigieuse dans l'eau , ce qui prouverait que la terre n'est [)as tout-à-fait son élément.
De la chasse du moiie. — On préfère la chasse des morses à leiir pêche, parce qu'elle est bien moins dangereuse : on choisit le temps de la basse mer pour les aborder; on marche alors de front vers ces animaux, pour leur couper la retraite. Quand on en a tué quelques-uns, on fait une barrière de leurs cadavres, et on laisse quelques gens à l'aftut pour assommer ceux qui restent.
Quand ces animaux sont blessés, ils deviennent furieux , frappent de côté et d'autre avec leurs dents, brisent les armes des chasseurs, et dans le désespoir où ils se trouvent réduits, mettent leurs têtes entre leurs pattes et se laissent ainsi rouler dans l'eau. Si le hasard ou le besoin en a rassemblé un grand nombre, ils se secourent les uns les autres, vont à la mer, entourent les chaloupes et cherchent à les renverser. Le morse est souvent attaqué par l'ours du Groenland, qui semble être le tyran des mers du Nord.
M.O)^\i^ ,gadus-morIiua. (Lin.) Poisson du genre des gades, dont la pèche est d'une haute imjîortance pour plusieurs nations de l'Europe et de l'Amérique septentrionale, et qui , à raison de son abondance et de la facilité avec laquelle on le conserve, procure de grandes ressources alimentaires aux quatre parties du monde.
Dénominations. — La morue se nomme morhuel dans ])lusleurs pays septentrionaux de l'Europe; moluc , cabilian, cahillau, d;ins quelques contrées de la Fiance, et cabillaud sur les côtes de Flandre et en lioUanuc ; en anglais, codfish , keeling, melvet, etc.; en allemand et en danois, kabeljan , stock- Jtsch (juand elle est séchée, laberdan quand elle est salée, et klippfisch quand elle est salée et séchée;
MOR
en hollandais, cabiljau ^ en islandais, torskur , kablau ; en groenlandais, sarandlirksoak.
Dans le commerce, on confond souvent, sous la dénomination de morne , d'autres poissons que l'on a préparés et conservés de la même manière : ainsi le lien ou colin, le merlus ou merluche, le tacaud , et quelques autres poissons du genre desgades, sont vendus sous le nom de morue.
On donne aussi différens noms à la morue, suivant l'état où elle se trouve lorsqu'on l'achète : quand on mange ce poisson frais et tel qu'il sort de l'eau, on le nomme cabillau , cabeliau ou cabilean; c'est par conséquent la viorne fraîche . Si ce poisson a été salé et point séché, c'est de la morue verte j s'il a été salé et séché, c'est de la morue sèche ^ s'il a été séché sans avoir été salé , c'est du stockfisch ou de la morue en bâton. Enfin, cj^uelques circonstances particulières dans la préparation des morues leur font donner des noms différens : les unes sont dites en grenier, les autres en barils ou au sec et en saumure. La morue blanche est celle qui a été salée ^ puis séchée , et sur laquelle le sel a laissé une croiite blanchâtre. La morue noire , pinnée ou brumée , est celle qui a éprouvé un commencement de décomposition en séchant : de telle sorte qu'une partie de sa graisse, se portant à la surface ef s'y combinant avec le sel, y a produit une espèce de poussière grise ou brune. Il ne faut pas la confondre avec la morue noire fraîche, qui est une autre espèce de gade. La ntorrie ronde est celle qui, dans sa prépaiation , a conservé la forme arrondie de sa queue; enfin la morue plate est celle qui a été , dans le même cas, complètement ouverte et aplatie. La Merluche {voy. ce mot) est une espèce particulière de gade fort voisine de la morue, et l'on donne souvent le nom de merluche à la morue sèche et à la morue salée.
Dans un grand nombre de places de commerce, on a eu et on a encore différentes manières de désigner les morues distribuées en assortimens, d'après les divers degrés de leurs dimensions ou de leur bonté. A Nantes , par exemple , on appelle grandes mornes les morues saléeâ qui sont assez longues pour que loo de ces poissons pèsent environ 900 livres; morues moyennes , celles dont le 100 ne pèse qu'environ 600 livres; raguets ou petites morues, celles de l'assortiment qui vient ensuite ; et rebuts , lingues ou très-petites morues , celles d'un assortiment plus inférieur encore.
Sur quelques côtes de la Manche , le nom de morue-gaffe \nàn[uc les très-grandes morues; cinq autres assortimens inférieurs sont indiqués par les dénominations de morue marchande , de morue-trie f de raguet ou lingue, de morue valide on patelet , et de morue viciée , dénomination qui appartient en effet à la plus mauvaise qualité.
Dans ce même port de Nantes dont nous venons de parler, les morues sèches étaient divisées en sept assortimens, dont les noms étaient, suivant l'ordre de la supériorité des uns sur les autres, morue privée, morue grise , grand marchand ou fuurillon , grand rebut et petit rebut.
A Bordeaux , à Rayonne et dans plusieurs ports de l'Espagne occidentale, on ne distingue que trois assortimens de morue : le marchand, le moj en, \e, rebut.
M OR
Description. — La morue est un poisson si répandu dans le commerce, qu'il est peu de personnes qui n'en aient manoé ; et cependant il est peu connu dans sa forme naturelle, parce qu'il n'arrive dans l'intérieur des continens qu'après avoir subi des préparations qui l'ont dénaturé , et pour lesquelles on lui a retranche la tète et ouvert le ventre. Il est donc nécessaire d'en donner une description exacte.
La morue (voy. la PL ^■^fig- 6) a ordinairement 2 à 3 pieds de longueur, et pèse do i5 à 20 livres^ mais on en prend c}uelquefois de beaucoup plus grosses : on en cite une qui av.iit 6 pieds de long et qui j)esait 78 livres.
Elle a le corps aplati, atténué aux deux bouts, couvert de larges écailles, gris bleuâtre en dessus, blanc rougeàtre en dessous, et presque par-tout parsemé de taclies jaunâtres } la tète grosse ; la bouche très-fenduej la mâchoire supérieure avancée 5 la mâchoire inférieure pourvue d'un petit barbillon, et toutes deux garnies de plusieurs rangs de petites dents, dont plusieurs ne sont jjoint articulées avec la mâchoire, mais simplement implantées dans la chair; les dents du premier rang plus grandes; les yeux très-gros, voilés par une pellicule qui en affaiblit l'usage; la membrane des ouïes soutenue par 7 rayons et couverte par nn opercule de trois lames; trois nageoires dorsales, médiocres, tronquées, et à 19, 1 5 et 21 rayons; deux nageoires anales semblables à celles du dos, mais sans taches, et ayant 16 et 17 rayons; celles do la poitrine arrondies , jaunes , sans taches et composées de 16 rayons; celles du ventre triangulaires, grises, sans taches , et formées par 6 rayons ; enfin celle de la queue légèrement arrondie, tachetée et composée de 3o rayons.
La figure que nous avons donnée, PI. 4) a été prise dans le Traité des Pêches de Duhamel; mais nous devons faire observer que ce poisson n'a point toujours la bouche ouverte, ainsi que la figure la représente : elle ressemble à celle du merlan, même planche, y?g. 9, lorsqu'elle est fermée.
Nous avons donné aussi , d'après le même auteur, dans la PL i"^^., une figure de la morue, telle qu'elle est en vie en sortant de l'eau, et des détails anatomiques de quelques-unes de ses parties intérieures.
Le carré inférieur de la planche représente cette morue; x, la bouche ;j', le barbillon du menton; a, bf la longueur de la tête; m, n, o, les trois nageoires du dos; K, S, les deux nageoires anales; ^> P> 0 ) la nageoire de la queue; K, la nageoire de dessous la gorge, et plus haut la nageoire de derrièie les ouïes.
ha.Jig. i^e. représente la mâchoire décharnée et ouverte, pour faire voir les dents qui tiennent aux mâchoires, ainsi que la langue.
L&Jîg. 2 est destinée à faire voir des osselets ou cartilages durs LL, K K, qui sont chargés d'aspérités ; H , l'ouverture du gosier.
La^'g. 3 représente une partie des branchies , que les pêcheurs appellent ^«/g«e.s,'
La^^. 4, un bout d'intestin ouvert, pour faire voir des glandes qui sont attachéesau velouté ; G , le rectum :
M OR
^^f^8' ^? ^-^t la vessie pneumatique, qui est accompagnée des muscles et de deux appendices CC, qui l'attachent par en haut.
hajig. 6 est destinée à faire voir une chair glanduleuse d, qui est attachée en dedans de la vessie pneumatique.
Habitation. — Lacépède a déterminé de la manière suivante les lieux qu'habite la morue : l'eau douce, dit ce naturaliste, ne convient point à la morue; on ne la voit jamais dans les fleuves ou les rivières ; elle ne s'approche même des rivages , au moins ordinairement, que dans le temps du frai • pendant le reste de l'année , elle se tient dans la profondeur des mers, et par conséquent elle doit être placée parmi les véritables poissons pélagiens. Elle habite particulièrement dans la portion de l'Océan septentrional comprise entre le 40^. degré et le 66^. Elle perd de ses qualités lorsqu'elle se trouve plus au nord ou plus au sud , et voilà pourquoi apparemment elle ne doit pas être comptée parmi les poissons de la Méditerranée ou des autres mers, dont l'entrée, plus rapprochée de l'équateur que le 40^. degré , est située hors des plages qu'elle fréquente.
On la pêche dans la Manche, et on la prend auprès des côtes du Kamtschatka , vers le 60^. degré; mais dans la vaste étendue de l'Océan boréal qu'occupe cette espèce, on peut distinguer deux grands espaces qu'elle semble préférer. Le premier de ces espaces remarquables (-eut être conçu comme limité , d'un côté, par le Groenland et par l'Islande; de l'autre , par la Norv\'ege, les côtes duDanemarck , de l'Allemagne, de la Hollande, de l'est et du nord de la Grande-Bretagne, ainsi que des îles Orcades. Cet es[)ace comprend les endroits désignés par les noms de Dogger'sbank, JVell-Bank et Grommer, On peut y rapporter les petits lacs d'eau salée des îles de l'ouest de l'Ecosse , où des troupes considérables de grandes morues attirent, principalement vers Gareloch , les pêcheurs des Orcades , de Peterhead , de Portsoy, de Firth et de Murray.
Le second espace , moins anciennement connu , mais plus célèbre parmi les marins , renferme les plages voisines de la Nouvelle-Angleterre, du Cap- Breton, de la Nouvelle-Ecosse, et sur-tout de l'île de Terre-Neuve, auprès de laquelle est ce fameux banc de sable désigné par le nom de grand banc , qui a près de 100 lieues de longueur sur environ 60 de largeur, au-dessus duquel ou trouve depuis 60 jusqu'à 3oo pieds d'eau, et près duc^uel les morues forment des légions très -nombreuses, parce qu'elles y rencontrent en très-grande abondance les harengs et les autres animaux marins dont elles aiment à se nourrir.
Nourriture. — La morue est très-vorace : elle se nourrit de poissons , de mollusques et de crabes. Elle a un estomac très-volumineux, et des sucs digestifs si puissans et d'une action si prompte, cju'en moins de 6 heures un petit poisson peut être digéré eu son entier dans son canal intestinal. De gros crabes y sont aussitôt réduits en chyle; et avant qu'ils ne soient amenés à l'état de bouillie épaisse , leur têt s'altère, rougit comme celui des écrevisses que l'on met dans de l'eau bouillante et devient
M OR
irèi-mou. h\ morue est si goulue, qu'elle avale souvent des morceaux de bois ou d'autres substances qui ne peuvent pas servir à sa nourriture ; mais elle jouit de la faculté de pouvoir rejeter facilement les corps qui l'incommodent.
Propagation. — Le temps du frai, qui appelle les morues sur les côtes, soit de l'Europe, soit de l'Amérique septentrionale , varie suivant la latitude et l'époque plus ou moins retardée où la chaleur commence à se faire sentir. Communément c'est vers le mois de février que ce frai a lieu auprès de la Norwege, du Danemarck, de l'Ecosse, de l'Ancleterre, etc.; mais comme l'île de Terre -]Neuve appartient à l'Amérique septentrionale, et par conséquent à un continent plus froid que l'ancien , l'époque de la ponte et de la fécondation des œufs y e^st reculée jusqu'en mars, avril , etc. : de plus, les gross&s morues fraient avant les petites , comme chez les autres espèces de poissons, de sorte que cette opération dure 3 mois. Le nombre de leurs œufs est tel, que, si elles n'avaient pas un grand nombre d'ennemis, elles encombreraient bientôt l'Océan. Leuvvenhoek en a compté 9,5445000 dans une femelle de moyenne grosseur. Elles les déposent sur des fonds inégaux, entre les pierres, où une grande partie devient la proie des autres poissons.
La croissaiLCe des morues paraît être fort rapide; mais on n'a pas d'observation qui en constate positivement la progression. Elles n'ont point la vie dure , et elles meurent dès cju'on les tire de l'eau ou Qu'on les fait passer dans l'eau douce.
Qualités. — Leur chair est blanche, feuilletée, ferme, d'un excellent goût et d'une digestion trèsfacile. La langue passe pour être un manger trèsdélicat, soit fraîche, soit salée, et en conséquence on la réserve avec soin. La tête et le foie sont aussi des morceaux très -délicats. Comme elle est bien meilleure fraîche que salée ou séchée, les pêcheurs tâchent de transporter les morues en vie dans les ports de mer; et pour cet effet, ils les mettent dans des vaisseaux où l'eau de mer entre à fond de cale , et ils leur percent la vessie aérienne avec une é])ingle , pour les obliger à rester au fond.