‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 158 sur 344 · IN A S · texte numérisé non relu

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lets qui pe rmettent aux poissons d'entrer, mais qui s'opposent à ce qu'ils sortent.

Ces goulets sont faits avec des brins déliés et souples d'auffe , de canne ou d'osier très -fins et élastiques, dont les bouts ne sont point retenus par des traverses 5 ce qui les rend assez flexibles pour ne point former d'obstacle à l'entrée du poisson dans la nasse. Mais attendu que, par leur ressort, ils se rapproclient les uns des autres aussitôt que le poisson est entré, et comme les extrémités de ces menues baguettes sont taillées en pointe, le poisson ne peut sortir par où il est entré. La construction de ces goulets est représentée un peu en grand^^. 4? au-dessus de ^, qui est une coupe de la nasse B. Les nasses n'étant point pliantes comme le sont les filets, on est obligé de ménager une ouverture pour en retirer le poisson. C'est quelquefois au bout opposé au goulet, comme en A , fig. 5, et d'autres t'ois vers le milieu, comme en C , Jig- 4, ou en B , fig. 2 : ces ouvertures sont fermées avec une petite trappe , tant que la nasse est à l'eau : on ne l'ouvre que pour retirer le poisson.

On met presque toujours dans ces nasses des leurres ou des appâts pour déterminer les poissons à y entrer. 11 est bon de suspendre les appâts au milieu des nasses , afin que les poissons soient obligés d'entrer par le goulet pour les manger.

On fait des nasses de différentes grandeurs. Les plus grandes servent à prendre de gros poissons ; les moyennes sont pour les éperlans, et les petites pour des anguilles.

1°. Nanses des Provençaux.

Les nanses des Provençaux, ^^. 2, PL 2.y, N°. V, diffèrent très-peu de ce qu'on appelle bouraque dans les ports du Ponent. Elles sont d'une forme ovale aplatie. Assez souvent on ne fait en osier que la charpente, qu'on enveloppe avec un filet, comme 'îans la Jig. 2. Ces nanses , qu'on fait volontiers ovales, ont à chaque bout un goulet en entonnoir dd^ par où le poisson entre dans la nanse j au-dessus et au milieu est un trou fermé par une porte, qu'on ouvre pour retirer le poisson qui est entré dans la nanse.

Au-dessous de la nanse en e, sont amarrées quelques pierres pour la faire caler , et sur les côtés en^ sont des anses ou mains pour attacher des cordes, qui se réunissent à une seule en /, au bout de laquelle est un signal k, destiné à faire retrouver la corde qui répond à la nanse , et qui doit servir à la retirer de l'eau.

On tend les nanses, comme les bouraques, entre les roches.

Les nasses qu'on tend dans l'Océan entre les rochers et sur les grèves produisent davantage dans les grandes vives-eaux que dans les mortes-eaux. Si c'est sur les grèves , les pêcheurs ont le temps de tendre leurs nasses tout près de la basse eau , le plus avant qu'il leur est possible , et ils les relèvent au jusant qui suit. Plus donc les eaux baissent, plus les pêcheurs ont lieu d'espérer une pêche avantageuse.

Il en est de même quand on tend les nasses entre les roches ; car les pêcheurs peuvent placer leurs

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nasses dans des fonds d'autant moins fréquentés , que la mer retire davantage. D'ailleurs les poissons terrissent en plus grand nombre dans les vives-eaux que par les mortes-eaux.

Sur la côte de la Grenade, on pêche avec des nasses presque semblables à celles des Provençaux, que nous venons de décrire : elles sont ovales , ayant 36 pouces de longueur sur 27 pouces de largeur ; on les cale jusqu'à 3o ou 40 brasses de profondeur , et on n'y met point d'appâts.

2°. Des paniers de bonde.

Les meuniers mettent à leur vanne de décharge, lorsqu'ils la lèvent pour laisser écouler l'eau qui pourrait endommager la chaussée , un panier de bonde, PL 27, fig. 5 5 c'est une nasse qui est un vrai guideau d'osier. Il n'y a pas de goulet 5 mais le poisson n'en sort pas , à cause de la vitesse du courant.

On tend aussi dans les courans d'eau rapides des nasses qu'on tient longues, et dont l'embouchure est évasée. On les fait longues , pour que le poisson n'en sorte pasj l'embouchure est évasée, pour qu'elle embrasse une plus grande portion du courant; quelquefois on y ajoute des ailes de clayonnage , PL 27, A^os. / et II, et on en fait des gords. Nous parlerons plus précisément de ces nasses dans la suite.

3". Des nasses en forme de truble^ -pour prendre des anguilles dans la mer.

On fait , pour prendre des anguilles à la mer, des nasses, qui ne sont qu'un panier profond au moins de 2 pieds, PL 27, iV». V, N°. I ; ces nasses ont à l'embouchure un pied de diamètre , et elles se rétrécissent de sorte que leur diamètre n'est que de 8 à 9 pouces par le bas. On met au fond de ce panier un assez grand morceau de foie de bœuf pour qu'il en couvre toute l'étendue ; on forme au-dessus du foie un grillage de corde, qui le retient , mais dont les mailles sont assez larges pour que le foie puisse être aperçu par les anguilles. Ce panier, qui fait ici l'office de la truble, étant lesté de pierres, on y attache une corde , et on le descend dans l'eau à telle profondeur qu'on veut, pour\u toutefois que le pêcheur puisse apercevoir les anguilles qui vont attaquer l'appât.

Les anguilles, attirées par l'odeur du foie, qui n'en est que meilleur quand il commence à se corrompre, se hâtent d'entrer dans le panier. Quand le pêcheur les aperçoit attachées à l'appât , il tire doucement la corde qui répond au panier, et il essaie de ne point effaroucher les anguilles. Mais quand le panier est arrivé à la surface de l'eau , il le tire précipitamment , pour que les anguilles n'aient point le temps de se sauver. Quand il les a prises, il replonge sur-le-champ le panier, pour recommencer sa pêche, et le même foie lui sert long-temps.

Des paniers à-peu-près semblables , mais plus petits, servent quelquefois dans les rivières pour prendre des écrevisses.

4°. Autres nasses à prendre des anguilles , principalement dans les rivières.

On doit proportionner la dislance des osiers qui

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forment les nasses à la grosseur des poissons qu'on se propose de pécher. Mais il faut que les osiers soient bien près-à-près, sur-tout quand on a l'intention de prendre des angioiiles j car sitôt qu'elles peuvent introduire entre les barreaux leur queue ou leur tète, elles forcent tellement qu'elles font plier les osiers , et elles ne manquent pas de s'échapper. Pour mieux retenir ce poisson , on fait à l'embouchure des nasses un faux et un vrai goulet b c, Jig, 3. On voit à cette nasse quatre anses 5 les deux d'en bas servent à attacher les pierres qui la font caler, et les deux d'en haut à attacher les cordes qui servent à la relever.

Les appâts qu'on met dans la nasse sont des limaçons, des moules ouvertes, des vers de terre, des grenouilles déchirées , du foie et de la chair de diiferens animaux. Comme l'anguille est très-vorace , elle tourne autour de la nasse pour trouver par où atteindre l'appât qui est suspendu au milieu j enfin elle entre dans les goulets , et alors elle est prise. On tend aussi un grand nombre de nasses semblables à celles des^^. 3, 6, 7, 8, 9, 10 et 11, dans les herbiers, auprès des crônes et des sourives, et on les relève tous les jours, ayant soin de renouveler les appâts.

Le temps le plus favorable pour cette pêche est lorsqu'il lait chaud et que le temps est disposé à

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orage.

5°. Nasses pour les éperlans.

On prend beaucoup d'éperlans avec des nasses, yig, t). Malgré la petitesse de ce poisson, on n'a pas besoin que les osiers soient aussi serrés que quand on pèche des anguilles. On en attache un nombre , comme lO ou 12, par les anses à une corde ab, N°. IV, qui est ordinairement faite avec de l'osier. Chaque nasse est chargée en dessous de deux pierres, et attachée à la corde par deux petits cordages que les pêcheurs nomment câbleaux , et qui sont longs au plus de 18 pouces.

Pour les relever, on saisit avec une gaffe la corde aussi près qu'on le peut d'une des câblières qui sont aux bouts de la corde. Quand une fois on tient la corde , on relève les nasses les unes après les autres ; on en ouvre le fond, qui est fermé par une petite porte, pour prendre les éperlans qui y sont, et on les remet à l'eau par le travers de la rivière. Cette suite de nasses interrompant le cours de l'eau, les éperlans en approchent pour éviter le courant ; ils nagent autour et y entrent.

Comme ces poissons refoulent la marée pour remonter dans l'eau douce , on met autant qu'on peut le goulet tourné du côté du bas de la rivière. Les nasses ordinaires durent une couple d'années ; mais celles des éperlans ne servent qu'une saison, parce qu'on les fait avec des osiers fins et verts. On prétend que ces poissons fuient les vieilles nasses.

On pratique cette pêche dans la Seine, au-dessus de Rouen , et on ne le peut pas au-dessous, attendu que la marée qui s'y fait sentir avec beaucoup de violence entraînerait les nasses. V. Eperlans.

6°. Des grandes nasses.

On fait de grandes nasses, N°. Vy fig' 9, qu'on

tend avec un bateau le long des îles, auJc endroits où l'eau est dormante et où il y a des herbes. On y prend, outre les éperlans, des' barbeaux, des gardons , des brèmes et quelquefois des carpes et des brochets. Ordinairement on met à ces grandes nasses un vrai et un faux goulet. Quand on pèche avec de fort grandes nasses, on est obligé de frapper une poulie au bout de la chaloupe pour haler sur l'orin, qui tient à la nasse.

7°. Nasse appelée lance.

La lance est un panier ou nasse d'osier de forme cylindrique,^^. 4, N° . IV. Sa longueur ordinaire est de 5 pieds , et elle a 2 pieds et demi de diamètre. Les osiers, fort artistement entrelacés, forment des losanges dont les côtés ont à-peu-près 6 lignes de longueur. Les deux bouts de ces paniers sont renforcés et terminés par un goulet d'auffe. Cette nasse ressemble beaucoup au verveux double , qu'on appelle communément louve.

On leste cette lance de deux grosses pierres pour la faire caler au fond de la mer, et on la retire au moyen d'une corde au bout de laquelle est une bouée ou un autre signal.

On suspend dans la lance des sardines coupées eu deux , eu d'autres poissons j on la mouille près des rochers ou sur des bancs jusqu'à 4o ou 5o brasses de profondeur.

Le vrai temps de faire cette pêche est pendant les mois de février, mars et avril.

On relève la lance tous les jours , et on en tire le poisson par l'ouverture.

8°. Des nasses avec lesquelles on prend des lamproies auprès de Nantes.

Les nasses ou nanses dont se servent les pêcheurs nantais pour prendre des lamproies ont la forme d'un cône y Jig. 12. Au bout b, est un goulet qui se resserre beaucoup. On les tend dans des endroits où il y a un courant fort rapide , auquel on présente le goulet.

9°. Autres nasses.

En Catalogne, on fait des nasses avec une espèce de jonc. On leur donne la forme d'un long entonnoir , qui a 4 ou 5 pieds de hauteur, Jig. i o j ayant fait avec ce jonc des cordonnets circulaires , on les attache avec du fil pour en former comme un rets, et on le soutient par quatre bâtons, qu'on attache sur les côtés au bout le plus large , où est un goulet que les Catalans appellent fas de la nance. Au bout pointu est une autre ouverture, qu'on ferme par un petit filet : c'est par cet endroit qu'on retire le poisson qui est entré dans la nanse.

On leste la nanse avec une pierre , et on y attache une corde ou orin , qui a quelquefois 3 ou 4oo brasses de longueur ; puis , au bout opposé à la nanse . on amarre une bouée ou signal.

Quatre hommes se mettent dans une chaloupe, ayant chacun 4 ou 5 nanses. Quand ils sont arrivés au lieu de la pêche, ils mouillent les nanses; et pour engager les langoustes , les congres, les pagets, les mourénes, etc. , à entrer dans les nanses, ils y met-

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tent pour appâts des sèches et des sardines ou fraîches ou pourries, etc.

On laisse durant plusieurs jours les nanses à la mer 5 mais on va tous les jours en retirer le poisson , et chaque pêcheur prend celui qui se trouve dans les nanses qui lui appartiennent.

lo"^. Sorte de pêche à la nasse , que les Espagnols nomment andana.

Sept à huit hommes se mettent dans un bateau, et vont à 4 lieues au large chercher 6o brasses d'eau ; ils y jettent une corde au bout de laquelle est une câblière pour la faire caler jusqu'au fond, et à l'autre bout de cette même corde est une bouée.

A 5 brasses plus bas que la surface de l'eau , on attache à cette même corde une nasse de jonc ou d'auffe. Les poissons vont badiner autour de cette nasse pour se mettre à l'ombre , ou parce qu'ils prennent la nasse pour un refuge où ils trouveront leur proie , et souvent ils entrent dans la nasse sans qu'il soit nécessaire de les y attirer par des appâts.

On prend avec cette nasse des pilotes ou parapols, des verderots, la lampuga ou hippirus , tous poissons fort estimés à Alicante.

La nasse reste à la mer pendant toute la saison de cette pêche , qui commence en août et finit en octobre; mais on les visite tous les jours pour en retirer le poisson.

ïi°. Autre pêche à la nasse, que les Espagnols appellent nancas.

Cette pêche ne diffère de la précédente qu'en ce qu'on met dans la nasse des boulettes composées de sardines pourries et de farine. On mouille ensemble une vingtaine de ces nasses, qui sont moins grandes que les précédentes. Cette pêche commence en juillet et finit en septembre. On relève les nasses au point du jour et à midi, pour prendre le poisson qui s'y trouve : ce sont des pagets , des bogues, des homards, des langoustes, des sèches , etc.

12°. De la pêche nommée par les Espagnols aux

morneles.

Deux hommes dans un batelet vont à demi-lieue au large chercher lo brasses d'eau. Ils amarrent au bout de la corde, à côté de la câblièi'e, une petite nasse, dans laquelle ils mettent de petits poissons. Cette pêche commence avec le mois de novembre et dure jusqu'en avril. On y prend principalement des congres, sur-tout quand le vent est à l'est.

i3°. Nasses employées dans la Garonne.

Les nasses que les pêcheurs des environs de Marmande appellent bergot ont à-peu-près 5 pieds de longueur et 3 pieds et demi de circonférence , prise au milieu , qui est la partie la plus renflée. Ils attachent de grosses pierres à ces nasses pour les faire caler, et une corde, afin de les retirer commodément de l'eau. Ils mettent dans les nasses, pour appâts , du pain de noix qii'ils nomment nogas.

i4°' -De la pêche du bélouga.

On lit dans un mémoire d'Astracan qu'avant la

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crue du Volga dans les endroits qui sont presque à sec, et cependant fréquentés par le bélouga , les habitans font des palissades de gros pieux sur deux lignes, qui se rapprochent pour former à leur point de réunion un angle, où on amarre sous l'eau une ca^ de bois de 9 à lo pieds de longueur sur 5 pieds et demi de large et autant de profondeur. Ces cages peuvent être comparées à celles qu'on fait pour transporter des bêtes féroces. Aux quatre angles du dedans de la cage, sont attachés des appâts, qui attirent le bélouga par leur odeur. Il y entre avec empressement par une ouverture qui a environ 3 pieds et demi de diamètre. Quand une fois les deux tiers de la longueur de son corps y sont entrés, il ne peut plus en sortir, parce qu'il n'a pas la liberté

de

s'y retourner, et que ses nageoires et sa queiie

s'embarrassent dans les barreaux de la cage. Cependant il fait beaucoup de bruit en se débattant. Aussitôt les pêcheurs hissent la cage , assomment le poisson , et le tirent par un des côtés de la cage, qui s'ouvre comme une porte.

i5°. Pêche aux nasses , qui se fait en différens

endroits .

Il y a peu d'endroits à portée des étangs , des rivières ou de la mer , dans lesquels on ne fasse quelques pêches avec les nasses.

A Gênes, on en fabrique de jonc, qu'on nomme bertavelles. On met du fromage en dedans pour appâts, et on en tend beaucoup à l'embouchure des rivières.

En Chypre , on fait de petites nasses assez semblables aux bouraques, qui servent à prendre de petits poissons.

A Gibraltar , les nasses qu'on nomme nasselles sont faites d'un jonc qui croît dans les marais. On y met pour appât quelque morceau de poisson. On les leste de pierres , et on les cale jusqu'à 3o ou 4o brasses de profondeur. On y prend des crustacés ou d'autres petits poissons.

A Marvella , sur la côte de Grenade , outre les nasses ovales , on en fait en forme de dôme , assez semblables aux bouraques, qui ont environ 2 pieds de liaut sur un pied et demi de diamètre. On les leste et on les cale avec une corde de sparte jusqu'à 40 brasses. On les y laisse la nuit et on les relève le matin ; on ne met en dedans aucun appât.

On attache quelquefois au bout des verveux et des guideaux de petites nasses pour recevoir le poisson.

Les bourdigues sont des espèces de nasses d'une grandeur considérable , puisqu'il y en a de 5o à 60 toises de longueur sur 25 à 3o toises de largeur. V, Bourdigues.

Dispositions réglementaires.

L'ordonnance de 1669 , concernant la pêche dans les rivières , veut que les verges des bires ou nasses soient éloignées les unes des autres de la largeur d'un pouce au moins. ( Art. 9 du tit. XXXI. )

Il est défendu de mettre des bires ou nasses à bout des dideaux pendant le temps du frai, à peine de 20 francs d'amende, de confiscation des harnais pour

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