DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PECHERIES
On appelle pêcheries certains lieux qu'on dispose pour la pêche. Les Parcs et les Bourdigues, les Crousilles, les Ravoirs, les Hauts- Palis, les Rets traversans sur piquets , et les Manets^ qu'on tend en ravoirs , forment ces espèces de pêcheries. V. ces mots.
§ 7. DE DIFFÉRENTES SORTES DE PECHES QUI n'oNT
pu être rapportées a celles que nous venons d'Énoncer.
ARTICLE ler, — Différentes pêches qui se font à la basse eau, à pied , à la main, ou avec râteaux, digons , fouanes , etc. , pour prendre des coquillages et des poissons, qui s' ensablent ou qui restent dans des mares lorsqu'elles n'assèchent point à la basse mer.
Il y a des coquillages qui s'attachent aux rochers, aux grosses pierres et galets qui découvrent de basse
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mer, des crustacés et quelques espèces de poissons qui se retirent dans des trous qu'ils trouvent au pied des rochers. Quantité de coquillages et plusieurs espèces de poissons s'enfoncent dans le fond j et suivant qu'il est plus ou moins dur, il faut employer différens moyens pour les en tirer. Enfin il y en a qui, lorsque la mer se retire, échouent à sec , ou restent dans des bas-fonds qui n'assèchent point.
Plusieurs coquillages, et particulièrement les moules , s'attachent aux rochers que la mer recouvre à toutes les marées. Les pécheurs vont à la basse eau les détacher avec un crochet, PL \j , iV». Vf qui est ajusté au bout d'une perche plus ou moins longue, suivant l'élévation des rochers; et quand ils les ont fait tomber, les femmes les ramassent dans des paniers. Lorsque les roches sont basses et à portée de la main , les Jiommes, femmes et enfans les détachent avec une espèce de couteau qu'on nomme étiquette sur les côtes de Normandie, qui est sans tranchant et dont les bords sont barbelés.
Pêche à la pioche. "^
Les pitauds ou folades , ainsi que quelques vers marins , se retirent dans des tufs très-durs, qui forment une espèce de marne, ou dans les fonds de roches tendres délitées, qu'on nomme assez volontiers roches pourries. On va dégager de ces fonds durs ces divers coquillages, qui servent à amorcer les haïras. Ou se sert pour cela de pics ou de pioches. (V. PL 17, iV". IV.) Comme presque toujours le trou se remplit d'eau, on le vide avec une cuiller, c|ui est représentée au-dessus de la figure jy, mêmes planche et numéro. On met les vers dans des gamelles n , pleines d'eau de mer, pour les conserver en vie , et les pitauds dans des scilleaux p, ou des paniers plats à anses o, cjui sont ordinairement supportés par trois ou quatre pieds.
Pêche à l'étiquette.
Lorsque les fonds sont moins durs, les hommes et les femmes vont de basse mer ramasser des vers marins et des hamilles , pour amorcer les haims, et cela avec l'instrument dit étiquette, qui, comme nous l'avons dit, est un couteau sans tranchant, mais dont les bords sont souvent barbelés, a, PL 3 7, JV'o. IV.
Les vers s'annoncent par de petites mottes de terre en forme de vermisseaux qu'ils rejettent sur le sable, et les hamilles, par des traces qu'ils font pour s'introduire dans le sable. Lorsque la chaleur commence à se faire sentir, la mer étant basse, les.femmes tranchent le sable avec les étiquettes , auprès de la laisse de basse mer. Comme la lame de ce couteau est barbelée et sans tranchant, elles tirent du sable les vers et les hamilles, qui s'agitent alors comme font les anguilles; ce qui leur donne le temps de les ramasser et de les mettre dans leur panier, N°. V.
Il y en a qui, au lieu d'étiquette, se servent, pour tirer les poissons du sable , d'une vieille faucille h , dont se servent les moissonneurs.
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Pêche avec le pâlot, la bêche ou la fourche.
Quelquefois le fond, sans être endurci comme la marne, est cependant trop ferme pour être aisément entamé avec l'étiquette, ou bien les poissons, étant enfoncés dans le sable à près d'un pied de profondeur, ne pourraient être atteints par la lame de l'étiquette : dans ce cas, on se sert d'une vieille bêche qu'on nomme po/o^, l, N°. IV, ou d'une fourche qui a trois ou quatre larges dents, et en labourant le terrain , on en tire des vers , des coques ou vannets , des hamilles, et même de différentes espèces de poissons plats, comme on le voit P/. 17, -ZV^°. VII.
Ce métier est très - fatigant; et cette pêche, qui se continue depuis février jusqu'à Pâque , est souvent infructueuse. Néanmoins ceux qui la pratiquent sur les sables des Vays en tirent une partie de leur subsistance.
Du côté d'Estrehan , on fait la même pêche la nuit. Pour cela , on va de mer basse sur les sables avec une lanterne, PL 17, iV°. F"/, qui sert à faire apercevoir le poisson qu'on a tiré du sable.
Pêche des crustacés, des congres et d'' autres poissons qui se retirent dans les roches et sous les pierres.
Quantité de poissons qu'on nomme saxatiles se retirent dans les trous qui se trouvent dans les rochers, ou se fourrent sous de grosses pierres. Les pêcheurs en prennent bien quelquefois à la main; mais comme plusieurs pourraient les blesser, ou qu'ils courraient risque d'êti'e fortement pinces par les gros crabes et les homards, pour les tirer de leurs retraites, ils s'arment d'un instrument qu'on nomme angon à Marennes , qui est une broche de fer barbelée et ajustée au bout d'iuie perche , ou de grands crocs semblables , mais plus forts que la lame d'une faucille, et qui ont un manche de 3 ou 4 pieds de longueur; ou bien ils ont un grappin, c, N°. IV, ou un crochet^, emmanché au bout d'une perche, dont ils se servent pour visiter les trous et en faire sortir les poissons qu'ils auraient peine à tirer sans ce secours. Ils renversent les pierres à bras ou avec un levier si elles sont trop grosses, et prennent les poissons qui sont dessous, ou avec la main s'ils ne sont pas trop gros, ou avec un digon, un grappin, ou la grande faucille, avec laquelle ils les tuent s'ils sont trop dangereux. Dans ce cas, le crochet .n'est quelquefois qu'un gros haim à morue, attaché au bout d'une perche, ou ils forment des digons avec le même haim redressé.
Pêche à Vespadot.
En quelques endroits, particulièrement dans l'amirauté de Marennes, on nomme espadotune broche de fer d'environ s pieds et demi de long, dont le bout forme un crochet qu'on ajuste à une perche longue d'environ 5 pieds , cjui augmente un peu de grosseur du côté qu'on tient à la main.
Les pêcheurs se servent de cet instrument à pied et de basse mer, pour prendre les poissons qui restent au fond des écluses et dans les endroits qui ne sèchent pas de basse mer. Ils font cette pêche de jour, mais plus souvent de nuit : en ce cas, PL j8, N°. I, ils vont dans les endroits où il reste de l'eau,
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avec des brandons de roseaux ou de paille; et quand ils aperçoivent un poisson , ils l'arrêtent avec le crochet do l'espadot et l'assomment avec le même instrument.
Pêche à la fougue.
L'instrument qu'on nommefougne est une fourche à deux, quelquefois à trois branches fort menues, barbelées, de 8 ou 10 pouces de long, et qui a un long manche. On s'en sert comme de l'espadot pour tirer les gros poissons qu'on aperçoit entre les rochers , dans les écluses et les autres endroits où il reste de l'eau de basse mer. Elle se fait de jour et de nuit. On prend à cette pêche de petites raies, des soles , des trembles , des crabes , des langoustes , des homards, etc.
Pêche des coquillages , vers de mer, lançons et autres poissons de basse mer, avec un crochet qu'on traîne.
Dans les endroits où le sable peut s'entamer aisément, les jeunes gens prennent un crochet doiible, d , PI- 17, -ZV^. IV, qui a une douille pour recevoir un manche de 5 ou 6 pieds de longueur; ils le passent entre leurs jambes pour appuyer dessus ce manche avec une de leurs cuisses, comme les enfans qui montent achevai sur un bâton ; et courant de toutes leurs forces , ils entament et labourent le sable ; des gens qui suivent ramassent les coquillages, les vers et les ])oissons qui se trouvent dans le sable qui a été renversé. Cette pêche est très - fatigante pour celui qui traîne le croc. Elle est représentée PI. 18, JV°. /.
Pêche avec des râteaux.
On emploie aussi pour la pêche deux espèces de râteaux : l'un, petit et tout-à-fait semblable à ceux dont les jardiniers se servent dans les potagers, e , PI. 17, N° . IV, est employé à ramasser entre les roches les coquillages qu'on a détachés avec l'étiquette ou les autres instrumens dont nous avons parlé. Mais on emploie, pour pêcher les poissons plats, les lançons et les vers qui s'enfouissent dans le sable , de grands râteaux , dont la tête a 3 ou 4 pieds de longueur, et est garnie de ]2 à i5 dents de fer qui sont fortes, et ont y, 8 ou 10 pouces de longueur; le manche a 7 à 8 pieds de long. Vers le milieu , tin peu plus cependant du côté de la tête , est ajusté un morceau de bois de 2 ou 3 pieds de longueur, que le pêcheur saisit de la main gauche, ])endant qu'il tient de la droite le bout du manche. Ce morceau de bois, qui s'élève verticalement, lui donne la facilité d'appuyer sur le râteau, pendant qu'il le tire de la main droite ; car cette pêche ne consiste qu'à traîner le râteau sur le sable , pour en faire saillir le poisson qui s'était ensablé. C'est pourquoi ces pêcheurs ne prennent que des vers , des coquillages et des poissons plats, rarementdes équilles, qui, pour l'ordinaire, sont trop souvent dans le sable.
Lo temps le plus favorable pour cette pêche est par les chaleurs et les grandes marées, qui découvrerit beaucoup. On a reproché à cette pêche , qui n'exige aucune dépense, de détruire beaucoup de menuise. Elle est représentée PI. 18, N° . JI.
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Pêche avec des herses.
Ceux qui ont des herses et des bêtes de trait expédient beaucoup plus leur pêche que ceux qui sont obligés de se servir de râteaux, et ils fatiguent infiniment moins.
Les herses, les unes carrées, h , PI. 17, N°. IV ; les autres triangulaires, i, endentées tantôt de bois, et, pour le mieux, de fer, sont les mêmes dont les laboureurs font usage pour enterrer les grains qu'ils ont semés. Cette pêche se fait dans le même temps que celle au râteau , et l'on y prend les mêmes poissons.
On y attelle un bœuf ou un cheval, PI. 18, N° . III, et on la traîne de basse mer sur les sables. Quand ils sont couverts de quelques pouces d'eau, la pêche ne s'en fait que mieux. Pendant qu'un homme conduit la herse, quelques enfans ou des femmes qui la suivent prennent à la main le poisson qui saillit du sable : ce sont des soles, de petits turbots, des barbues, des plies, des limandes , des carrelets, des anguilles, des lançons, etc. On reproche à cette pêche, à plus juste titre qu'au râteau, de détruire la menuise; on ne la fait que dans les chaleurs, parce que c'est alors que les poissons terrissent, et les grandes vives-eaux y sont les plus propres non- seulement parce que le courant amène plus de poisson à la côte, mais encore parce que la plage se découvre davantage.
Pêche dite tonnelière, pour prendre des coquillages.
A Aiguës - Mortes , on fait à pied au bord de la mer, dans des endroits oii il reste peu d'eau, une pêche avec le râteau , pour prendre les coquillages qu'on nomme tnnilles ; on emploie un grand râteau de fer , qui a ime douzaine de dents longues de 6 pouces. Aux extrémités de la tête de ce râteau sont attachés deux longs bâtons qui se croisent ; derrière le râteau, est ajusté un filet en forme de sac, dont les mailles sont serrées: un seul homme traîne cet instrument ; le râteau détache les coquillages , et le filet les reçoit : c'est ce qu'on appelle le tonillier.
Pêche dite en Provence salabre de fond.
Le salabre est un sac de filet ,j>', VI. 17, iV'^. IV , de 3 jjieds de profondeur, qui est monté sur une armure de fer de i5 à 20 pouces de diamètre : les deux extrémités courbes répondent à tine traverse droite, qui est dentée comme la roue d'une grosse horloge; la partie cintrée porte une douille, qui reçoit un manche de 12 à i5 pieds de longueur. On garnit ordinairement cette armure avec des paquets de vieux filets. Lorsque les pêcheurs veulent s'en servir, ils laissent aller leur salabre sur le fond , à 4 ou 5 brasses de profondeur, quelquefois beaucoup plus. Ils le tiennent amarré par deux cordes, dont une est attachée au bout du manche, l'autre l'est environ au tiers de sa longueur du côté du cercle de fer. On lo traîne lentement, et en raidissant une des cordes, on fait que les dents entrent plus ou moins dans le terrain , qu'elles grattent, et le sac se remplit de coquillages et de sable. Cette pêche , qui se fait en mars , ne se pratique cjue sur les fonds de sable et par les temps calmes.
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Pêche qu'on fait à pied sur les sables et Its vases, e/flr// je no//z//jc plyetter OM pommeler, ou à la foule.
Pour faire cette pêche , qu'on pourrait nommer piétiner, les pêcheurs qui connaissent les endioits que fréquentent les poissons qui s'ensablent vont pieds nus au bord de la mer ou dans les rivières ; ils marchent , PL 18, N^. IV, sur le fond lorsque, la mer étant retirée, il ne reste qu'une pclite épaisseur d'eau. Quand ils sentent sous leurs pieds les poissons qui se sont enfouis dans le sable , ils les saisissent avec les mains, ou ils les percent avec le petit instrument appelé angon, ou avec une pointe de fer ajustée au bout d'une canne. On prend de cette façon des plies dans la Loire, et on la pratique dans l'amirauté de la Rochelle , à l'île de Ré, etc. On la fait de jour et de nuit, et en ce cas c'est aux feux. La pêche que nous venons de décrire revient à ce que pratiquent les pêcheurs picards pour prendre des llets. A l'embouchure des rivières sablonneuses, lors même qu'il y a 3 ou 4 pieds d'eau , quand ils sentent le poisson, ils le piquent avec un bâton, au bout duquel il y a deux pointes de clous de 2 ou 3 pouces de longueur. Cette pêche se fait quand les llets commencent à monter dans les rivières, et elle finit lorsque les eaux deviennent très-froides.
Pêche des coques ou vanoses à la foule.
On connaît qu'il y a des coques à un endroit par de petits trous que ces poissons font avec ce qu'on appelle leur langue , et encore parce qu'on entend leurs coquilles, qui sont à peine couvertes de sable, craquer sous les pieds. Quand les pêcheurs jugent qu'il y a des coques en un endroit , ils piétinent le sable , qui s'amollit et permet aux dents des râteaux d'y entrer pour en retirer le coquillage , ou bien ces coquillages se portent d'eux-mêmes à la surface, et on les ramasse avec des râteaux de bois. La pêche à la foule est représentée PL 18, N° . IV.
Pêche du coquillage appelé manche de couteau.
Le coquillage qu'on nomme manche de couteau ou manchot est fort commun, et se trouve sur-tout abondant sur la côte du Cotentin. Les riverains qui en font la pêche se servent d'une petite broche ou aiguille à tricoter, qui a 18 à 20 pouces de long; il y a au bout un petit bouton de fer, ressemblant à une olive de moyenne grosseur , qui serait coupée par le milieu de sa longueur. Ceux qui pèchent ces coquillages avec cette broche, qu'ils nomment aiguillet ou digot^ ne les désablent point , comme on tait ailleurs. Ils examinent à la basse mer les trous que font ces coquillages sur le sable j et comme les manchots sont toujours placés perpendiculairement, les pêcheurs enfoncent leur digot tout droit, le bouton ne manque guère d'entrer entre les deux valves , qui ne se joignent pas exactement. Le poisson , qui se sent blessé, contracte un peu ses valves, et en retirant le digot, on amène le coquillage.
Cette pêche se fait aux côtes de la Basse-Normandie , depuis le mois de mai jusqu'à la fin d'août. Dans le mois de mai, ce coquillage, qui n'est jamais fort bon, est mangeable. Passé ce temps, il
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devient très - dur et indigeste. Les pauvres gens viennent , dans la saison , faire cette pêche et en font une partie de leur nourriture.
Pêche des anguilles à pied sur les vases.
Dans le Morbihan, près de Vannes, et sur plusieurs autres côtes vaseuses , les pêcheurs vont de basse mer, étant presque nus, avec un bâton à la main ; ils parcourent les vases , et ayant aperçu des trous qui sont évasés comme de petits entonnoirs, ce qui indique que les anguilles se sont enfoncées dans la vase en ces endroits , ils émeuvent le fond par l'ébranlement de leur corps; ce qui fait sortir les anguilles. Ils les assomment avec leur bâton , ou ils les retirent à la main, les étourdissent, et même les tuent en les frappant sur leur bâton. Celte pêche ne laisse pas d'être avantageuse quand on la fait sur des vases fort étendues. Elle est représentée PL 18, N°. V.
Pêche des poissons plats, des congres, des anguilles à pied sur des vases et avec le harpon.
Des pêcheurs s'arment d'une fouane qui a 3, 5 ou 6 branches, emmanchées au bout d'une perche longue de 5 à 6 pieds; et pour se soutenir sur les vases, ils ajustent sous chacun de leurs pieds un chanteau de fond d'une barrique, comme on le voit P/. 18, N° . VI' Lorsque la marée est en partie retirée, ils A^ont le long du rivage, et lancent de temps en temps au hasard leur fouane, qui ramène les poissons qu'ils ontpiqués. Ce sont ordinairementdes poissons plats, des congres ou des anguilles.
La fouane de la baie de Saint-Cado, amirauté de Vannes , est un trident ; elle sert à prendre des poissons plats et des ronds.
Dans le Morbihan , les fouanes pour les anguilles ont 6 ou 7 branches longues de i5 à 16 pouces, qui se réunissent à une douille qui reçoit ime hampe de 10 à 12 pieds de long.
A Narbonne , on se sert d'une épée pour faire la pêche des anguilles et autres poissons qui s'envasent. Cette pêche , qui se fait dans la belle saison , est assez usitée le long des étangs salés , à un pied et demi d'eau tout au plus ; on pique aux endroits où l'on voit remuer dans la vase.
Pêche sur les vases, à pied, à la fouane et aux feux.
La pêche à la fouane, fouine , fougue, ou salins, se fait aussi de basse mer et à pied, durant les nuits obscures, avec le feu. Les pêcheui's se transportent auprès des roches, dans des écluses, et aux endroits où il reste un peu d'eau de basse mer, tenant de la main gauche un flambeau de paille ou de quelque bois sec ; et quand ils aperçoivent un poisson , ils le dardent fort adroitement avec une fouane qui n'a quelquefois que deux dents. On pratique cette pêche en plusieurs endroits, et particulièrement sur les vases dans l'amirauté de la Rochelle.
Les Languedociens, PL 18, N° . VU, poursuivent quelquefois à la course les poissons qu'ils aperçoivent, et ils ont l'adresse de les percer avec une tbuarie qu'ils tiennent à la main , et qu'ils nomment meurtrière ou fichoire ; car les pêches dont
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nous parlons sont nommées fichures sur plusieurs de nos côtes de la Méditerranée.
Dans la belle saison , la pêche de la fichure est assez usitée à Narbonnele long des étangs salés. Les vieillards et les jeunes gens portent à la main un petit fichoir à trois dents, lorsqu'ils se promènent au bord de ces étangs , et ils le dardent avec force contre tous les poissons qu'ils aperçoivent.
A Saint-Tropez, la pêche qu'ils nomment /àiquier se fait au feu et avec un trident. Ils prennent des langoustes, des muges, des dorades et d'autres poissons quelquefois très-gros.
ARTICLE 2. — Des péclies qui se font en bateaux avec râteaux, digons et fou ânes , pour prendre des coquillages et des poissons dans le sable ou dans la vase.
Les pêchesdonlnous avons parlé dans l'article précédent se font à pied , celles que nous allons exposer exigent l'emploi d'un bateau. A cela près , la plupartdeces pêches ont beaucoup de rapport entre elles.
Pêche des coquillages dans un petit bateau, avec
râteau.
Les pêcheurs de l'embouchure de la Somme se mettent au nombre de quatre ou cinq dans un petit bateau qu'ils nomment gobelette, et se portent à quelque endroit où ils savent qu'il y a un banc de coquillages, de moules par exemple; et, avec des râteaux semblables à ceux des jardiniers , qui ont de longues dents de fer avec des manches menus et de 3 à 4 brasses de longueur, ils ajustent à la lête un sac de filet, dans lequel s'amassent les coquillages à mesure que les dents des râteaux les détachent: ainsi c'est une espèce de drague. On la voit PI. 18, iV"^. VIII.
On pratique cette pêche en plusieurs endroits, particulièrement à Isigny, le long de la côte, où l'on en fait usage pour draguer des huîtres.
Les pêcheurs des environs de Grand-Camp pèchent aussi des coquillages et des moules en bateau avec des râteaux.
Pêche des huîtres au râteau , sans sac.
Deux hommes se mettent dans une petite chaloupe , avec chacun \\n râteau dont la tête a environ 2 pieds et demi de longueur ; elle est garnie de 12 dents de fer, longues de 8 à 10 pouces. Ces dents sont larges, émoussées par le bout, et fort crochues; à cause de leur largeur , elles sont assez près à près poxir retenir les huîtres. De plus, il y a sur la tête du râteau, le long du manche, une petite planche large de 4 pouces , pour retenir les huîtres quand le j)êcheur redresse le lâteau. La forme des dents et cette planche tiennent lieu du sac du filet. Le manche est une percha^ menue et pliante, longue de 18 à 20 jiieds ; elle est souvent faite de deux morceaux ; mais il faut qu'elle plie , pour que les dents du râteau raclent mieux le fond, comme on le voit PI. 1 9, N\I.
Pêche avec un petit bateau sur les vases.
Dans le Morbihan, les pêcheurs vont de basse mer sur les vases avec de petits bateaux qu'ils nom-
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ment tignolles, qui sont figurés comme une navette, mais dont une extrémité se termine carrément. Ils sont formés de trois jilanches et si légers , qu'un seul homme les porte aisément sur son dos. Deux hommes dans une tignolle (et c'est tout ce qu'elle peut contenir) lancent dans la vase leurs fouanes au hasard; les branches qui la terminent sont au nombre de six ou sept, et ont i3 à i4 pouces de longueur; elles partent toutes d'une même douille de fer, qui reçoit un manche de lo à 12 pieds de longueur, et elles s'écartent les unes des autres vers leurs extrémités. Quand le flot se fait sentir, les pêcheurs cessent leur métier. On pratique cette pêche principalement depuis le mois de décembre jusqu'à la fin de février. V. la PL 19, N° . II.
ARTICLE 3. — Lies pêches avec la fouane , en pleine
eau.
Par le moyen des pêches dont nous avons parlé, on ne prend cjue les poissons qui se retirent dans le sable ou dans la vase. Voici comment on prend ceux qui nagent en pleine eau.
Pêche des poissons et autres, à la fouane et avec
bateau.
Les pêcheurs se servent de fouanes en râteau , c'est-à-dire que les dents sont rangées sur une tête de bois, comme les dents d'un râteau : mais ces dents, au nombre de 8 ou 10, au lieu d'avoir une direction perpendiculaire à celle du manche, sont dans une situation qui lui est parallèle ; elles sont terminées comme un fer de lance. On se sert de cette fouane dans les rivières ainsi cju'au bord de la mer, et la façon de s'en servir est d'enfoncer les dents dans le fond, soit sable , soit vase. Comme la rangée des dents a une étendue assez considérable , elles peuvent d'autant mieux attraper les poissons. Quelques-uns trouvent plus commode de se servir de fouane dont les broches sont attachées autour d'une douille. (V. la PI. 19, N°. III) On prend avec cette fouane des anguilles , des congres , des llets et autres poissons plats.
On pratique cette façon de pêcher dans l'amirauté d'Abbeville. On s'en sert aussi, tant à pied qu'en bateau , à Isigny, et dans les Vays.
Pêche avec le trident , la fourche , etc.
A Agde, deux hommes se mettent dans un petit bateau qu'ils nomment bette, avec un trident et une torche allumée ; car cette pêche ne se fait que la nuit. Un des hommes vogue ; l'autre tient le trident, avec lequel il perce les poissons qu'il aperçoit à sa portée. Celte pêche se pratique au bord de la mer, dans les étangs et dans les rivières.
Pêche au feu et à la fouane.
Les pêcheurs de Vannes ne font la petite pêche des orphîs ou anguillettes que pour avoir de quoi amorcer les haims, quand ils se proposent de pêcher des tires ou postaux et des congres. Au reste, la pêche des orphis dure tant que ce poisson , qui va par bandes , donne à la côte : c'est ordinairement depuis le mois de mars jusqu'à celui de juin.
Quatre pêcheurs se mettent la nuit dans un petit
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bateau; l'un d'eux, qui est placé à l'avant, tient un brandon de paille allumé, qui, par son éclat, attire lesorphis. Les trois autres pêcheurs ont desfuuanes en forme de râteau, qui ont au moins vingt dents barbelées, longues de 6 pouces, et fort près les unes des autres, la tête du râteau n'ayant que i3 à i4 pouces de longueur. Au milieu est une douille de fer, qui reçoit un manche long de lO à 12 pieds. Quand les pêcheurs voient les orpliis ou anguilles attroupées , ils lancent leurs fouaues , et en prennent souvent plusieurs d'un seul coup. Cette pêche est rejirésenlée P/. ig, N°. IV.
Comme le bateau dérive lentement, la manœuvre n'effarouche point les orphis. Lorsqu'il ne fait point de vent, et que les nuits sont fort obscures, on en prend quelquefois 1000, 1,200^ i,5oo dans une nuit.
On fait la même pêche en plusieurs endroits, particulièrement à Belle-Isle. Assez souvent ils allument deux torches, et les poissons se portent du côté où est la lumière. C'est aussi de ce côté-là qu'on lance les fouanes , et on en prend cpielquefois jusqu'à 10 d'un seul coup.
Pêche des orphis au pharillon.
Cette pêche se pratique dans le Poitou. Cinq hommes et un mousse se mettent dans une chaloupe ; un de l'équipage est chargé d'entretenir le pharillon ou petit phare qui est placé à l'avant. C'est une espèce de réchaud , qui a un manche de fer d'un pied de long , terminé par une douille , dans laquelle entre un manche de 4 pieds de longueur. On fait le feu avec des éclats de douves de vieux barils qui ont servi à contenir du brai ou du goudron.
Deux hommes nagent mollement, et trois lancent leurs fouanes dans les lits ou bouillons d'orphis que la clarté du pharillon attire près de la surface de l'eau; et ces poissons s'attroupent quelquefois en si grande quantité, qu'on en prend des 5 et 6 d'un seul coup. Comme le bateau avance lentement, les poissons ne sont pas effarouchés , même par le lancement des fouanes. Lorsque le temps est calme et que les nuits sont fort obscures, on en a quelquefois pris aussi , par cette autre manière de pêcher, 12 a i,5oodans une nuit. Cette pêche est représentée PI. 19, N°. V.
Pêche à la fourche y en bateau et au feu.
A Toulon , les pêcheurs à la fourche ont de petits bateaux de 19 pieds de longueur sur 5 et demi de 1 irgeur, dans lesquels se mettent deux hommes. Ils pèchent à la fouane ou fichoire pendant toute l'année, à la lumière, et prennent des loubines , des mulets ou mujaux, des congres, des doiades, etc.
Pêche dite phastier ou fasquier.
Quand les bourdigues sont rompues, on fait une pêche plus amusante qu'utile, avec les petits bateaux qu'on appelle bettes marines ; on les arme de deux ou quatre rames sans gouvernail j on élève à la poupe un morceau de bois arrondi , d'environ 4 pouces de diamètre e^ haut de 4 pieds. Au haut de ce morceau de bois; on établit une grille de fer, ou
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une espèce de réchaud assez creux pour contenir les morceaux de pin gras qu'on doit y brûler.
Aussitôt qu'il fait nuit, on sort pour faire cette pêche; on allume le petit phare, qu'on nomme phastier. On a quelqueiois le plaisir de se faire suivre par des troupes de poissons qui sont attirés par la lumière. Le pêcheur, armé d'un harpon à plusieurs branches, et qui est emmanché au bout d'une perche légère de 8 pieds de long, se place à la poupe sous le phastier, tandis que les rameurs le promènent dans les canaux des étangs de Berre et de Caronte ; et en jetant les harpons au milieu de tous ces poissons, on en prend presque toujours plusieurs ala-fols. On ne prend guère à cette pêche que des aiguilles ; mais quand ce poisson de passage donne abondamment, un seul homme en prend quelquefois plusieurs quintaux. Cette pêche ne dure guère que quinze jours, les aiguilles passant ailleurs. Ce sont ordinairement les bourgeois qui s'exercent à cette pêche; mais il se rassemble quelquefois plus de quarante bettes, c|ui, ayant chacune leur feu , forment un spectacle assez agréable , qui attire ia curiosité des étrangers. On allume dans le phastier des éclats de cœur de pin gras ou très-résineux.
Comme ceux qui font cette pêche à Antlbes, se rendent à voile sur le lieu de la pêche, ils amènent leur màt, et le couchent vers l'avant sur un chandelier. Les pêcheurs d'Antibes prennent quelquefois avec la fouane d'assez gros poissons, qu'ils auraient peine à tirer à bord : en ce cas, ils s'aident du gra[)pin q, PL 17, iV". IV.
H faut toujours attacher au milieu de la hampe de la fouane une ligne de plusieurs brasses de longueur, pour pouvoir la rattraper si elle échappait au pêcheur, ou s'il la lançait sur un gros poisson qu'il ne pourrait retenir.
On fait cette même pêche à Saint-Tropez; on commence à pêcher le soir avant la nuit, et se portant auprès des roches, on y harponne des crabes et des homards ; ensuite, quand la nuit est venue, on allume le phastier, etonprend desdorades, desloups, des muges , des soles, des rhombes ou turbots, des anguilles, des maurennes, des langoustes, des ombrines, sorte de truite, etc. Le matin, à l'aube du jour, on recommence à harponner des crustacés, comme le soir.
Pêche dite enceza en Catalogne.
Cette pêche se fait de jour ou au feu , avec le harpon ou la fichure, qu'on nomme sitora. On allume à la poupe un feu de bois de pin ; on va , comme pour le phastier, à la rame terre à terre, et deux hommes ont à la main une fitora, avec laquelle ils percent les poissons qu'ils peuvent atteindre. Quand ils sont gros, les pêcheurs s'aident d'un grappin ou croc pour les tirer à bord ; quelquefois ils emploient un lacs.
Les nègres de la Côte-d'Or allument du feu dans leur canot, qui, étant percé de trois ou quatre trous sur les côtés , donne passage à la lumière , qui attire le poisson, que les pêcheurs dardent avec un trident à long manche.
Pêche à la foscina ou fuscina.
A Raguse, on fait la pêche avec un trident nommé
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foscina on fascina, qui a une longue hampe ou manche; elle se fait le jour et la nuit. Il y a des pêcheurs ei habiles, que, lorsqu'ils aperçoivent un poisson, ils ne manquent pas de l'attraper avec la foscina. Ouaud on pêche ainsi pendant la nuit, on allume ijTla poupe un morceau de sapin. Elle est représentée PL 19, iVo. VJ.
Pêche à-peu-près semblable, que les Espagnols nomment fitora.
Le trident est nommé en espagnol^^OAC ; il a ordinairement cinq pointes. A Alicante, où cette pêche se fait par un seul homme dans un petit bateau , le manche de l'instrument a 4 brasses de longueur. Chaque pointe est terminée comme le fer d'une flèche. Le pêcheur est sur la proue du bateau ; il Jette un peu d'huile sur la surface de la mer, ce qui lui fait mieux apercevoir les poissons qui sont au fond, et qu'il darde avec sa fitora. Cette pêche commence en mars et finit en mai. Le moment le plus favorable est le matin, par un temps calme. On la fait rarement de nuit à la lumière.
Pêche de l'Amérique septentrionale , qu'on nomme pêche à la rissole ou au teu.
Elle ne diffère de celles que nous venons de décrire qu'en ce que celui qui doit harponner tient d'une main un bâton , au bout duquel il y a un paquet d'écorce de bouleau, qui, étant allumé, fait au moins autant de lumière que les flambeaux de jjoing dont on fait usage en France. L'autre pêcheur conduit le canot.
Pêche de la Guadeloupe au feu et à la fouine.
On assure que les pêcheurs de cette île prennent ainsi les poissons r\o\\iva.ès ferroquets ^ les uns verts, les autres jaunes , des vieilles , des crabes et de gros homards.
De la pêche au miroir.
Comme c'est la lumière qui détermine les poissons à s'approcher du miroir dont nous allons parler , il ne sera pas hors de propos d'en dire ici quelque chose. Dans les nuits calmes et obscures, on prend un morceau de bois taillé en bateau 5 on en garnit le dessous avec de petits morceaux de glace semblables à ceux qu'on emploie pour amuser les alouettes. Les sèches, apercevant la lumière de la lune réfléchie par ces glaces, s'approchent, et on les .'Saisit ordinairement avec une truble, que les Provençaux nomment salabre.
Pêche chinoise , qui approche de la précédente.
Les Chinois ont de longs bateaux, auxquels ils attachent des deux côtés une planche large de 2 jùeds , qui s'étend de l'avant à l'arrière. Cette planche est couverte d'un vernis fort blanc et fort luisant; un des côtés est de niveau avec le bord du bateau ; l'autre s'incline en pente douce jusqu'à la surface de l'eau. Pendant la nuit, la lumière de la lune étant réfléchie par cette surface blanche, le poisson qui s'ébat sur l'eau prend probablement la couleur de la planche pour l'eau même ; il saule sur cette planche,
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et glissant dessus, il tombe dans la barque. Ceci est tiré de V Histoire générale des voyages ^ in-/[°^ t. VI ■, p. 221 .
Pêche des Indiens au feu.
On lit également dans V Histoire générale des voyages que, quand les Indiens pèchent au feu, ils ont dans un canot des tisons ardens , qui éclairent la surface de l'eau. hQs poissons , attirés par cette lucnière , s'approchent du bateau du côté où elle paraît; et les pêcheurs, étant à l'eau, nagent de l'autre côté, à l'ombre du bateau; ce qui leur donne beaucoup de facilité pour darder les poissons ; mais il s'en rencontre de fort gros, qui attaquent eux-mêmes les pêcheurs et quelquefois les dévorent.
Pêche de nuit qu on pratique sur la côte du Sénégal.
Le même ouvrage porte , tome II , page 1 79 , que sur les côtes voisines du Sénégal il y a des pêcheurs, qui, durant les nuits obscures, tiennent d'une main une longue pièce de bois très-combustible , qui les éclaire , et de l'autre un dard , dont ils ne manquent guère les poissons qui s'approchent de la lumière. Lorsqu'ils en prennent de fort gros, ils les attachent à l'arrière du canot avec une ligne , et ils les remorquent à terre.
Pêche au harpon, dite foscina.
Sur la côte de l'Etat ecclésiastique , on pêche de jour, et plus souvent à la lumière, avec un harpon en forme de trident, a, PL 1 9, iV». VI, qu'on nomme foscina. On l'attache au bout d'une corde qui est fort longue ; on le darde , tenant le manche à la main ; mais quand les poissons sont gros , les pêcheurs détachent le harpon du manche , et s'en vont avec lui , mais il n'est pas perdu ; on le retrouve , ainsi que le poisson, au moyen de la ligne qui y est attachée. On fait cette pêche l'été, autour des roches.
ARTICLE 4- — Z)e5 pèches qui se font au harpon volant ou qu"* on jette au poisson.
Dansles pêches à la fouane, on n'abandonnepresque jamais la hampe ou la perche qui sert de manche à cet instrument. On plonge le fouane sur le poisson ; et en la retirant par le manche qu'on n'abandonne point, on retire avec elle le poisson qui a été piqué. Pour les pêches dont nous allons parler, et qu'on peut appeler le harponnage.) on lance le harpon, on l'abandonne entièrement , et l'on ne retient qu'une ligne, dont un bout est amarré au manche ou au fer du harpon.
Pêche du marsouin avec le harpon.
Ainsi, on se sert pour la pêche des gros poiâsons, et particulièrement des marsouins, de harpons dont le fer, qui se dégage du manche, est retenu par une ligne que l'on file à mesure que le poisson piqué s'agite et s'éloigne.
Le harpon a , PL 19, iV». VII, a 2 pieds de long, y compris la pointe, la verge et la douille, dans laquelle entre la pioche qui forme le manche , el qui a 5 ou 6 pieds de longueur. Le tête de ce harpon a la forme d'un fer de lance, ou d'un demi-fer de lance, et est épaisse de 4 ^i 5 lignes à son échan-
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crure. Il n'est pas nécessaire que ce harpon soit bien affilé, parce qu'on ne s'en sert guère que quand le marsouin est près du bord de la chaloupe, et il entre d'autant plus facilement, que la peau , la graisse et la chair du marsouin sont presque aussi tendres qu'à la baleine.
Le poisson emporte le harpon , dont le manche reste au pécheur, ou plus souvent tombe à la mer ; mais il y a à la verge ou tige du harpon une ligne que le pêcheur file jusqu'à ce que le poisson soit affaibli. On voit ce harpon sur son manche en B et en C, P/. 1 ç, i\'o. yil. Ces harpons , qui servent à la pèche du marsouin , sont semblables aux dards dont on fait usage pour la pèche de la baleine 5 ils sont seulement beaucoup plus petits, mais on les lance de même.
Il faut que les lignes de tous les harpons soient faites de bon chanvre, bien travaillées, et peu torses, pour qu'elles soient fortes et souples.
Le harpon E, qui est d'une construction fort ingénieuse, a 2 pieds de longueur, y compris la pointe, la verge et la douille , dans laquelle s'emmanche une perche de 5 à 6 pieds de longueur; la forme de sa tête est une espèce de couteau long d'environ 8 pouces, et large à-peu-près d'un pouce et demij elle se termine en pointe à son extrémité, et est épaisse par le dos. Cette lame est percée, au milieu de sa longueur, d'un trou 5 et l'extrémité de la tige, qui a 18 à 24 pouces de longueur, se termine par un œil où entre un clou rivé, qui traverse cet œil, ainsi que le trou de la lame; ce qui permet à la lame un n)ouvement de charnière.
Pour se servir de ce harpon , on arrête à la tige le bas de la lame par un anneau de corde, qui glisse le long de la lame lorsque le pêcheur a lancé le harpon dans le corps du poisson ; car la résistance des chairs est suffisante pour pousser vers le bas de la tige cet anneau de corde : alors l'effort que fait le poisson pour se dégager , s'exerçant sur l'espèce de charnière , la lame tourne sur le clou, et au lieu d'être placée, comme on le voit en F, elle forme relativement à la tige comme un T, ainsi qu'on le voit en G. Dans cette position, le harpon forme dans les chairs du poisson une espèce de grappin dont le poisson ne peut se dégager. Au bas de la tige est une douille qui reçoit un manche , lequel n'y est point arrêté ; mais il y a une ligne , dont un bout est amarré à-peu-près au tiers de la longueur de la tige. Le pêcheur retient donc le harpon, s'il est assez près du poisson pour le percer ; ou s'il le lance, la hampe, qui quitte le harpon , flotte sur l'eau ; et pour ne pas la perdre, on la retire à bord au moyen d'une ligne fine qu'on y a attachée. Le poisson piqué s'en va arec le fer du harpon j mais on file de la ligne autant qu'il est nécessaire, pour retrouver le poisson quand il est affaibli par le sang qu'il a perdu.
Pêche à la flèche et avec le fusil.
11 est dit dans V Histoire générale des voyages, in-/\° ^ tome II ^ poge 4^5^ que les Maures du Cap- Blanc prennent des poissons avec desflèches, comme nous en tuons quelquefois à coups de fusil. Il y a des chasseurs qui tirent des poissons à plus d'un pied sous l'eau; mais il ne faut pas viser au poisson , j
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parce que le rajon de lumière et le plomb éprouvent une réfraction en passant d'un milieu dans un autre, et la quantité de ces deux réfractions n'est pas aisée à déterminer.
Les Chinois prennent le poisson avec des flèches qui tiennent à l'arc au moyen d'un fil, autant pour empêcher qu'elles ne soient perdues, que pour attirer à eux le poisson qui en est percé.
Anderson rapporte, dans V Histoire naturelle d'Islande, que les Groenlandais se servent, pour la pèche, de flèches et de dards qu'ils arment de fer quand ils en ont ; au défaut de métal , ils se servent de cailloux appointis, d'os, de dents de poisson, etc., qu'ils attachent à l'extrémité de la flèche avec des lanières de cuir ou des barbes de baleines.
ARTICLE 5. — Pêche qu'on fait avec des oiseaux.
Il y a beaucoup d'oiseaux qui font la chasse aux poissons. Les uns, munis de grandes jambes, de longs cous et de grands becs, font leurs pêches au bord des eauxj d'autres nagent, plongent, et poursuivent les poissons dans l'eau avec tant de vitesse qu'ils parviennent à les prendre à la nage; mais comme tous ces animaux ne pèchent que pour leur propre compte, nous ne devons point en parler ; il convient de nous borner à ceux qui pèchent pour leurs maîtres.
Pêche avec le cormoran.
Quand le cormoran est dressé , on s'en sert pour la pêche, et voici comme on l'a vu pratiquer sur le canal de Fontainebleau avec des oiseaux de cette espèce. On leur serrait le bas du cou avec une espèce de jarretière, pour les empêcher d'avaler entièrement le poisson ; ensuite on les laissait aller à l'eau, où ils chassaient le poisson, nageant avec vitesse et plongeant jusqu'au fond. Ils avalaient tout le poisson qu'ils prenaient; mais à cause de la jarretière qu'on leur avait mise, ils ne pouvaient pas le digérer; ils en emplissaient seulement leur œsophage, qui est susceptible d'une grande dilatation. Quand ils en étaient gorgés, ils revenaient joindre leurs maîtres , qui leur faisaient dégorger le poisson sur le sable. Ils en mettaient à part quelques-uns pour eux , et voici comme ils s'y prenaient pour donner le reste aux cormorans, après leur avoir ôté la jarretière qui les empêchait d'avaler entièrement le poisson.
Ayant une baguette à la main, ils les obligeaie/it de se ranger sur une ligne; puis ils leur jetaient im poisson , que le cormoran saisissait en l'air , comme un chien saisit un morceau de pain. S'ils le prenaient par la queue ou par le milieu du corps, ils avaient l'adresse de le jeter en l'air, et de le retenir par la tête pour l'avaler. Si un cormoran voulait s'avancer pour prendre le poisson à la main, on lui donnait un coup de baguette ) car si cet oiseau très-vorace , en voulant prendre le poisson, avait saisi le doigt, il l'aurait beaucoup endommagé. V. Cormoran.
Pêche à-peu-près semblable, qui se fait à la Chine-
On dit, dans V Histoire générale des vojages , in-4°., tome F, page 260 , que les Hollandais avaient eu le spectacle d'une pêche singulière, qui se fait avec un oiseau nommé /o«wa, un peu moins gros
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qu'une oie, et peu différent du corbeau ; îl a le cou long, le bec approchant de celui de l'aigle. Cette description diffère peu de celle du cormoran.
Les Chinois se mettent dans un petit bateau de cannes de bambou, et placent l'oiseau sur le bord. Quand il aperçoit un poisson, il s'élance dessus, le poursuit à la nage , même sous l'eau ; il rapporte sa proie au bateau, et la cède aux pécheurs, qui lui font recommencer la même chasse ; mais, pour empêcher qu'il n'avale sa proie, ils lui passent le cou dans un anneau de fer. Les maîtres sont quelquefois obligés d'aller au secours de l'oiseau quand il a pris un poisson trop gros. Lorsque l'oiseau est fatigué, ou que les maîtres sont coutens de la pêche qu'il a faite, ils lui ôtent l'-anneau, et le laissent pêcher pour lui-même. Le droit de faire cette pêche s'achète de l'empereur, pour un an seulement.
Un oiseau bien dressé est si estimé , qu'on le vend i5o florins de Hollande.
Dans le même ouvrage, au to:r,e VI, page 221 , il est encore dit qu'il est d'usage, dans plusieurs provinces, d'employer pour la pêche une sorte de cormoran assez semblable au corbeau , qu'on mène avec soi , comme on fait un chien pour la chasse du lièvre. Au lever du soleil , on voit sur les rivières un grand nombre de bateaux, et plusieurs de ces oiseaux perchés sur l'avant; au signal qu'on leur donne , en frappant l'eau d'un aviron, ils se jettent dans la rivière. Chacun plonge de son côté; et saisissant un poisson par le milieu du corps, ils retournent à la barque avec leur proie. Le pêcheur prend l'oiseau , lui baisse la tête, passe la main le long de son cou , et lui fait rendre le poisson qu'il a avalé tout entier lorsqu'il est petit, et qui serait entré dans son jabot si on ne lui avait pas passé le cou dans un anneau ; ensuite on lui donne quelques poissons pour récompense. Lorsque le poisson est trop gros, plusieurs oiseaux travaillent de concert à l'amener à bord.
ARTICLE 6. — PécJie sous la glace.
Quoique dans les pays froids, où les eaux sont glacées pendant une grande partie de l'année , on puisse conserver le poisson gelé tant que le froid dure, on en prend cependant beaucoup sous la glace.
Pêche sous la glace dans l' Amérique septentrionale.
Les filets dont on se sert ont souvent 5o brasses de longueur, sur un peu moins d'une brasse de chute; les meilleurs sont faits de bon fil de chanvre qu'on tire d'Europe; ils sont bordés d'un bon bitord , qui sert de maître ; on les leste avec des pierres qu'on attache au pied du filet avec un gros fil d'écorce de bois blanc.
Au lieu de liège, on fait les flottes avec des bâtons de bois de cèdre^ qui ont un pied et demi de longueur, et seulement un pouce de largeur , diminuant un peu vers les extrémités. On prépare le filet, et on ajuste le lest et les flottes le long de cjuelque rocher ; ensuite on perce la glace jusqu'à l'eau , faisant une ouverture de 2 ou 3 pieds de diamètre. A environ 4 brasses de ce trou, on en fait un autre, puis un troisième, un quatrième, etc., plus ou moins, suivant la longueur du filet qu'on se propose de tendre.
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Alors, on tend le filet qu'on fait passer sous la glace, au moyen d'une perche légère, à laquelle on attache une ligne de moyenne grosseur et qui a plus de longueur que le filet. On suit, du reste, les procédés ordinaires de la pêche.
Il y a encore plusieurs autres manières de pêcher sous la glace , et qu'on pratique dans les pays froids , mais qui ne peuvent pas intéresser.
ARTICLE 7. — De la pêche du nonnat, de la guildre , ou nienuise.
IVous parlons de cette pêche aux articles Blanchaille., Guildre .f Menuise, Nonnat. V. ces mots.
§ 8. — DÉCHARGEMENT ET TRANSPORT DU POISSON, TANT DE MER QUE d'eAU DOUCE , MORT OU EN VIE.
Quand les pêcheurs ont fini leur pêche , si c'est sur les grèves ou au bord de la mer , comme ce qu'ils rajjportent est peu important, ils le vendent à la côte à des marchands, qui les y attendent. Quant aux grandes pêches, nous allons expliquer ce qui se pratique , sur-tout dans les ports de la Haute- Normandie; mais auparavant nous dirons un mot de la qualité du poisson frais.
On sait qu'en général la plupart des poissons, tant de mer que d'eau douce, sont infiniment meilleurs au sortir de l'eau que quand ils ont été gardés morts pendant quelque temps. Sénèque nous apprend que les anciens étaient si délicats sur ce point, que les poissons n'étaient pas regardés par eux comme suffisamment frais, si les convives ne les voyaient pas vivans en se mettant à table. Pour cela , on tenait dans les salles à manger des vases de verre pleins d'eau, où les poissons étaient en vie, et on se faisait une grande gloire de recevoir ses amis avec ces poissons vivans , qu'on tirait de l'eau eu présence des convives, et qu'on apprêtait sur-lechamp. Sans doute qu'on ne prenait pas cette précaution pour certains poissons, tant de mer que d'eau douce, qui sont plus délicats quand on les a conservés morts plus ou moins de temps, suivant leur espèce et leur grosseur; ces poissons font une exception à la règle générale ; mais si nous étions aussi recherchés sur ce point que le rapporte Sénèque , tous ceux qui sont éloignés de la mer seraient privés de l'usage de la marée, et les pêcheurs en souffriraient par le vil prix où l'abondance ferait tomber le poisson au bord de la mer.
ARTICLE 1er. DÉCHARGEMENT, VENTE ET TRANS- PORT DES POISSONS MORTS.
La plupart des poissons , sur-tout ceux de mer , meurent peu de temps après qu'ils sont sortis de l'eau : ainsi il faut se presser de les transporter promptement aux lieux de consommation; et malgré toutes les précautions qu'on peut prendre, il y a des poissons très-délicats qui se corrompent si promptement, qu'il faut les consommer dans le voisinage des ports où ils ont été péchés.
§ ler. — Débarquement du poisson , et transport an
marcha.
Quand une barque de pêcheurs arrive dans le
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port, deslioinines etdes femmes viennent, avec des hottes de quai, a, ou des mannes, ou des paniers, PI. 10, Ko. III, recevoir le poisson, cjue les pécheurs tirent de leur bâtiment pour le porter sur la place du marché. Les raies, les tires, les anges se portent dans des hottes ; les petits poissons , comme les merlans, maquereaux, harengs, etc. , se portent de toutes sortes de façons j mais les beaux poissons très-estimés se portent à la main ou dans des mannes.
Dans presque tous les marchés, il est défendu de vendre aux marchands, aubergistes et regrattiers , qu'après un temps fixé , qu'on accorde aux bourgeois pour leur provision. C'est ordinairement une heure pendant l'hiver et une demi-heure pendant l'été; et souvent le temps de la vente libre est annoncé par une cloche.
Quand le poisson est transporté au marché, les pêcheurs l'arrangent à terre sur des claies, espèce par espèce; les poissons plats, tels que les soles, s'arrangent deux à deux, posées l'une sur l'autre; les raies , les morues , etc. , se mettent aussi sur des claies; les vives, les rougets, se mettent dans de petites mannes; quand les carrelets, les barbues, les poules de mer et les turbots sont gros, on les vend à la pièce.
Dans certaines villes, il y a des inspecteurs de police , qui visitent le poisson; s'il est gâté, ils le font jeter ; s'il est avarié , l'inspecteur permet de le vendre à part, et, comme l'on dit , à tourne-dos, c'està-dire qu'on le met sur l'étal dans un sens contraire à celui qu'on lui donne ordinairement, pour indiquer à l'acquéreur la qualité de ce poisson. Ces usages, ainsi que les réglemens de police sur la vente, ne sont point les mêmes dans tous les marchés.
§ 2. — Livraison des poissons de redevance.
Quand le poisson est ainsi exposé, le bourgeois propriétaire du bateau, que les pêcheurs appellent quelquefois leur hôte , se rend avec le maître-pêcheur pour lever son droit , qui consiste , outre le sou pour livre qu'il aura du produit de la vente , à prendre , à chaque marée , un poisson qu'on nomme bourgeois, et qu'il choisit. Ce même propriétaire du bateau prend encore trois autres poissons , qu'il partage avec le maître-pêcheur, et comme celui-ci a le choix d'un sur les trois , ils partagent ordinairement par moitié le produit de ces trois poissons. On fait la vente du reste, et le produit se partage par lots : le maître a deux de ces lots; chaque matelot de l'équipage en a un , mais aussi le maître fournit une fois plus de filets qu'un simple matelot; en outre, c'est le maître qui doit payer le garçon de bord, qui a quelquefois un demi-lot, suivant sa force.
Comme le poisson de choix vaut presque toujours un ou deux lots, il s'ensuit, lorsque les pêches ne sont pas heureuses, que le maître est mieux traité que les autre copartageans.
Outre les droits du propriétaire du bateau , il a encore quelque profit sur la vente des vives, proportionnellement à la quantité qu'on en prend; mais cette pêche est maintenant bien peu abondante.
Les turbots, les saumons, les esturgeons et les
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dans les poissons de choix , et pour favoriser les pêcheurs, il est spécifié, dans quelques ports , quelle sera l'espèce de poisson qu'on pourra choisir pour le poisson bourgeois, et celui du maître : ce sera , par exemple , une raie.
Nous ne parlons pas des poissons qu'on appelait poissons de coutume , et qui se prélevaient autrefois au profit du roi ou des seigneurs.
Quand on a pris des crabes , des homards , des langoustes, des araignées de nier, en un mot des crustacés, ils appartiennent au matelot propriétaire du filet où ils ont été pris : ainsi, ces crustacés n'entrent pas dans la vente générale.
A chaque démarrage , le propriétaire du bateau compte avec les matelots pour se rembourser peu à peu des avances qu'il a faites , et des avaries communes; ce qui finit quand ces matelots se sont acquittés avec lui.
Dans d'autres ports , le partage se fait différemment. Lors du transport, par exemple, l'équipage commence par choisir les deux plus beaux poissons; le propriétaire du bateau prend ensuite le poisson bourgeois. Les deux beaux poissons que l'équipage a choisis rentrent dans la masse, pour être vendus au profit du commun.
§ 3. — Vente du poisson. ■
Quand les redevances sont prélevées, le propriétaire du bateau avec le maître et quelquefois leurs femmes font la vente du poisson. Les turbots, les esturgeons, les gros saumons et d'autres poissons de prix se vendent à la pièce ; les petites raies , ainsi que plusieurs autres poissons, se vendent à la douzaine, ou bien on forme des lots dans des paniers, des mannes ou sur des claies, qu'on vend en bloc : c'est le parti qu'on prend ordinairement quand on a fait la vente des poissons estimés. Si dans les comptes ou lots il se rencontre des poissons blessés, meurtris, tachés, on les rebute , à moins qu'on ne soit convenu du contraire.
Quand la vente est faite, tout le poisson est porté chez les acquéreurs par les matelots, ou à leurs dépens.
§ 4- "" Emballage du poisson par les chassemarées.
Quand le poisson est rendu chez l'acquéreur, on le met dans de grands baquets ou cuveaux e, où on le lave à grande eau pour le rafraîchir et le bien nettoyer avant de le mettre en paniers. On fait cette opération avec la main , si ce sont de petits poissons qu'on puisse manier sans crainte de les blesser ; mais si ce sont des poissons épineux, tels que les vives et les raies bouclées, on se sert de petits gafots pour les laver.
Au sortir de l'eau , on les met dans des paniers pour les transporter.
Ces paniers, PL 0.0, N°. III, sont de différentes grandeurs ; celui a est des plus grands ; on le nomme deux au cheval, parce que deux suffisent pour en faire la charge. Les moyens b sont dits trois au cheval^ parce qu'il en faut trois pour faire la charge.
marsouins, sont des poissons qu'on nomme pri- Il y en a de plus petits, c, qu'on accole deux à deux, vilégics, parce qu'ils ne doivent pas être compris! et quatre font la charge d'un cheval; ceux d se
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nomment cloyères^ on y met assez souvent un assortiment de poissons pour quelque provision particuculière. Enfin on emballe quelques beaux poissons dans de la paille longue , et cet emballage se nomme iorchette ou torquette.
Les emballeuses assortissent et arrangent avec soin les difféi-ens poissons dans les paniers qui leur conviennent 5 elles mettent ordinairement les turbots , les grandes barbues et autres poissons précieux entre deux raies, pour que ces poissons se conservent mieux. Il est vrai que la fraîcheur des raies contribue à leur conservation 5 mais quand les poissons précieux se gâtent, les raies, quoique fraîches et encore coriaces, contractent un très-mauvais goût. Les emballeuses béchevettent les poissons longs et ronds, et elles mettent les uns sur les autres les poissons plats. Communément elles couvrent les paniers avec une ou deux raies et elles rejettent soigneusement les poissons tachés et meurtris, qui pourraient se gâter en route, et endommager ceux qui se trouveraient dans leur voisinage. Ces poissons ne sont pas perdus j des hommes les achètent à bon compte, pour les transporter à petites distances, dans des hottes et sur le dos.
On met depuis six jusqu'à douze raies marchandes ou franches dans un grand panier dit deux par cheval', dans les paniers moyens, trois au cheval ^ on met trois raies blanches et deux grises; moins, si elles sont très-grosses.
Les anges et les tires suffisent quelquefois pour remplir un panier, et communément on choisit des paniers proportionnés à la grandeur d'un ou deux de ces poissons : au reste , on conçoit bien que le nombre des poissons qui tiennent dans un panier dépend de l'espèce et de la grosseur des poissons qu'on y enferme.
Quand les paniers sont remplis , on les couvre de paille longuey^ PI. 20, N^. III, qu'on nomme^/«, et on forme ce qu'on appelle le chaperon, qu'on arrête avec de la ficelle G , tels que sont les paniers H f ainsi que les cloyères I, et avec la même paille on forme les torchettes .
Les femmes , qui font très-adroitement ce travail , n'ont pour outils qu'un couteau et un épissoir K. L'épissoir est un poinçon de fer, figuré comme le bout d'une corne ; et il sert à écarter les osiers, pour avoir la facilité de passer les ficelles. Il semble qu'une aiguille d'emballeur serait plus commode.
Deux grands paniers, comme nous l'avons dit, font la charge d'un cheval ; on les attache des deux côtés du bât.
Un cheval porte trois moyens paniers , deux qu'on attache aux côtés du bât, et un qu'on met pardessus.
A l'égard des petits paniers, on les accouple pour en mettre quatre aux côtés du bât et un cinquième par-dessus, ou bien on y met une cloyère avec quelques torquettes.
§ 5. — Transport du poisson par les chasse-marées.
Nous avons dit déjà qu'il y avait des hommes qui transportaient de la marée sur le dos à de petites distances : on en voit un dans le lointain, PL 20, -^''' IV j mais la marée qu'on transporte au loin se'
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chasse ou à dos de cheval , ou dans des fourgons. Quand les chevaux sont chargés comme nous l'avons expliqué, les chasse-marées partent pour leur destination, comme on le voit, PL 20, iV». IV. Us font ordinairement 60 lieues en 35 ou 40 heures, et l'été , quand ils chassent jour et nuit , ils font cette même route en 24 heures; mais alors ils ont des relais.
Quand il y a beaucoup de marée, sur-tout lorsqu'il fait frais, et que les chemins sont praticables, on cliasse sur des fourgons , dont on proportionne les dimensions à la grandeur des paniers, pour mettre sur une charrette trente paniers, qui feraient la charge de i5 chevaux; soixante à soixante-quatre moyens paniers et des petits à proportion.
§ 6. — Transport du poisson d'eau douce, mort.
La plupart des poissons d'eau douce se transportent en vie, comme nous l'expliquerons dans la suite; niais comme ce transport exige des fi'ais, on préfère pour les éviter, lorsqu'on n'a pas une grande quantité de poissons, de les transporter morts: pour cela, on les assomme au sortir de l'eau, et on les arrange en les couchant tout leur long dans des paniers, avec de la paille fraîche, ou des orties; quelques personnes les vident et mettent dans le corps un morceau demie de pain trempé dans du vinaigre. Quand il ne fait pas chaud, les gros brochets peuvent être conservés 4 ou 5 jours , et les grosses carpes 2 ou 3. Ces poissons n'en sont que plus délicats; mais les petits ne sont jamais meilleurs que quand on les apprête au sortir de l'eau.
Le moyen de conserver les poissons long-temps pour les transporter fort loin est de les saler, de les sécher, de les fumer, de les mariner. Nous rapportons tous ces moyens de conservation dans les articles des anchois , du hareng, de la morue, du saumon , du thon , etc.
Dans le nord , on fait de grandes pêches lorsque les gelées commencent à être constantes, et le poisson gelé se conserve tant qii'on veut.
A la Chine, on charge des bateaux avec des poissons et de la neige ^ on les couvre d'une épaisse couche de paille , et on les conserve dans les glacières fort long-temps , et cjuelquefois on les transporte à des distances considérables.
ARTICLE 2. TRANSPORT DES POISSONS Qu'oN VEUT