II. DES APPATS AKTIFICIELS
On se sert d'appâts artificiels pour la pêche dans les eaux douces et dans les eaux salées.
1**. Pour la pêche dans les eaux douces y on emploie plusieurs espèces d'insectes dont on garnit les hameçons ; mais comme ces insectes ne paraissent que pendant quehiues mois de l'année, et qu'il est d'ailleurs assez difficile de s'en procurer à volonté j on a imaginé d'imiter la forme de ceux qui réussissent le mieux comme amorces. Walton, auteur anglais d'un Traité de pêche y a décrit la manière de faire ces imitations. Il n'est pas absolument nécessaire qu'elles soient parfaites ; car on voit les poissons se prendre à des appâts grossiers, et saisir des insectes
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artiiîciels qui ne ressemblent à aucune espèce de la nature. Toutefois, on s'attaclie à imiter, dans leurs différens états de métamorplioses, les insectes aquatiques.
M. Kresz, auteur du Pêcheur français y et grand amateur de la pêche, a cherché à donner à ces imitations les formes et les couleurs les plus propres à tromper le poisson. Voici, d'après son ouvrage , la collection des insectes artificiels que l'on fabrique chez lui (i).
La planche i5, N°^. I , II , III, représente ces insectes. Tous ceux désignés par la lettre A sont des araignées et des chenilles pour la pêche des truites; la yïg. B est un petit paon pour le saumon 5 la yîg. C, une demoiselle pour les truites; les cinq Jig. D sont des fourmis ailées pour la pêche des truites; ln/ig. E est un petit paon pour la truite saumonée ; les six^g. F sont des mouches pour les carpes; \es fg. 1 à 12 sont des insectes employés à la pêche des poissons blancs. Yoici leurs noms , avec l'indication du temps auquel il convient de les employer :
*°. I . Petit paon , tout le jour.
N°. 2. Chenille verte, le matin.
N°. 3. Papillon jaspé, au soleil.
N°. 4. Papitte 5 toute la journée.
N°. 5. Nymphe, au petit jour.
jN°. 6. Bibet, temps orageux.
N**. 7. Araignée rouge, au soleil.
N . 8. Papillon des genêts, le matin.
!N°. 9. Chenille jaune, le matin.
N°. 10. Charançon, temps couvert.
N°. II. Sauterelle, le matin.
N°. 12. Mouche factice , le soir.
Le même auteur indique la iaianière de faire ces insectes , quand on ne peut se les procurer tout confectionnés.
ce Pour le corps des insectes, on choisit du camelot, de la moire et autres étoffes fines de différentes couleurs; la laine filée, la soie torse ou plate, et des fils d'or et d'argent conviennent encore à cet usage.
» Pour imiter le velu de certains insectes , on emploie le crin teint ou le poil de certains animaux , tels qu'écureuils, chiens, chats, renards, lièvres, cochons, etc., observant de mélanger avec les poils fins, qui s'affaissent quand ils sont mouillés, ceux qui ont une certaine consistance pour pouvoir les soutenir.
35 On peut former les ailes avec des plumes étroites du cou et de la tête des coqs, canards, pluviers, paons et autres oiseaux ; on leur donne, avec des ciseaux, la forme qui leur est convenable.
» Si le corps de l'insecte doit être gros, on le forme avec une petite bande d'une étoffe mince, que l'on assujettit avec de la soie ; s'il doit être petit , on le fait avec de la soie torse ou plate , dont on nuance la couleur, et on mélange un fil d'or ou d'argent, si l'insecte a un brillant semblable à l'un de ces métaux.
>j Pour rendre le corps velu , on assujettit le poil
(i) M. Krcsz, quai de la Mécisserie, à Paris, tient un assortiment complet des ustensUes de chasse et de pêche.
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ou le duvet que l'on emploie, au moyen de ces mêmes fils de soie, et on en coupe ensuite l'extrémité pour qu'ils aient la longueur convenable.
» Pour les ailes, on choisit des plumes fermes et étroites, et, avec des ciseaux, ou leur donne la grandeur et la forme de celles de l'insecte qu'on veut imiter; on les attache solidement par plusieurs révolulions de fil de soie , et on croise plusieurs fois ces révolutions sous les ailes , pour leur faire prendre la position qui leur convient. On continue ensuite de former la partie postérieure de l'insecte, en la composant d'une étoffe rase, en la rendant velue, si cela est nécessaire ; mais on observe que le corps de l'insecte ne doit couvrir que la branche la plus longue de l'hameçon , et que la plus courte, ainsi que le dard, doivent être à découvert, comme on peut le voir par les figures de la planche. »
Quant à la manière d'employer les appâts naturels ou artificiels pour amorcer les hameçons , V. le paragraphe III ci-après.
2°. Pour la pêche à la mer, on se sert aussi d'appâts factices. On attire des crabes dans des nasses avec des pieri'es blanches taillées en forme de poisson. On prend des morues avec des morceaux de plomb auxquels on donne la même forme.
Les gros poissons se laissent encore tromper par un morceau de liège taillé eu forme de poisson, qu'on couvre d'une peau de poisson, ou d'une toile blanche, à laquelle on fait une raie bleue sur le dos. Les Basques j ajoutent quelques plumes pour prendre des thons.
Tout le monde sait qu'on prend des grenouilles avec un petit morceau de drap rouge. Ce morceau d'étoffe fournit un leurre excellent pour prendre des maquereaux pendant le jour. Lorsque les matelots de Calais et de Dunkerque traversent la Manche durant la saison de ce poisson , ils en prennent beaucoup avec des haims leurrés de cette manière. En jetant ces haims dans le reraou du vaisseau qui file , non-seulement ils prennent assez de maquereaux pour se nourrir, mais encore souvent pour en vendi-e de frais et même en saler.
Les pêcheurs de Granville se servent aussi d'un morceau de drap rouge pour prendre du maquei'eau ; mais ce n'est que faute d'autres appâts , car ils savent que la chair de poisson a un effet encor»; plus sûr.
Les voyageurs disent que, dans l'ile de Ternate , les pêcheurs lient en paquet une mousse dont on se sert pour calfater les coutures des bateaux, et que , mettant ce pacjuet au bout d'une corde assez longue, ils le jettent le plus loin qu'ils peuvent à la mer. Les poissons saisissent ce leurre , et leurs dents s'embarrassent dans la mousse ; de façon que les pêcheurs, qui sont fort habiles à le retirer, ne leur laissent pas le temps de s'en dégager. Ceux qui parlent de cette pêche auraient dû dire quel poisson l'on prend ainsi; et peut-être n'ont-ils pas remarqué qu'on met dans la mousse quelque appât : car nous dirons dans la suite qu'on prend des écrevisses avec un petit fagot de menues branches ou un paquet de filasse, dans lequel on a mis des entrailles de quelques animaux.
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]lr. MANIÈRE d'amorcer LES HAIMSPOURLA PECHE A LA LIGNE.
Quand on amorce avec de petits insectes, il faut les traverser jusqu'à ce qu'ils aient passé le barbillon ; quelquefois un seul, enfilé suivant sa longueur, suffit, car les haims qu'on emploie pour cette pèche vSOnt fort déliés. Lorsque les insectes sont bien petits , on les pique par le travers et on en met plusieurs ensemble.
Pour pêcher pendant la nuit , comme il faut que l'appât soit plus apparent , on pique presque toujours deux vers de terre par le travers du corps : ils s'agitent alors beaucoup, et la moindre clarté suffit pour les faire apercevoir par les poissons.
Il y a une infinité de vers qui peuvent servir d'appâts , principalement ceux qui se trouvent dans les fumiers de vache et de cochon, ou dans la tannée. En général, on estime pour la pêche ceux qui vivent long-temps dans l'eau. A l'égard des gros vers de fumier, on fait entrer la pointe de l'haim du côté de la queue , et on la fait sortir auprès de la tête.
Si l'on pêche dans un endroit où il y ait de gros ])oissons ) et que pour cette raison on emploie de forts haims, il faut que le jioisson qui doit servir d'appât ait deux travers de doigt de largeur.
Lorsque l'haim a deux crochets, on fait passer la tète de l'haim dans la bouche du poisson, et ou la fait sortir par-dessous une des ouïes : on lie ensuite la queue du poisson sur la ligne , ayant soin que les deux crochets de l'haim soient tout près de la bouche du poisson ; enfin, on attache l'haim à la ligne. V. V/iameçoTi A , PL 14.
L'haim à simple crochet s'amorce de même que l'autre , excepté qu'on peut y employer de petits poissons, et cela se pratique quand on pêche dans des endroits oîi il n'y en a pas de gros. En ce cas, on fait passer l'haim par la bouche, et on le lait sortir par-dessous l'ouïe, fig. C; ou bien on fait passer la queue de l'haim par-dessous l'ouïe , et on le fait sortir par la bouche -,fig- B ^ ou bien on se contente de faire entrer l'haim par la bouche, et on le fait sortir par l'anus, y?^. JD : alors on est dispensé de lier le poisson sur la ligne. Mais comme on le blesse davantage , il ne vit que 4 ou 5 heures, ce qui est un grand inconvénient 5 car la plupart des poissons ne mordent point aux appâts corrompus, et même ils ne se jettent jamais avec autant d'avidité sur les poissons morts que sur ceux qui sont vivans.
Quand on a passé l'haim par les ouïes , comme le poisson vit 12 à i5 heures, on en retire un grand avantage, sur-tout pour pêcher à la ligne dormante, vu que quand les poissons n'ont pas mordu le soir, il y a lieu d'espérer qu'ils mordront le lendemain matin.
Quelques pêcheurs font une petite ouverture entre la tête du poisson et le premier aileron du dos. Au moyen de cette incision , ils jnissent un fil de métal enire la peau et l'épine du dos du poisson, et ils le font sortir un ])eu au-dessus de la queue; puis ayant attaché l'iiaini à ce fil de métal qui doit .servir d'aiguille, ils retirent le fil pour que la lige de l'haim se trouve sous la peau ; et de crainte que la peau du poisson ne se déchire , ils assurent l'haim
par un couple de liens de soie ou de fil : de cette manière, le poisson vit long-temps.
A'Valtoii , dans la même intention de conserver long-temps les poissons en vie, conseille de mettre entre les deux crochets d'un haim double un fil de laiton qui porte un petit morceau de plomb de forme ovale. Il veut qu'on mette ce plomb dans la bouche du poisson qui doit servir d'appât , et qu'on la couse , pour qu'il ne puisse rejeter le plomb. Le poisson qui n'est pas blessé vit ainsi long-temps , et il nage presque comme s'il était libre; ce qui engage les autres poissons à mordre l'appât et l'iiaim.
Pour faire que le poisson frétille davantage, cet auteur conseille encore de couper une nageoire tout près des ouïes : alors ne pouvant nager que d'un côté, ce poisson ne fera que pirouetter, et ce mouvement attirera les poissons.
Ce que nous venons de dire prouve combien il est important de se ménager un réservoir où l'on puisse conserver de petits poissons en vie , pour en avoir sous la main quand on veut pêcher.
Pour amorcer avec une grenouille , on peut piquer la grenouille au cou , et conduire la tige de l'haim entre la peau et la chair le long de l'épine du dos. En mettant une brasse de distance entre la Hotte de liège et l'haim, cette grenouille nagera librement et elle vivra long-temps ; mais cette amorce ne convient que pour les gros poissons voraces.
Quelques-uns prétendent qu'on engage les poissons à mordre beaucoup mieux, si l'on met auprès des appâts un fort petit morceau à^écarlate qu'on ait frotté d'huile de pétrole.
D'autres assurent que quand on a mis les vers ou autres appâts vivans dans une boîte frottée de miel , les poissons y mordent plus sûrement.
On vante aussi beaucoup les appâts tirés de la chair d'un héron, ou d'un chat, ou d'un lapin. Il faut piler dans un mortier cette chair avec de la farine de fèves ou autre, y ajouter du sucre ou du miel, et en la pétrissant bien dans tous les sens , y mêler un peu de laine blanche hachée , ce qu'il en faut pour former des boules assez solides pour tenir aux haims.
Walton conseille encore de mettre sur un plateavi de bois du sang de mouton jusqu'à ce qu'il soit à demi desséché ; et quand il sera assez durci , de le couper par morceaux d'une grandeur proportionnée à celle de l'haim, où on l'attachera pour appât. Il ajoute qu'un peu de sel empêche le sang de se noircir, et fait que l'appât n'en est que meilleur.
AValton vante de plus l'appât suivant , comme convenant à toutes sortes de poissons : il faut prendre une ou deux poignées du plus beau et du plus gros froment, le faire bouillir dans du lait jusqu'à ce que ce grain soit bien attendri : alors on le fricassera à petit feu avec du miel et un peu de safran délayé dans du lait. On se servira de ces grains pour amorcer de petits haims , et on peut en faire usage pour les appâts du fond.
On peut aussi faire de bons appâts avec des oeufs de toutes sortes de poissons, pour ])êcher en eau douce j on donne cependant la préférence à ceux des saumons et des grosses truites. La façon de le-^ préparer est de les fiiirc un peu durcir sur une tuile