I. DES APPATS NATURELS
Les appâts naturels sont les vers de terre et de viande , la chair des animaux , différentes sortes de grains, et plusieurs espèces de pâtes ou de compositions.
Vers pour la pêche dans les rivières.
Les vers de toute espèce sont les meilleurs appâts : on estime sur-tout ceux qui se forment dans la chair corrompue, et que l'on nomme vers de viande et vulgairement asticots. Les vers de terre, de l'espèce des lombrics, sont appelés achées ou aiches , dont les pêcheurs ont fait le mot aicher, qui signifie amorcer. V. Achées.
Manière de se procurer des vers. — Les fibres qui sortent des racines de l'iris aquatique renferment dans de petites loges des vers blancs ou jaunespâles, longuets, menus, à tête rouge et les james distribuées le long du corps. Ces vers , suivant Wallon , forment un excellent appât pour les truites , la tanche, la carpe , etc.
On trouve les vers de terre dans les jardins, sous les pots à fleur oii il y a de l'humidité , et dans les prés un peu frais, où l'on enfonce un piquet en terre , que l'on tourne avec la main en lui faisant décrire un cercle j la pression que ce mouvement fait éprouver à la terre oblige les vers à sortir. On en obtient de même en foulant fortement la terre avec les pieds , ou en la frappant avec une batte. Enfin, on réussit encore à les faire sortir^ si on répaiid sur la terre , aux endroits où de petits trous indiquent leur présence, soit de l'eau salée, soit une forte décoction de feuilles de noyer. V. Achées.
Dans toutes les voieries, on se procure facilement des vers de viande; mais à défaut de cette ressource , on peut en faire naître par les moyens suivans : on prend du foie de quelque quadrupède, que l'on suspend à un bâton en croix au-dessus d'un pot ou d'un baril à demi rempli d'argile sèche; les mouches viennent y déposer leurs œufs, qui donnent naissance à des larves , et ù mesure que les vers grossissent dans le foie, ils tombent sur la terre j il s'en produit de la sorte assez long-temps. On peut aussi enfouir dans une terre huniido et à l'abri de la gelée, s'il est possible, le cadavre d'un chat ou d'un oiseau de proie, au moment où les vers y seront bien vivans. Ces insectes se conservent jusqu'au printemps, oii ils se métamorphosent en mouches, et on eu retire à mesure qu'on eu a besoin.
Dégorgement des vers. — Quelles que soient les espèces de vers que l'on emploie, il est bon de les faire dégorger avant de s'en servir. On peut obtenir proniptemciit cet effet â l'égard des vers de terre , si on les laisse dans l'eau pendant une nuit, et si
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on les place ensuite avec du fenouil dans le sac qui sert à les transporter au lieu de la pèche.
Quant aux vers qui proviennent de tannée ou du dessous des tas de fumier, on ne doit les laisser qu'une heure dans l'eau j on les met ensuite dans le sac avec du fenouil, et on peut les employer à l'instant.
Conservation des vers. — Si on a le temps et la volonté de garder davantage les vers, le meilleur moyen de les conserver est de les mettre dans un pot de terre garni de mousse, qu'il faut renouveler tous les 3 ou 4 jours en été, et toutes les semaines en hiver; il faudra à cette époque retirer la mousse, la bien laver, la presser entre les mains jusqu'à ce qu'elle ait rendu son eau , et la remettre sur les vers. La meilleure mousse pour cet usage est le lichen lluviatile , que l'on trouve sur les pierres dans l'eau des ruisseaux.
Quand les vers commencent à devenir malades et à maigrir, sur-tout ceux de l'espèce qui vient dans la tannée ou sous les tas de fumier, on peut les rétablir en versant chaque jour environ une cuillerée de lait ou de crème , goutte à goutte , sur la mousse dans laquelle ils se trouvent. Si on ajoute à la crème un œul: battu qu'on a fait bouillir avec elle, on jéussit à les engraisser et à les conserver long-temps. Lorsque le nœud qui se rencontre à-peu-près à la moitié du ver de tannée commence à se renfler, c'est signe que le ver est malade et qu'il ne tardera pas à mourir, si on ne le secourt comme on vient de dire. 11 y a encore un excellent moyen de conserver les vers de terre : on lave proprement un morceau de î^rosse toile à sac , et après l'avoir fait sécher, on le fait tremper dans du bouillon de bœuf frais (le bœuf salé les ferait mourir); puis on tend légèrement cette toile, dans laquelle on dépose les vers, et on place le tout dans un vase de terre. Il faut renouveler cette opération de 12 heures en 12 heures; et de cette manière, on peut garder les vers pendant un mois.
Emploi des ^vers. — Quand on veut pêcher de la blanchaille, on jette à l'eau de temps en temps une poignée de vers de viande, qu'on éparpille. Si on veut prendre des gardons , des barbillons, des goujons, des brèmes et des éperlans, on mêle ces vers avec de la terre grasse , que l'on trouve au bord des rivières, et on y ajoute du crottin de cheval ; on fait de ce mélange des pelotes grosses comme le poing , qu'on laisse descendre au fond de l'eau , dans l'endroit où l'on veut les attirer. Enfin , on se sert des vers pour amorcer les hameçons.
Chatouille. — On trouve dans la vase une espèce de petite lauiproie grosse comme un tuyau de plume à. écrire, dont on fait un appât, que l'on nomme assez souvent chatouille y et qui s'emploie avec avantage pour prendre l'anguille, le brochet et la lotte.
Chair des animaux,
1°. Pour la pêche dans les rivières, on emploie la chair de toute sorte d'animaux : le chat et le lapin , et sur-tout leur foie, ont été très-vantcs comme appâts ; les entrailles d'animaux de toute espèce et le sang caillé, employés comme appâts de fond , attirent puissamment le poisson.
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Les moules de rivière tirées de leurs écailles, les limaces, les sauterelles, les différentes espèces de scarabées, les fourmis ailées , plusieurs mouches et papillons, les grenouilles, les rats, les petits canards qui viennent d'éclore , et les petits poissons de toute espèce que l'on nomme blanchaille et même les jeunes perches dont on a coupé la nageoire dorsale, sont de très-bons appâts. Les poissons les plus estimés pour cet usage sont la loche, les goujons et les ablettes pour les rivières , et les petits gardons pour les étangs. La tanche est regardée comme un a])pàt fort médiocre.
2". Pour les grandes pêches à la mer, on emploie un grand nombre de poissons et de crustacés, que les femmes et les enfans sont occupés à rechercher, et que souvent les pécheurs ne peuvent se disjjenser d'acheter : c'est ordinairement pour eux un objet de dépense considéi'ale.
Les pécheurs de la Basse-ÎSormandie jîrétendent. que la chair de toutes sortes de poissons est bonne pour amorcer les liaims, et ils s'en servent indistinctement, pourvu qu'elle soit fraîche. A l'égard des Bretons, souvent ils coupent un petit morceau, au bas du dos des poissons qu'ils ont pris , et ils s'en servent pour amorcer. Ces poissons ainsi mutilés n'en sont pas moins de vente dans les poissonneries de la proA'ince ; mais les chasse-marées qui vont dans les grandes villes ne s'en chargent pas volontiers.
Les pécheurs de Flandre , de Picardie et de Haute-Normandie, font plus de choix dans leurs appâts; ils prétendent cpi'il en faut de différens , suivant les saisons et l'espèce de poisson qu'ils se proposent de prendre.
Ils estiment que l'appât qui mérite la préférence sur tous les autres, est le hareng frais; et les Provençaux se servent avantageusement des sardines, auxquelles ils donnent également la préférence.
Ils estiment ensuite les blanches, qu'on nomme aussi blanquettée , œillets, onllets ou mélis. Tous ces termes sont synonymes, et sigiiilient de petits poissons du premier âge et de toute espèce , qui se rencontrent au pied des parcs dans les manches, et lu bas des filets quand la mer est retirée.
Les poissons que l'on emploie communément pour amorcer sont les harengs -blaquets, les sardines, les lansons, lançons ou aîancons; les éouilles ou aiguilles, qu on nomme en Normandie ipiilles, équilles ou écjuilettcs ^ les crados ou grades, qu'oi; cippelle pre^;v5 en Normandie, el pretra ou éperlans bâtards en Bretagne; enfin ^ toutes les espèces de petits poissons ronds.
Sur le grand banc de Terre-Neuve , les entrailles des vïorues qu'on a prises servent , au défaut de meilleurs appâts, pour en prendre d'autres.
Enfin, les vers marins qu'on trouve dans le sable et les rochers à la laisse de basse mer , les sèches , les pitots ou vers à coquilles (aussi nommés Jolades , pélorides ou grandes palourdes)^ les cornets ou calmars, divers petits crustacés, la chair des poissons salés, la viande de différens animaux, fraîche ou salée : voilà en gros toutes les substances animales dont on fait des appâts, et qui servent à amorcer les haims.
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Nous allons les reprendre plus en détail pour mieux expliquer l'usage qu'on en doit faire.
On sait que les harengs frais doivent être mis au nombre des meilleurs appâts. Quelquefois en péchant les harengs à la fin d'avril et durant le mois de mai, on prend des célans , et des sardines, qu'on nomme galices en Gascogne. Ces poissons font des appâts presque aussi bons que les harengs mêmes.
Les pêcheurs -palangriers de Provence estiment autant pour cet usage la sardine, que les Ponentois estiment le hareng.
On ne peut amorcer avec un hareng que quatre à cinq haims pour la raie , et huit à dix pour le merlan et les autres poissons de même gi-osseur.
Quand on aura l'idée des grandes pêches aux cordes, on concevra quelle consommation elles doivent faire de harengs ; car il est de fait que chacun des pêcheurs de la côte de Dieppe a besoin , à chaque démarrage, de sept ou huit cents harengs pour garnir sa tessure ; et tous ces pêcheurs font plusieurs démarrages par semaine lorsque le temps j est propre.
(]omme le hareng est un bon poisson, soit frais, soit salé, on aurait désiré d'empêcher cette consommation ; mais ayant eu de bonnes preuves qu'on ne pouvait s'en passer pour la pêche du poisson frais, le gouvernement s'est déterminé à ne point gêner sur cela les pêcheurs.
Vers la fin de la pêche du hareng, ce poisson n'étant plus bon ni à manger frais, ni à en faire des salaisons, la police a défendu d'en pêcher alors. Cejjendant, vu l'avantage de se procurer du poisson frais pour Paris, on a permis aux pêcheurs de la cote de Normandie de mettre à la mer quelques bateaux , pour prendre telle quantité de harengs qui serait nécessaire pour faire leur pêche. Il est vrai qu'autorisés par ce prétexte , ils en pèchent plus qu'il ne leur en faut, et qu'ils en salent et en vendent aux chasse-marées 5 mais comme le hareng est un poisson de passage , qui commence à disparaître à la fin de mars, et qui ne se trouve presque plus sur les côtes de France à la fin d'avril, il faut toujours se pourvoir d'autres appâts qui suppléent à son défaut; d'ailleurs, la sole ne paraît jamais être bien friande de ce poisson.
La petite blanche ou blanquette, que nous avons ilit être un amas de toutes sortes de petits poissons pris au fond des parcs et au bas des filets, dans les mois de mai, juin et juillet, est un fort bon appât, pourvu qu'elle soit bien fraîche , et qu'on en garnisse suffisamment les haims proportionnellement à leur grandeur; car il en faut quelquefois huit à dix peur un haim. On les broquo par les yeux ou les ouïes ; et il paraît que c'est pour cela qu'on les a nommés œillets ou oreillets , et mélis , parce que c'est im mélange de toutes sortes de poissons.
Il est vrai que ces poissons, grossissant à mesure que la saison s'avance , deux ou trois peuvent alors suffire pour amorcer un haim ; mais on conçoit quelle énorme consommation celte pêche fait do petits poissons, qui deviendraient gros si on les laissait subsister : une douzaine est sacrifiée à la prise d'un poisson qui n'est quelquefois pas fort gros. Tant do poissons qui devraient peupler les côtes
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sont sans doute une perte considérable. Au reste, il faut avouer que cet appât est ti'ès-bon, et bien capable de suppléer au défaut du hareng.
Les vers marins fournissent un très- bon appât , et en quelque façon le meilleur de tous pour les soles ; mais il y en a de plusieurs espèces , et les uns sont plus estimés que les autres.
Les vers noirs .^ cju'on nomme francs , sont trèsestimés sur la côte de Haute-Normandie et de Picardie : on assure que la sole en est singulièrement friande. Il faut qu'un de ces vers soit gros pour pouvoir amorcer deux haims. On les pêche dans le sable quand la marée s'est entièrement retirée. On connaît les endroits où sont ces vers à des traces qu'ils forment sur le sable.
Les vers rouges , qu'on nomme bâtards ou vérotis y se tiennent dans de petits rochers, qui, s'étendant le long du rivage, ne s'élèvent guère au-dessus du sable : on les y découvre en détachant avec un pic les pierres dont l'assemblage forme le rocher. Ces vers se trouvent dans les délits, au milieu d'une vase noire, qui s'y rencontre ordinairement : ils parcourent ces délits, et laissent après eux une trace rougeâtre; les pêcheurs la suivent, et trouvent enfin le ver.
Le ver rouge ne diffère pas du ver noir seulement par sa couleur, sa forme est aussi différente : le ver noir est rond et le rouge aplati. Les pêcheurs de Granville estiment beaucoup ces vers rouges, prétendant qu'ils luisent davantage dans l'eau , et que pour cette raison ils sont mieux aperçus par le poisson.
Les vers blancs, qu'on nomme bourlottes en Bretagne, sont les moins estimés.
Les vers de terre servent pour pêcher des anguilles. C'est depuis Pâque jusqu'à la Saint-Michel qu'on fait principalement usage de ces sortes d'appâts, qui ne détruisent pas le poisson comme le fait l'emploi de la blanchaille. Malheureusement les vers marins sont chers et rares aux côtes vaseuses et de galets, où il n'y a ni sable ni roches 5 car, comme nous l'avons dit, les noirs se trouvent dans le sable et les rouges dans les roches.
Les pêcheurs de Saint-Valery en fournissent beaucoup auxPoletais et aux pêcheurs du bourg d'Aiilt, parce que leurs grèves sableuses en sont abondamment pourvues. Comme les soles ne mordent aux vers que quand ils sont frais et même vivans , les enfans et les jeunes gens en apportent de Saint-Valery à Dieppe , dans des gamelles de bois avec de l'eau de mer, courant toujours dans le chemin : en sorte qu'ils font , à ce qu'on prétend , deux lieues par heure. La longue habitude les rend d'cxcellen» coureurs.
Quand les pôclieurs manquent de bons appâts , ils se servent de coquillages ^ comme de moules, de brelins (bredins, bernicles, cuvettes , lampottes), qu'on appelle aussi ycux-de-bouc. On leur apporte ces coquillages vivaus : ils en ôtent l'écaillé, et se servent de la chair pour enibecquer les haims, qu'ils ont auparavant garnis de hareng salé; mais ils ne prennent guère avec ces appâts que des merlans et des limandes. Quelquefois aussi les pêcheurs amorcent avec des brelins seuls, et alors il en faut trois
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ou quatre pour un haiin , suivant sa grosseur. C'est conimuuément au mois de décembre qu'on se sert de cet appât.
On amorce encore avec \e pitot , qui est ordinairement assez gros pour garnir un liaim; mais cet appât n'est guère estimé.
Les scelles (qu'on nomma marquettes en Bretagne, sepie en Gascogne, scppie à Naples), ainsi que les cornets ou calamars, et les petites sèches qu'on nomme casserons en Saintonge et Aunis , sont des appAts très-médiocres , dont néanmoins on fait usage dans les chaleurs quand les autres manquent. On ne se sert que du corps de ces poissons, et cpielquefois, mais rarement, des pieds des cornets.
On ne prend guère avec ces sortes d'appâts c[ue des raies et un peu de merlan; de sorte que ce n'est que la disette des autres appâts qui engage à s'en servir, sur-tout de la sèche, qui est le moindre de tous ceux que nous venons de nommer.
Les cornets entiers sont beaucoup meilleurs j ils conviennent à toutes sortes de poissons, excepté aux poissons plats : on prétend que les morues en sont très-friandes 5 de sorte que si l'on en avait beaucoup sur le Grand-Banc , on aurait bientôt fait une excellente pèche.
On amorce encore depuis le mois de mars jusqu'en septembre avec quelques crustacés , tels que :
i". Les grosses chevrettes (qu'on nomme salicots en Haute - Normandie , barbeaux ou sanctés en Saintonge et Aunis, grosses creviches en. Guienne et Gascogne ).
2**. La petite chevrette, ajjpelée crevette et grenade à Dunkerque, sauterelle de mer en Picardie, petite chcvriche en Guienne, esquine en Gascogne , chevron, manlguette en Bretagne. On prend avec ces appâts des maquereaux et des raies de toutes les espèces.
3°. Les chevrettes de la plus petite espèce, cju'on nomme sauterelles oucaranates, dont cinq à six suffisent à peine pour un haim, et avec lesquelles il ne se prend guère que des raies grises.
4'-*. Les crabes de toutes les espèces , sur-tout lorsqu'ils sont près de quitter leur robe (alors on l&s nomme poltrons)^ ou quand l'ayant qiiittée , leur enveloppe est encore tendre et niembraneusej état dans lecjuel on les nomme craqiielins ou craquelots. On coupe ou l'on déchire ces crabes par morceaux pour en amorcer plusieurs haims. Le congre est le jK)isson qu'on prend le plus ordinairement avec ces appâts, et les pêcheurs au libouret prennent ainsi des merlans et des limandes.
Les petits pêcheurs à la côte amorcent aussi , faute d'autre chose, avec èies loches de mer, cjuoicjue ce soit un très-mauvais appât.
Les voyageurs disent qu'à la côte de" Guinée, les naturels garnissent leurs haims avec des morceaux de canne à sucre , pour prendre le poisson qu'ils nomment korcofado.
On est quelquefois réduit à se servir d'ap|)âts salés, tels que les harengs et \e foie de bœuf, ayant attention qu'ils ne soient pas corrompus. En ce cas, on embecque ou on garnit l'extrémité de l'haim avec un petit morceau d'un des meilleurs appâts qu'on peut se procurer : un peu de viande fraîche,
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bœuf, vache, cheval, âne, chien, etc., vaut encore mieux; mais il ne faut pas que ces chairs aient contracté de mauvaise odeur; ot les foies, ainsi que les poumons de ces animaux, sont préférables à leur chair.
On ne prend guère que des merlans avec ces appâts , dont l'usage est borné aux petites pèches qu'on fait à l'entrée des ports.
Au reste , outre les cas de disette, il y en a encore où la chair salée devient, pour ainsi dire, nécessaire. Ayant remarqué, par exemple, aux côtes de Flandre, que souvent le merlan est dégoûté, en sorte qu'il refuse de mordre à différens appâts qu'on lui présente, on a réussi à l'attirer en amorçant les haims avec au foie de cochon , même salé. Cet appât réussit encore quand le froid fait retirer le poisson au fond de l'eau. En conséquence, le foie de cochon frais est très-recherché par les pêcheurs-cordiers de Dunkerque et des environs ; ce qui fait cju'ils l'achètent assez cher ; que les femmes vont en chercher jusqu'à 7 et 8 lieues dans les terres, et que les chasse-marées en apportent de 20 à 0.5 lieues. Outre cela, les pêcheurs un peu aisés en font des salaisons vers la Saint-Michel, pour s'en servir dans les circonstances que nous avons indiquées.
Quand nous disons que les chairs dont on fait des appâts doivent être exemptes de mauvaise odeur, nous n'entendons parler que des pêches dont il est ici question ; car tous les poissons ne fuient pas ces odeurs qui nous déplaisent. Indépendamment du goût cjue témoignent plusieurs poissons d'eau douce pour les chairs qui ont quelque degré de corruption, les Russes nous assurent que l'odeur de charogne est un appât fort attrayant pour le bélouga, le céléia, quelcjues chiens marins et autres.
Il semble qu'en général les poissons soient plus friands de ceux de leur espèce que de tout autre; car les pêcheurs prétendent que quand on amorce avec de la blanque ou Blanchaille ( \ . ce mot ) oii il y a des poissons de toutes les espèces, on trouve ordinairement prises aux haims les mêmes espèces de poissons qui ont servi d'appât ; et il est certain que les morues se prennent à des haims amorcés avec les intestins ou aiitres parties des morues. Il en est de même du bélouga , du loup marin et d'autres poissons.
Il pourrait cependant se faire que cette règle ne fût pas générale ; car dans les quadrupèdes, il y a des animaux carnassiers qui ne mangent point la chair de leurs semblables, pendant que d'autres s'accommodent de tout : de même les oiseaux de proie ne se dévorent point les uns les autres , tandis cjue les canards mangent très-bien la chair des autres canards.
Quand on amorce avec des poissons un peu gros, il faut les couper en biais, afin de ménager l'appât; car l'haim doit en être entièrement couvert, excepté à sa pointe et à celle du barbillon. Si ces pointes étaient entièrement couvertes, le poisson rejetterait souvent l'appât dès cju'il sentirait que la pointe de l'haim lui chatouillerait le gosier.
On doit encore mettre axi nombre des appâts la résure , rave ou roguc , que les pêcheurs de sar-
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dines emploient pour bouetter, afi'aner ou affamer, c'est-à-dire pour engager les sardines à s'élever du fond de la mer et à donner dans les filets qui dérivent à fleur d'eau. Cette résure est faite d'œufsde morues et de maquereaux qu'on sale j ceux de morue le sont sur le banc de Terre-Neuve ou ailleurs , et il en vient plusieurs cargaisons de Norwege. A l'égard de la résure des maquereaux, elle vient surtout de Pile de Bas ; et quand les maquereaux donnent abondamment à quelques côtes, des marchands en font saler. Les pêcheurs bretons font même quelcjuefois une espèce de résure en émiant de la chair de maquereau cuite. V. Résure et Sardine.
Il est défendu de se servir en guise de résure, pour la pèche des sardines, de ces petites chevrettes qu'on nomme sauterelles de nier. Cette prohibilion est fondée sur ce qu'on détruit beaucoup de frai de poisson en péchant les sauterelles avec des sacs; et de plus, parce qu'on prétend que les sardines qui ont mangé de ces chevrettes ne sont pas propres à être vsalées, et qu'elles se corrompent très-promptement.
Ce qu'on nomme en ^re\.a.^ne gueldre , guildille , guildive , ou encore guildre , se fait avec des chevrettes , des cancres et de menu fretin de toute sorte de poisson , qu'on pile pour en former une pâte. Les observations de la Société d'agriculture et de commerce de Bretagne (année i/Sy ) attestent que cet ap[)àt corrompt les sardines en moins de 3 heures, et qu'il les fait tellement fermenter qu'elles s'entr' ouvrent par le ventre. Cette Société insiste en outre sur le préjudice que fait au poisson de toute espèce nn appât dont la composition est si destructive. Elle observe même que, dans quelques endroits , on prépare un appât semblable , nommé menue y où il n'entre que des poissons assez jeunes ])0ur avoir seulement la grosseur d'une lentille. Quoique ce dernier appât coûte fort cher, on en consomme cependant assez pour que dans les seuls environs du Port-Louis on emplisse tous les ans pour cette destination plus de 4^0 barils d'un si petit frai de poisson : d'où il résulte une destruction énorme. V. Gueldre,
Appâts de pain , de fromage , de grains , et de diverses compositions pour les rivières.
Pain. — On fait avec de la mie de pain de petites boules que l'on jette dans Peau à l'endroit où Pon veut attirer le poisson. On en amorce aussi les hameçons ; quelques personnes y mêlent du miel et même de V assa-fœtida.
Fromage. — On amorce avec du fromage ]iendant les chaleurs de l'été , et l'on donne la préférence à celui qui est le plus fait. Le fromage de Gruyère est celui dont on fait le plus d'usage , surtout pour prendre des barbillons. Walton , auteur anglais Irès-eslimé , observe cjue pour prendi-e le cliabot on fait une pâte composée de fromage bien fort , que l'on pile dans un mortier avec un peu de beurre et de safran , jusqu'à ce que le tout forme iine masse citronnée. 11 ajoute que, pour l'hiver, quelques pêcheurs préparent une pâte de fromage et de tcrébcnlhine.
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Grains et diverses compositions. — On emploie diftérentes espèces de grains et de semences, soit seules, soit mélangées.
Les fèves de marais ou grosses fèves qu'on a fait cuire à demi et qu'on mêle quelquefois avec un peu de miel , servent d'appât de fond et d'amorce poii^i*' les haims.
Un mélange de 2 livres de blé , d'une livre d'orge et d'une demi-livre de chenevis , le tout cuit ensemble, et qu'on jette dans les endroits où l'on veut pêcher, soit à la ligne, soit aux filets, est un moyen sûr d'attirer beaucoup de poissons. Lorsque, dans les grandes chaleurs de l'été, on craint que le blé ne s'aigrisse , on peut y ajouter une poignée de sel. Cet appât réussit également dans les étangs, et peut être employé pour attirer les carpes, si on y ajoute une égale quantité de fèves qu'on aura fait tremper d'abord et cuire ensuite.
On fait aussi usage de pain, de chenevis et de sang caillé , mêlés avec du crottin de cheval , que l'on descend à fond dans un panier ou dans un sac.
On habitue encore les poissons à fi-equenter un lieu déterminé, en y coulant à fond un panier ou un baril défoncé , dans lequel on a mis de la vase mêlée avec différentes espèces de grains. Les carpes principalement se plaisent à chercher ces grains dans la vase ; elles fréquentent aussi beaucoup les lieux où l'on jette du fumier de vache ou de brebis , du son mêlé avec du sang, de l'avoine germée j etc.
Un excellent appât de fond, sur -tout pour les brèmes , se fait avec de l'orge germée et grossièrement moulue, que Pon fait cuire dans une chaudière, et que l'on passe dans une toile après que l'eau a jeté un bouillon, et dont on porte le marc sur le bord de l'eau, vers les 8 ou g heures du soir, pour en former des pelotes que l'on jette à l'eau. On peut, le lendemain à la pointe du jour, aller pêcher avec succès.
Substances malfaisantes . — Nous ne parlerons point des appâts qui tuent ou enivrent le poisson, tels que la coque du Levant, la noix vomique, etc.: l'emploi en est sévèrement interdit par les ordonnances. V. l'Ord. de 1669, tit. XXXI , art. i^.
Substances d'une odeur forte. — Plusieurs auteurs recommandent de mêler aux appâts de Vassafœtida y du musc, de l'ambre, du camphre, des huiles d'aspic et de héron , et d'autres substances d'une odeur forte j mais on les a abandonnées comme inutiles et même nuisibles.