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DES FONCTIONS VITALES DES POISSONS

Nous n'avons guère qu'indiqué les formes et la situation des différentes parties du poisson. Nous allons donner quelques détails sur leurs fonctions.

De la digestion. — Nous avons vu qu'à la suite du gosier, le canal intestinal, qui y prend son origine et se termine à l'anus, s'élargit et prend le nom à.''estomac. On a fait plusieurs observations sur la manière dont s'opère la digestion dans ce tube intestinal; on a particulièrement voulu savoir quel degré de température résultait de cette opération , et l'on s'est assuré qu'elle ne produisait aucune augmentation sensible de chaleur, et que par conséquent elle n'en était pas aidée par cet agent. D'un autre côté , les membranes de l'estomac du plus grand nombre de ces animaux sont trop minces pour hâter la décomposition des alimens; il n'esc donc pas surprenant que les sucs digestifs des poissons soient en général très-abondans et très-actifs. Aussi ont-ils un foie très -volumineux, et qui est quelquefois aussi long que l'abdomen. Cette quantité et cette force des sucs digestifs sont sur-tout nécessaires dans les poissons qui ne présentent que peu de sinuosité dans leur intestin, peu d'appendices auprès du pylore, peu de dents dans la gueule, et qui, par conséquent, n'ont leurs alimens ejtposés à l'action des agens de la digestion que dans l'état et pendant le temps le moins propre à faciliter leur décomposition. Quelques poissons voraces, tels que le brochet et les autres espèces d'ésoces, qui n'ont reçu ni appendices de l'estomac, ni intestins très-contournés , ni un foie très-volumineux, jouissent de la faculté observée dans d'autres animaux rapaces, de rejeter facilement par leur gueule les substances qu'ils ne peuvent digérer.

Dans les poissons, comme dans les autres animaux, les véritables sucs nourriciers sont pompés au travers des pores dont les membranes de l'intestin sont criblées. Ce chyle est attiré et reçu par une portion de ce système de vaisseaux disséminés dans toutes les parties de l'animal, liés par des glandes propres à élaborer le liquide substantiel qu'ils transmettent et (|ui ont reçu le nom de vaisseaux lactés ou do vaisseaux lymphatiques, suivant leur

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fiosition , ou, pour mieux dire, suivant la nature du iquide alimentaire qui les parcourt.

Delà circulation du sang. — Le sang des poissons ne sort de la veine-cave pour entrer dans le cœur , qu'après avoir reçu des vaisseaux absorbans les diftérens sucs, qui, seuls, peuvent donner à ce fluide la faculté de nourrir les diverses parties du corps qu'il arrose ; mais il n'a pas encore acquis toutes les qualités qui lui sont nécessaires pour entretenir la vie ; il faut qu'il aille encore dans les organes respiratoires. Indiquons la route qu'il suit pour arriver à c«s organes.

Le cœur, principal organe de la circulation, presque toujours contenu dans une membrane trèsmince, que l'on nomme péricarde , ne renferme que deux cavités, le ventricule, et l'oreillette, dont nous avons parlé. C'est à cette oreillette qu'arrive le sang avant qu'il soit transmis au ventricule , et il y parvient par un ample réceptacle, qui constitue véritablement la veine-cave, ou du moins l'extrémité de cette veine que l'on a nommée sinus 'veineux.

.Le sang, en sortant du ventricule, entre par un orifice dans un sac artériel ou très-grande cavité, qui a reçu le nom à''aorte ^ cette artère conduit le sang aux branchies, qui, dans les poissons, remplacent les poumons , et pour le répandre au milieu de ces branchies, elle se sépare en deux troncs , dont l'un va vers les branchies de droite et l'autre vers les branchies de gauche. L'un et l'autre de ces troncs se divisent ensuite en un grand nombre de ramifications, correspondantes à des ramifications analogues mais veineuses, qui, se réunissant successivement en rameaux et en branches, portent le sang réparé par les branchies dans un trou unique, lequel, s'avançant vers la queue le long de l'épine du dos, fait les fonctions de la grande artère nommée aorte descendante è.'àn^ l'homme et dans les quadrupèdes, et distribue dans presque toutes les parties du corps le fluide nécessaire à la nutrition.

La veine qui part de la branchie la plus antérieure ne se réunit, cependant, avec celle qui tire son origine de la branchie la plus voisine , qu'après avoir conduit le sang vers le cerveau et les principaux organes des sens; mais il est bien plus important encore d'observer que les veines ^|ui prennent leur naissance dans les branchies non-seulement transmettent le sang au vaisseau principal, dont nous venons de parler, mais encore qu'elles se déchargent dans un autre tronc, qui se i-end directement dans le grand réceptacle, par lequel la veinecave est formée ou terminée.

Ce second tronc doit être considéré comme représentant la veine pulmonaire, qui conduit le sang des poumons dans le cœur de l'homme , des quadruj>èdes , des oiseaux et des reptiles. Une partie du fluide ramenée dans les branchies des poissons va doncau cœur de ces derniers animaux sans avoir circulé de nouveau par les artères et les veines; elle repasse donc par les branchies avant de se répandre dans les différens organes c|u'elle doit arroser et nourrir.

Au reste, le sang parcourt les différentes routes que nous venons de tracer avec plus de lenteur qu'il ne circule dans la plupart des animaux plus rap-

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jirochés de l'homme que les poissons. Son mouvement serait bien plus retardé encore s'il n'était dA fpi'aux impulsions que le cœur donne, et qui se décomposent et s'anéantissent, ;iu moins en grande partie, au milieu des nombreux circuits des vaisseaux sanguins, et s'il n'était pas aussi produit par la force des muscles qui environnent les artères et les veines.

De la respiration. — Nous n'avons donné qu'une idée sommaire des branchies et des pièces qui les coni posent. Ces organes de la respiration et qui donnent au sang le principe de la vie, sont bien plus variés c|ue les organes respiratoires des animaux que l'on regarde comme plus parfaits. Ils peuvent différer en effet les uns des autres , suivant la famille des poissons, par leur forme, leur nombre et les dimensions de leurs parties. Dans quelques espèces , ils consistent dans des poches ou bourses composées de membranes plissées, sur la surface desquelles s'étendent les ramifications artérielles et veineuses; et jusqu'à présent on a compté , de chaque côté de la tête, six ou sept de ces poches ridées et à grande superficie ; mais le plus souvent les branchies sont formées par plusieurs arcs solides, dont chacun appartient à une branchie particulière.

Le long de la partie convexe , on voit quelquefois un seul rang, mais plus communément deux rangées de petites lames plus ou moins solides et flexibles , un peu convexes d'un côté et un peu concaves du côté opposé, appliquées l'une contre l'autre, attachées à l'arc, recouvertes par des membranes ordinairement garnies de petits poils, plus nombreux sur la surface convexe que sur la face concave , et revêtues des ramifications artérielles et veineuses dont nous avons parlé.

La partie concave de l'arc ne présente pas de lames; mais elle montre des protubérances, ou des tubercules , ou des rayons , ou de véritables ai-

guillons.

Tous les arcs sont élastiques et garnis de muscles, qui peuvent, suivant le besoin de l'animal, augmenter leur courbure ou leur imprimer d'autres mouvemens.

Leur nombre, ou , ce qui est la même chose , le nombre des branchies, est de cjuatre de chaque côté dans presque tous les poissons; quelques-uns cependant en ont 3 , 5, 6 ou 7 de chaque côté.

On a remarqué que les branchies sont moins étendues dans les poissons qui vivent habituellement au fond des mers et des rivières ou dans la vase, que dans ceux qui parcourent en nageant de grands espaces, et s'app)rochent souvent de la surlace des eaux.

Elles sont placées dans une cavité qui n'est qu'une prolongation de l'intérieur de la gueule , ou si elles ne sont composées que de poches plissées, chacune de ces bourses communicjue par un ou deux orifices avec ce même intérieur, pendant qu'elle s'ouvre à l'extérieur par un autre orifice.

Souvent l'eau entre par la bouche pour parvenir jusqu'à la cavité qui, de chaque côté de la tête, renferme les branchies ; et lorsqu'elle a servi à la respiration, et qu'elle doit être remplacée par un nouveau fluide, elle s'échappepar l'orifice latéral que

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Vonnomme ouverture branchiale. Dans le plus grand nombre des poissons, il n'y a qu'une ouverture branchiale de chaque côté de la tête ; mais dans les raies et dans presque tous les squales , il y en a cinq ; dans une espèce particulière de squale , six, et dans une autre sept, ainsi que dans tous les pétromizons. D'autres fois , l'eau est introduite par les ouvertures branchiales, et passe par les évents ou par la bouche; ou, si elle pénètre par les évents, elle trouve une issue dans l'ouverture de la gueule ou dans une des branchies.

L'issue branchiale de chaque côté du corps n'est ouverte ou fermée, dans certaines espèces, que par la dilatation ou la compression que l'animal peut faire subir aux muscles qui environnent cet orifice 5 mais communément elle est garnie d'un opercule ou d'une membrane, et le plus souvent de tous les deux à-lafois.

L'opercule est plus ou moins solide , composé d'une ou de plusieurs pièces, ordinairement garni de petites écailles et quelquefois hérissé de pointes; la membrane, placée en tout ou en partie sous l'opercule, est presque toujours soutenue, comme une nageoire, par des rayons simples, qui, mus par des muscles particuliers, peuvent, en s'écartant ou se rapprochant les uns des autres, déployer ou plisser la membrane. Lorsque le poisson veut fermer son ouverture branchiale, il abat son opercule.

Telle est l'organisation des branchies. Exposons en quoi consiste la respiration.

Dans les poissons, de même que dans les animaux qui ont des poumons, l'acte de la respiration n'est que l'absorption d'une quantité plus ou moins grande de ce gazoxigène qui fait partie de l'air atmosphérique, et qui se retrouve jusque dans les plus grandes profondeurs de la mer. C'est ce gaz oxigène qui , en se combinant dans les branchies avec le sang des poissons, le colore et lui donne, par la chaleur qui se dégage, le degré de température qui lui est nécessaire; et comme les corps ne brûlent que par l'absorption de ce même oxigène , la respiration des poissons , semblable à celle des animaux à poumons , n'est qu'une combustion plus ou moins lente.

L'oxigène, amené par l'eau sur les surfaces si multipliées, et par conséquent si agissantes, que présentent les branchies, peut aisément parvenir jusqu'au sang contenu dans les nombreuses ramifications artérielles et veineuses dont nous avons parlé: cet élément de la vie peut, en effet, pénétrer facilement au travers des membranes qui composent ou recouvrent ces petits vaisseaux sanguins; il peut passer au travers des pores trop petits pour tes globules du sang. On ne peut plus en douter d'après l'expérience de Priestley , qui a prouvé que du sang renfermé dans une vessie couverte même avec de la graisse , n'en était pas moins altéré dans sa couleur par l'air de l'atmosphère , dont l'oxigène fait partie, et l'on sait de plus, par les expériences de Monro, que lorsqu'on injecte, avec une force modérée , de l'huile de térébenthine colorée par du vermillon dans l'artère branchiale de plusieurs poissons, et particulièrement d'un© raie récemment morte, une portion de l'huile rougie transsude au

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travers des membranes qui composent les branchies, et ne les déchire pas.

M. de Lacépède, dont nous analysons les dissertations , a examiné le premier la question de savoir si les poissons tirent cet oxigène de l'air atmosplierique disséminé dans l'eau , ou de l'eau même, dans les élémens de laquelle on compte l'oxigène. Nous ferons connaître plus loin son opinion sur cette importante question.

11 examine aussi la question de savoir pourquoi les poissons ne peuvent vivre dans l'air que pendant un temps fort court, et il la résout ainsi: premièrement, on peut dire que l'atmosphère, en leur abandonnant l'oxigène avec plus de promptitude ou en plus grande quantité que l'eau , est pour les branchies ce que l'oxigène très-pur est pour les poumons de l'homme, des quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles ; l'action vitale est trop augmentée au milieu de l'air , la combustion trop précipitée , et l'animal , pour ainsi dire , consumé ; secondement, les vaisseaux artériels et veineux , disséminés sur les surfaces branchiales, n'étant pas contenus dans l'atmosphère par la pression d'un fluide aussi pesant que l'eau, cèdent à l'action du sang devenue beaucoup plus vive, se déchirent, produisent la destruction d'un des organes essentiels des poissons et causent leur mort : voilà pourquoi, lorsque ces animaux périssent pour avoir été long-temps hors de l'eau, on voit leurs branchies ensanglantées j troisièmement enfin, l'air, en desséchant tout le corps des poissons , et jjarticulièrement le principal siège de leur respiration, arrête le jeu de plusieurs ressorts , hâte la rupture de plusieurs vaisseaux et notamment de ceux qui appartiennent aux branchies. Des muscles. — Ces organes intérieurs de mouvement ne présentent, dans les poissons, qu'un trèspetit nombre de différences générales et sensibles avec ceux des autres animaux à sang rouge. On peut cependant les distinguer par la forme des fibres qui les composent , et par le degré de leur irritabilité. En effet, ils peuvent se séparer encore plus facilement que les muscles des animaux plus composés en fibres très-déliées, et comme ces fibrilles, quelque ténues qu'elles soient, paraissent toujours aplaties et non cylindriques, on peut dire qu'elles se prêtent moins à la division dansunsens que dans un autre, puisqu'elles conservent toujours deux diamètres inégaux, ce que l'on n'a pas remarqué dans les muscles de l'homme , des quadrupèdes, des oiseaux ni des reptiles.

De plus, l'irritabilité des muscles des poissons paraît plus grande que celle des autres animaux à sang rouge; ils cèdent plus aisément à des stimulans égaux. En voici les motifs: les fibres musculaires contiennent deux principes, une matière terreuse et une matière glutineuse. L'irritabilité paraît dépendre de cette dernière substance, qui est jjIus abondante dans les poissons que dans les animaux plus parfaits.

JDe l'huile contenue dans les poissons. — Le tissu cellulaire des poissons contient aussi plus de graisse huileuse ; toutes les parties de leur corps, et particulièrement leur foie, en sont pénétrés. C'est de cette huile que dépend la transparence plus ou moins grande que présentent ces animaux.

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Phospltorescence. — Un autre phénomène trèsdigne d'attention doit être rapporté ù cette huile dont les poissons sont pénétrés , c'est leur phosphorescence. En effet, non-seulement leurs cadavres peuvent , comme tous les animaux et tous les végétaux qui se décomposent , répandre , par une suite de leur altération et des diverses combinaisons <|ue leurs principes éprouvent , une lueur blanchâtre que tout le monde connaît} non-seulement ils peuvent , pendant leur vie , et particulièrement dans les contrées torrides, se pénétrer, pendant le jour, d'une vive lumière solaire qu'ils laissent échapper pendant la nuit , mais encore ils tirent de cette matière huileuse la faculté de paraître revêtus d'une lumière qui, dans les endroits où ils sont réunis en grand nombre , paraît avec plus d'éclat à la surface de la mer. Cette clarté paraît de très-loin, et on l'aperçoit très-bien lors même que les poissons se trouvent à une assez grande profondeur. Cette huile ne sert pas seulement à donner aux poissons l'éclat phosphorique dont nous parlons j elle les maintient dans l'eau contre l'action altérante de ce fluide.

Matière visqueuse. — Indépendamment de cette huile conservatrice, une matière visqueuse est élaborée dans des vaisseaux particuliers , transportée sous les tégumens extérieurs, et répandue à la surface du corps par plusieurs ouvertures. Dans presque tous les poissons, cette humeur gluante suinte particulièrement par des orifices distribués sur différentes parties de la tète, et par d'autres orifices situés le long du corps et de la queue, placés de chaque côté, et dont l'ensemble a reçu le nom de ligne latérale.

Cette substance visqueuse, souvent renouvelée, enduit tout l'extérieur du poisson, empêche l'eau de filtrer au travers des tégumens, et donne au corps, qu'elle rend plus souple, la faculté de glisser plus facilement au milieu des eaux.

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