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DE LA NATATION

Quelque étendiz que soit le corps des poissons, ils nagent presque tous avec une grande facilité; ils ont en effet reçu plusieurs organes particuliers propres à les faire changer rapidement de place au milieu de l'eau qu'ils habitent. Leurs mouvemens dans ce fluide peuvent se réduire à l'action de monter ou de descendre , et à celle de s'avancer dans un plan horizontal, ou se composent de ces deux actions.

De l'organe qui leur sert à monter ou à descendre. — Presque tous les poissons, excepté ceux qui ont le corps plat, comme les raies et les pleuronectes, ont un organe intérieur situé dans la partie la plus liante de l'abdomen, occupant le plus souvent toute la longueur de cette cavité , fréquemment attaché à la colonne vertébrale , et auquel on a donné le nom de vessie natatoire ou aérienne, qui , ainsi que nous l'avons dit précédemment, est quelquefois partagée transversalement en deux lobes , et qui , au surplus, varie beaucoup dans sa forme suivant les espèces de poissons. Elle communique avec la tjartie antérieure , et quelquefois, mais rarement , avec la jjartie postérieure de l'estomac par un petit tuyau nommé canal pneumatique , qui aboutit au milieu ou à l'extrémité de la vessie la plus voisine de la tête lorsque cet organe est simple , mais c[ui s'attache au lobe postérieur lorsqu'il y a deux lobes placés l'un devant l'autre. Ce conduit transmet à la vessie natatoire un gaz quelconque, qui la gonfle, la rend beaucoup plus légère que l'eau, et donne au poisson la faculté de s'élever. Lorsqu'au contraire l'animal veut descendre , il comprime sa vessie natatoire par le moyen des muscles qui environnent cet organe 5 le gaz qu'elle contient s'échappe par le conduit pneumatique, parvient à l'estomac, sort du corps par la gueule , par les ouvertures branchiales ou par l'anus , et la pesanteur des parlies solides ou molles du poisson entraîne l'animal plus ou moins rapidement au fond de l'eau.

Cet effet de la vessie natatoire sur l'ascension ou la descente des poissons ne peut pas être révoqué en doute , puisque si on perce avec une aiguille cette vessie dans un poisson vivant, il ne peut plus s'élever au milieu de l'eau, à moins qu'il n'appartienne à ces espèces qui ont des muscles assez forts et des

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nageoires assez étendues pour se passer, dans leurs mouvemens, de tout autre secours j il est même des contrées dans lesquelles l'art de la pêche a été trèscultivé, et où l'on se sert depuis long-temps de ce moyen pour empêcher les poissons qu'on veut garder dans de grands baquets de s'élever à la surface de l'eau, et de s'élever ensuite hors de ces réservoirs.

Les chimistes qui ont voulu s'assurer de la nature du gaz qui s'introduit dans la vessie natatoire ont trouvé dans cet organe , l'un de l'azote, un autre de l'oxigène mêlé avec un autre gaz; celui-ci de l'oxygène très-pur, celui-là du gaz hydrogène. Il est donc vraisemblable que, suivant que le corps du poisson se trouve sain ou plus ou moins altéré , il y a dans l'organe natatoire des gaz de différentes natures. M. Lacépède incline cependant à penser que le plus souvent cet organe se remplit de gaz hydrogène.

Plusieurs espèces de poissons, telles que les balistes et les tétrodons , jouissent d'une seconde propriété très-remarquable , celle de pouvoir, à leur volonté, gonfler la partie inférieure de leur ventre , y introduire un gaz plus léger que l'eau , et se donner ainsi un accroissement de volume qui diminue leur pesanteur spécifique. Cette faculté, et celle analogue de dilater leur vessie natatoire, sont bien plus utiles aux poissons au milieu des mers qu'au milieu des fleuves et des rivières , parce que l'eau des mers étant salée , et par conséquent plus pesante que l'eau douce des rivières, ils peuvent, lorsqu'ils nagent dans la mer , se donner avec moins d'efforts une légèreté égale ou supérieure à celle du fluide dans lequel ils sont plongés.

Des organes qui leur servent à se diriger horizontalement. — Il ne suffit pas aux poissons de monter et de descendre, il faut encore qu'ils puissent exécuter des mouvemens vers tous les points de l'horizon : c'est principalement à leur queue qu'ils doivent cette faculté de se mouvoir en tous sens. Ils frappent vivement l'eau , en portant rapidement cet instrument à droite et à gauche , et plus la queue est aplatie par les côtés , plus elle tend à écarter l'eau par une grande surface , et plus elle est repoussée avec vivacité par le fluide, et fait avancer l'animal avec promptitude. Voilà pourquoi , plus la nageoire qui termine la queue, et qui est placée verticalement, présente une grande étendue, et plus elle accroît la puissance de la queue proprement dite.

C'est en se servant avec adresse de cet organe puissant, en variant l'action de cette queue presque toujours si mobile , en accroissant ou en tempérant sa vitesse , en la portant d'un côté plus vivement que d'un autre , en la repliant jusque vers la tête , et eu la débandant ensuite comme un ressort violent , sur-tout lorsqu'ils nagent en partie au-dessus de la surface de l'eau , que les poissons accélèrent, retardent leurs mouvemens, changent

plusieurs pieds de hauteur.

La queue de ces animaux , cet instrument redoutable d'attaque ou de défense , est donc aussi non-

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seulement le premier gouvernail, mais encore la principale rame des poissons 5 ils en aident l'action par leurs nageoires pectorales, qui, s'ctendant ou se resserrant , et s'agitant d'ailleurs sous diiïérentes inclinaisons et avec des vitesses très-inégales, leur servent à hâter leur mouvement progressit ou aie modifier, à tourner à droite ou à gauciie , et même pour aller en arrière lorsqu'elles se déploient en re-

4)Oussant l'eau qui se trouve en avant de leur corps. jC jeu et l'eftet de ces nageoires pectorales sont très-semblables à ceux des pieds palmés des oies et des canards, et il en est de même de ceux des nageoires inférieures , dont l'action est cependant moins grande que celle des nageoires pectorales, parce qu'elles présentent presque toujours une surtace moins étendue.

A l'égard des nageoires de l'anus, l'un de leurs principaux usages est d'abaisser le centre de gravité de l'auimal, et de le maintenir d'une manière plus stable dans la position qui lui convient le mieux.

Lorsqu'elles s'étendent jusque vers la nageoire caudale , elles augmentent la surface de la queue , et par conséquent elles concourent à la vitesse de la natation 5 elles peuvent aussi changer sa direction en se déployant ou en se repliant alternativement en tout ou en partie.

Si les nageoires dorsales régnent au-dessus de la queue , elles influent, comme celles de l'anus, sur la route que suit l'animal et sur la rapidité de ses mouvemensj elles peuvent aussi, par leurs diverses ondulations, faciliter le changement de direction 5 elles doivent encore, lorsque le poisson est exposé à des courans qui le prennent en travers , contre-balancer quelquefois l'effet des nageoires de l'anus , et contribuer à conserver l'équilibre de l'animal; mais Je plus souvent elles ne tendraient qu'à détruire cet équilibre et à renverser le poisson , s'il ne pouvait pas les rabaisser et même les coucher sur son dos en tout ou en partie.

Le jeu de la queue et des nageoires qui fait avancer le poisson peut aussi les porter en haut ou en bas , indépendamment de tout gonflement du corps et de la vessie natatoire lorsqu'ils élèvent ou abaissent leur tête. Ceux des poissons dont le corps est déprimé de haut en bas , tels que les raies et les pleuronectes , peuvent, tout égal d'ailleurs, lutter pendant plus de temps et avec plus d'avantage contre un courant rapide, pour peu qu'ils tiennent la partie antérieure de leur corps un peu élevée, parce qu'alors ils présentent à l'eau un plan incliné qu'elle tend à soulever 5 ce qui permet à l'animal de n'employer presque aucun effort pour se soutenir à telle ou telle hautetir , mais de réunir toutes ses forces pour accroître son mouvement progressif : aussi il est à remarquer que ces poissons très-aplatis n*ont pas de vessie natatoire.

Si le principe le plus actif de la natation est dans la queue, c'est, d'un autre côté, dans la trop grande longueur de la tête que se trouvent les principaux obstacles à la vitesse.

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