QUALITÉS VÉNÉNEUSES DE CERTAINS POISSONS
On a écrit que plusieurs espèces de poissons renfermaient un poison très-actif; cependant M. Lacépède observe que , malgré tout le soin avec lequel il les a examinées, il n'a trouvé, ni dans leurs dents , ni dans leurs aiguillons , aucune cavité propre à contenir une liqueur délétère, ni dans les autres parties du corps un réservoir de matière corrosive. Il s'est assuré que les accidens graves produits par la morsure des poissons ou par l'action de leurs
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piquans , ne doivent être rapportés qu'à la nature des plaies faites par ces pointes ou par les dents de ces animaux. On ne peut pas douter cependant que, dans certaines contrées, particulièrementdanscelles qui sont très - voisines de la zone torride , dans la saison des chaleurs ou dans d'autres circonstances , plusieurs poissons ne renferment souvent, au moment où on les prend , une quantité assez considérable d'alimens vénéneux et même mortels pour l'homme, et qui peuvent consister en fruits du mancenillier ou d'autres végétaux , et en débris de plusieurs vers marins , dont les sucs sont malfaisans. Si des poissons ainsi remplis de substances dangereuses sont préparés sans précaution ; s'ils ne sont pas vidés avec le plus grand soin , ils doivent produire les effets les plus funestes. On peut même ajouter qu'une longue habitude de ces aliraens vénéneux peut dénaturer le poisson au point d'en communiquer à sa chair les propriétés malfaisantes ; mais il paraît certain que le poison n'appartient jamais à la nature même des poissons.
DES RUSES ET DES AUTRES MOYENS d'atTAQUE ET DE DÉFENSE DES POISSONS.
Indépendamment de quelques manœuvres particulières que de petites espèces mettent en usage contre des insectes qu'elles ne peuvent attirer jusqu'à elles, presque tous les poissons emploient avec constance les ressources de la ruse. On voit particulièrement ceux dont la tête est garnie de petits filamens ou barbillons se cacher souvent dans la vase , sous les saillies des rochers , au milieu des plantes marines; ne laisser dé[)asser que ces barbillons , qu'ils agitent , et qui ressemblent alors à de petits vers; tâcher de séduire par ces appâts les animaux dont ils veulent s'emparer; les attendre avec patience, et les saisir avec promptitude au moment de leur approche. D'autres , soit avec leur bouche (les pétromyzons) , soit avec leur queue ( quelques murènes) , soit avec leurs nageoires inférieures (les cycloptères), soit avec un organe particulier situé au-dessus de leur tête (les échéneis) , s'attachent aux rochers, aux bois fiottans, aux vaisseaux , aux poissons plus gros qu'eux , et y sont retenus par le désir d'un approvisionnement plxis facile et d'une garantie plus sûre. D'autres, tels que les anguilles, se creusent des abris contre leurs ennemis, qu'ils évitent aussi quelquefois en rampant, ou en s'élançant hors de l'eau, ou en allant chercher, pendant quelques instans, loin de ce fluide, un abri plus sûr ou une nourriture plus abondante. Les poissons qui ont reçu des nageoires ])ectorales très-étendues, très-mobiles, s'élancent au-dessus de la surface des eaux pour échapper à une poursuite dangereuse, et ne retombent qu'après avoir parcouru une courbe assez longue.
Mais que les moyens de défense sont inférieurs à ceux d'attaque ! Quelle dévastation s'opère à chaque instant dans les mers et dans les fleuves , et combien d'espèces disparaîtraient si presque toutes n'avaient reçu la plus grande fécondité ; si une seule femelle, pouvant donner la vie à plusieurs millions d'individus , ne suffisait pas pour réparer d'immenses destructions! La nature a établi, relativement aux
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poissons , une loi bien différente de celle à laquelle elle a soumis les qua'lrupèdes : c'est que les plus grandes espèces sont celles dans lesquelles on compte le plus grand nombre d'œufs. Elle a donc placé de grandes ressources de reproduction dans la classe d'animaux où elle a allumé la guerre la plus constante et la plus dévastatrice.