MIGRATIONS DES POISSONS
Les poissons franchissent souvent de grands intervalles; ils entreprennent de grands voyages j et, conduits par la crainte , ou excités par des appétits vagues , entraînés de proche en proche par le besoin d'une nourriture plus abondante et plus substantielle, chassés par les tempêtes, transportés par les courans, et attirés par une température plus convenable, ils traversent des mers immenses; ils vont d'un continent à un autre , et parcourent dans tous les sens la vaste étendue d'eau au milieu de laquelle la nature les a placés. Ces grandes migrations , ces fréquens changemens ne présentent pas plus de régularité que les causes fortuites qui les produisent; ils ne sont soumis à aucun ordre, ils n'appartiennent point à l'espèce, ce ne sont que des actes individuels. Il n'en est pas de même de ce concours périodique vers le rivage des mers , qui précède le temps de la ponte et de la fécondation des œufs. Il n'en est pas de même non plus de ces voyages , exécutés chaque année avec exactitude , qui peuplent, pendant plus d'une saison , les fleuves , les rivières, les lacs et les ruisseaux les plus élevés du globe, de tant de poissons qui habitent la mer dans d'autres saisons, et qui dépendent nonseulement des causes que nous venons de rappeler, mais encore de ce besoin si impérieux pour tous les animaux d'exercer leurs facultés dans toute leur plénitude , et de ce mobile de tant d'actions des êtres sensibles, qui imprime à un si grand nombre de poissons le désir de nager dans une eau plus légère, de lutter contre des courans, de surmonter de fortes résistances, et de trouver un nouvel aliment dans une eau différente. Il n'en est pas encore de même de ces rétrogradations, de ces descentes des poissons, qui abandonnent les eaux douces pour retourner à la mer. Ces longues allées et venues, cette affluence vers les rivages, cette retraite vers la haute mer, sont des actes propres à des espèces tout entières. Il faut cependant se garder de comprendre parmi ces voyages périodiques, constatés dans tous les temps et dans tous les lieux, de prétendues migrations régulières , indépendantes de celles que nous venons d'indiquer, et que l'on a supposées dans quelques espèces , particulièrement dans les maquereaux et dans les harencs. On a fait arriver ces animaux en colonnes pressées , en légions rangées pour ainsi dire en ordre de bataille, en troupes conduites par des chefs. On les a fait partir des mers glaciales de notre hémisphère à des temps déterminés, s'avancer avec un concert toujours soutenu , s'approcher successivement de plusieurs côtes de l'Europe , conserver leur disposition, passer par des détroits, se diviser en plusieurs bandes, changer de direction, se porter vers l'ouest, tourner encore et revenir vers le nord, toujours avec le même arrangement, et
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pour ainsi dire avec la même fidélité. Mais les ouvrages de Bloch et ceux de Noël ont prouvé que, lorsqu'on réduit ;\ leur juste valeur ces récits merveilleux, on ne trouve dans les maquereaux et dans les harengs que des animaux qui vivent , pendant la plus grande partie de l'année, dans les profondeurs de la haute mer, et qui , dans d'autres saisons, se rapprochent, comme presque tous les autres poissons pélagiens, des rivages les plus voisins et les plus analogues à leurs besoins. V. Hareng.
Au reste , tous ces voyages périodiques ou fortuits peuvent être exécutés par les poissons avec une vitesse très-grande et très -long -temps prolongée. On a vu de ces animaux s'attacher à des vaisseaux, les accompagner, par exemple, d'Amérique en Europe , les suivre avec constance malgré la violence des vents , ne pas les perdre de vue , souvent les précéder en se jouant , et arriver avec les navigateurs sur les côtes européennes. En réunissant tous ces faits à ceux c|ui ont été observés dans des fleuves d'un coxirs très-long et très-rapide, on s'est assuré que les poissons peuvent exécuter leurs courses avec une rapidité telle , que dans une eau tranquille ils parcourent 28,800 mètres (environ 6 lieues et demie) par heure, 8 mètres par seconde, c'est-à-dire un espace douze fois plus grand que celui qui est parcouru par les eaux de la Seine dans le même temps.