DU SOMMEIL DES POISSONS
Les poissons ont besoin de se livrer de temps en temps au repos et même au sommeil. Lorsque, dans le moment où ils commencent à s'endormir , leur vessie natatoire est très-gonflée , ils peuvent être soutenus à différentes hauteurs par leur seule légèreté , glisser dans l'eau sans efforts , et ne pas cesser d'être plongés dans un sommeil paisible, que ne trouble pas un mouvement très-doux et indépendant de leur volonté. Leurs muscles sont cependant si irritables , qu'ils ne dorment profondément que lorsqu'ils reposent sur un fond de sable , que la nuit règne, ou qu'éloignés de la surface des eaux, et cachés dans une retraite obscure, ils ne reçoivent presque aucun rayon de lumière , parce que leurs yeux sont toujours ouverts et ne sont garantis par aucune paupière, aucune membrane clignotante.
DE l'instinct des POISSONS ET DE LEUR ÉDUCATION.
Si l'on compare les résultats de toutes les observations que l'on vient de réunir, 'on admettra dans les poissons un instinct , qui est faible dans les osseux , dont le corps est très-aplati, beaucoup plus marqué dans ceux dont le corps est serpentiforme , plus grand encore dans presque tous les cartilagineux, et qui peut-être paraîtra, dans presque toutes les espèces , bien plus vif et plus étendu qu'on ne l'aurait pensé. On en sera convaincu lorsqu'on saura qu'avec très-peu de soin on peut les apprivoiser et les rendre familiers. Ce fait , bien connu des anciens , a été très-souvent vérifié dans les temps modernes. Il y a , par exemple , plus d'un siècle que des poissons nourris dans les bassins du jardin des
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Tuileries, ù Paris, accouraient lorsqu'on les appelait, et particulièrement lorsqu'on prononçait le nom qu'on leur avait doniit^ On sait encore que dans les étangs d'une grande partie de l'Allemagne on accoutume les truites , les carpes et les tanches à se rassembler au son d'une cloche , et à venir "prendre leur nourriture. On a même observé que les espèces qui ne se contentent pas de débris d'animaux ou de végétaux trouvés dans la fange, ni même de petits vers ou d'insectes aquatiques, s'apprivoisent plus promptement , et s'attachent pour ainsi dire davantage à la main qui les nourrit , parce que dans les bassins où on les renferme elles ont plus besoin d'assistance.
A la vérité , leur organisation ne leur permet de faire entendre aucune voix; ils ne peuvent proférer aucun cri , et s'il est quelques-uns de ces animaux dans lesquels la crainte ou la surprise produise une sorte de bruit , ce n'est qu'un bruissement assez sourd, un sifflement imparfait , occasionné par les gaz qui sortent avec vitesse de leur corps subitement comprimé , et qui froissent avec plus ou moins de force les bords des ouvertures par lesquelles ils s'échappent. On ne peut croire non plus que, ne formant ensemble aucune véritable société, ne s'entr'aidant point dans leurs besoins ordinaires , ne chassant jamais avec concert, ne se recherchant en quelque sorte que pour se faire la guerre , ils aient ce langage muet, cette sorte de pantomime que l'on remarque dans un grand nombre d'animaux qui vivent en société , et qui , éprouvant des sensations très-variées , ont besoin de se les communiquer. Le sens de l'ouïe et celui de la vue sont donc à peine pour eux ceux de la discipline. De plus, nous avons vu que le cerveau était petit , que leurs nerfs étaient gros , et l'intelligence paraît être , en raison de la grandeur du cerveau , relativement au diamètre des nerfs. Le sens du goût est aussi trèsé;noussé dans ces animaux , mais c'est celui de la brutalité. Le sens du toucher, qui n'est pas trèsobtus dans les poissons, est au contraire celui des sensations précises. La vue est celui de l'activité, et leurs yeux ont été organisés d'une manière trèsanalogue au fluide qu'ils- habitent; et enfin leur odorat est exquis; l'odorat, ce sens qui sans doute est celui des appétits violens , ainsi que le prouvent les squales , mais qui , considéré, par exemple, dans l'homme , a été regardé avec tant de raison par Jean-Jacques Rousseau comme le sens de l'imagination.
DE l'engourdissement DES POISSONS-
Les facultés accordées aux poissons s'engourdissent lorsque la température des eaux devient trop froide, et que le peu de chaleur produit par leur respiration et leurs organes intérieurs n'est point suffisamment aidé par une chaleur étrangère. Les poissons qui vivent dans la mer ne sont point exposés à cet engourdissement, à moins qu'ils ne s'approchent trop de certaines côtes dans la saison où les glaces les ont envahies. Ils trouvent, à presque toutes les latitudes et en s'élevant ou s'abaissant plus ou moins dans l'Océan, une températurequi ne descend point au-dessous de 12 degrés du iher-
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momètre de Réaumur ; mais dans les fleuves , les rivières et les lacs dont les eaux , sur-tout en Suisse, ne marquent que 4 ou 5 ^egrés de chaleur, les poissons éprouvent presque toute l'influence des hivers , particulièrementauprès des pôles. Ilsne peuventque difficilement se soustraire à cette torpeur, à ce sommeil profond qu'éprouvent aussi les quadrupèdes ovipares et les serpens. C'est en vain qu'ils se creusent des trous dans le sable et qu'ils s'y réunissent plusieurs, ils y succombent aux effets d'une trop grande diminution de chaleur, et s'ils ne sont pas plongés dans un enf^ourdissement complet, ils éprouvent au moins un grand affaiblissement de forces. Pendant ce long sommeil d'hiver , ils perdent d'autant moins de leur substance, que leur engourdissement est plus profond, et plusieurs fois on s'est assuré qu'ils n'avaient perdu qu'environ le dixième de leur poids.