‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 268 sur 344 · SEC · texte numérisé non relu

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s'effectue par le moyen de trois cœurs. Dans le ventre, près les coeurs , est une vessie qui renferme une liqueur très-noire, à laquelle on donne le nom ^encre de la sèche. Cette liqueur est évacuée par un petit canal qui aboutit à l'anus, et sert à la sèche à obscurcir l'eau , pour se dérober à la vue de l'ennemi qui la poursuit.

La plupart des sèches ont sur le côté de leur corps deux espèces de nageoires membraneuses plus ou moins larges, qui s'étendent tout le long du sac qui les porte, et qui leur servent à nager et à se diriger. Toutes ont une espèce d'os plane en dedans de leur corps, plus ou moins grand, plus ou moins calcaire, et qui, dans la sèche officinale, est ovale, un peu épais dans le milieu, aminci et tranchant sur les bords, très-léger, spongieux, friable et blanchâtre. Il est, dans la sèche octopode,zd.x\S\.di£'\neux et à peine visible : les autresespèces l'ont corné.

Les sèches ne sont pas hermaphrodites, comme la plupart des autres mollusques 5 les sexes sont séparés sur des individus différens. Les femelles font des œufs mous , réunis et disposés en grappes , comme des raisins; ils augmentent en grosseur par l'effet du développement du fœtus, et leur forme varie selon les espèces.

Un grand nombre de poissons se nourrissent de sèches } les baleines même ne les dédaignent point, et on est presque assuré aujourd'hui que l'ambre gris est le résultat de la digestion , par ce cétacé , des sèches musquées , c'est-à-dire que la baleine , après avoir digéré les parties membraneuses ou charnues, rejette une matière résineuse indigestible, probablement faisant partie constituante de l'encre des sèches.

Il y a tout lieu de croire que l'encre de la Chine, dont se servent les dessinateurs, est fournie par une espèce de sèche. M. Denis de Montfort assure que les seules sèches à os celluleux ont de la liqueur noire , et que les sèches à corps privés d'os ou poulpes n'ont qu'une liqueur brune , que les habitans de l'Inde recueillent également, et dont on se sert quelquefois à Paris dans la peinture en détrempe.

Toutes les espèces de sèches se mangent ; mais elles passent pour être coriaces, d'assez mauvais goût et difficiles à digérer : la plus délicate est la sèche-sépiale.

L'os de la sèche officinale est recherché pour pulir les corps peu durs et pour mettre dans les cages des petits oiseaux j qui s'en servent pour user et aiguiser leur bec. On emploie aussi ces >os en médecine; mais ils n'y présentent pas d'autre indication que celle de la craie la plus commune. On dit qu'on fait aussi usage de la liqueur noire de cette même espèce dans quelques maladies.

Lamarck et ensuite Denis de Montfort ont divisé les sèches en trois genres; savoir. Calmar .^ Sèche et Poulpe. V. ces mots.

Les espèces de sèches sont au nombre de quatorze, dont les suivantes habitent les mers de l'Europe :

La SècHE omciNALE , qui a le corps uni des deux côté.'', et d'une seule couleur brune rougeâtre , les bras pédoncules et très-longs;

La Sèche-Calmar, dont nous avons parlé au mot Calmar;

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La Sèche-Sépiole , qui a l'extrémité du corps obtuse et les ailes presque rondes;

La Sèche octopode, qui a le corps arrondi , les venues sur deux rangs , et qui n'a ni bras pédoncules ni ailes : c'est \e poulpe commun , qui est le type du genre de ce nom ;

La Sèche musquée , qui a le corps allongé et uni , les verrues sur un seul rang , et point de bras ])édonciiléni d'ailes.

C'est dans V Histoire naturelle des mollusques par Denis de Montfort, qu'il faut lire l'histoire des sèches, pour en prendre une connaissance complète.

SLDE. On nomme en Provence sède le petit bâtiment où se logent les bourdigniers. Ce mot vient probablement du latin sedere ^ s'asseoir. \ .Bourdigue.

SÉDENTAIRES. On ù\t pêches sédentaires , lignes sédentaires ou lignes dormantes. V. Ligne.

SEDOR. Filet en tramail dérivant , dont un bout est dans le bateau, et l'autre, répondant à une bouée, flotte au gré du courant.

SÉGARIÉ ou SÉGUERIÉ. Partie de la manche des filets du grand gangui , dont les mailles ont un quart de pouce d'ouverture. V. Gangui.

SÉGETIÉRE ou SAGETIÈRE. C'est un rets en tramail, composé de trente pièces de filet, qui ont, chacune, 3o brasses de longueur, 6 pieds de chute. On pêche avec ce filet dans les grands fonds. V. Tramail.

SEINCHE ou ENCEINTE. C'est une pêche propre à la Méditerranée , qui se fait avec de grands filets pierres et flottés, au moyen desquels on entoure un banc de poissons , et qui forment une espèce de Parc. (V. ce mot.) On appelle aussi seinche , ou seincho, aux Martigues, un filet ajusté pour prendre des loups ou des muges , ou au moins les forcer d'entrer dans une bourdigue.

§ 1. — De la pêche dite seinche ou enceinte.

La pêche dite seinche ou enceinte sur les côtes de la Méditerranée se fait en pleine eau avec des filets tendus à-peu-près comme ceux des Madragues . V. ce mot.

On sait qu'il y a des poissons domiciliés, qui restent attachés à une côte , comme certains oiseaux au canton où ils ont pris naissance ; d'autres poissons grands voyageurs séjournent quelques mois sur nos côtes , et vont passer le reste de l'année dans des parages qui probablement leur conviennent mieux , semblables aux hirondelles, aux cailles et à quantité d'oiseaux qu'on nomme pour cette raison oiseaux de passage.

Ces poissons, ainsi que les oiseaux de passage, vont rassemblés par troupes, et forment, comme disent les marins , des bancs ^ que les pêcheurs provençaux essaient d'envelopper avec des filets dont ils proportionnent la force et la grandeur des mailles à l'espèce de poisson qu'ils se proposent de prendre. Si ce sont, par exemple, des thons, les filets sont plus forts et les mailles plus grandes que pour la pêche des maquereaux.

Un nombre de matelots pourvus de filets et de bateaux s'associent pour faire cette pêche sous les ordres d'un patron, qu'ils nomment capitaine de seinche.

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Dans la saison du passage des poissons , ils parcourent la mer, comme les chasseurs battent la campagne , et quand ils aperçoivent un banc de poissons, plusieurs bateaux, les mieux armés, gagnent la tête de ce banc, et ferment le passage aux poissons , en tendant leurs filets devant eux ; tandis que les autres en tendenÇ sur les côtés et vers l'arrière, essayant d'entourer ainsi le plus de poissons qu'il leur est possible. Quand l'enceinte est achevée, les poissons s'y trouvent renfermés comme dans les parcs dont nous avons parlé. (V. Parcs.) Ici , l'industrie des pêcheurs est différente , mais l'effet est le même.

Sans doute que les poissons , qui s'aperçoivent qu'ils sont renfermés, et particulièrement les thons (qui sont le principal objet de cette pêche), nagent de tous côtés , et s'ils trouvent une ouverture pour s'échapper , tous se pressent d'en profiter , de sorte qu'en peu de temps il n'en reste plus dans l'enceinte. C'est là sur-tout que l'habileté du capitaine de seinche se fait connaître : il doit examiner s'il y a des issues , et s'il en découvre , les fermer promptement par de nouveaux filets, afin de rendre l'enceinte bien close par-tout, ce que les Provençaux nommentya/Ve emperna. Si l'on a renfermé de petits poissons , on les pêche dans la seinche avec différentes sortes de filets j mais si ce sont des thons, on forme , depuis la seinche jusqu'auprès de terre, avec des palissades de bons filets tendues parallèlement l'une à l'autre , un canal, qui communique à un petit parc qu'on fait auprès du rivage. Ce canal étant établi, on ouvre la paroi de la seinche vis-àvis de la grande enceinte : aussitôt les thons, qui cherchent àse sauver, se jettent précipitamment dans le canal. On les y engage encore en les effarouchant dans l'enceinte de la seinche , et quand ils y sont tous, on en ferme l'entrée avec unfilet. Les pêcheurs, continuant à les épouvanter pour les faire avancer vers le petit parc qui est près de la côte, traversent de temps en temps le canal avec des filets pour empêcher qu'aucun thon ne se sauve. Quand on les a ainsi conduits dans le petit parc, on en fortifie les parois en doublant les filets qui le ferment avec d'autres, et en les affermissant par des manœuvres qui répondent aux ancres ou grappins de tous les bateaux , qu'on mouille à dessein • car il est important que le parc ne puisse être dérangé ni par les courans ni par les efforts que font les thons pour se sauver.

On prend les thons qui sont renfermés dans ce petit parc (que les Provençaux nommentyàurrade) y ou avec de petits filets semblables aux brégins ou aux bouliers, ou en les harponnant; mais comme le poisson est bien en sûreté dans le réservoir , les pêcheurs , afin d'éviter que l'abondance des thons n'en fasse diminuer le prix , ne les prennent dans leur faurrade que peu à peu , ne voulant les exposer en vente que lorsqu'ils sont à un prix convenable.

Cette pêche était autrefois très-avantageuse; mais on ne la pratique plus guère depuis que l'établissement des madragues s'est beaucoup multiplié, d'autant que ceux qui font l'entreprise des madragues ont droit d'éloigner de Jeurs pêcheries toute autre sorte de filet.

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§ 2. — Autre espèce de seinche dont on ne paraît faire usage qu'aux Martigues.

Le filet appelé seinche on seincho aux Martigues doit enceindre un canal ou espace d'eau , de façon que le poisson qui se trouve devant ce filet soit forcé de suivre la route qu'on veut qu'il prenne, ou de se prendre dans le filet, qui est formé tantAt de deux pièces ou filets distincts, tantôt d'une seule.

La partie qu'on appelle le tirant, et en provençal Ion tiran, est une nappe simple; l'autre, dite la sautade ou soutado, est un tramail.

Il est bon d'être prévenu que la pèche dite seinche ou seincho ne se fait aux Martigues que pour prendre des loups ou des muges , et que la bourdigue qui y est établie peut seule en faire usage dans son canal.

Lorsque le patron de la bourdigue des Martigues s'aperçoit, durant l'été , que les loups et les muges, qui quittent l'étang pour retourner à la mer, se rassemblent en quantité dans le canal de la bourdigue sans y entrer, c'est alors qxi'il emploie la seinche pour les forcer, ou à entrer dans la bourdigue, ou à se prendre dans le filet. Comme ce sont les muges qui sont les plus empressés de retourner à la mer, le patron dispose son filet pour les prendre , en réunissant les deux filets ; savoir , le tirant et la soutado. Le tirant n'est autre chose qu'une simple nappe , qui a 80 mailles de chute , de 9 au pan , plus ou moins , suivant la profondeur du canal. Cette partie, qui doit former comme une cloison dans l'eau, a le pied chargé de lest, et la tète garnie de liège. Le liège que porte la ralingue ou le bandeau du haut est distribué en nattes des six à la livre, espacées l'une de l'autre d'un pan. Les deux bandeaux du bas ont, de deux en deux pans, une bague de plomb dans toute la longueur du filet, du poids d'un quarteron, 11 faut que l'étendue du filet en longueur soit au moins égale à la largeur du canal ; enfin, il y a aux deux bouts des cordes dites mailles f et pour clave une canne placée à chaque bout , laquelle contient étendues les deux extrémités du tirant.

L'autre partie de la seinche, dite soutado, a la même longueur que le tirant; sa largeur est de huit pans vers le milieu , et se réduit à six et demi aux extrémités. Les hamaux de ce tramail ont leurs mailles de 6 pouces en carré ; celles de la flue ou nappe du milieu sont de neuf au pan. Cette entremaillade est montée comme les autres filets du même genre , excepté qu'étant destinée à flotter sur l'eau, elle n'a pour garniture qu'un bandeau à la tête , garni de liège. L'autre côté ou le pied, étant attaché au haut du tirant, est soutenu à fleur d'eau par ce filet : ainsi , il faut concevoir que quand le filet est à l'eau , le tirant est perpendiculairement dans l'eau, et que la soutado flotte horizontalement sur l'eau derrière lui. La ralingue du pied de la soutado est attachée à la tête du tirant par des ficelles, qui sont, dans toute sa longueur, de deux en deux pans , pour que la soutado se tienne mieux étendue sur l'eau. On lie , de deux en deux pans , dessus et dessous la soutado , deux cannes , entre lesquelles passe le tramail.

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Le filet étant ainsi disposé , on le met dans un bateau dit bette marine , avec au moins quatre hommes d'équipage. Les pêcheurs se portent à quelque distance de l'endroit où ils ont vu les poissons assemblés. Un homme reste ù terre, tenant la corde qui répond à une des extrémités du filet, et qui doit servir de bras pour le traîner. A mesure qu'on quitte le bord du canal , en le traversant pour aller à l'autre , deux hommes sont occupés à jeter le filet : l'un met à l'eau , dans une situation verticale , le tirant, qui doit être placé du côté de la bourdigue, et l'autre, la soutado, qu'il établit horizontalement derrière; ensuite les pêcheurs, se séparant en deux bandes, traînent le filet en s'approchantdela bourdigue. Le poisson, effarouché par le filet, s'efforce, en bondissant , de sauter par-dessus , et en retombant il se trouve engagé dans le tramail, qui est horizontal. Quand il y a beaucoup de poissons, il en résulte un spectacle fort amusant; car on en a souvent pris en moins d'un quart d'heure plusieurs quintaux.

Lorsque les pêcheurs à la seincho s'aperçoivent qu'il y a d'autres poissons nommés loups avec des muges , après avoir jeté le filet qui vient d'être décrit , ils en mettent encore un à l'eau par- derrière : c'est bien une seconde seinche, mais qui n'a que ie tirant, et lorsqu'on se propose de ne prendre que de* loups, on n'emploie que cette nappe seule.

On traîne donc ces deux filets l'un derrière l'autre, en s'approchant de l'entrée de la bourdigue. Quand les pêcheurs sont arrivés aux premières cannes , c'est-à-dire à l'entrée de la grande vengude , ils lèvent la première seincho pour conduire la seconde jusque dans l'intérieur de la bourdigue , afin de forcer les loups d'y entrer. Pour cela , on se sert de deux bateaux postés de chaque côté en dedans des cannes , et de deux perches dites partegons , sur lesquelles on attache les extrémités du £let. A mesure que les traverses de la grande vengude rétrécissent l'espace , les pêcheurs roulent les bouts du filet sur les partegons, et le diminuent ainsi de longueur jusqu'à l'entrée du grand baladou , qu'ils ferment alors avec un morceau de filet.

Après avoir pratiqué cette manœuvre dans le grand et le petit baladou , comme ils l'ont fait dans la grande vengude , élargissant ou rétrécissant le filet à mesure qu'ils avancent vers les traverses des tours dites atrouha ou des requinquets , ils s'arrêtent au passage appelé emhourigue , qui communique du petit baladou à l'entre-bougue. S'ils s'aperçoivent que le poisson , en grande quantité , pourrait gêner la tour de dehors, ils en prennent le plus qu'ils peuvent dans l'enceinte qu'ils ont formée avec leur filet.

Cette pêche, qui se fait dans l'intérieur de la bourdigue, n'est pas seulement pour les loups, mais encore pour les rougets , les melets , les sardines ; dans ce dernier cas , elle change de nom et prend celui de sauceiron. Le filet qu'on y emploie diffère du tirant dont on vient de parler par la grandeur des mailles , qui sont de 36 ou 4° ^" pan. Cette pèche se pratique dans toutes les bourdigues indistinctement. Quand les bourdiguiers s'aperçoivent que les rougets ou les sardines donnent en grande

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quantité , ce qui arrive ordinairement lorsqu'il survient des froids vifs à la fin de l'été ou en automne, et que ces poissons restent dans les chambres des bourdigues sans entrer dans les tours, c'est alors qu'ils font le sauceiron , ou pour les prendre , ou pour les faire entrer dans les tours.

On fait une pèche à Barcelonne en formant des enceintes de filets assez semblables à ceux de la seincho : on la nomme taranyna. Celle qu'on nomme à Alicante pantasana est encore du même genre.

SEINE, ou SAINE, ou SENNE. Filet de pêche que l'on appelle encore escave , escavar, escavette et carcasse sur les bords de la Garonne. Le mot de seina vient du latin sagena , qui vient lui-même du lîrec sacênê. Ce filet se nomme aussi en latin everriculum, qui signifie un rets qui sert a nettoyer, parce que la seine emmène tout ce qui se rencontre devant elle. Cicéron, en parlant de Verres, qui dans son gouvernement avait tout ravi et emporté, le coni[)are à une seine : Everriculum in illâ provinciâ fuit, etc. La seine, dit Saint- Yon, p. 232, pourrait bien être aussi ce rets dont fait mention Diodore de Sicile, lib. IF, cap. III, etc., qu'il dit être appelé par les Grecs panaron , parcequ'il enclôt et enferme tout le poisson.

On comprend c|uel(|uefois sous la dénomination de saine toutes les espèces de filets en nappe , et eu ce cas on les distingue en saines tendues sur piquets et en saines Jlottées et pierrées. De celles-ci, les unes sont sédentaires, et les autres dérivantes aux courans. Les inanets se sont ainsi trouvés confondus avec les saines. On a été même jusqu'à nommer les tramaux des saines tramail/e'es ; mais les saines proprement dites sont des filets simples plus ou moins grands, dont les mailles n'ont point de calibre déterminé pour aucune espèce de poisson , et qui ont toujours beaucoup plus de longueur que de chute. Comme il faut que ces filets se tiennent verticalement dans l'eau, la ralingue a, PI. 36, 1^"°. III, fig. 1 et 2, qui en borde la tête , est garnie de^flottes de liège ou de bois ) et là ralingue b du pied est chargée de lest. Aux extrémités de la ralingue de la tête, sont frappées des cordes plus ou moins longues d , qu'on nomme les bras, ils servent à tendre ou à traîner le filet. On les dispose différemment , ainsi qu'on le voit aux deux filets qui sont re- ^ résentés par les figures i et 2 du A^". ///.

Toutes les pêches à la saine se faisant en traîne , on ne peut les pratiquer que sur des fonds unis; et elles détruisent beaucoup de frai et de menuise , parce que la lalingue du bas, qui est lestée, bouleverse les fonds. Elle fait sur-tout une grande destruction de petits poissons lorsque la chaleur de l'eau les attire dans les endroits où il n'y a qu'une épaisseur d'eau peu considérable. Il est certain que cette pêche est d'autant plus nuisible, que les mailles des filets sont plus serrées; et quand même on obligerait les [jôcheurs à donner aux mailles une certaine grandeur, on ne diminuerait pas beaucoup la destruction du poisson , parce qu'en traînant le filet les mailles se rétrécissent , et encore parce qu'il s'amasse dans la saine des immondices qui empêchent que le frai et la menuise ne traversent les mailles. Le meilleur moyen, et qui se pratique en quelques endroits,

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serait qu'au lieu d'attacher le lest sur la ralingue qui borde le pied du filet, on l'attachât à des lignes de quelques pouces de longueur, qu'on distribuerait de distance en distance sur cette ralingue : au moyen de quoi , la ralingue serait toujours éloignée du fond de la mer, et le frai ainsi que la menuise s'échapperaient avec les immondices par-dessus le filet ; ce qui n'empêcherait pas qu'une partie des poissons plats qui seraient effrayés , ne se jetassent dans le filet , où ils seraient arrêtés, sur-tout quand le fond du filet serait une poche. Mais l'avidité des pêcheurs les engage à faire leurs mailles fort serrées, et à charger de beaucoup de lest le pied de leurs filets.

A l'égard de la grandeur des mailles, les pêcheurs la varient beaucoup. Quand ils se proposent de prendre de gros poissons, ils les tiennent assez larges; et ils y trouvent le double avantage de moins fatiguer le filet et d'avoir moins de peine à le traîner. Mais lorsqu'ils veulent pêcher de fort petits poissons , ils tiennent nécessairement les mailles très-serrées : et afin de pouvoir traîner leurs filets , tantôt ils se rassemblent un nombre considérable , tantôt ils font leurs filets bien petits; ou encore ils donnent différentes grandeurs aux mailles d'une même saine : par exemple , ils emploient un fil très-fin pour les mailles qui sont auprès de la ralingue , où sont attachées les flottes , et en cet endroit ils tiennent les mailles de i3 à 14 lignes d'ouverture en carré : celles du milieu, qui sont d'un fil plus fort , sont moins grandes ; enfin la partie du filet qui est vers le pied , ou auprès de la ralingue chargée de lest, est faite d'un fil encore plus fort , et à cet endroit les mailles n'ont que jo lignes en carré. La longueur de ces filets varie depuis 8 brasses jusqu'à 60 , même plus , et leur chute est de 4> 5,6 pieds et au-delà.

§ 1 . — De la pêche avec la saine dans les petites rivières et dans les courans d'eau entre les bancs lorsqu'ils ont peu de largeur.

Les filets dont il s'agit sont plus ou moins longs , suivant la largeur du courant qu'on essaie d'embrasser en entier. A l'égard de la hauteur ou chute des saines, on la proportionne à-peu-près à la profondeur de l'eau. Cependant comme il est avantageux que le filet fasse une poche, il vaut mieux lui donner plus de chute que moins ; et on tient les mailles plus ou moins grandes , suivant la grosseur du poisson qu'on se propose de prendre ; mais ce n'est pas avec la précision qu'exigent les manets. Sur quoi il est bon de remarquer qu'il s'arrête bien par les ouïes quelques poissons , qui par hasard se trouvent de grosseur à entrer dans les mailles de la saine ; mais l'usage de ce filet ne consiste pas à ce que le poisson s'y emmaille : il faut le regarder comme un crible , qui laisse passer l'eau et arrête le poisson qu'il rencontre.

On verra que la saine , par sa position , forme dans l'eau une courbe dans le sens de sa longueur ; et comme le poisson ne s'emmaille pas, on ne peut relever le filet qu'en joignant l'une à l'autre les deux ralingues , pour renfermer le poisson dans cette duplicature. Ces circonstances servent à distinguer la s;iine d'avec les tramaux, les manets et les folles ; mais il y a bien des façons de se servir de ce filet.

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On peut pécher sans bateau dans les rivières où les courans ont peu de largeur. Pour cela, les pêcheurs s'étant partagés, moitié d'un cùté, moitié de l'autre, ceux qui ont le filet de leur cùlé attachent une pierre au bout de l'un des bras , et ils la jetlcnt aux pêcheurs qui sont de l'autre bord. Quand ceux-ci ont saisi le bras qu'on leur a jeté, ils halent sur ce bras , et tirent ainsi le filet vers eux , à mesure que ceux qui l'ont de leur côté le jettent à l'eau. Quand tout le filet est établi de la sorte par le travers du courant, les pêcheurs de l'un et de l'autre bord liaient chacun sur un bras pour traîner le filet.

Lorsqu'on a traîné dans une anse qui n'a pas beaucoup de profondeur, les pêcheurs de l'un et l'autre bord se réunissent au fond de l'anse, et prenant le filet [ar la ralingue du pied et celle de la tête , afin d'envelopper le poisson, ils tirent la

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relopper le poisson, ils tirent la seine à terre. Dans le cas où l'on pèche dans une petite rivière,

pect comme on n'en peut pas gagner le bout de même qu'à une anse , les pêcheurs d'un bord amarrentleurs bras à un piquet, ceux de l'autre bord lient une pierre au bout du bras sur lequel ils ont halé , et jettent la pierre à leurs camarades. Ceux-ci remontent la rivière^ et tirant le bras, ils font décrire une courbe au filet j puis ramenant ce bout à celui qu'ils ont amarré au bord de l'eau, et ayant choisi une place convenable, ils tirent le filet à terre; après quoi , ils jettent encore la pierre aux pêcheurs qui sont à l'autre bord , et recommencent leur pèche.

Quand la rivière ou le courant a trop de largeur pour qu'on puisse jeter un bras de l'autre côté, on met le filet dans un petit bateau , où s'embarquent trois hommes , et trois autres , qui se tiennent à terre, conservent un des bras. Deux de ceux qui sont dans le bateau rament pour traverser le courant, et le troisième jette à l'eau le filet pli à pli. Quand le bateau est arrivé à l'autre bord , les six pêcheurs , trois d'un bord et trois de l'autre, halent sur les bras, et traînent le filet. Lorsqu'ils ont traîné durant un certain temps, ceux qui ont mis le filet à l'eau remontent dans le bateau, et gardant le bras sur lequel ils ont halé , ils repassent l'eau en décrivant une ligne circulaire, puis finissent par rejoindre leurs camarades , pour tirer le filet à terre.

La pêche qu'on appelle frongiata a Raguse , et qui se fait en mer, ne diffère presque de celle que nous venons de décrire que parce qu'ils attachent au bras qui répjond au bateau des fagots d'herbe, pour engager le poisson à donner dans le filet, au lieu de s'échapper en passant sous le bras.

La pêche qxi'on nomme escave ou e^ca^e, dans la Garonne, diffère peu des précédentes; seulement les mailles du filet sont fort serrées.

Al'égard de celle que les pêcheurs de laDordogne appellent tresson , elle se fait avec des filets dont les mailles sont plus petites : c'est en cela que consiste la différence.

Psous nous bornerons à dire ici que quelques pêcheurs préfèrent de traîner un tréroail au lieu d'une nappe simple , et presque tous ceux qui se servent d'une nappe simple tendent par le travers de la rivière un trémail dormant, à l'endroit où ils se proposent

nant la seine, et le poisson , qui est effrayé tant par le filet que par les pêcheurs, se prend dans le trémail.

§ 2. — De la pêche au colleret dans les étangs , au bord de la mer et entre les roches.

Dans les endroits où il y a peu d'eau, on traîne à bras et à pied un filet simple, plombé et flotté^ en un mot, une petite seine de 8 à lo brasses de longueur , sur une brasse ou une brasse et demie de chute; quelques-uns de ces filets n'ont, à leurs bouts a, que 3 pieds de hauteur, comme on le voit au filet de \&fg. 2, iVo. ///, PL 36, pendant qu'ils ont 3 à 4 brasses de chute au milieu c, afin de former dans cet endroit une espèce de poche qui retienne le poisson.

La tête du filet a, fig. i , est garnie de flottes de liège , et le pied b de bagues de plomb. Quelquefois il n'y a qu'une corde en haut et une en bas du filet , qui se rejoignent en d ^ fig. i, à quelque distance , et ne font plus qu'une seule corde , au bout de laquelle ils forment une bandoulière pour traîner le filet.

La grandeur des mailles varie depuis i2 lignes jusqu'à i5, suivant l'espèce de poisson qu'on se propose de prendre , en sorte qu'assez souvent elles n'ont même que lO lignes en carré. Presque toujours les mailles du fond c sont plus ferrées que celles des extrémités a.

Les|êcheurs attachent aux deux bouts du filet un bâton B , PI. 36, iV». /, dont la longueur égale la largeur que le filet a à ses extrémités. On met le gros bout du bâton , qu'ils nomment bourdon , en en bas, et on attache ce bâton au bout du filet, comme le font les matelots AB y N°. 1.

On attache aux extrémités du bâton deux cordes, qui se réunissent à une petite distance du filet rf, et c'est à ce point de réunion qu'on amarre les bras, qui ont quelquefois 6o ou 70 brasses de longueur 5 enfin, on ajuste au gros bout de ces bâtons, qui répond à la corde plombée , un morceau de plomb pesant 5 ou 6 livres , pour qu'il contribue , avec le lest, à faire prendre au filet une position verticale.

Les pêcheurs ayant ainsi dispose leur filet au bord de l'eau , ils le portent le plus avant qu'ils peuvent dans l'eau , y entrant souvent jusqu'aux aisselles , et tenant les bâtons des bouts aussi élevés qu'ils le peuvent au-dessus de la surface de l'eau. Souvent deux autres hommes leur aident en soulevant le milieu du filet ; et quand il s'agit de mettre le filet à l'eau , les deux aides le saisissent par la ralingue flottée , pour qu'il prenne une position verticale.

Le filet étant à l'eau, les pêcheurs qui en tenaient les extrémités se forment une bandoulière avec les cordes qui font les bras , et entrant dans l'eau

presque jusqu'au cou ,

ils traînent le filet dans une

longueur d'environ 100 brasses, à -peu -près parallèlement au bord de l'eau. Peu à peu les deux pêcheurs se rapprochent l'un de l'autre, B C, faisant décrire au filet une portion de cercle, et étant réunis, ils tirent le filet sur le sable , où ils prennent le poisson qui se trouve renfermé dans la seine , et le mettent dans leur panier.

I Les pêcheurs nomment cette traînée de filet un

.. fli ..• fc .\ r.-.C^ ^/^ -r^z-vii-va^iiiv fï'oil'c Tarif

de terminer leur trait. Ils arrivent dessus en \.x^\-\ trait, lis continuent à faire de nouveaux traits tant

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que la marée le leur permet; car lorsqu'elle monte, elle les force de s'approcher de la côte , et les oblige enfin de se retirer plus tôt ou plus tard , suivant les parages et la foice des marées. Ordinairement, on commence cette pêclie a heures avant que la marée soit tout-à-fait basse , et elle finit 2 heures après que la marée a commencé de monter.

Souvent les compagnons qui ont aidé à mettre le filet à l'eau prennent des perches pour batire l'eau, en marchant un peu à côté, mais toujours au devant de ceux qui traînent , afin de déterminer le poisson à donner dans le filet.

Ce filet , qui est fort en usage sur quantité de cotes , et particulièrement auprès d'Oléron , se nomme coUeret , à cause de la manière dont on le traîne; mais on conçoit qu'il ne peut pas être fort grand, parce que les hommes c^ui sont dans l'eau jusqu'aux aisselles perdent presque tout leur poids , et ont ainsi très-peu de force pour le traîner : c'est pourquoi, quand le colleret est un peu grand, ils se mettent quatre pour le traîner , deux sur chaque bras.

A la côte du Bas-Médoc, on fait usage d'une seine qu'on nomme traîne , qui a 3o ou 4o brasses de longueur ; sa chute au milieu est de 3 brasses, et seulement d'une brasse et demie à ses extrémités, où est attaché un bâton, comme au colleret. Les mailles des extrémités ont un bon pouce d'ouverture en carré ; elles se rétrécissent en approchant du milieu , où à peine ou peut passer le doigt. Le haut du filet est garni de flottes; mais il n'y a point de plomb au bas. Un cordage d'un pouce de gi"Osseur tient lieu de lest.

Quatre ou cinq hommes suffisent pour cette pêche : deux se mettent à l'eau pour traîner le filet ; ce qui devient praticable , parce que la côte est plate. Us portent au large un des bouts du filet, pendant que les autres retiennent l'autre extrémité au bord de l'eau. Quand le filet est déployé, les uns et les autres traînent le filet de concert, et le poisson se rassemble au milieu , où les mailles sont fort petites. Ils terminent leur pêche par haler leur filet à terre.

A l'embouchure des rivières d'Orne et de Dive, ainsi que sur les grèves d'enti-e ces deux rivières , on fait la pêche des équilles avec un filet c[ue les pêcheurs appellent .îe/«e/^e, comme étant un diminutif de la seine ; mais la manière de s'en servir est particulière ; les mailles de ce filet sont en losange , et ont environ 3 lignes d'ouverture, montées sur des lignes assez déliées. Cette nappe est simple, elle a au plus une brasse de chute et 6 brasses de longueur; aux deux bouts sont attachées des perches ou gaulettes, qui sont longues de 7 à 8 pieds. Les hommes, femmes et enfans tout cette pêche ; chaque perche est tenue ferme par un pêcheur ; ils marchent contre le flot sur les bancs les plus élevés, en foulant le sable avec les pieds , et brouillant l'eau avec leurs jambes ,^ qui vont contre le ilôt, pendant que d'autres, avec de longues gaules, battent l'eau. LiQ^ équilles, effrayées, se jettent dans le filet; celles qui sont enfouicis dans le sable saillissent et donnent aussi dans le filet. Aussitôt que les pêcheurs cjui tiennent les perches sentent les secousses du poisson, ils soulèvent le filet par le pied, se rapprochent l'un de l'autre, et renversent le poisson

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dans des corbeilles ou glines, qu'ils ont sur leurs épaules; mais cette gline, à la moitié de sa profondeur , porte un filet , qui forme comme un double fond, et les mailles de ce filet sont exactement de grandeur à laisser passer les équilles , qui le traversent comme quand elles s'enfoncent dans le sable. S'il reste dans le filet du frai ou du petit poisson, les pêcheurs le rejettent à l'eau, ou plutôt il s'y précipite de lui - même quand les pêcheurs se baissent pour continuer leur pêche , au lieu que les équilles restent au fond de la gline.

On fait de plus petits collerets pour prendre les poissons qui sont restés entre des rochers ou des islets , dans des endroits qui n'assèchent pas de basse mer. Comme ils ne diffèrent pas de ceux dont nous venons de parler , il nous suffira de dire que ces petits collerets tiennent lieu des grands haveneaux , qui servent aux mêmes usages.

On se sert encore de collerets semblables pour prendre des équilles et des hamilles ou lançons ; seulement, comme ces poissons sont souvent fort petits , on fait les mailles de ces seines très-serrées, et sachant que ces poissons s'ensablent , on charge de beaucoup de plomb le pied du filet.

§ 3. — Collerets traînés par des chevaux.

Il est sensible qu'en se procurant une force plus considérable , on peut augmenter l'étendue des collerets : c'est aussi ce que font les pêcheurs flamands, en faisant traîner leur filet par des chevaux; ce qui est praticable sur leurs sables, qui sont fort unis.

Ils mettent ordinairement un cheval sur chaque bras, FI. 36, N^, II; mais quelquefois ils y en mettent deux ou même un plus grand nombre ; et plus ils se procurent de force, plus ils augmentent la grandeur de leur filet; au reste, cette pêche se fait précisément comme celle du colleret à pied. Ils finissent par tirer le filet sur le sable, et quand ils ont pris le poisson , ils recommencent un nouveau trait lorsque la marée le leur permet.

Cette pêche se fait ordinairement depuis le mois d'avril jusqu'à celui de septembre ; mais elle n'est praticable que par les beaux temps et lorsque la mer est calme. Inutilement voudrait-on la pratiquer lorsque les eaux sont froides , alors les poissons st retirent dans la grande eau , et les pêches qu'on fait sur le rivage sont infructueuses.

On y prend, de même qu'avec les autres collerets, toutes sortes de poissons : comme ils ne s'emmaillent pas , il est assez indifférent de quelle grandeur sont les mailles; mais il est essentiel d'éviter de les faire trop serrées: cette pêche, toujours destructive pour le frai et la menuise, le serait alors encore plus.

Comme le filet pour la pêche au colleret est traîné par des hommes ou des chevaux qui se mettent dans l'eau , il s'ensuit que ces pêches sont impraticables aux endroits où l'eau est profonde. Pour traîner le filet de dessus les bords , il faut que la nappe d'eau ait une médiocre largeur; sans cela, le filet ne pourrait pas l'embrasser. Ainsi , pour pêcher à la seine dans les endroits où il y a une grande profondeur d'eau, sur-tout lorsque la nappe est fort étendue, comme cela se trouve presque toujours à l'embouchure des grandes rivières et aux bords de la mer ,

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on ne peut se dispenser de se servir de bateaux ; ce qui se fait de différentes manières, comme nous allons l'expliquer.

§ 4- — D^ ^^ pêche à la seine avec des virevaux ou treuils.

La pêche dont nous venons de parler ne peut guère être praticjuée que par des gens qui ont des fermes auprès de la mer , le commun des pêcheurs n'ayant pas de chevaux , et entre ceux-là il s'en trouve qui , ayant de grandes seines , ne sont pas en nombre suffisant pour les haler. En ce cas , après avoir engagé un des bras dans un treuil qu'ils ont établi sur le rivajie , ils se mettent tous dans un bateau pour tendre leur filet ; puis ils amènent à terre le bras forain , et ils l'ajustent sur un autre treuil qu'ils ont solidement établi sur le rivage, auprès du premier j ensuite, tournant avec des leviers le cylindre du treuil , ils amènent peu à peu leur filet à terre. Cette opération , PI, 36, N°. IV, est longue 5 mais elle a l'avantage de pouvoir être exécutée avec peu de monde.

§ 5 . -* Pêche avec une seine dont un bras est amarré

à terre.

D'autres pêcheurs sont encore parvenus à pêpher avec [-eu de monde , par un moyen bien simple; ayant amarré un bras de leur seine à un pieu au bord du rivage , ils embarquent le filet dans un bateau, en le pliant sur une planche ; puis ils attachent l'autre bras au bateau, et nagent au large pendant qu'un d'eux met peu à peu le filet à l'eau , à mesure que le bateau s'éloigne de la côte , PL 36 , iV^'. V. On essaie de former comme un demi-cercle , et on décrit une ligne circulaire aussi grande que le filet et même ses bras peuvent le permettre ; les pêcheurs ramènent ensuite le bateau à l'endroit où est amarré, au bord de l'eau, un des bouts du filet : alors les pêcheurs du bateau mettent pied à terre , et se joignant avec ceux qui se trouvent au bord de l'eau , ils tirent de concert le filet à terre et prennent le poisson. Vers l'embouchure de la Vilaine, et en remontant dans cette rivière, on voit un homme seul, ou aidé d'un petit garçon , faire la pêche dont nous venons de parler ; mais en ce cas les aeines sont très-petites.

§ 6. — Pêche à la seine , où une partie de l'équipage haie à terre un bout du filet , pendant que le reste haie l'autre bout avec un bateau, PL 7.

Cette pêche se fait quand on a plus de monde que pour la précédente; au reste, elle en diffère peu. Au lieu d'attacher un des bras à un pieu au bord de l'eau , cinq ou six hommes le tiennent; d'autres s'embarquent dans un bateau , et tendent le filet. Quand il est mis à l'eau , ceux-ci attachent un bras du filet à l'arrière du bateau, et formant une portion de cercle , ils nagent à-peu-près parallèlement au bord de l'eau. Quand ils ont fait un certain chemin pour se rendre par le travers de ceux cjui sont à terre , ceux de terre et ceux du bateau agissent de concert , halant chacun sur un bras du filet ; ils traînent ainsi une longueur de 2 à 3oo brasses; puis

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le bateau se rapprochant peu à peu du rivage et de ceirx qui sont à terre , les deux bandes de pêcheurs se réunissent à un endroit oii les bords soient peu escarpés , PL 36 , iV». VI. Ceux du bateau se débarquent, et tous tirent de concert le filet à terre , halant d'abord sur les bras, puis sur le filet j pour cela, joignant la tête et le pied du filet , ils le doublent , et forment un sac , dans lequel se ramasse le poisson.

Cette façon de relever le filet est sans contredit la meilleure, et on la pratique autant- qu'on le peut : sans quoi, il s'échapperait beaucoup de poisson au moment que le filet sort de l'eau. Quelque précaution qu'on prenne , il y en a toujours qui se sauvent; pour les rattraper, aux grandes pêches, quand le filet est prêt à sortir , deux pêcheurs se mettent à l'eau, PL 36, N^. VII, et traînent un colleret derrière le fond de la grande seine : de plus , le bateau se tient derrière le colleret , battant l'eau avec ses avirons. Par cette manoeuvre, le poisson, qui s'est échappé de la seine , tombe dans le colleret. On appelle cette pêche, à la grande seine, soutenue par un colleret^ on la nomme aussi en plusieurs endroits jcecAe à la traîne. C'est la tratta de Senigaglia, et encoie ce qu'on nomme xabegas sur les côtes d'Espagne.

Voici comment les pêcheurs delà baie d'Arcançon font pendant toute l'année la pèche à la traîne au bord de l'Océan.

Douze à quinze hommes s'associent pour faire leur métier à la part. Ils construisent eux-mêmes des cabanes du côté du bassin, et ils les adossent aux dunes de sable qui bordent la côte. Au moyen de ces cabanes, ils sont toujours à portée de faire leur pêche avec des seines, qui ont quelquefois plus de 70 brasses de longueur et seulement une ou 2 brasses de chute au milieu, et au plus une brasse aux deux bouts. Quand ils veulent pêcher dans le bassin et les chenaux, ils se servent de petites seines et seinettes, qui n'ont quelquefois que 4 brasses de longueur. Le pied des grandes seines est garni de plomb ; mais les petites sont lestées avec des pierres percées.

Les mailles de leurs filets sont de différentes grandeurs , suivant l'espèce de poisson qu'ils se proposent de prendre; car, à la Teste-de-Buch, ils prennent des dorades, des loubines, des maigres, des soles, etc.; et dans le bassin, des barbeaux, des aiguilles , des sèches , des congres , des sardines, des carrelets, des tires, etc.

Quand la pinasse et les filets sont préparés, le chef des pêcheurs se promène au bord de l'eau , et lorsqu'il aperçoit des poissons dans les brisans , il en avertit par un coup de sifflet : alors les matelots qui sont à la pinasse viennent le joindre à force de rames; ilsamarreftt à terre un des bras de leur seine, puis se portent au large , un matelot jetant à l'eau , pli par pli , le filet qui est rangé sur \ine planche ; puis en décrivant une ligne circulaire, ils gagnent le rivage , et se jettent à terre pour tirer le filet de concert avec ceux qui sont restés à terre , à-peuprès comme nous l'avons représenté PL 36, N". Vil.

A Arles , les seines ont environ 200 brasses de longueur sur 3 ou 4 de chute , et les bras sont longs

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de 3 à 4oo brasses. La pêche se fait précisément comme nous venons de l'expliquer.

A Oléron , la plupart des seines n'ont que 3o à 35 brasses de longueur.

§ 7 . — De la pêche à la seine ou à la traîne en pleine eau.

Nous avons expliqué comment on traîne le filet à pied , soit qu'on le tende sans bateau , soit qu'on emploie un bateau pour cette opération. Il nous reste à exposer comment on traîne ce même filet en pleine eau.

Les pêcheurs de la Rochelle , qui ont de forts bateaux pontés, qu'on nomme traversiers , traînent à la voile des filets qui ont 6 ou 7 brasses en carré , également sur les fonds de vase et sur ceux de sable. Les bras de ces filets ont 3 ou 4 pouces de circonférence , et 5o à 60 brasses de longueur 5 ils sont attachés, l'un à poupe, et l'autre à proue , sur un des bords du bâtiment , qu'on fail dériver par le travers : les mailles du filet ont environ 4 pouces d'ouverture en carré. Les pêcheurs estiment que les vents de nord et de nord-est leur sont favorables. Pour relever le filet , on le tire à bord par le travers du bateau : on y prend ordinairement des poissons plats.

En plusieurs endroits , notamment aux environs de Caen , on traîne les seines en pleine rade avec deux bateaux : le filet a communément 4° brasses de longueur sur 4 brasses de chute.

Quand la mer est forte, six ou huit hommes se mettent dans de bons bateaux, dont un a sur son bord le filet, et l'autre en retient un bras. Celui qui a le filet le jette à l'eau à mesure que les deux bateaux s'écartent, VI. 36, iV'\ F7//, ou bien les deux bateaux prennent chacun une partie du filet , et le mettent à l'eau à mesure qu'ils s'éloignent l'un de l'autre; mais pour cela il faut que la mer soit belle. Quand le filet est à la mer, chaque bateau haie sur son bras , et ils tirent le filet de conct- rt 5 quelquefois les deux bateaux attérissent pour tirer leur fi.let sur le sable; mais quand la côte n'est pas favorable , ils relèvent à bord.

Lorsque la mer est parfaitement belle et calme , il y a des pêcheurs qui prennent de petits bateaux , qu'ils nomment picoteux ou piloteux , qui n'ont que i3 pieds de longueur; deux hommes se mettent dans chaque bateau, et pèchent avec des seines moins grandes. Il est vrai qu'ils courent risque de périr quand il survient du mauvais temps; mais comme cette pêche leur est plus profitable , l'appât du gain les décide à exposer leur vie.

Quand on fait de grandes pêches à la seine en pleine eau , il est important de relever le filet dans les bateaux , en sorte que les pêcheurs halant sur les bras , l'un ne tire pas le filet plus que l'autre. Pour cela , il y a des pêcheurs qui prennent une fort bonne précaution : elle consiste à mettre des signaux sur les bras , de distance en distance , comme de 4 en 4 brasses, afin que chacun retirant un pareil nombre de signaux, les deux pêcheurs soient assurés d'amener à bord une pareille longueur de cordage. En ne prenant pas cette précaution , si un pêcheur tirait beaucoup plus de corde que l'autre, il pous-

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serait hors du filet une partie du poisson qui devrait rester au milieu et au fond du filet, et ce serait autant de perdu.

§ 8. ^ Pêche qu'on fait avec les seines sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée.

Nous allons parcourir très-sommairement l'usage qu'on fait du colleret et des seines sur plusieurs côtes , pour faire observer quelques particularités qui sont dignes d'attention. 11 faut être prévenu qu'assez souvent les pêcheurs nomment coUerets les petites seines ou seinettes , quoiqu'on ne les traîne pas entièrement, comme nous l'avons expliqué.

La rivière de Seine se trouvant fort entrecoupée d'îlots par le travers du village d'Oyssel, on ne peut y faire usage que des seinettes, qui n'ont que i5 à 20 brasses de longueur et 2 à 3 de chute : l'ouverture de leurs mailles est de 6 lignes.

Dans les environs de Fécamp, aux endroits où la pêche à la côte est très-difficile , on se sert de traîneaux , seinettes ou petits collerets à mailles étroites, et qui n'ont que 10 à 12 brasses de longueur.

Quelques pêcheurs-côtiers des enviions de Dieppe se servent de plusieurs sortes de collerets : les uns ont les mailles fort larges vers les deux bouts , et plus serrées au milieu; d'autres ont, vers la tête du fi'et, des mailles de i3 à 14 lignes, faites d'un fil très-fin ; les mailles qui approchent du pied du filet n'ont qu'environ 9 lignes , et comme cette partie du filet se traîne sur un fond dur, le fil est plus fort, et au lieu de charger de plomb le pied du filet , comme le sont les collerets de Flandre , on y substitue ce que les pêcheurs nomment de la souillardière , qui est un rouleau de vieux filets.

A l'Ile-Grand , dans la ci - devant amirauté de Morlaix, où les côtes sont dures et ferrées, on ne met point de plomb à la ralingue du pied; mais on y attache des lignes menues, longues de quelques pouces , au bout desquelles sont amarrées de petites pierres plates. Ainsi , le pied du filet ne porte point sur le fond , qui en aurait bientôt détruit les mailles ; au reste , la manœuvre , pour se servir de ce filet, est la même que pour le grand colleret plombé; mais comme le pied du filet ne porte pas sur le fond, on ne prend guère de poissons 2>lats.

Dans les environs de Barfleur, on pèche avec une seine dont le fond a environ 4° brasses de longueur; toutes ses mailles sont d'un même moule, excepté 4 ou 5 brasses de chaque bout, qui communiquent avec \e canon f bourdon on bâton , auquel sont amarrées les ralingues: les pêcheurs nomment hargnères ces dernières brasses. On tient de terre un des bâtons, tandis qu'un bateau porte le filet au large, et le tend en enceinte, puis revenant à terre , y apporte l'autre canon. Quatre ou cinq hommes exécutent cette pèche de la même manière que nous l'avons décrite en parlant de la grande seine soutenue du colleret.

Cette même pêche se fait auprès de Cherbourg, avec des filets dont les mailles sont serrées. Le fond de la seine est composé de six pièces, de 3i brasses chacune; les bras sont formés chacun de quatre pièces, qui ont ensemble j 20 brasses. Ce sont ordi-

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nairement des femmes qui se mettent à l'eau jusqu'aux aisselles pour soutenir le fond avec un colleret.

Près Je Caudebec ^ on pêche dans la rivière de Seine avec deux sortes de seines : l'une, qu'on nomme seine claire^ sert à prendre sur-tout des aloses et des saumons : ses mailles ont i i à 12 pouces d'ouverture. Les autres seines, dites épaisses ^ ont souvent leurs mailles de 5 à 6 lignes tout au plus d'ouverture : elles servent ù prendre des éperlans , quoique communément ces poissons se prennent avec des nianets ; ces secondes seines sont pierrées

f»ar le bas. Les pécheurs augmentent à volonté la ongueur et la chute de leurs filets , en sorte qu'ils ont quelquefois 60 brasses, et d'autres fois jusqu'à 200 de longueur , et tantôt une brasse et demie de chute, d'autres fois 3 brasses et plus, suivant la profondeur de l'eau où ils établissent leur pêche. Un bout du filet reste à terre, l'autre est porté au large par un bateau : le reste s'exécute comme nous l'avons expliqué plus haut.

Les pêcheurs de Touques et de Dives nomment traînes des seines plombées et flottées, qui ont j8 brasses de long, une brasse et demie de chute vers les extrémités, et 3 brasses au milieu. Quatre pécheurs se mettent dans deux petits bateaux, qui ne tirent que 12 à i5 pouces d'eau j ils embarquent le filet, moitié dans chaque bateau. Un homme de chaque bateau jette le lilet à l'eau, tandis que l'autre nage mollement. Lorsque le filet est à l'eau , les deux bateaux le traînent chacun par un bout. Après avoir fait cette manœuvre pendant un certain temps, les deux bateaux, faisant une enceinte , se réunissent pour le tirer à terre ou à bord de leurs bateaux, comme nous l'avons expliqué plus haut , rassemblant toujours le pied et la tête du filet pour retenir le poisson. Quand on tire à terre, on traîne derrière la seine un dranet ou colleret , pour retenir le poisson qui pourrait s'échapper.

11 y a à Cherbourg des pêcheurs qui vont tendre des seines dans quelques anses, et qui les liaient à terre au moyen de petits virevaux ambulans.

La seine traînée par deux bateaux est appelée tournée à Saint-Erieux. Le filet a environ 3 brasses de chute, et 3o ou 40 de longueur 5 il n'y a point de plomb sur la ralingue du pied , on met seulement, de 2 brasses en 2 brasses, des pierres qui pèsent une lirre ou une livre et demie. Ordinairement les pêcheurs ne halent point leur filet à la côte 5 après avoir fait une enceinte, ils le relèvent où ils se trouvent.

Dans les environs de Vannes, on se sert aussi de seines dont le pied est garni de pierres peu pesantes, qui sont à une brasse et demie les unes des autres :. ainsi, ces filets endommagent peu les fonds.

Quatre chaloupes s'associent pour en faire usage : celle qui porte le filet a cinq hommes. Quand ils veulent tendre, quatre hommes de ce bateau nagent, en sorte que le cinquième puisse placer la seine en demi-cercle dans l'eau. On amarre un. des bouts à l'arrière du bateau.

Pour relever le filet, ce bateau tournant suivant rétablissement du filet, deux pêcheurs se mettent à l'atant, et afin d'empêcher que le poisson qui se

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