‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 282 sur 344 · TAU · texte numérisé non relu

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Il suit de ce que nous venons de dire , que la tartane porte sa voilure renversée, c'est-à-dire la vergue en bas , prolongée de l'avant à l'arrière ; l'écoute de la grande voile , au haut du mât , est passée aux itagues ; les deux autres voiles qu'elle porte sont presque aussi grandes que la première; les deux de l'avant sont saisies aux deux bouts-dehors , les deux pennes sont attachées au haut du mât, et les deux écoutes amarrées aux bittes de l'avant et de l'arrière. On ôte la barre du gouvernail , pour que le bâtiment aille au gré de la mer. La manière d'orienter les voiles fait gagner de l'avant ou de l'arrière , quand on veut s'approcher ou s'éloigner de la côte en dérivant pendant la pêche.

Les filets étant en mer, au lieu de la grande voile qu'ont ordinairement les tartanes, plusieurs pêcheurs mettent une autre voile au milieu du bâtiment et une à chaque bout , toutes les trois amarrées au mât : le gouvernail est inutile , et le bâtiment dérive par le travers. Outre les voiles dont nous venons de parler, on en ajoute quelquefois une sur le pau de la proue , quand le vent est peu considérable.

Quand le patron veut finir sa pêche et lever son filet, il tire à lui une petite ligne qui répond à la cheville nommée pacolet y et tout d'un coup les deux libans, au lieu de répondre aux extrémités des bouts-dehors ou paux, sont dans le corps du bâtiment. Cette manœuvre étant faite, on amène toutes les voiles, on retire les paux en dedans, on remet la barre du gouvernail, et on appareille pour faire route.

Après avoir ramené, comme nous l'avons dit, les libans dans la tartane , on porte à la poupe le liban qui était à la proue, pour fermer d'autant mieux la manche ; les mousses rouent les cordages , à mesure que les matelots, qui halent dessus , les tirent à bord. On haie de même les ailes du filet.

Comme il importe pour cette pêche , ainsi que pour toutes les autres qui se font avec des filets traînans , de tirer également des deux côtés, quand on relève de manière que la poche reste toujours dans le milieu , il y a un signal de 10 en 10 brasses sur chaque liban, pour servir d'indication le jour comme la nuit : c'est un petit morceau de liban de même grosseur que le sarty , passé entre les cordons , et appelé arnaud. Le premier de l'équipage, du côté de l'avant ou de l'arrière , qui , en tirant le sarty , attrape une de ces marques, crie amaud premier ; après quoi , on tire plus lentement de son côté jusqu'à ce que de l'autre côté on répète le même cri. Si le patron s'aperçoit qu'on fasse plus de force d'un côté que de l'autre , il passe avec les moins forts. A chaque marque , on crie de même arnaud second y troisième y etc.

Dès qu'on aperçoit la chausse, on l'embrasse avec un cordage, qui en ferme l'entrée, et au moyen d'un ou plusieurs palans frap])és par le travers du mât , on parvient à hisser à bord la chausse , qui est presque toujours très-pesante ; enfin , on passe des manœuvres dans les œillets, quo nous avons dit être dans le fond du culaignon, et l'on tire cette partie à proue.

On ouvre ensuite la chausse , et on la vide. Ce

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n'est point le culaignon on l'extrémité de la chausse que Ion ouvre, mais le dessus de la séguérié, qui a une ouverture d'environ 6 pans, que l'on tient termée pendant que le filet est à l'eau , au moyen d'une ficelle dite levadisse , parce qu'on l'0)te et la remet à volonté.

Quelquefois on ne trouve dans la chausse que de la vase, des pierres, des coquillages, du goémon, etc., et s'il s'y rencontre des huîtres, elles gâtent le filet; mais quand les pêcheurs ont traîné dans un bon endroit, ils rapportent plusieurs quintaux de poissons de toute espèce.

La saison de l'hiver est la plus favorable pour cette pèche , parce qu'on trouve les poissons retirés dans les grands fonds, et le vent de nord-est, qui souffle souvent alors , est avantageu.\, pourvu qu'il ne soit pas trop violent. On y prend quelquefois des lamies et des marsouins.

Comme cette pêche doit se faire à 40 ou 5o milles au large sur nos côtes, depuis 25 jusqu'à 60 brasses d'eau , on la tolère durant toute l'année , au lieu que les pèches du même genre qui se font près des côtes sont interdites dans le temps du frai.

On ne pêche point avec la tartane à la Ciotat , parce que le fond de la mer y est rempli de roches. Les pêcheurs des Martigues , qui sont particulièrement en possession de cette pêche , vont la faire en Languedoc , à Livourne et à Cadix.

Le poisson étant à bord , les pêcheurs le lavent pour en ôter la vase , et ils le mettent dans des paniers , en séparant les diverses espèces.

Si le poisson n'est pas demeuré assez de temps sur le bord jiour perdre sa fraîcheur, il est encore trèssain^ quelquefois même vivant quand on l'expose en vente. Les soles, les merlans et beaucoup d'autres poissons encore jilus délicats , sont de ce nombre, quelque chaud qu'il fasse , sur-tout quand on pêche par les vents du levant, du midi et de l'ouest , et lorsqu'on vient de tirer le hau, c'est-à-dire lever les filets près du port. Quoique les filets de la tartane, ainsi que les autres filets traînans, ramassent beaucoup d'autres choses que du poisson, cependant lé grand volume de la manche fait que durant toute la èche le poisson n'est presque jamais engagé dans es saletés, qui se précipitent au fond ; il nage assez librement dans un A'olume d'eau presque aussi étendu que le filet même, jusqu'au moment où on le force de quitter l'eau.

Ceux qui font cette pêche sont ordinairement à la part, et tous les dimanches ils comptent du produit de leur travail. Le patron fait plus ou moins de parts, suivant le nombre d'hommes d'équipage qu'il peut avoir. Les propriétaires du bâtiment ont 7 parts, sur lesquelles ils donnent une demi-part au patron , qui, en outre, a une part avec l'équipage ; de sorte que s'il y a quatorze hommes à la part, le patron compris, deux novices à demi-part cliacun, et deux mousses à un quart chacun, faisant en tout i5 parts et demie, le profit de la semaine se divise en 22 parts et demie , dont 6 et demie au bâtiment , une jjart et demie au patron , et le reste au surplus de; l'équipage. Telle est la règle générale qu'observent tous nos pêcheurs de tartane sur les, côtes, i de Provence, sur celles du Languedoc et en

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Italie; mais à Cadix le corps du bcàtiment a une part et demie de plus.

On fait cette pêche à Barcelonne avec de légères différences. Le poisson y est divisé en 17 parts, dont 7 pour le maître de la tartane , des filets , du gréement, etc., une pour chaque marinier, une demie pour le garçon de bord, et une pour la femme qui vend le poisson.

Il y a des gens, qu'on nomme chasse-marées , qui font le commerce d'acheter le poisson , et de le porter dans les lieux circonvoisins , où ils savent en trouver le débit. Le poisson des Martigues, qui est le plus estimé de la côte de la Méditerranée , parce qu'il se prend d'ordinaire sur les embouchures du Khône, est distribue dans toute la Provence , dans une partie du Languedoc , dans le pays Venaissin , le Dauphiné 5 on en porte même jusqu'à Lyon dans les grands froids. Le poisson de Cette se vend dans tout le Languedoc.

En Corse , où l'on pêche avec des gondoles et un filet semblable à celui de la tartane , les pêcheurs, après avoir frit la plupart de leurs poissons dans l'huile, les mettent dans des barils avec du vinaigre, pour les transporter à Gênes, à Rome et à Naples.

\^&& pêcheurs des Martigues, voulant que leurs bâtimens puissent leur servir pour le commerce quand la pêche n'est pas abondante, et aussi se mettre en état d'employer pour leur pêche des tartanes qui ne seraient plus en état de servir pour le commerce, ont adopté l'usage de faire leur pêche avec des tartanes de 40 à 45 tonneaux , excepté à Livourne, où l'on a voulu conserver l'ancienne tartane. Le filet , proportionnellement plus grand presque par-tout ailleurs, ne se nomme plus tartane , mais trahacou ou trabauqué. La différence principale d'avec le filet qu'on nommait tartane consiste dans son étendue et sa cajmcité : les équipages sont de douze à quinze hommes.

Les alasdii trabauqué ont 36 pans de long, et ne sont pas attachés immédiatementsur les libans qui les portent, mais suspendus, ainsi qu'une partie de l'enclestre jusqu'aux guirons , avec des ficelles dites compas , parce qu'elles en ont la forme , étant doublées et distribuées sur les libans à la distance d'un pan l'une de l'autre.

La maille des alas est de 18 lignes en carré ; ils ont 80 mailles de largeur à la tête, et 160 près de la partie qu'on nomme enclestre , à laquelle les alas sont attachés. L'enclestre a 280 mailles de largeur à l'extrémité où elle se joint aux alas; sa maille est d'un pouce en carré , et sa longueur de 26 pans, y compris les 8 pans qui se trouvent en avant des guidons vers les alas. La largeur de l'enclestre vers la margue est de 200 mailles.

La margue, à l'extrémité qui joint l'enclestre, a 200 mailles de largeur , de 7 à 8 lignes d'ouverture en carré; sa longueur est de 3o pans jusqu'à la séguérié, avec laquelle elle se joint, n'ayant à ce bout que i3o mailles de largeur.

La séguérié, à l'extrémité que joint la margue, a 225 mailles de largeur ; sa maille est de 4 à 5 lignes en carré j et .sa longueur de 5 pans jusqu'au culai-

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