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beaucoup mieux que les autres poissons. Lorsqu'on en veut mettre dans un étang à carpes y et on ne le fait que trop généralement en Trante , il laut en limiter le nombre, parce qu'elles sont si voraces , qu'elles aftameraient les carpes, et les empêcheraient de croître.
La tanche a la vie dure ; néanmoins elle est plus difficile à transporter que la carpe. Elle s'enfonce , comme on l'a dit, pendant l'hiver dans la boue, et y reste sans manger jusqu'à ce que la chaleur lui ramène des moyens de subsistance.
Qualités. — La chair de la tanche est blanche , mais pleine d.'arètes, molle et difficile à digérer. Elle est imprégnée d'une odeur de limon ou de boue lorsque ce poisson a été pris dans une eau bourbeuse^ il faut, dans ce cas, le faire dégorger pendant quelque temps dans une eau limpide. La saveur de la tanche varie au surplus comme sa couleur , selon les temps et les lieux. On la trouve meilleure à l'époque du frai qu'en aucune autre saison de l'année, et on préfère aussi les grosses tanches aux petites , parce que la chair est moins garnie d'arêtes , et qu'elle est alors agréable au goût.
On a attribué, dans plusieurs contrées , des propriétés extraordinaires à ce poisson : on a cru que, coupé par morceaux et appliqué sous la plante des pieds, il guérissait de la peste et des fièvres brûlantes; que, placé sur le front, il apaisait les maux de tète j qu'attaché sur la nuque , il calmait les inflammations des yeux 5 que, mis sur le ventre , il faisait disparaître la jaunisse, et que le fiel chassait les vers. La tanche a été appelée le médecin des poissons, parce qu'on prétendait que les autres poissons, et particulièrement le brochet, se guérissaient de leurs blessures en se frottant contre la tanche, dont la mucosité de la peau était pour lui et pour les autres poissons un spécifique assuré. On estimait aussi comme absorbantes, détersives et diurétiques, deux petites pierres qu'on trouvait dans la tête des tanches 5 mais aujourd'hui on n'en fait pas d'usage , et il paraît qu'on ne sait même plus les trouver.
Pêche de la tanche.
On prend les tanches avec les verveux et les louves ou tambours, dans lesquels on place les intestins d'un lièvre ou d'un lapia, qu'on dit être le seul appât capable d'y attirer ce poisson. On en prend encore avec la seine, le tram ail et l'éperA'ier , mais peu avec ce dernier filet , parce que , dès que la tanche entend le moindre bruit , elle s'enfonce dans la terre, et que l'épervier passe sur elle sans l'atteindre.
On prend le plus souvent les tanches en desséchant les étangs et autres réservoirs où il s'en trouve, ou lorsque les réservoirs sont desséchés naturellement par les chaleurs de l'été.
On peut pêcher les tanches pendant les mois les moins chauds de l'année ; mais elles se prennent plus aisément en avril et mai. Il faut pêcher près de terre, parce qu'elles se tiennent dans la vase.
IjO. pèche à la ligne se fait de plusieurs manières : on amorce l'hameçon avec de gros vers de terre, des insectes, ou avec du pain bis et du miel, ou des pâtes dans lesquelles on a mêlé du goudron} mais
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il paraît que les vers de terre sont préférables à toute autre espèce d'amorce.
Pêche dans les étangs; avec des lignes dormantes. — On cherche un endroit dont le fond soit uni et entouré d'herbiers; on en sonde la protoiiio„r pour donner aux lignes une longueur telle, que l'hameçon du bas traîne sur la terre. On amorce les hameçons avec de gros vers de terre; on dispose les quatre ou cinq lignes dont on se sert comme pour la pêche aux lignes dormantes ; mais il faut observer que, comme la tanche joue le plus souvent pendant 2 ou 3 minutes avec le ver avant de le manger , <jn voit le bouchon remuer assez long-temps avant qu'il soit entraîné vers l'herbier, ce qui a lieu lorsque la tanche emporte l'amorce pour la manger. C'est seulement alors qu'il faut piquer, parce qu'elle tient l'hameçon dans sa bouche , et il est rare de la manquer. Qn la tire de l'eau de la même manière que la carpe.
Pêche avec la ligne à carpes et à tanches. — On attache cette ligne à la canne n°. 2, et on amorce avec un gros ver de terre. On choisit une eau dormante, et on en mesure la profondeur; si elle est de 4 pieds, on laisse entre l'hameçon et le bouchon une distance de 12 pieds, afin de pouvoir jeter le plomb un peu loin, et que l'hameçon aille bien au fond. Lorsqu'on a jeté le plomb , on ne s'occupe plus que d'examiner le bouchon : au moindre mouvement qu'on lui voit faire , on laisse filer 3 ou 4 pieds de ligne, et si le bouchon est toujours entraîné, on est sûr que le poisson tient le ver et l'hameçon : c'est alors qu'on peut piquer en toute assurance. A cette pêche, on change souvent de place, parce qu'aucun appât de fond n'attirant le poisson dans un lieu donné , il faut chercher l'endroit où il peut s'en trouver.
Dispositions réglementaires.
Suivant l'art. 12 du tit. XXXI de l'ordonnance de 1669 , les pêcheurs doivent rejeter à l'eau les tanches qui ont moins de 5 pouces entre l'œil et la queue, à peine de 100 fr. d'amende , et de confiscation, tant contre les pêcheurs que contre les marchands qui en auraient vendu ou acheté qui seraient au-dessous de cette dimension.
TANCHE DE MER. Les pêcheurs donnent souvent ce nom au Labre tancoïde. V. ces mots.
Duhamel dit que la tanche de mer est un poisson saxatile , qui a le museau pointu et allongé , la bouche assez grande, et des petites lignes et des points bleus à la tête et aux opercules des ouïes. Ce poisson vient frayer dans les algues. On le mange rarement.
TANNER. Cest faire tremper les filets , pour les conserver, dans une forte teinture d'écorcede chêne, qui sert à préparer les cuirs, et qu'on nomme tan. Les Catalans tannent leurs filets avec l'écorce de quelques espèces de pin. V. Filet.
TAPECON. V. Raspecon.
TARCHE ou TARGER. On donne ce nom à la plie dans quelques endroits. V. Plie.
TARD (VOYAGE DE). Second voyage que les pêcheurs de morue font dans l'année à Terre-Neuve,
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et qui fournit de meilleure morue que le voyage de prime. V. Morue.
TAREIRA. Nom qu'on Jonne au Brésil à deux espèces de poissons : l'un , qui a 8 pouces de long, vit da"" ^3- nier, et paraît être une espèce d'ésoce à deux nageoires dorsales ^ l'autre, qui a un pied de long, habite les rivières, et paraît appartenir au genre cyprin,
TARGEUR. Poisson du genre Pleuronecte. V. ce mot.
TARTANE. On nomme tartane un bâtiment pouté et léger , très-commun sur la Méditerranée. Il y en a de différentes grandeurs, et qu'on emploie à divers usages , tant à Marseille qu'aux Martigues, ainsi qu'aux environs et sur plusieurs côtes de Languedoc, et même d'Espagne et d'Italie. Le port des Martigues a toujours passé pour im de ceux de la Méditerranée où l'on en fait le mieux la construction. Ce bâtiment porte presque toujours des voiles latines; son mât ou arbre est placé vers le milieu, et il porte une grande vergue ou antenne, à laquelle est attachée une voile a, PL 38, iV». /, dite la meistre , ou grande voile. On joint à cette voile , quand il le faut, des foques, qu'on nomme aussi coutelas ou voiles d'étaies.
On a aussi donné pendant long-temps le nom de tartane au filet dont on se servait dans la principale pêche où l'on emploie cette sorte de bâtiment : il est encore d'usage à Livourne et en quelques autres endroits.
Il y a des pêcheurs languedociens qui appellent ce filet laiile ; mais les Martigaux disent laveû. Il est encore d'usage à Senagaglia de nommer ce filet tartena , et la barque pescareccia. Cette barque est du port de 7 à 8 tonneaux , et quand elle peut aller à la voile, sept à huit hommes s'y mettent avec deux mousses. En gén» rai même, comme les filets usités dans l'état ecclésiastique ressemblent beaucoup à ceux des Martigues, les pêcheurs de ces côtes les nomment martesuali.
Les pêcheurs provençaux ont changé les proportions du bâtiment et celles du filet, et au lieu de tartane, ils appellent aujourd'hui le filet trahacon et trahauqué.
La pêche à la tartane se fait jour et nuit , à quatre milles de terre : plus le vent est fort, plus on y prend de poissons.
Dans les étangs des côtes de la Méditerranée, on appelle assez fréquemment cette pêche gangui par tartane, ow gangui par bateaux. Plusieurs pêcheurs lui donnent encore le nom de grand gangiii.
Cette pêche revient assez à celle qu'on pratique dans l'Océan, et qu'on y nomme Dreige. (V. ce mot.) C'est un grand filet, qui s'établit à 20, 3o ou 35 brasses sous l'eau , et qu'on traîne sur le fond de la mer pour prendre le poisson qui s'y est réfugié. H est très-rare qu'on trouve à une moindre profondeur le'î fonds convenables pour cette pêche , tels que ceux de sable ou de vase. Les pêclieurs évitent soigneusement les fonds de roches, ne pouvant y rien prendre, et risquant d'y déchirer leurs filets.
La tartane diffère de la dreige à plusieurs égards.
Comme ce premier filet porto à son fond une manche ou poche assez étendue, la poisson s'y en-
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gage, et il aurait peine à en sortir tant que le filet est en traîne j c'est pourquoi on s'est contenté d'en faire un filet simple , au lieu que la dreige qui n'a point de poche est un tramail.
Avec la tartane ainsi cj^u'avec la dreige, on pêche en dérivant; mais les dreigeurs de l'Océan savent profiter adroitement du cours de la marée, pour augmenter la dérive de leur bateau , en mettant des voiles à l'eau , où elles sont enflées par le courant^ au lieu que dans la Méditerranée, où l'on n'a point de marée , on est obligé de précipiter la dérive au moyen du vent et des voiles.
Les bâtimens qu'on emploie pour cette pêche sur nos côtes sont du port d'environ 25 tonneaux , et ils ont huit, dix ou douze hommes d'équipage.
Description du gréement. — La lettre a est la grande voile ; h est la tente , elle devrait être triangulaire ; c est la trinquette de proue ; d , la trinquette de poujie ; e, le pau de proue ; f, le pau de poupe ; ^, les sartis; h ,\q double de sartis ; i, l'alas ; k, les enclestres ; /, la margue ou manche; m, la ségarié; n ,\q culaignon.
Description du filet , etc. — Le filet pour la pêche de la tartane ou du grand gangui est une chausse , manche ou sac, dont l'ouverture est précédée des deux côtés par une aile dite alas , qui peut avoir 6 ou 8 brasses de longueur , et depuis une brasse et demie jusqu'à 6 brasses de hauteur perpendiculaire. Ces alas font une espèce d'entonnoir à l'avant du sac; leurs mailles ont environ 8 lignes en carré ; le sac ou la manche a 6 brasses de longueur ; les mailles des deux premières brasses ont 7 lignes en carré, celles des 2 brasses suivantes sont de 6 lignes ; la cinquième brasse, qu'on nomme la ségarié , a ses mailles de 5 lignes en carré; enfin la dernière brasse, appelée cul-de-sac, culaignon etcuragnon^ est plus étroite que les autres, et formée de mailles encore plus serrées. Comme elles sont faites avec du fil aussi gros que des ficelles , leur calibre diminue de moitié quand le filet a été à la mer , parce que ces fils retors se gonflent et se retirent beaucoup.
Sur plusieurs côtes, les pêcheurs appellent morgue la gorge ou l'ouverture de la chausse à Narbonne ; cette partie est faite de mailles dites deux doigts ^ celles qui suivent sont de pousal. On appelle séguarié ou séguérié celles du corps : elles ont un quart de pouce d'ouverture.
Le filet qui forme cette chausse n'est pas travaillé en rond , comme le sont les verveux. Les 5 premières brasses sont faites de deux pièces de filets , dont les mailles diminuent selon les proportions que nous venons d'indiquer : chacune de ces pièces a quatre-vingts mailles de largeur, et comme ces mailles sont plus petites à un bout qu'à l'autre, les pièces sont de largeurs inégales en ces endroits; une de ces pièces fait la droite de la manche , et l'autre la gauche : elles sont réunies en dessus et en dessous par deux bandes de mailles faites d'un fil très-fort. Les pêcheurs les nomment guirons ou gncyrous , et ce sont comme deux forts galons, qui s'étendent depuis la bouche de la chausse jusqu'à la séguérié seulement , et souvent jusqu'à la moitié ou les doux tiers de la margue.
Ces deux bandes sont tendues , et soutiennent
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tout le poids de la chausse, parce que les pièces du filet qui sont attachées dessus sont plissées ou froncées. Ces pièces sont donc lâches , et ne souffrent point de la tension ] cependant le gueyron du dessous de la chausse, qui doit supporter la plus grande partie de l'effort de la traîne, est fait avec de fortes ficelles , et ses mailles n'ont que 3 pouces d'ouverture. Le cul de la chausse porte à ses côtés deux anneaux de corde, qui servent à retirer la manche dans le bâtiment : les matelots les nomment des couets } les Martégaux les appellent couillons.
L'entrée ou embouchure de la chausse est environnée d'une corde qui s'étend tout autour : la partie qui borde le bas est garnie de plomb quand on le juge nécessaire; celle du haut l'est de Hottes de liège ou nattes^ comme on dit en Provence, afin que cette embouchure bâille et se tienne ouverte; mais les pêcheurs varient la quantité du plomb , selon la nature du fond où ils se proposent de pêcher 5 si c'est un fond de sable, qui est ordinairement fort dur et uni , et sur lequel les poissons plats s'appliquent pour se reposer , on met assez de plomb pour les obliger à quitter le fond et à nager. Il y a tels fonds pour lesquels on met 3o livres de plomb , distribuées de trois en trois pans par morceaux , dont chacun pèse 9 onces ; mais quand on doit passer sur des fonds de vase molle , non-seulement les pêcheurs ne mettent que très-peu de plomb à la gorge de leur filet; mais ils mettent en avant ce qu'ils nomment des paillets : ce sont de petits fagots de cordage de 9 pouces de longueur, qui remuent le fond sans charger le filet ; mais aux endroits où la chausse se joint aux ailes , et par en bas, on attache deux morceaux de plomb avec des cordes, ce qui suffit pour que la chausse se porte sur le fond. Ils tiennent lieu de ce qu'on appelle haude dans la Méditerranée , et cdblière dans l'Océan.
Il y a des côtes où le filet de la tartane n'est aucunement garni de plomb; on y attache , de brasse en brasse, des pierres qui pèsent 8 à lO livres ; le haut du filet est garni de 40 à 5o livres de liège : ainsi le filet nage entre deux eaux , ou au moins porte peu sur le fond; ce qui est très-avantageux pour la conservation du poisson. Les pêcheurs ont intérêt de ne pas épargner le liège, parce que la tartane allant à voiles déployées , il faut assez de liège pour que le filet ne s'affaisse pas. On met dans cette intention au-dessus de la manche un paquet de liège qui pèse environ i5 livres, et les ailes sont soutenues par huit ou dix nattes , dont le poids est de 8 à 9 livres.
Ces lièges ne sont pas assez considérables pour faire flotter le filet de la manche sur l'eau ; mais ils tiennent la manche ouverte.
A l'égard des ailes qui précèdent la chausse et qui forment l'entonnoir de ce filet, où l'on ne met pas de plomb , les cordes ou ralingues qui les bordent par en haut sont garnies de liège, et celles d'en bas le sont de plomb.
Le filet tient au bâtiment par de longues cordes, qu'on fait quelquefois de chanvre , mais presque toujours , en Provence , avec une espèce de jonc qu'on appelle aujfe ou sparte. Ces cordages, qui ne valent pas ceux de chanvre, sont beaucoup meilleur marché.
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Ces manœuvres ou câbleaux, qui joignent le filet à la tartane , se nomment libans ou sartis^ ce sont d'ordinaire des cordages de 4 à 5 pouces de circonférence : on peut les appeler écoutes du filet, parce qu'elles font à-peu-prèsle même elfei «jvie les écoutes des voiles. Chaque pièce de cordage est Qe 23 brasses, et on en met 12 au bout les unes des autres pour former chaque liban , ce qui fait 276 brasses. Les 225 brasses de l'extrémité des ailes ont des écoutes, libans ou sartis doubles , et l'endroit où ils commencent est garni de pierres , que nous avons dit être appelées baudes en Provence. Celle qui est sur la corde qui répond à la proue pèse 35 livres , et celle de la corde qui répond à la poupe en pèse 25. La raison de cette différence est que les pierres sont destinées à amortir les secousses que le filet pourrait recevoir du bâtiment , et que les secousses de la proue étant plus fortes que celles de la poupe , la baude qui j répond doit être plus pesante.
Ces pierres font encore que la tire du filet est plus rapprochée de la ligne du fond , sans toutefois le draguer. C'est aussi pour cette raison que depuis les baudes jusqu'au filet on met de vieilles cordes, afin qu'étant plus souples elles effleurent mieux le fond. Il ne faut cependant pas croire que les baudes y fassent une grande impression ; car, comme elles reçoivent les premiers effets des secousses du bâtiment, elles sont souvent à une ou 2 brasses au-dessus du fond , se levant ou «'abaissant continuellement, suivant que le vent mollit ou qu'il devient plus fort, ou suivant les élans du bâtiment.
Quelques pêcheurs mettent, de 20 en 20 brasses, dans toute la longueur des écoutes du filet ou des libans, des morceaux de liège attachés à des lignes fines assez longues : ils les appellent 5/^/zaKa:, parce qu'ils prétendent que ces petites bouées , qui flottent sur l'eau, indiquent la position des libans , ou, ce qui revient au même, celle des deux ailes du filet , observation utile pour conduire la manœuvre ; de façon que les ailes se tenant écartées l'une de l'autre , la chausse soit suffisamment ouverte. Chaque aile tient au liban par un morceau de bois long de 3 pieds , nommé le clava , qui la termine en travers, et sur lequel on amarre les libans.
Quoiqu'à cette pêche la tartane dérive en travers, et qu'un des cordages que les pêcheurs provençaux nomment libans soit attaché à l'avant, et l'autre à l'arrière du bâtiment, l'entonnoir formé par les ailes du filet pourrait n'être pas assez ouvert. C'est pour cette raison que les patrons placent à l'avant et à l'arrière, à poupe et à proue, deux vergues ou mâtereaux , que les pêcheurs nomment paux , bouts-dehors ou ailes^ et qui ont 40 à 45 pieds de longueur. C'est à l'extrémité de ces paux ou boutsdehors qu'on amarre les libans ; et la tartane , présentant le travers au vent, traîne le filet à force de voiles, se halant cependant toujours un peu vers l'avant. Tout vent convient pour cette pêche, puisqu'il est presque toujours indifférent de quel côté on fasse route; mais on craint le calme, qui l'interrompt entièrement, et la tourmente, qui déchire le filet. En général, beaucoup de vent est avantageux pour la tartane.
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Le bâtiment étant établi, par exemple bâbord au vent , et sillant en dérive , le filet parcourt le fond, et la manche se charge de tout ce qu'elle rencontre, poisson, coquillage, pierres, goémon, limon, etc. Isous?"'»"^ dit qu'on évite les fonds de roche, parce qu'ils déchireraient le filet.
On conçoit que le poisson qui est engagé dans l'entonnoir que forment les ailes se trouve forcé d'entrer dans la manche ou bourse, d'y rester pendant i5 ou 20 heures que dure cette pêche, plus ou moins, suivant que le temps est favorable et selon d'autres circonstances 5 car il y a des côtes où l'on relève ordinaii'ement le filet toutes les 9 ou 10 heures.
Pour mettre la tartane en pêche , on amène la vergue ou antenne sur le bâtiment , de manière que l'extrémité de la penne se trouve entre deux bittes de l'arrière, et que le bout du quart soit entre les bittes de l'avant j après quoi, on hisse une petite voile à la poupe pour faire dériver le bâtiment, pendant le temps qu'on jette le filet à la mer , ayant levé la bane du gouvernail j ensuite on attache la sortis aux paux, que l'on pousse dehors , et on fait de la voile suivant le vent. On commence par la srmide voile , ensuite la tente ^ après on pare des voiles de foque, dites aussi les trinquettes ou trinquets l\. l'avant et à l'arrière 5 les écoutes sont bordées dans le bâtiment. Quand le vent est mou , on ajoute trois autres petites voiles : deux dites les mouvaillons y sous chacun des paux, et une troisième, dite le moyreau , placée comme la grande voile, attachée d'un bout au bateau, et de l'autre au quart de l'antenne. Ces voiles reviennent encore aux foques de l'Océan.
La tartane se trouve ainsi toute couverte de voiles, et elle présente par le côté une voilure énorme en largeur, mais fort basse.
Lorsque le vent varie, le patron gouverne en halant ou en larguant les libans de l'avant et de l'arrière.
Nous ne devons pas oublier de parler d'un moyen que les patrons emploient pour gouverner leur filet, sur-tout dans l'obscurité ; car on fait cette pêche le jour et la nuit.
Pour connaître si le filet est bien établi, le patron emploie la sonde; il jette par le milieu du travers de la tartane une ligne de 10 à 12 brasses de longueur , à l'extrémité de laquelle est un plomb pesant 3o livres , et par la direction que prend cette ligne, le patron juge de l'établissement du filet; car, quand la tartane dérive bien, la ligne se tient droite vis-à-vis le corps du bateau. Si la tartane se porte trop d'un côté ou d'un autre , la ligne l'indique par sa situation , et dans le cas où la tartane se trouverait arrêtée, la ligne viendrait à pic se coller contre le bateau.
Nous avons dit qu'on amarrait les libans à l'extrémité des bouts-dehors , que les pêcheurs nom- TA.Qn\.paux. Il font cette amarre au moyen d'un œillet , qui est formé au bout des paux , dans lequel ils font passer les libans p'.oyés en deux , puis introduisent dans l'anse que forme cette duplicature une cheville qu'ils nomment pacolet : l'extrémité des libans, ainsi arrêtée, rentre dans le bâtiment.