‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 65 sur 344 · DUE · texte numérisé non relu

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l'avons dit, le bourset tient Heu d'une chaloupe qui aurait une voile , à laquelle serait attaché le halin-forain , pour tirer un bout de la dreige pendant que le bateau tirerait l'autre; mais il faut remarquer que si l'on employait une chaloupe, ce serait le vent qui la ferait agir, au lieu que c'est le courant de la marée qui fait chasser le bourset.

Un des bouts o de la tessure N°. III a donc été amarré au halinydu bourset qu'on nomme halinforain. On amarre l'autre bout/? au halinydu bateau qu'on nomme la nef^ et aux amarrages qui joignent les bouts du filet aux halins, la ralingue de la tête du filet est réunie avec celle du pied. Le halin embrasse toute la largeur du filet.

On jette le filet à la mer par le travers du bateau, tribord au vent. Deux matelots font ce travail, et un troisième soutient les flottes, comme on le voit en a dans le iV°. VII , pour que la ralingue flottée ne s'engage pas avec celle qui est plombée.

Afin de prévenir que les deux hommes qui mettent hors le filet ne tombent à la mer, ils sont contre-lenus par les jarrets avec un aviron , que deux matelots tiennent ferme dans une situation convenable. A l'égard du matelot qui arrange les Hottes, il n'a rien à craindre, parce que son ventre est appuyé contre le bord du bateau.

Quand tout le filet est à la mer, on file le plus promptement qu'on peut le halin du bateau , que les matelots appellent la chasse de la nef. Si on fait cette manœuvre de marée montante, on file jusqu'à la rencontre du cordage 5, iV°. /F, qui a environ 18 brasses de longueur, et que les matelots nomment Isiguie. Cette guie fait, à l'égard de ce halin, le même effet que le four pour le halin du bourset. On porte , soit la chasse , soit la guie , à l'avant du bateau , pour le faire venir debout à la marée , et attendre que le bourset ait pris sa place pour faire route de concert, comme fait le bateau b avec son bourset a, N". VII •

S'il arrive que le bateau ne puisse pas suivre le bourset, on lui donne sur l'avant une petite voile dite trinquette, comme on le voit au bateau c.

Si, faute de vent , cela ne suffit pas, c'est le cas de mettre à l'eau la grande voile dont nous avons parlé. Voici comment se fait cette manœuvre :

On tend toujours le bourset à bâbord, et le plus souvent la voile du bateau se jette à tribord : mais si le vent change pendant la pêche; si, par exemple, ayant tendu par un vent nord-ouest, on s'aperçoit qu'il se jette au sud, on fait en ce cas passer à bâbord la grande voile qui était à tribord , et la marée s'achève ainsi- La voile étant armée et préparée comme nous l'avons expliqué, on la pose sur le bord par le travers de tribord, et on jette à l'eau toute la voile et ensuite la vergue , ainsi que ses écoutes ; puis , lorsque la marée est entonnée dans la voile, on file en partie toutes les manœuvres. Ensuite on les largue ou on les haie , suivant les ordres du maître , qui parvient à faire traîner le filet , partie par le bourset et partie par le bateau, lesquels doivent faire route de concert, et agir également sur les halins. Ou emploie pour cela des manœuvres particulières , qu'il n'est pas aisé de bien décrire. En voici

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cependant quelques -xines qui pourront donner une idée des autres.

Quand la grande voile tire le bateau par le travers de la lame, la traversinne est amarrée au grand mât , et les deux écoutes le sont à l'avant et à l'arrière vers les couples de balancement. Les bras, qu'on laisse ordinairement largues , sont en ce cas simplement roulés sur les écoutes. Par cette manœuvre , la voile à l'eau augmente la dérive du bateau.

Quand on est obligé de se servir de la voile à l'eau , aux marées du vent , on l'établit à l'avant du bateau, qui est ordinairement rasé de tous mâts. Pour faire venir le bateau travers à la marée , on haie sur la chasse de nef et la guie ; on jette la voile à tribord , et on amène à l'avant toutes les manœuvres d'eau. Pour cela , on amarre la traversinne à l'étrave, et les deux écoutes bâbord et tribord, comme on le voit à la^^. iV». IV3 PI. 35 ; on largue ou haie aussi les bras pour que la marée s'entonne bien dans la voile.

Aux marées de jour, on aperçoit la manœuvre du bourset, ce c|ui indique celles qu'il faut faire dans le bateau. On n'a pas ce secours la nuit ; mais tant c[ue la tessure est à la mer, le maître a continuellement de nuit et de jour la sonde à la main ; ce qui le met en état de connaître l'établissement de la tessure au fond de la mer : car si le bourset haie trop de l'avant, la sonde va de l'arrière ; si le bourset se porte trop au large, la sonde s'y porte aussi, et si les deux chasses vont bien, la sonde reste à-plomb.

Il peut arriver que, pendant la marée, la tessure s'accroche dans le fond à des roches , à des ancres perdues ou à des carcasses de navires. Alors si la marée porte au vent, on haie aussitôt les chasses j mais si la marée porte contre le vent, on attend la morte -eau, pour éviter de rompre le filet, et on porte le halin de la nef, ainsi que sa guie à l'avant du bateau , qui alors reste comme si c'était à l'ancre. A l'égard du bourset, comme son petit-four rompt, alors sa voile flotte sur l'eau , et ne fait plus d'effort pour haler sur sa chasse.

Si la dreige se trouve arrêtée pendant la nuit pour quelque cause que ce soit, les pêcheurs sont obligés de faire des signaux, afin de prévenir que les autres pêcheurs ne les abordent. Suivant l'ordonnance, ils ne doivent même jamais mettre leurs filets en pêche pendant la nuit sans avoir deux feux, un à l'avant, l'autre à l'arrière.

Voilà tout ce qu'il nous est possible de dire pour donner quelque idée des manœuvres qu'on fait pour traîner régulièrement les filets; nous allons parler de la façon de les relever lorsque la marée est finie.

Cette manœuvre , qui apprend aux pêcheurs ce qu'ils peuvent espérer de leur travail, est sans contredit la plus pénible.

Pour se disposer à relever la tessure, tous les matelots s'assoient à bâbord , sur le bord du bateau, le dos tourné à la mer ; et pour se donner plus de force, ils s'appuient par les genoux contre un mât , qu'on a amarré exprès pour cela en dedans du bateau.

Le matelot qui doit tirer à bord le halin et la tessure se place à tribord de l'étrave. A mesure qu'on

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amène à bord la chasse , ou la roue sur le pont , à l'avant du grand nuit, aux deux côtés de la grande écoutillo, ayant rattention de mettre le lialin de la nef à tribord el celui du bourset à bâbord. On tire à bord la tessure , en halant sur les ralingues. On voit exécuter ici cette manœuvre dans le bateau d,

iv°. vn,pi.o5.

Quand le temps est favorable , il arrive souvent que les dreigeurs chassent quatre marées en 24 heures. Ils traiiient pendant 3 heures; ils relèvent ensuite leur tessure, prennent le poisson et nettoient le filet; ce qui occupe encore 3 heures, et sur-lechamp ils mettent hors. Us continuent ainsi toutes les marées, quand le temps est favorable.

Cette pèche est sans contredit la plus fatigante de toutes : les pécheurs y sont toujours en action j et comme les dreiges qui vont chercher les poissons dans les grands tonds vont à la mer dans les saisons humides et Iroides , les pêcheurs sont entièrement habillés de cuir, jjour se garantir de l'eau le plus qu'il leur est possible. Il est vrai que pendant que le filet dérive, l'équipage n'ayant que quelques manœuvres à exécuter , il peut prendre un peu de repos; mais le maître fait un quart continuel , ayant toujours, comme nous l'avons dit, la sonde à la main. Le seul temps où il a quelque relâche est entre deux marées, pendant qu'on vide et qu'on répare la tessure.

Si la marée est douteuse et que l'eau n'enfle pas bien la voile , il y a pendant toute la pêche un autre matelot que le maître, pour veiller la grande voile, et faire exécuter les manœuvres qui en dépendent.

Lorsque l'équipage est de dix-sept hommes , il y en a deux qui mettent le filet à l'eau : au reste , tous peuvent faire cette opération. Si le temps est beau, ils se mettent à califourchon sur le bord, ou bien ils s'y asseient les jambes en dedans; et ils sont, comme nous l'avons dit, contre-tenus par un aviron qu'ils nomment ansel ^ et que deux matelots tiennent dans une position convenable. Un cinquième pare les flottes pendant ce travail ; le reste de l'équipage a différentes occupations, comme de désagréer le bateau, et d'appareiller la grande voile à l'eau, si cela est nécessaire.

Quand on relève la tessure, qui alors est très-chargée d'eau, tout l'équipage est occupé à la haler, quoiqu'il n'y ait qu'un seul homme placé à l'avant, à côté de l'étrave, les pieds dans la gatte, lequel haie la tessure abord, et prend avec un petit gaffot les gros poissons lorsqu'il s'en présente. Les autres matelots reçoivent le filet, se le donnent de main en main et l'arrangent sur le pont.

Lorsque le filet est tiré à bord, tout l'équipage travaille à en retirer le poisson et les immondices, et à nettoyer la voile pour la préparer à être mise à l'eau lorsque la marée le permettra. Enfin , quand la pêche est finie, l'équij)age remâte le bateau, comme on le voit en e, N° . VII , PI. 55 ; et ils appareillent pour retourner dans le port avec leurs apparaux ef avec leurs poissons, qui sont des turbots , barbues, soles, limandes, carrelets , raies , vives ^ rouges, merlans , esturgeons , saumons , etc. Il passe pour constant que les poissons que nous venons de nommer sont tellement effarouchés par la dreige ,

qu'ils se retirent dans les fonds de roche , où la lireige ne peut aller les chercher : de sorte que quand on répète plusieurs fois cette pêche dans un même endroit, on n'y prend guère que de petites morues , qui ne s'effarouchent point par ce filet. Mais le filet lui-même court de i;rands risques, parce que ces poissons ne s'écartent guère des fonds de roche.

On prend aussi à la dreige une grande quantité de petites roussettes ou petits chiens de mer: mais les pêcheurs redoutent cette capture, parce que ce poisson est peu estimé , et sur-tout parce qu'il déchire le filet lorsqu'on rencontre un lit ou bouillon de poissons de cette espèce, qui vont toujours en troupes. Il y a d'autres chiens de mer plus grands, qu'on nomme puans , et qui jiaraissejit vers le mois de mars , quand les eaux commencent à s'échauffer; les pêcheurs sont obligés de laisser mourir ceux-ci dans le filet, cju'ils déchireraient entièrement si on voulait les en tirer vivans.

Le poisson pris à la dreige est réputé assez bon, parce que le filet étant un trémail , le poisson n'y tst pas autant fatigué que celui qu'on prend à la grande seine , ou dans les manches et guidaux ; mais il est bien inférieur à celui qu'on prend avec les filets sédentaires et avec les haims. Un poisson qui a été traîné pendant 2 ou 3 heures est toujours fatif;ué.

Quand on examine avec attention la dreige que nous venons de décrire , on ne peut s'empêcher d'admirer l'industrie des pêcheurs, qui parviennent à tenir au fond de la mer , à 25 ou 3o brasses , un filet d'une grandeur immense dans une situation verticale; et à le traîner toujours grattant le fond, dans un espace de 2 ou 3 lieues , aussi exactement que s'ils le traînaient à bras , comme ils le pratiquent pour plusieurs pêches.

Mais cette pêche, toute belle et toute industrieuse qu'elle est , a le défaut de détruire beaucoup de poisson, au point de rendre infructueuses les autres pêches et la dreige même. Le pied du filet, qui gratte et rague le fond dans une grande largeur et dans l'étendue de plusieurs lieues, détruit beaucoup de petits poissons.

Les dreigeurs rapportent souvent sur la grève une multitude de raies si petites , qu'elles sont à peine mangeables; et en vidant leur filet à bord, ils en rejettent un grand nombre à la mer, qui, ayant été fatiguées dans le filet, ne peuvent reprendre eau et sont perdues. D'ailleurs , cprame nous l'avons déjà dit, les gros poissons de cette pêche ne sont jamais aussi sains que ceux qu'on prend avec les rets sédentaires.

Enfin ce filet bouleverse les fonds et détruit les bancs d'algues , où s'élèvent les jeunes poissons.

On remédierait en partie à ces inconvéniens, si , au lieu de mettre les plombs sur la ralingue qui tient à la tessure , on mettait le lest à l'extrémité de lignes qu'on attacherait à la ralingue du jned du filet, en laissant 5 ou 6 pouces de distance entre cette ralingue et le fond de la mer, pour faciliter à la menuise le moyen de s'échapper. Alors on ne ferait que diminuer le mal et prévenir l'entière destruction des soles , des carrelets, des barbues, des

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turbots très-petits qui se trouvent en immense quan tité dans le lilet de la dreiee. L'avidité des pêcheur

tité dans

lie s'accorde pas avec de telles précautions : on en a TU qui ajoutaient au bas de leur filet des barres de fer pour labourer encore mieux le fond. II en a résulté une telle destruction , que les dreigeurs , ne prenant presque plus rien , ont abandonné cette façon de pêcher, qui leur occasionnait de grands frais dont ils n'étaient pas remboursés. Le nombre des grands dreigeurs est même beaucoup diminué.

Du temps de François le'., il n'existait à Dieppe que deux dreigeurs, et qui n'avaient pas de fort arands filets. Les gouverneurs, qui retiraient du profit de la pêche, en ont porté le nombre à cinq , puis à huit, et peu à peu jusqu'à seize. Louis XIV ayant permis à tout le monde la pêche à la dreige, le nombre des dreigeurs a encore beaucoup augmenté , et l'on a vu toute la mer couverte de ces pêcheurs. Il est vrai que leur nombre se réduit de lui-même; mais c'est, comme nous l'avons dit, à cause de la disette du poisson.

J'ajouterai à ces détails, puisés dans le Traité des Pêches, de Duhamel, que d'après ce que j'ai entendu dire tout récemment à Dieppe, cette ville est menacée d'une ruine prochaine par l'impossibilité où elle sera de faire la pêche , si le gouvernement ne fait exécuter les régleraens rendus pour la conservation du poisson.

Réglemens .

L'ordonnance de 1681 , art. 4, avait prescrit que les mailles des filets employés pour la pêche à la dreige auraient i pouce 9 lignes en carré ; que celles des tramaux ou hamaux, qui sont attachés des deux côtés du filet, auraient 9 pouces en carré, sans que ces filets pussent être chargés de plus d'une livre et demie de plomb par brasse.

Mais dans la suite, on fit cette pêche d'une manière si abusive, que l'on enlevait tout le frai du poisson, et l'on reconnut qu'elle ne pouvait plus être exercée sans qu'il en résultât les plus grands préjudices pour la pêche maritime. Il s'éleva un cri général à ce sujet sur les côtes du Ponant.

Pour remédier à ce mal et rétablir la pêche du poisson de mer, le roi donna, le 28 avril 179.6, une déclaration qui défendit la pêche à la dreige. Le préambule porte que la disette du poisson de mer ne peut être attribuée qu'à la pratique de la pêche avec ce filet, qui , traînant sur les fonds avec rapidité, les gratte et laboure, de manière qu'il déracine et enlève les herbes qui servent d'abri et de réduit aux poissons, détruit leur frai , fait périr ceux du premier âge, et fait fuir ceux qu'il n'arrête pas.

L'article i^r. de cette déclaration fait défenses do pêcher avec les rets , filets et tramaux nommés dreige ou drague^ à peine de confiscation des bateaux, filets et poissons, de tooliv. d'amende, etc.; les art. 2 à 18 contiennent des exceptions dont l'effet a dû cesser en 17345 l'art. 19 défend de traîner à la mer, le long des côtes et aux embouchures dos rivières, des seines^ coUerets ^ corcts ^ traînes, dranets, draignans ^ dravenets, et autres semblables filets et instrumens trainans, sous les peines portées par l'art, i^r.j l'art. 20 défend , sous les mêmes

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