‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 71 sur 344 · ÉPÉ · texte numérisé non relu

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mers en petites troupes ou par couples; souvent ils viennent échouer sur nos côtes en poursuivant les poissons avec chaleur, et remontent même dans les ileuves.

Nourriture. — Ils sont goulus , cruels et voraces ; ils détruisent une grande quantité de poissons, surtout de ceux qui sont plats, et qui nagent sur le côté, comme les turbots, les soles et autres pleuronectes : ils font aussi une guerre continuelle aux veaux marins et aux diverses espèces de phoques; ils attaquent même les innocentes baleines, qu'ils déchirent toutes vives , tandis que celles-ci poussent des gémisseniens affreux comme ceux d'un taureau assailli par des dogues. On prétend que les épaulards sont de bons auxiliaires pour les pêcheurs de baleines, en ce qu'ils les mordent , les font mugir et les forcent à fuir quelquefois sur les côtes.

Propagation. — Les épaulards s'accouplent à la manière des hommes , et font un ou deux petits vivans, après 10 mois de gestation, comme les dauphins.

EPEE. Instrument de pêche, qui a du rapport avec la fouane , et au moyen duquel on pique les poissons pour les prendre.

EPEE , poisson. V. Cépole.

EPÉE-DE-MER ou ESPADON, delphinus gladiator. ( Bonnat. ) Cétacé du genre des dauphins.

Description, — Il ne faut pas le confondre avec le poisson-empereur et le poisson-scie ( V. Scie)^ qui sont de véritables poissons pourvus de branchies , ovipares et à sang froid ; tandis que l'épée-de-mer est un cétacé qui respire par des poumons, qui a deux ventricules au cœur, le sang chaud, et qui est vivipare. Cet animal ressemble beaucoup à l'epaulard par la forme de sa tête et de ses nageoires, et par ses habitudes et sa haine contre les baleines. Sa taille est de 10 à 12 pieds , et son corps , qui a la figure d'un cône allongé , est de couleur brune en dessus et blanchâtre en dessous. Chaque mâchoire est armée de dents pointues et redoutables; son sabre ou épée est cette nageoire haute, triangulaire et un peu recourbée qu'il porte sur le dos ; elle a 3 ou 4 pieds de grandeur et 18 pouces de lame à sa base; mais elle finit en pointe et s'abaisse du côté de la queue. Rien n'égale l'agilité de l'épée-de-mer ; elle est si extraordinaire, qu'on ne peut l'atteindre et la prendre, à moins de la tuer avec une carabine chargée de lingots.

Habitation. — Les épées-de-mer se tiennent principalement vers le Spitzberg et le détroit de Davis.

Nourriture. — Elle est la même que celle des épaulards ; et, comme eux , les épées-de-mer font une guerre cruelle aux baleines. On dit que lorsque celles-ci, fatiguées du combat, ouvrent la gueule, les épées-de-mer s'y précipitent pour en dévorer la langue, qui est presque la seule partie de la baleine qui leur plaise ; car lorsqu'ils l'ont entièrement mangée , ils abandonnent le reste. Voilà pourquoi des matelots rencontrent quelquefois des baleines mortes, qui n'ont plus de langue. Les poissons appelés killars sur les côtes des États-Unis d'Amérique paraissent appartenir à la même espèce; mais ils deviennent plus grands, et arrivent jusqu'à 20 ou 3o pieds de longueur.

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EPERLAN, eperlaniis. Petit poisson qui, d'après LinnEeus, fait partie du genre des salmones, et que Lacépède a placé au rang des osmères. 11 se nomme esplnn ou espelan en vieux français 5 stint en allemand j smelten danois et en anglais, et spiering en hollandais. Il n'a été connu ni des Grecs ni des Romains. Belon est le premier naturaliste qui en ait parlé.

Linnœus distingue deux espèces d'éperlan : l'une, qui habite dans les lacs d'eau douce, et l'autre qui habite la mer et remonte les fleuves.

L'JÉperlan des lacs n'a guère que 5 à4 pouces de longueur. 11 brille de couleurs très -agréables ; son dos et ses nageoires présentent un beau gris 5 ses côtés et sa partie inférieure sont argentés, et ces deux nuances sont i-elevées par des reflets verts , bleus et rouges. On prétend que le nom d'éperlan lui a été donné à cause de ses couleurs, qui ressemblent aux perles orientales. Ses écailles et ses autres tégumens sont d'ailleurs si diaphanes, qu'on peut distinguer dans la tète le cerveau, et dans le corps les vertèbres et les côtes. La forme de ce poisson est à-peu-près celle d'un fuseau , son corps étant terminé en pointe des deux bouts. Il a la tête petite 5 les yeux grands et ronds, la prunelle noire et l'iris d'un bleu argenté ; la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure, et toutes deux garnies de dents menues et recourbées en dedans j le palais aussi garni de dents ainsi que la langue , où l'on en remarque quatre ou cinq 5 les écailles peu adhérentes. L'éperlan répand une odeur assez forte , que l'on a comparée à celle de la violette : il s'en faut cependant beaucoup qu'elle en ait l'agrément 5 et elle devient quelquefois si forte et se modifie tellement avec celle qui résulte d'un commencement de corruption, qu'elle est presque fétide.

Habitation. — Ce poisson se tient dans les profondeurs des lacs dont le fond est sablonneux. Vers le piintemps, il quitte sa retraite et remonte dans les rivières en troupes très - nombreuses , pour y frayer.

Nourriture. — Il vit de vers et de petits animaux à coquilles.

Propagation. — Il multiplie avec tant de facilité , qu'on en vend, dans plusieurs marchés de l'Allemagne ) de la Suède et de l'Angleterre , des quantités énormes.

Qualités. — L'éperlan est un poisson dont la chair est très-délicate et agréable au goût, mais un peu difficile à digérer. C'est principalement en friture qu'on la mange. On sèclie et on sale l'éperlan pour l'envoyer au loin , par des procédés analogues à ceux que l'on emploie pour la sardine.

Pêche. — Ce n'est guère qu'au temps du frai que l'on prend l'éperlan, cl moins qu'on aille le chercher dans lu retraite profonde où il se tient en tout autre temps. Cette recherche a lieu particulièrement lorsque la glace commence à durcir la surface des eaux. On le pèche avec des filets à mailles trèsétroites. Il perd la vie en peu d'instans après avoir été tiré de l'eau.

L'Ei'jiR.LAN DE MER. (PL ^ , fig. 5.) Bloch regarde l'éperlan qu'on trouve dans la mer et qui remonte les fleuves, comme une espèce distincte de I

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celle des lacs ; mais il ne lui trouve point de caractère spécifique bien prononcé, autre que sa grandeur trois fois plus considérable. M. Noël a, dans un ouvrage publié en 1798, donné une description très-étendue de ce poisson et de la pêche qu'on en fait à l'embouchure de la Seine. Nous allons présenter un extrait de cet ouvrage , le plus propre à bien faire connaître cette espèce.

Description. — L'éperlan de mer, comme on vient de le dire, ne diffère guère de l'autre que par sa longueur et sa grosseur, qui varient suivant les endroits où on le pêche. La taille des plus longs individus est de 10 pouces; mais ils parviennent rarement à cette taille : on dit qu'on en a péché un , il y a beaucoup d'années, qui avait un pied de longueur. Ce poisson a le corps fusiforme, assez comprimé vers la queue et légèrement aplati vers la tête 5 la peau d'une couleur brillante, dans laquelle se fondent le blanc , l'azur tendre et le vert de mer : de sorte que les côtés et le ventre sont d'un blanc argenté , et le dos cendré ou d'un vert bleuâtre j les écailles petites , adhérentes et rares ; la ligne latérale simple et droite 5 la tête cathéoplate ; l'œil grand , noir et vif 5 les narines larges et ovées ', l'ouverture de la gueule grande; la mâchoire inférieure légèrement recourbée et plus avancée que la supérieure , toutes deux armées de dents fortes et aiguës ; le palais présentant aussi deux plaques osseuses et denticulées j la langue, l'os hyoïde et les osselets, qui forment l'entrée de l'œsophage , garnis des mêmes dents; les branchies d'un rouge très-vif; sept nageoires, y compris celle de la queue; 10 rayons aux nageoires pectorales, 8 aux ventrales, 9 à la dorsale, 17 à l'anale, 19 à la caudale, 7 dans chacune des nageoires branchiales; entre la dorsale et la caudale, mais plus près de la dernière, la fausse nageoire ou appendice adipeuse, qui constitue le genre des salmones; la peau, la chair et les parties osseuses même, transparentes.

Variétés. — On distingue, dans la Seine inférieure, deux éperlans, le blanc et le vert. L'éperlan blanc, qui est le plus abondant, a la chair feuilletée, plus mollasse au toucher, et moins estimée que celle de l'autre. Quelques pêcheurs pensent que la blancheur et la grosseur sont le résultat de la nourriture et de l'âge.

L'éperlan vert a la chair plus ferme , et il est plus estime à Rouen que le précédent. En automne , l'éperlan est très-vert au Hoc, à Villerville , etc.; et durant le printemps, au Pont-de-l' Arche : les éperlans qu'on suppose venir directement de la mer sont généralement verts. Des pêcheurs d'Oissel estiment que l'éperlan, originairement vert, devient blanc en faiblissant, c'est-à-dire après le frai, parce qu'alors il est malade; mais Noël, en rapportant ces opinions, pense, au contraire, que si, après l'époque du frai, les pêcheurs ne trouvent plus que l'éperlan blanc, c'est que celui de la mer a regagné les eaux salées, et qu'il ne reste plus dans le haut de la Seine que l'éperlan qui en est indigène.

Qualités. — L'éperlan qu'on pêche dans la Seine inférieure est, suivant le même auteur, bien préférable à celui qu'on prend par-tout ailleurs, soit dans la nier, soit dans l'Elbe, la Loire, l'Orne, etc. Il

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y a des années où il est si gras que , mis sur les charbons ) il eu éteint le feu , comme le fait le halbourg ou hareng d'été de la Manche. Il est reconnu que tout l'éperlan qui se pêche au-dessus de Caudebec est plus ferme, a l'odeur moins forte, et est plus délicat que celui qui se pêche sur les fonds voisins de la mer. Aussi tous les pêcheurs s'accordent-ils à dire qu'il faut que ce poisson remonte la Seine pour acquérir sa qualité. L'éperlan de Caudebec et celui du Pont-de-1'Arche jouissaient autrefois d'une grande réputation, pour la saveur et la finesse de leur chair.

Voyages des éperlans et leurs habitations. — Les ëperlans voyagent pour se procurer une quantité suffisante de nourriture et pour se reproduire. Ils exécutent ces voyages en troupes plus ou moins nombreuses ; ils suivent plutôt le fond de l'eau que la partie voisine de sa surface, excepté quand les vents soufflent du midi. Ils remontent à la file, précédés par les plus forts, comme les rosses, les lavarets, etc.; et on prétend à Oissel, à Cléon , à Preneuse, etc., que , fidèle à ses habitudes, l'éperlan suit constamment la même route sans se détourner. Ce chemin est si étroit en quelques endroits , sur-tout dans ceux où le lit de la Seine se trouve traversé par des bancs de falaises , que sa largeur excède à peine 4 ou 5 pieds. Les pêcheurs qui tendent leurs nasses en face de la route suivie en prennent de grandes quantités, tandis que ceux qui les tendent à droite et à gauche de cette route n'en prennent quelquefois pas un seul ; ce qui annonce que l'éperlan remonte la Seine en colonnes très-serrées.

L'éperlan se plaît dans les eaux un peu troubles et stagnantes où il a trouvé une bonne nourriture , et il s'y réunit plus en masse que dans les eaux claires. On a encore remarqué qu'à l'embouchure de la Seine, à mesure que l'eau du fleuve baisse avec le reflux, le poisson descend avec elle, et qu'il se porte successivement sur les bancs où il reste encore un peu d'eau.

Quelques pêcheurs admettent une montaison 5 d.'autres en admettent deux, et ils ne sont pas d'accord sur les époques. JNoël pense que les pêcheurs qui admettent deux montaisons confondent souvent avec l'éperlan de la première montaison le poisson de cette espèce, qu'il appelle 5/a?to;27za/re, et qui se montre de bonne heure et avant les autres.

Quand il se réunit des circonstances favorables, une montaison s'opère quelquefois en moins de dix jours, c'est-à-dire qu'un ou plusieurs lits d'éperlans n'emploient que cet espace de temps à monter de Quillebœuf jusqu'à Rouen et au-delà; ce qui est fâcheux pour le pêcheur, parce qu'alors le poisson passe trop vite et échappe aux pièges qu'on lui prépare.

Parmi les pêcheurs qui admettent deux montaisons, les uns prétendent que l'éperlan delà seconde montaison est plus gros que celui de la première , tandis que les autres sont d'un avis contraire ; et ce dernier avis est conforme à l'analogie et à ce qu'on remarque dans un grand nombre d'espèces. Mais une vérité incontestable, c'est qu'à telle époque de l'année qu'on veuille pêcher dans la Seine , on y trouve l'éperlan en différens états , plein, vide, ré-

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