A LA LIGNE
Quand on amorce avec de petits insectes, il faut les traverser jusqu'à ce qu'ils aient passé le barbillon ; quelquefois un seul, enfilé suivant sa longueur, suffit, car les haims qu'on emploie pour cette pêche sont fort déliés. Lorsque les insectes sont bien petits , on les pique par le travers et on en met plusieurs ensemble.
. Pour pêcher pendant la nuit , comme il faut que l'appât soit plus apparent , on pique presque toujours deux vers de terre par le travers du corps : ils s'agitent alors beaucoup, et la moindre clarté suffit pour les faire apercevoir par les poissons.
Il y a une infinité de vers qui peuvent servir d'appâts , principalement ceux qui se trouvent dans les fumiers de vache et de cochon, ou dans la tannée. En général , on estime pour la pêche ceux qui vivent long-temps dans l'eau. A l'égard des gros vers de fumier, on fait entrer la pointe de l'haim du côté de la queue , et on la fait sortir auprès de la tête.
Si l'on pêche dans uo endroit où il y ait de gros poissons , et que pour cette raison on emploie de fort s haims, il faut que le poisson qui doit servir d'appât ait deux travers de doigt de largeur.
Lorsque l'haim a deux crochets , on fait passer la tête de l'haim dans la bouche du poisson, et on la fait sortir par-dessous une des ouïes : on lie ensuite la queue du poisson sur la ligne , ayant soin que les deux crochets de l'haim soient tout près de la bouche du poisson ; enfin, on attache l'haim à la ligne. V. l' hameçon A , PL i4*
L'haim à simple crochet s'amorce de même que l'autre, excepté qu'on, peut y employer de petits poissons, et cela se pratique quand on pêche dans des endroits où il n'y en a pas de gros. En ce cas, on fait passer l'haim par la bouche , et on le fait sortir par-dessous l'ouïe, fig. C$ ou bien on fait
Î>asser la queue de l'haim par-dessous l'ouïe , et on e fait sortir par la bouche ^fig» B ; ou bien on se contente de faire entrer l'haim par la bouche, et on le fait sortir par l'anus, jig. î) : alors on est dispensé de lier fe poisson sur la ligne. Mais comme on le blesse davantage , il ne vit que 4 ou 5 heures , ce qui est un grand inconvénient \ car la plupart des poissons ne mordent point aux appâts corrompus, et même ils ne se jettent jamais avec autant d'avidité sur les poissons morts que sur ceux qui sont vivans. Quand on a passé l'haim par les ouïes , comme le poisson vit 12 à i5 heures, on en retire un grand avantage, sur-tout pour pêcher à la ligne dormante, vu que quand les poissons n'ont pas mordu le soir, il y a lieu d'espérer qu'ils mordront le lendemain matin.
Quelques pêcheurs font une petite ouverture entre la tête du poisson et le premier aileron du dos. Au moyen de cette incision , ils passent un fil de métal entre la peau et l'épine du dos du poisson, et ils le font sortir un peu au-dessus de la queue \ puis ayant attaché l'baim à ce fil de métal qui doit servir d'aiguille, ils retirent le fil pour que la tige de l'haim se trouve sous la peau ; et de crainte que la peau du poisson ne se déchire , ils assurent l'haim
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par un couple de liens de soie ou de fil : dé cette manière , le poisson vit long-temps.
Walton, dans la même intention de conserver long-temps les poissons en vie , conseille de mettre entre les deux crochets d'un haim double un fil de laiton qui porte un petit morceau de plomb de forme ovale. Il veut qu'on mette ce plomb dans la bouche du poisson qui doit servir d'appât) et qu'on la couse y pour qu'il ne puisse rejeter le plomb. Le poisson qui n'est pas blessé vit ainsi long-temps , et il nage presque comme s'il était libre ; ce qui engage les autres poissons à mordre l'appât et l'haim.
Four faire que le poisson frétille davantage, cet auteur conseille encore de couper une nageoire tout près des ouïes : alors ne pouvant nager que d'un côté, ce poisson ne fera que pirouetter, et ce mou* vement attirera les poissons.
Ce que nous venons de dire prouve combien il est important de se ménager un réservoir où l'on puisse conserver de petits poissons en vie , pour en avoir sous la main quand on veut pêcher.
Four amorcer avec une grenouille, on peut piquer la grenouille au cou , et conduire la tige de l'haim entre la peau et la chair le long de l'épine du dos. En mettant une brasse de distance entre la flotte de liège et l'haim , cette grenouille nagera librement et elle vivra long-temps ; mais cette amorce ne convient que pour les gros poissons voraces.
Quelques-uns prétendent qu'on engage les poissons à mordre beaucoup mieux , si l'on met auprès des appâts un fort petit morceau à? écarta te quV>n ait frotté d'huile de pétrole.
D'autres assurent que quand on a mis les vers ou autres appâts vivans dans une boite frottée de miel , les poissons y mordent plus sûrement.
On vante aussi beaucoup les appâts tirés de la chair d'un héron, ou d'un chat, ou d'un lapin. Il faut piler dans un mortier cette chair avec de la farine de fèves ou autre, y ajouter du sucre ou du miel, et en la pétrissant bien dans tous les 6ens , y mêler un peu de laine blanche hachée , ce qu'il enfaut pour tormer des boules assez solides pour tenir aux haims.
Walton conseille encore de mettre sur un plateau de bois du sang de mouton jusqu'à ce qu'il soit à demi desséché ; et quand il sera assez durci , de le couper par morceaux d'une grandeur proportionnée à celle de l'haim, où on rattachera pour appât. Il ajoute qu'un peu de sel empêche le sang de se noircir, et fait que l'appât n'en est que meilleur.
Walton vante de plus l'appât suivant, comme convenant à toutes sortes de poissons : il faut prendre une ou deux poignées du plus beau et du plus gros froment, le faire bouillir dans du lait jusqu'à ce que ce grain soit bien attendri : alors on le fricassera à petit feu avec du miel et un peu de safran délayé dans du lait. On se servira de ces grains pour amorcer de petit s haims , et on peut en faire usage pour les appâts du fond.
On peut aussi faire de bons appâts avec des œufs de toutes sortes de poissons, pour pêcher en eau douce ; on donne cependant la préférence à ceux des saumons et des grosses truites. La façon de les préparer est de les faire un peu durcir sur une tuile