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Les moules de rivière tirées de leurs écailles, les limaces, les sauterelles, les différentes espèces de scarabées , les fourmis ailées , plusieurs mouches et papillons , les grenouilles , les rats , les petits canards qui viennent d'éclore , et les petits poissons de toute espèce que l'on nomme blanchaille et même les jeunes perches dont on a coupé la nageoire dorsale , sont de très- bons appâts. Les poissons les plus estimés pour cet usage sont la loche, les goujons et les ablettes pour les rivières , et les petits gardons pour les étangs. La tanche est regardée comme un appât fort médiocre.
a°. Pour les grandes pèches à la mer, on emploie un grand nombre de poissons et de crustacés , que les femmes et les enfans sont occupés à rechercher, et que souvent les pêcheurs ne peuvent se dispenser d'acheter : c'est ordinairement pour eux un objet de dépense con sidérale.
Les pécheurs de la Basse-Normandie prétendent que la chair de toutes sortes de poissons est bonne pour amorcer les haims , et ils s'en servent indistinctement , pourvu qu'elle soit fraîche. A l'égard des Bretons, souvent ils coupent un petit morceau , au bas du dos des poissons qu'ils ont pris , et ils s'en servent pour amorcer. Ces poissons ainsi mutilés n'en sont pas moins de vente dans les poisson-
lorsque le nœud qui se rencontre â-peu-près à la I neries de la province \ mais les chasse -marées qui
moitié du -ver de tannée commence à se renfler, c'est signe que le ver est malade et qu'il ne tardera pas à mourir, si on ne le secourt comme on vient de dire.
U y a encore un excellent moyen de conserver les vers de terre : on lave proprement un morceau de grosse toile à sac , et après l'avoir fait sécher, on le tait tremper dans du bouillon de bœuf frais ( le boBuf salé les ferait mourir ); puis on tend légèrement cette toile , dans laquelle on dépose les vers , et on place le tout dsns un vase de terre. Il faut renouveler cette opération de 12 heures en 1 a heures; et de cette manière, on peut garder les vers pendant va mois.
Emploi des vers. — Quand on veut pécher de la blanchaille , on jette à l'eau de temps en temps une poignée de vers de viande , qu'on éparpille. Si on vent prendre des gardons , des barbillons, des goujons, des brèmes et des éperlans , on mêle ces vers avec de la terre grasse , que l'on trouve au bord des rivières, et on y ajoute du crottin de cheval ; on fait de ce mélange des pelotes grosses comme le poing , «m'en laisse descendre au fond de l'eau , dans l'endroit où l'on veut les attirer. Enfin , on se sert des vers pour amorcer les hameçons.
Chatouille. — On trouve dans la vase une espèce de petite lamproie grosse comme un tuyau déplume à écrire, dont on fait un appât, que l'on nomme assez souvent chatouille, et qui s'emploie avec avantage pour prendre l'anguille, le brochet et la lotte*
Chair des animaux.
i°. Pour la pêche dans les rivières, on emploie la chair de toute sorte d'animaux : le chat et le lapin , et sur- tout leur foie, ont été très- van tés comme appâts ; les entrailles d'animaux de toute espèce et le sang caillé, employés comme appâts de fond, attisent puissamment le poisson.
vont dans les grandes villes ne s'en chargent pas volontiers.
Les pécheurs de Flandre , de Picardie et de Haute-Normandie, font plus de choix dans leurs appâts; ils prétendent qu'il en faut de différens, suivant les saisons et l'espèce de poisson qu'ils se proposent de prendre.
lis estiment que l'appât qui mérite la préférence sur tous les autres, est le hareng frais; et les Provençaux se servent avantageusement des sardines , auxquelles ils donnent également la préférence.
Ils estiment ensuite les blanches, qu'on nomme aussi blanquettée, œillets, orillets ou mélis. Tous ces termes sont synonymes , et signifient de petits poissons du premier âge et de toute espèce , qui se rencontrent au pied des parcs dans les manches, et au bas des filets quand la mer est retirée.
Les poissons que l'on emploie communément pour amorcer sont les harengs- blaquets, les sardines, les lansons, lançons ou alançons ; les éguilles ou aiguilles, qu'on nomme en Normandie quilles, équiues ou équilettes; les crados ou grados, qu'on appelle prêtres en Normandie, et pretra ou éperlans bâtards en Bretagne; enfin, toutes les espèces de petits poissons ronds.
Sur le grand banc de Terre-Neuve , les entrailles des morues qu'on a prises servent, au défaut de meilleurs appâts, pour en prendre d'autres.
Enfin , les vers marins qu'on trouve dans le sable et les rochers â la laisse de basse mer , les sèches , les pitots ou vers â coquilles (aussi nommés folades, pélorides ou grandes palourdes ), les cornets ou calmars, divers petits crustacés, la chair des poissons salés , la viande de différens animaux, fraîche ou salée : voilà en gros toutes les substances animales dont on fait des appâts, et qui servent X amorcer les haims.
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Nous allons les reprendre plut en détail pour mieux expliquer l'usage qu'on en doit faire.
On sait que les harengs frais doivent être mis au nombre des meilleurs appâts. Quelquefois en péchant les harengs à la fin d'avril et durant le mois de mai, on prend des célans, et des sardines, qu'on nomme galices en Gascogne. Ces poissons font des appâts presque aussi bons que les harengs mêmes.
Les pécheurs -palangriers de Provence estiment autant pour cet usage ta sardine j que les Ponentois estiment le hareng.
On ne peut amorcer avec un hareng que quatre à cinq haims pour la raie , et huit â dix pour le merlan et les autres poissons de même grosseur.
Quand on aura ridée des grandes pêches* aux cordes, on concevra quelle consommation elles doivent faire de harengs \ car il est de fait que chacun des pêcheurs de la côte de Dieppe a besoin , à chaque démarrage , de sept ou huit cents harengs pour garnir sa tessurej et tous ces pêcheurs font plusieurs démarrages par semaine lorsque le temps y est propre*
Comme le hareng est un bon poisson, soit frais, soit salé, on aurait désiré d'empêcher cette consommation ; mais ayant eu de bonnes preuves qu'on ne pouvait s'en passer pour la pêche du poisson frais, le gouvernement s'est déterminé à ne point gêner sur cela les pêcheurs.
Vers la fin de la pêche du hareng, ce poisson n'étant plus bon ni à manger frais, ni à en faire des salaisons , la police a défendu d'en pêcher alors. Cependant, vu l'avantage de se procurer du poisson frais pour Paris, on a permis aux pécheurs de la côte de Normandie de mettre à la mer quelques bateaux , pour prendre telle quantité de harengs qui serait nécessaire pour faire leur pêche. Il est vrai qu'autorisés par ce prétexte , ils en pèchent plus qu'il ne leur en faut, et qu'ils en salent et en vendent aux chasse- marées ; mais comme le hareng est un poisson de passage , qui commence à disparaître à la fin de mars , et qui ne se trouve presque plus sur les côtes de France â la fin d'avril , il faut toujours se pourvoir d'autres appâts qui suppléent à son défaut; d'ailleurs, la sole ne parait jamais être bien friande de ce poisson.
La petite blanche ou blanquette, que nous avons dit être un amas de toutes sortes de petits poissons pris au fond des parcs et au bas des filets, dans les mois de mai, juin et juillet, est un fort bon appât, pourvu qu'elle soit bien fraîche , et qu'on en garnisse suffisamment les haims proportionnellement à leur grandeur; car il en faut quelquefois huit à dix pour un haim. On les broqne par les yeux ou les ouïes ; et il parait que c'est pour cela qu'on les a nommés œillets ou oreillets, et mèlis 9 parce que c'est un mélange de toutes sortes de poissons.
Il est vrai que ces poissons, grossissant â mesure que la saison s'avance , deux ou trois peuvent alors suffire pour amorcer un haim ; mais on conçoit quelle énorme consommation cette pêche fait de petits poissons , qui deviendraient gros si on les laissait subsister : une douzaine est sacrifiée â la prise d'un poisson qui n'est quelquefois pas fort gros. Tant de poissons qui devraient peupler les côtes
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sont sans doute une perte considérable. Au reste, il faut avouer que cet appât est très-bon, et bien capable de suppléer au défaut du hareng.
Les vers marins fournissent un très -Don appât , et en quelque façon le meilleur de tous pour les soles ; mais il y en a de plusieurs espèces , et les uns sont plus estimés que les autres.
Les vers noirs , qu'on nomme francs 9 sont trèsestimés 6ur la côte de Haute-Normandie et de Picardie : on assure que la sole en est singulièrement friande. Il faut qu'un de ces vers soit gros pour pouvoir amorcer deux haims. On les pêche dans le sable quand la marée s'est entièrement retirée. On connaît les endroits où sont ces vers à des traces qu'ils forment sur le sable.
Les vers rouges, qu'on nomme bâtards ou vé* rôtis, se tiennent dans de petits rochers, qui, attendant le long du rivage , ne s'élèvent guère au-dessus du sable : on les y découvre en détachant avec un pic les pierres dont l'assemblage forme le rocher. Ces vers se trouvent dans les délits , au milieu d'une vase noire, qui s'y rencontre ordinairement : ils parcourent ces délits , et laissent après eux une trace rougeâtre ; les pêcheurs la suivent, et trouvent enfin le ver.
Le ver rouge ne diffère pas du ver noir seulement par sa couleur, sa forme est aussi différente : le ver noir est rond et le rouge aplati. Les pêcheurs de Granville estiment beaucoup ces vers rouges, prétendant qu'ils luisent davantage dans l'eau , et que pour cette raison ils sont mieux aperçus par le poisson.
Les vers blancs, qu'on nomme bourlottes en Bretagne, sont les moins estimés.
Les vers de terre servent pour pêcher des anguilles.
C'est depuis Pâque jusqu'à la Saint-Michel qu'on fait principalement usage de ces sortes d'appâts, qui ne détruisent pas le poisson comme le fait l'emploi de la blanchaille. Malheureusement les vers marins sont chers et rares aux côtes vaseuses et de galets , où il n'y a ni sable ni roches; car, comme nous l'avons dit , les noirs se trouvent dans le sable et les rouges dans les roches.
Les pécheurs de Saint-Valéry en fournissent beaucoup auxPoletais et aux pêcheurs du bourg d'Ault , parce que leurs grèves sableuses en sont abondamment pourvues. Comme les soles ne mordent aux vers que quand ils sont frais et même vivans , les enfans et les jeunes gens en apportent de Saint- Valéry à Dieppe, dans des gamelles de bois avec de l'eau de mer , courant toujours dans le chemin : en sorte qu'ils font , à ce qu'on prétend , deux lieues par heure. La longue habitude les rend d'excellens coureurs.
Quand les pêcheurs manquent de bons appâts , ils se servent de coquillages 9 comme de moules , de brelins (bredins, bernicles, cuvettes, lampottes), qu'on appelle aussi yeux-de-bouc. On leur apporte ces coquillages vivans : ils en ôtent l'écaillé, et se servent de la chair pour embecquer les haims, qu'ils ont auparavant garnis de hareng salé ; mais ils ne prennent guère avec ces appâts que des merlans et des limandes. Quelquefois aussi les pêcheurs amorcent avec des brelins seuls, et alors il en faut trois
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ou quatre pour un haim , suivant sa grosseur. C'est communément au mois de décembre qu'on se set t de cet appât.
On amorce encore avec le pitot, qui est ordinairement asses gros pour garnir un haim; mais cet appât n'est guère estimé.
Les sèches (qu'on nomme marquettes en Bretagne, sepie en Gascogne , sep pie à Naples), ainsi que les cornets ou calamars , et les petites sèches qu'on nomme casserons en Saintonge et Aunis , sont des appâts très-médiocres , dont néanmoins on fait usage dans les chaleurs quand les autres manquent. On ne se sert que du corps de ces poissons, et quelquefois , mais rarement , des pieds des cornets.
On ne prend guère avec ces sortes d'appâts que àts raies et un peu de merlan $ de sorte que ce n'est que la disette des autres appâts qui engage à s'en servir , sur-tout de la sèche , qui est le moindre de tous ceux que nous venons de nommer.
Les cornets entiers sont beaucoup meilleurs ; ils conviennent à toutes sortes de poissons , excepté aux poissons plats : on prétend que les morues en sont très-friandes; de sorte que si l'on en avait beaucoup sur le Grand-Banc , on aurait bientôt fait une excellente pèche.
On amorce encore depuis le mois de mars jusqu'en septembre avec quelques crustacés , tels que :
i°. Les grosses chevrettes (qu'on nomme salicots en Haute - Normandie , barbeaux ou sanctés en Saintonge et Aunis, grosses creviches en Guienne et Gascogne).-
a°. La petite chevrette, appelée crevette et grenade à Dunkerque , sauterelle de mer en Picardie 9 petite chevriche en Guienne, esquine en Gascogne , chevron , maniguette en Bretagne. On prend avec ces appâts des maquereaux et des raies de toutes les espèces.
3°. Les chevrettes de la plus petite espèce, qu'on nomme sauterelles ou carana tes, dont cinq à six suffisent à peine pour un haim, et avec lesquelles il ne se prend guère que des raies crises.
4°. Les crabes de toutes les espèces, sur-tout lorsqu'ils sont près de quitter leur robe (alors on les nomme poltrons) f ou quand l'ayant quittée , leur enveloppe est encore tendre et membraneuse; état dans lequel on les nomme craquelins ou craque lots. On coupe ou l'on déchire ces crabes par morceaux pour en amorcer plusieurs haims. Le congre est le poisson qu'on prend le plus ordinairement avec ces appâts, et les pécheurs au libouret prennent ainsi des merlans et des limandes.
Les petits pécheurs à la côte amorcent aussi, faute d'autre chose, avec des loches de mer, quoique ce soit un très-mauvais appât.
Les voyageurs disent qu'à la côte de Guinée, les naturels garnissent leurs haims avec des morceaux de canne à sucre , pour prendre le poisson qu'ils nomment korcofado.
On est quelquefois réduit à se servir d'appâts salés, tels que les harengs et \ejbie de bœuf, ayant attention qu'ils ne soient pas corrompus. En ce cas, on embecque ou on garnit l'extrémité de l'haim avec un petit morceau d'un des meilleurs appâts qu'on peut se procurer : un peu de viande fraîche,
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bœuf, vache, cheval, âne, chien, etc , vaut encore mieux; mais il ne faut pas que ces chairs aient contracté de mauvaise odeur; et les foies, ainsi que les poumons de ces animaux, sont préférables à leur chair.
On ne prend guère que des merlans avec ces appâts , dont l'usage est borné aux petites pèches qu'on fait à l'entrée des ports.
Au reste , outre les cas de disette , il y en a encore où la chair salée devient, pour ainsi dire, nécessaire. Ayant remarqué , par exemple , aux côtes de Flandre, que souvent le merlan est dégoûté, en sorte qu'il refuse de mordre â différées appâts qu'on lui présente, on a réussi à l'attirer en amorçant les haims avec àajbie de cochon, même salé. Cet appât réussit encore quand le froid fait retirer le pois* son au fond de l'eau. En conséquence, le foie de cochon frais est très-recherché par les pêcheur s-cordiers de Dunkerque et des environs; ce qui fait qu'ils l'achètent assez cher ; que les femmes vont en chercher jusqu'à y et 8 lieues dans les terres , et que. les chasse-marées en apportent de 20 à 25 lieues. Outre cela, les pêcheurs un peu aisés en font des salaisons vers la Saint- Michel , pour s'en servir dans les circonstances que nous avons indiquées.
Quand nous disons que les chairs dont on fait des appâts doivent être exemptes de mauvaise odeur, nous n'en tendon s parler que des pèches dont il est ici question ; car tous les poissons ne fuient pas ces odeurs qui nous déplaisent. Indépendamment du goût que témoignent plusieurs poissons d'eau douce
{>our les chairs qui ont quelque degré de corruption, es Russes nous assurent que l'odeur de charogne est un appât fort attrayant pour le bélouga , le cèlera, quelques chiens marins et autres.
Il semble qu'en général les poissons soient plus friands de ceux de leur espèce que de tout autre; car les pécheurs prétendent que quand on amorce avec de la Manque ou Blanchaille ( Y. ce mot ) où il y a des poissons de toutes les espèces , on trouve ordinairement prises aux haims les mêmes espèces de poissons qui ont servi d'appât ; et il est certain que les morues se prennent à des haims amorcés avec les intestins ou autres parties des morues. Il en est de même du bélouga , du loup marin et d'autres poissons.
IL pourrait cependant se faire que cette règle ne fût pas générale; car dans les quadrupèdes, il y a des animaux carnassiers qui ne mangent point la chair de leurs semblables, pendant que d'autres s'accommodent de tout : de même les oiseaux de
Sroie ne se dévorent point les uns les autres , tanis que les canards mangent très-bien la chair des autres canards.
Quand on amorce avec des poissons un peu gros , il faut les couper en biais , afin de ménager l'appât ; car l'haim doit en être entièrement couvert , excepté â sa pointe et â celle du barbillon. Si ces pointes étaient entièrement couvertes, le poisson rejetterait souvent l'appât dès qu'il sentirait que la pointe de l'haim lui chatouillerait le gosier.
On doit encore mettre au nombre des appâts la résure } rave ou rogue, que les pêcheurs de sar-
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