‹ Traité général des peintures à l'eau, ou, Lavis à l'encre de ChineChapitre 1 sur 29 · A L’EAU · texte numérisé non relu

A L’EAU

L’art en général a pour but l’étude de la nature, et pour application tout ce qui peut embellir la vie de l’homme en élevant son intelligence par la multiplicité des images du beau et par la diversité des moyens de produire ce beau autour de lui.

Un simple dessin au crayon est un moyen d’exprimer le beau qui nous frappe; un croquis spirituel d’un site, d’une figure en mouvement, d’une plante ou d’un animal est la plus rapide et intime expression, bien qu’abrégée, de ce qui a le plus vivement impressionné l’artiste en présence d’un site, d’une attitude d’homme vivant et pensant, d’un végétal, d’un animal ou d’un objet inerte. Une main habile dirigée par une intelligence et une âme vivement impressionnables, sait donc, avec quelques traits de crayon, évoquer la vie sur le papier; et si d’autres moyens plus parfaits, tels que ceux du pinceau et de la couleur, viennent s’ajouter au talent du dessinateur, l’œuvre de l’artiste gagne en puissance et en valeur.

Nous offrons donc ici à ceux que leur bon goût et leurs instincts naturels portent vers les arts du dessin, cette étude pratique des moyens d’imitation que les diverses branches des peintures d’aquarelle, c’est-à-dire à l’eau {aquarella, peinture à l’eau) offrent dans tous les genres aux amateurs en général, et, dans certains genres spéciaux, aux praticiens des industries artistiques.

DU CHOIX DES PINCEAUX. — COMMENT IL FAUT s’y PRENDRE POUR LES HAMPER

Les pinceaux dont on se sert pour l’aquarelle sont en martre ou en petit-gris. Pour choisir un pinceau, il faut en mouiller le poil dans un verre d’eau, en ôter le trop plein, puis l’appuyer sur la paume de la main gauche, tandis qu’entre le pouce et l’index de la main droite, on le fait rouler de manière à façonner le poil en une pointe parfaite.

Si, en cet état, cette pointe se montre peu fournie et trop amincie, le pinceau est mauvais, car, étant trop flexible, il ne saurait se relever lorsqu’il s’est courbé en se desséchant sur le papier.

Il faut se défier aussi d’un pinceau trop ventru, car, ayant le défaut de prendre trop de couleur, il est difficile de s’en rendre maître, et souvent il arrive que, tandis que sa pointe étend la couleur où l’on veut qu’il y en ait, son ventre en met où il n’en faudrait pas, et déborde les contours qu’on doit ménager.

Enfin, si, en essayant sur la main la pointe d’un pinceau, quelques poils s’échappent du centre commun et s’en vont de çà et de là, il faut le mettre au rebut sans miséricorde.

Lorsqu’on veut namper un pinceau, c’est-à-dire le monter après le petit bâtonnet appelé hampe, il faut d’abord le faire tremper dans un verre d’eau, et n’introduire la hampe dans le tuyau de plume que quand il est bien humecté; autrement la plume pourrait éclater et se fendre, et ce serait un pinceau perdu.

Les pinceaux doivent être emmanchés (ou hampés) deux à deux, l’un devant servir pour étendre la couleur, et l’autre pour la fondre; il faut les acheter assortis, de manière à ce que les plus gros puissent laver les ciels, les terrains, les draperies,

tandis que les moyens indiqueront les ombres, les retouches, l’ébauche des chairs, et que les plus petits seront utilisés pour les travaux délicats et qui demandent de la précision et de la fermeté.

On ne doit jamais négliger de laver les pinceaux quand on a achevé de travailler, spécialement si l’on s'est servi de gomme en les employant.

DE l’emploi DES VERRES ET DES SOUCOUPES

Pour ne pas se trouver forcé de changer son eau trop souvent, il faut toujours avoir un de ces verres qui ne servent qu’à contenir l’eau dont on délaye les tons sur la palette ; dans l’autre on lave les pinceaux, en ayant soin de les dégorger d’abord dans la soucoupe sur laquelle il est posé; de cette façon, on peut travailler une longue séance sans avoir besoin de se déranger.

LAVIS A l’encre DE CHINE

Aux ouvriers praticiens des nombreuses industries qui ont besoin du secours et des connaissances d’art, nous recommandons particulièrement l’étude du lavis à l’encre de Chine et nous entrerons en matière d’abord par ce qui a trait à cc sujet qui est d’une utilité généralement indispensable au plu grand nombre.

Nous admettons que le lecteur connaît déjà le dessin ei sait employer habilementles instruments del’étui de mathématiques : l’équerre, le compas, la règle, le crayon, le tire-ligne, et s’est rendu habile dans ce qu’on nomme la représentation géométrale et le tracé des contours de toutes les parties d’un plan, etc., etc.

Dans le genre de peinture appelé lavis, qu’on emploie pour remplir les contours tracés géométriquement par des teintes plates ou dégradées, il est avant tout nécessaire d’opérer sur du papier convenablement collé et tendu, et d’employer de bons pinceaux et de l’encre de Chine de bonne qualité.

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