OBJETS MATÉRIELS NECESSAIRES
Une planche à dessin , carton ou stirator. — Un morceau de colle à bouche. — Des pinceaux gros , moyens et fins.
Une planche à dessin bien planée et proportionnée à la grandeur de l’ouvrage est indispensable. Quelques personnes, pour des lavis de peu d’étendue, se servent de feuilles ou plaques de fort carton, ou de l’appareil connu sous le nom de stirator, qui consiste en deux châssis s’emboîtant, à feuillure l’un dans l’autre et dont l’un, garni d’une toile fine, sert à poser la feuille de papier à laver dont il faut généralement mouiller une des faces )celle qu’on tourne vers le canevas); les bords de la feuille une fois mouillée sont pincés entre le grand châssis qui sert de cadre et la feuillure du châssis garni de toile; l’eau s’évaporant par-derrière le canevas, la feuille de papier devient tendue comme un tambour.
Pour tendre sur la planche à dessin ou sur un carton, on commence par étendre sur une grande table une serviette blanche sur laquelle on pose, avec la précaution d’éviter toute cassure, la feuille de papier qu’on a choisie pour le travail ; on place, à peu près à un doigt de distance du bord, une règle plate, et tenant d’une main cette règle bien fixe, on fait, avec l’autre main, c’est-à-dire la main droite, et en appuyant tout le long de la règle le bord du papier qu’on relève avec l’ongle du pouce, un rebord soulevé, aux quatre côtés de la feuille; cette opération a pour objet de préparer en quatre plis la place
où Ton doit appliquer la colle à bouche. On prend alors une moyenne éponge (les éponges d’un jaune pâle, à tissu serré et fin sont préférables) qu’on a eu soin de bien nettoyer des petites pierres qu’elles renferment quelquefois, on la trempe dans l’eau filtrée qu’on tient dans un verre et on la promène délicatement sur toute la surface du papier renfermée dans les bords relevés des quatre plis faits avec l’ongle, en ayant soin de ne pas laisser une seule partie sans la mouiller, sauf les quatre plis en question qu’il faut laisser parfaitement secs. On laisse évaporer un instant l’eau laissée par l’éponge, et dès qu’en regardant la feuille de côté on n’en voit plus reluire la superficie, qui ne doit conserver qu’une humectation demi-mate, on retourne la feuille qu’on pose alors sur la planchette ou le carton ; on a par conséquent vers soi la partie sèche.
On se munit alors d’une feuille de papier blanc bien nette et propre, qu’on pose par-dessus pour la préserver du contact de la main qui pourrait graisser l’épiderme du papier qu’il est très nécessaire de préserver vierge ; on appuie alors fortement la paume de la main sur cette feuille qui, en passant sur le papier à laver, humecté intérieurement , chasse l’air intercalé entre la planche et le papier. Il faut toujours chasser l’air du centre de la feuille vers les côtés.
On passe ensuite à la deuxième opération, qui est celle du collage à la colle à bouche. On humecte suffisamment la colle entre les lèvres et la langue, et l’appliquant le long des bords où l’on a fait un pli avec l’ongle du pouce, on les colle en pressant immédiatement le papier ainsi enduit le long de la planche ou du carton sur lequel on veut appliquer le papier. On comprend, et l’expérience apprendra, qu’il faut éviter que le papier ne se plisse, et que l’air qu’on aurait pu négliger de chasser pourrait empêcher la tension uniforme. On évitera de faire sécher le papier devant le feu, qui fait quelquefois décoller une partie des bords.
L’architecte spécialement, dont l’art est tout mathématique, n’ayant pas besoin des avantages de coloris du peintre, n’a be soin pour ses dessins que d’une sorte de clair-obscur; une seule couleur, qui est l’encre de Chine, lui suffît, et pour la représentation de ses ombres il imagine que les ombres produites par des corps saillants sur des arrière-corps devaient être soumises à des règles mathématiques. Il lui a donc fallu partir d’un point fixe pour ne rien faire au hasard, et l’ombre portée sous l’angle de 45 degrés lui a paru la plus convenable en ce qu’elle exprime la saillie môme qui la motive et en donne la juste valeur. C’est pourquoi, aujourd’hui, la méthode la plus exacte et la seule reçue est loin d’ombrer sous l’angle de 45 degrés les dessins géométraux d’architecture ; c’est-à-dire le rayon de lumière éclaire également les objets sur le plan horizontal et sur le plan vertical. Ce fut dans le siècle dernier que les élèves de l’Académie d’architecture en offrirentles premiers exemples dans leurs projets destinés aux concours.
Avant cette époque, le lavis pour les dessins des édifices et des bâtiments d’architecture et de tous leurs détails était arbitraire. Les gravures di cr genre et les dessins les plus soignés en ce genre, à l’époqu :: de Louis XIY, ne nous montrent que des temtes fondues sur les parties éclairées sans aucunes ombres bien déterminées. Delà celte monotone indécision que l’on observe sur les dessins et les gravures de ce temps et même les gravures des temps antérieurs.
L’ombre portée sous l’angle de 45 degrés a l’avantage de donner la vraie saillie des corps les uns au-devant des autres. Le lavis à l’encre de Chine et à la sépia ou d’une seule couleur doit exprimer le contour de toutes les moulures, soit qu’elles reçoivent la lumière directe ou qu’elles soient dans l’ombre, soit qu’elles reçoivent une lumière vive ou qu’elles ne soient éclairées que par des reflets, ce que l’on peut désigner par la clair-obscur.
Les reflets, qu’on peut aussi appeler les contre-ombres, sont produits par la lumière réfléchie et renvoyée par les parties ou les corps qui reçoivent la lumière directe ; leur effet est donc en sens inverse, mais beaucoup plus doux que les premiers et en harmonie avec la masse d’ombres portées sans dureté ni mollesse.
Ces ombres de reflets sont plus ou moins vives, selon que les corps qui les reçoivent sont plus ou moins rapprochés de la lumière qui les produit. Exemple : les ombres de reflets de la façade du Louvre sont peu apparentes à cause de la grande lumière qui l’entoure, tandis que celles des plafonds des galeries qui en font partie sont bien plus prononcées, la lumière s’en rapprochant davantage et étant renvoyée par le sol même de la galerie. Dans les intérieurs, surtout dans ceux où la lumière vive ne pénètre pour ainsi dire qu’accidentellement, l’harmonie est aussi plus difficile às&iâir, à exprimer, les reflets étant toujours plus apparents par le renvoi du jour qui frappe sur le sol.
La masse d’ombre portée par un corps très saillant doit être fondue vers le bas du sol qui, étant éclairé, la réfléchit plus tôt sans cependant la rendre indéterminée.
Celle portée horizontalement parle même corps doit eti e plus ferme et gradué? de même à son arrivée vers le corps perpendiculaire qui la reçoit, la teinte devant être toujours plus forte près des corps qui la donnent, par l’opposition même du clair vif qui la produit. A mesure que les plans s’éloignent, l’ombre doit aussi se dégrader. Tout l’art est donc dans la justesse des tons qui doivent indiquer la distance des parties en les faisant se détacher les unes des autres et en conservant toujours la même entente pour les reflets.