OBSERVATION GENERALE RELATIVE AUX PAPIERS
L© grain plus ou moins fin du papier influe trop immédiatement sur l’exécution pour être traité avec indifférence.
11 faut préférer le papier lisse et fin de grain pour les sujets qui ont de la délicatesse, les petits sujets qui demandent une grande fraîcheur de touche et de coloris, tels que les fleurs, les petites figures à costumes de genre ou de petites vues, qui prendraient un aspect presque repoussant sur le papier torchon. On doit proportionner le grain du papier à l’importance et au fini du sujet, et on doit également y proportionner aussi l’abondance de l’eau dans la couleur. 11 faut mettre beaucoup plus d’eau dans les grandes teintes sur papier torchon que sur les autres papiers, et opérer avee le pinceau simplement humide sur le papier lisse : sur le bristol, qui ressemble presque à l’ivoire, le mode de travail se pratiquera presque à sec, trop d’eau empêcherait les couleurs de prendre. Ce papier demande à être peint très franchement et sans revenir
pour obtenir les vigueurs ; il offre de grands rapports avec le travail de la miniature. Le bristol français a souvent l’inconvénient de se pelucher, si on le fatigue sous le travail d’un pinceau assidu, et, règle générale, l’aquarelle, sur quelque papier que ce soit, exige la plus grande franchise du coup de pinceau.
LES PINCEAUX, LA TOUCHE ET L’iNCLINAISON OU POSITION QU’ON DOIT ADOPTER POUR SON TRAVAIL
Le raisonnement et la simple observation sur la nature d’un gros pinceau chargé de beaucoup trop d’eau et de beaucoup trop de couleur démontrent qu’en le tenant verticalement, dès qu’il touche le papier du stirator (tenu horizontalement), il y dépose une grosse tache ronde, qui, si vous la laissez sécher dans cette position et selon la couleur employée, sera d’une certaine disposition moléculaire. Il pourra se faire que la couleur s’y dépose plus abondamment au centre que sur le bord ; il pourra se faire aussi que le contraire ait lieu ; on y observera quelquefois que certaines couleurs s’y déposent sous forme de végétations arborescentes. Il y aurait là beaucoup de sujets à réflexion pour un chimiste; mais ceci est en dehors de notre sujet. On pourra en conclure que si l’on tient le pinceau incliné, la couleur descendra moins abondamment dans sa pointe ; que,, par conséquent, voulant donner une touche ferme et large en même temps, il faut y ménager l’eau pour empêcher la couleur de descendre trop vite ; que, pour faire des touches vives, nettes et vigoureuses, on doit mettre peu d’eau et employer un pinceau moyen ou petit à pointe bien fine, et le tenir verticalement. Pour faire un ciel dégradé, on peut incliner son stirator en tenant la partie foncée vers la poitrine et la partie claire en haut ; de cette manière l’inclinaison du stirator sur le pupitre aide la couleur à se dégrader du clair au foncé.
LA GOUACHE A l’eAU
Ce genre de peinture à l’eau qui a de grands rapports avec l’aquarelle n’est autre qu’une sorte de peinture analogue à la détrempe. Elle peut s’exécuter sur papier, sur étoffe (moyennant encollage préalable), sur bois et sur toute espèce de surface pourvu que le champ qu’on lui destiae ne soit pas huileux ce qui empêcherait la couleur de s’étendre. La gouache exige un très bon papier bien collé. Le papier fort est préférable plus ou moins grenu; selon que le sujet le commande, et tendu sur le châssis dit stirator pour pouvoir humecter derrière selon la nécessité. Le torchon est fort bon pour les pochades à effet et à voir de loin, telles que les natures mortes, objets inanimés, vases, bouteilles, livres, fleurs et fragments drapés qu’il est bon de grouper pour en faire des tableaux de cabinet de travail ou de salle à manger. Les teintes de la gouache devant s’appliquer avec plus ou moins d’eau, il faut éviter de peindre verticalement sur un chevalet ou d’incliner trop le stirator ; on devra surtout pour les grandes teintes et particulièrement les ciels travailler à plat ; car en toute autre situation les tons appliqués couleraient les uns dans les autres. En séchant, les couleurs pâlissent comme on pourra l’observer par la pratique ; il est donc indispensable de les préparer beaucoup plus vigoureuses. Si l’on peint la figure, le coloris de la tête doit être entouré par un fond dont il est indispensable de déterminer le ton à choisir pour faire bien ressortir, briller et valoir les ombres et les lumières du visage ; tout l’art du peintre consiste à harmoniser les fonds avec le sujet de figure, ces fonds peuvent être clairs ou foncés, murailles, tentures, draperies ou ciel. Le goût le choix et l'instinct de l’artiste sont les meilleurs guides. Les anciens maîtres y ont excellé.
Si l’on veut remonter un ton, il faut attendre que la pre-
mière couche soit parfaitement sèche ; souvent la retoucha coule sur la teinte sans prendre ; passez alors un glacis de fiel de bœuf sur la place huileuse. A cette occasion, nous recommandons particulièrement d’avoir toujours un garde-main sous la main, et d’éviter le contact de la peau avec la couleur déjà appliquée et sèche, ce qui pourrait ternir et graisser en môme temps la peinture.
AQUARELLE GOUACHEE
Les couleurs d’aquarelle en pastilles ou en pains, môlées au blanc de gouache, à la gomme et à l’eau de colle de gants, sont aussi un moyen de peindre à la- gouache, très applicable pour des ouvrages de moyennes dimensions, tels que : dessins d’albums, fleurs, fruits, paysages et figures de genre.
On peut aussi préparer les couleurs de gouache avec la manne en larmes. Faites dissoudre dans un demi-verre d’eau bouillante un once de manne ; on la passe dans un linge et on met à refroidir dans une fiole que l'on conserve. Pour l’employer on prend de cette sorte de pommade blanche, et l’on y mêle moitié de la couleur en poudre avec la molette; ces couleurs, ainsi préparées, sont solubles avec le pinceau humide quand elles sont sèches, et s’appliquent très utilement comme rehauts de gouache dans de l’aquarelle; ces rehauts supportent très bien les glacis et on les peut gommer pour leur faire perdre le mat, si on le juge à propos.
Le mélange de l’aquarelle et de la gouache permet à l’artiste un très haut degré de perfection dans le coloris qui, par la combinaison habilement entendue des couleurs opaques ou couvrantes et des couleurs transparentes de l’aquarelle superposées en glacis, offre des moyens d’imitation vraie aussi étendus que ceux de la peinture à l’huile.