‹ Traité général des peintures à l'eau, ou, Lavis à l'encre de ChineChapitre 9 sur 29 · TEINTES PLATES · texte numérisé non relu

TEINTES PLATES

On remplira aussi de teintes plates des carrés longs tracés légèrement au crayon et de différentes grandeurs, les uns horizontaux, les autres verticaux, puis des triangles de diverses formes, des polygones, etc., pour apprendre à faire agir le pinceau et la main en toutes directions avec liberté et sûreté, et à ne point faire de taches dans les teintes plates, claires ou foncées. On s’exercera sur de petites surfaces d’abord, et l’on finira par en couvrir de plus grandes.

Pour obtenir avec parfaite régularité une teinte quelconque, on sera toujours sûr d’arriver à un bon résultat en ayant soin

de fondre immédiatement avec le pinceau humide chaque touche du pinceau qui couche la couleur, si la teinte à appliquer doit s’étendre sur beaucoup de surface (c’est ainsi, du reste, que le pratiquent les architectes). On prend un petit carré de papier fort et bien collé que l’on plisse, de manière à. en faire un petit godet, et l’on y jette avec un gros pinceau quelque gouttes d’eau où l’on délaye en quantité suffisante la teinte que l’on veut, et l’on est ainsi plus sûr de ce qu’on veut appliquer. On s’épargne ainsi la difficulté qu’on éprouve toujours, surtout en commençant, à retrouver précisément la môme valeur de ton de la couleur qu’on cherchait à employer.

Aux exercices de teintes plates, claires et foncées dans des espaces rectilignes ou terminés par des lignes droites, on fera succéder des essais analogues sur des espaces circulaires ou terminés par des courbes.

Après avoir acquis l’habitude pratique des teintes plates de toutes formes, on s’occupera de la dégradation des teintes; on commencera par une ligne droite, le long de laquelle on conduira le pinceau avec égalité de mouvement, sans déviation et sans repasser trop souvent. On fondra à mesure le bord d’un côté avec de l’eau. On apprendra ainsi entre deux lignes parallèles, en fondant régulièrement du bord tracé vers l’intérieur, à donner l’apparence d’une surface cylindrique arrondie comme une colonne ; et en agissant pareillement sur le tracé d’un cercle vers le centre, on obtiendra la rondeur sphérique d’une boule.

Usera utile de mettre sous les yeux de l’élève une bille ou boule de billard, et dans un cercle tracé au compas de lui en proposer l’imitation au moyen de ce qu’il sait dégrader une Jointe avec de l’eau. Nous recommandons particulièrement aux personnes qui veulent avancer rapidement, de ne négliger aucune de ces études primaires, bien qu’ennuyeuses au premier aber'i at de ne jamais perdre de vue que plus elles seront fa-

miliêres à l’élève, et plus les difficultés de l’imitation de la nature disparaîtront ensuite. Quiconque a lé désir de réussir dans un art doit se résoudre à subir courageusement les efforts ennuyeux que certaine partie mécanique de tout art présente.

11 vaudra mieux, pour la prompte satisfaction d’un amateur qui veut acquérir de l’habileté au lavis, commencer par de petits sujets de fabrique où il y a beaucoup de teintes plates, et de bien se rendre maître de l’exécution dans le lavis (dit monochrome ou camaïeu) à la sépia, à l’encre de Chine ou au bistre, avant de chercher à copier une aquarelle. L’enluminage de la lithographie dont nous donnons ici les notions, est un fort bon acheminement pour arriver à l’étude de l’aquarelle, et il peut être toujours amusant et agréable aux personnes qui n’ont même pas les premières notions du dessin.

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