‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 37 sur 98 · ULCÈRES TARDIFS ET PROFONDS · texte numérisé non relu

ULCÈRES TARDIFS ET PROFONDS

Les amygdales, le voile du palais et ses piliers, la partie supérieure et posté rieure du pharynx, sont les lieux de prédilection de ces accidents, que Babing ton, dans les cas de coexistence avec le rupia, fait débuter à la surface de la mem brane muqueuse par une petite ulcération putride qui se transforme de bonn heure en une gangrène rapide et étendue. Le voile du palais se tuméfie e s’abaisse ; les tentatives pour l’élever dans l'acte dela déglutition provoquent un douleur atroce ; dans l'acte de la prononciation, il paraît rester entièrement im mobile. L'irritation de ce voile par la présence de l’eschare détermine une abon dante sécrétion de salive, quelquefois beaucoup de toux et de l'angoisse. (lé phénomènes morbides, joints à un amaigrissement rapide, à l'accélération d pouls et à l’expectoration de crachats puriformes, donnent à penser que le malad court un grand danger, et font naître souvent l’idée qu’il est atteint de phthisie.

Lorsqu'ils coïncident avec les éruptions tuberculeuses du tégument commun, ces ulcères débutent, dans leur forme la plus franche, par le centre del l’amygdale. Dans la première période, il y a très-peu de douleur et de gonflement ; aussi s'Occupe-t-on rarement de la lésion avant qu'elle ait produit | un ulcère distinct, Mais si, Par une cause quelconque, l'attention est dirigée vers la gorge, on peut quelquefois saisir l’état morbide qui précède la période d’ulcération. L'amygdale est légèrement gonflée ; on aperçoit quelque chose de jaune qui a son siége dans la substance de cet organe et brille à travers la membrane qui en recouvre la surface encore intacte, Au bout d’un ou deux jours, l'ulcération s'établit et laisse apparaitre une eschare jaune ou bleuâtre qui pénètre profondément dans le centre de l’amvgdale. I] y a peu de tuméfaction, et les parties environnantes ne Sont pas violemment enflammées. La marche de cette affection est lente et le trouble qui l'accompagne est peu considérable. De même que l’altération précédente, elle s'étend en profondeur ou en super-

ai

icie; de là des ulcères serpigineux et des ulcères perforants présentant dans quelques cas une apparence phagédénique.

Les ulcères serpigineux occupent de préférence le voile du palais, et succèdent le plus souvent à la première variété. Leur extension progressive est telle que le tissu de l'organe semble fondre sous l'ulcération, et que souvent la plus grande partie ou la totalité du voile palatin est détruite avant qu’on ait pu arrétenle processus morbide, bien qu’il ne soit pas possible de voir une eschare distincte se séparer dans tout le cours de la maladie. Le fond de l’ulcère est blafard, lisse, ou bien il s’en élève des fongosités dans l'intervalle desquelles stagne un. pus ichoreux,; ses bords sont irréguliers, déchiquetés, parfois largement décollés, bordés par une zone inflammatoire étroite. Dans un cas qui m'est personnel, tout le fond de la gorge offrait une apparence gaufrée. La muqueuse est en général la seule membrane affectée, les parties plus profondes participent rarement à la formation de l’ulcération.

Les ulcères perforants gagnent en profondeur ce qu'ils perdent en étendue. Levoile du palais, la voûte palatine, les amygdales et le pharynx sont les régions où ils exercent ieurs ravages. Les parties molles sont détruites avec une rapidité quelquefoi : #rès-grande. Tous les tissus sont réduits en une bouillie où matière putrilagmeuse adhérente au fond de l’ulcère dont les bords œdémateux, de forme circulaire ou ovale, sont taillés à pic. La lésion commence, au voile du palais, par une rougeur inflammatoire modérée, accompagnée d'un peu d’endolorissement des parties mobiles de l’isthme du gosier, tandis que le palais lui-même reste indolent. Au bout de quelques jours, une tache dun blanc sale apparaît au centre de la zone enflammée, elle se creuse et devient le point de départ de l’ulcération perforante. Au voile du palais, elle débute ordinairement par la face postérieure, et ronge d’arrière en avant jusqu’à cequ'elle ait amené la chute de la luette (1). Dans un cas observé par Herbert Mayo (2), après avoir envahi l’un des côtés de la gorge, elle avait pénétré jusqu'à l'artère linguale qu’elle allait sans doute atteindre, si ce chirurgien n’eût pratiqué une ligature préventive et fructueuse de la carotide imterne. Rufz (3) a rapporté un fait dans lequel l’arrière-bouche ne présentait plus qu’une vaste Caverne dont toutes les parties étaient recouvertes d’une couche vert grisâtre assez semblable à la mousse d’un vieux mur. On a vu le périoste compris dans cette destruction, et les os mis à nu se nécroser. Get accident, fréquent dla voûte [palatine, s’observe encore au larynx et au pharynx. 3. Frank (4) a rapporté le fait d’une paralysie du bras due à l’inflammation de la moelle épinière par suite du progrès d’une carie vertébrale consécutive à un ulcere Sÿphilitique de la gorge. Lagneau et Gibert (5) ont vu chacun un cas d’ulcère

(1) Dans un mémoire intéressant du British med. Journ. (July 19, 1862), Williams rapporte une série de cas d’ulcères perforants du palais, qui, bien que cédant à l'emploi de liodure de potassium, ne lui paraissent pas devoir être rattachés à la syphilis, — Comparez : Fougère, Etudes sur l’angine ulcéreuse maligne de nature scrofuleuse. Thèse de Paris, 1871. — Isambert, De l’angine scrofuleuse (Mém. de la Soc, méd. des hôpitaux de Paris, nov. 1871).

5 Mayo, Treatise on syphilis. London, 18/0.

(3) Rufz, Journ. hebd:, t. VII, 1832. FR

(4) J. Frank, Traité de patholog. interne, trad. fr., À. V, 1857.

(5) Gibert, Traité des maladies de la peau et de la syphilis, t. IL, p. 359.

LANCEREAUX. — Syphilis 2e”édit, 16

syphilitique pharyngien avec carie de la colonne vertébrale. Il ne serait pas exact de croire que toutes les ulcérations syphilitiques de la gorge produisent de pareils désordres ; en général elles se limitent à l'épaisseur de la membrane muqueuse ; mais il importe de savoir que l'iodure de potassium est l'agent qu'il convient d'employer dans ces cas où le mercure reste souvent sans succès. Plusieurs fois, nous l'avons vu produire des merveilles.

Page 1