TUMEURS GOMMEUSES
Ces manifestations de la période avancée de la syphilis constitutionnelle ont pour siége ordinaire la langue, le pharynx et le voile du palais, beaucoup plus rarement les lèvres ou les joues.
Langue. — Ricord (1), Bouisson (2) et Lagneau (3) sont les auteurs qui ont le mieux étudié les gommes de la langue. Ces tumeurs, dont Lagneau a pu réunir dix observations, se développent dans les points les plus variés de lors gane. On les rencontre, soit dans la couche sous-muqueuse superficielle; soit dans la trame de substance conjonctive intermusculaire ; leur siége dé prédilection est la base même de la langue. Le plus souvent multiples, arrondies ou irrégulières, elles varient pour le volume entre les dimensions d’un pois et celles d’une noix ; elles s’accroissent peu à peu; d’abord fermes: grisâtres ou blanchâtres, elles se ramollissent plus tard à leur centre et deviens nent pâteuses ou jaunâtres, tandis que les parties qui les recouvrent, sos levées et distendues, prennent une teinte violacée, s’altèrent insensiblement et finissent enfin par se mortifier. Ainsi mises à nu, si la régression est assèz avancée et le ramollissement suffisamment prononcé, elles se vident à la m# nière d’un abcès ; sinon, on aperçoit sous les lambeaux de la muqueuse ulcérée et décollée la coloration jaunâtre du produit pathologique en voie de.dégénéres cence et sous forme de bourbillons. Ceux-ci sont peu à peu éliminés, et laissent à leur suite des ulcérations plus où moins profondes, de forme oblongue, à bords irréguliers et taillés à pie. Entourées de parties tuméfiées, rougeatress violacées, œædémateuses, ces ulcérations présentent un fond grisâtre, induré, comme tapissé par une fausse membrane ; quelquefois parsemées de points gangréneux, elles saignent facilement au contact des dents. Au bout d’un cer” tain temps, le gonflement œdémateux des bords ulcérés diminue, des bourgeons charnus se développent à la surface de l’ulcère et la cicatrisation commence mais quand la réunion est complète, une portion quelquefois considérable dé la langue fait défaut, et de là une grave déformation de cet organe. Les choses se passent différemment par l'intervention opportune d’un traitement appro= prié. Ces tumeurs ont-elles la forme de nodosités fermes, on les voit perdre de leur consistance, tandis que les tissus voisins s’assouplissent, et bientôt
ft Ricord, Traité pratique des malad. vénér. Paris, 1838, et Clinique iconographiques (2) Bouisson, dans Gaz, médic. de Paris, 1846. | (3) Lagneau, Des tumeurs syphilitiques de la langue (Gaz. hebd., 1859, no 39,.35,.355
Arch. de méd,, t. 1, 1860, p. 217). — Comparez Maisonneuve, Sur les tumeurs de la lanque. Thèse de concours. Paris, 4848.
rien ne subsiste pour attester leur existence passée. Sont-elles superficielles, leur teinte blanche jaunâtre est en outre progressivement remplacée par Ja couleur rouge normale de la muqueuse. Cependant il est quelquefois possible de distinguer la place qu’occupaient les lésions, par l'absence à leur niveau de lenduit saburral qui recouvre les autres points de la langue. Ces manifestations ont un début insidieux, latent ; tout d’abord elles échappént au malade et au médecin, et pour peu qu’elles soient profondément situées, on ne parvient à les reconnaître qu'en passant entre les doigts Ja Hangue augmentée de volume, soit dans toute son étendue, soit par places, et qui semble comme rembourrée de noisettes ( Ricord). Petites, fermes, saillantes, ces tumeurs perdent peu de leur consistance ; la muqueuse qui les recouvre “'amincit ; la langue vient souvent se placer sous les arcades dentaires et faire procidence au dehors, de là un écoulement salivaire continuel et abondant. En “mème temps la mastication s’accomplit plus difficilement, la déglutition est “douloureuse et gênée, la respiration est embarrassée, et dans quelques cas on pu noter l'existence d’une surdité résultant d’un obstacle apporté par les “parties tuméfiées à la circulation de l'air dans la trompe d'Eustache. Ces tumeurs enfin peuvent s'ouvrir et donner issue à une matière puriforme, semidiquide, d'où la formation des ulcérations ci-dessus décrites, et, dans certains cas, une fièvre de résorption.
Une évolution éminemment chronique et l'absence pour ainsi dire constante de tuméfaction ganglionnaire sont des caractères importants au point de vue du diagnostic différentiel de ces tumeurs d’avec les ulcérations chancreuses et les affections épithéliales. Nous avons du reste déjà insisté plus haut sur ces “différents points.
Voile du palais et voûte palatine. — Les gommes de ces régions sont des plus importantes à connaître. Ricord et Vidal {de Cassis) se contentent de les mentionner. Bouisson (1) en parle peu, il dit avoir observé chez plusieurs malades atteints de syphilis invétérée des indurations, tantôt circonscrites, tantôt diffuses, du voile du palais sans ulcération de sa membrane de revêtement. Chez un malade qui vint le consulter pour une exostose et une carie des os du nez, iltrouva le voile du palais affecté d’une tumeur dure de la grosseur d’une amande, sans ulcération de la muqueuse.
Parmentier (2), dans un mémoire sur les tumeurs de la région palatine, décrit comme il suit les gommes du voile du palais : « Petites et à peine sensibles au début, ces tumeurs sont dures, adhérentes à la muqueuse par une sorte de pédicule et mobiles sous les parties sous-jacentes et voisines ; leur accroissement se fait lentement et sans douleur, elles arrivent au volume d’une noisette, et la muqueuse, qui jusque-là était restée sans altération de texture et de Couleur, devient d’un rouge brun violacé, la région sous-maxillaire se tuméfie, le malade accuse des sifflements d'oreilles, parfois même une surdité presque complète, la déglutition est pénible et douloureuse, la voix est nasonnée ; on aperçoit, à travers une sorte de coque qui sert d’enveloppe à la tumeur, de la
(1) Bouisson, Gaz. méd., 1846, p. 595. RARE : (2) Parmentier, Essai sur les tumeurs de la région palatine (Gaz. méd. de Paris, 1856).
24h LA SYPHILIS.
fluctuation ; la muqueuse se perfore dans un ou plusieurs points, et il s'échappe un pus ichoreux, mal lié et entraînant avec lui des débris organiques. À ces ouvertures succède bientôt une ulcération à bords saillants, taillés à pic, à fond crisätre ; elle fait des progrès rapides, perfore le voile du palais, etils établit | ré communication entre la cavité buccale et la partie postérieure des fosses
nasales. » L ; Les symptômes propres à ces lésions diffèrent par leur marche lente de
ceux de la plupart des angines, et ainsi on conçoit peu la possibilité de croire à un simple abcès du voile du palais si l’on questionne le malade sur le début de son mal et sur ses antécédents pathologiques. Quand la gomme ne présenté aucune trace de fluctuation, l’idée peut venir d’une hypertrophie glandulaire ou de quelque tumeur épithéliale. Mais l’hypertrophie glandulaire constitue. une tumeur toujours ferme, qui ne manifeste aucune tendance à l’ulcération, | et l’épithélioma se distingue par linduration de ses bords toujours plus ou | moins recourbés. Les commémoratifs serviront d’ailleurs à établir le diagnostics de la gomme du voile palatin, dont le pronostic est sérieux surtout à cause des la perforation qui est un résultat fréquent de cette manifestation. |
Les parois des joues {1) et la voûte palatine sont aussi le siége de tumeurs, syphilitiques analogues ou semblables à celles qui viennent d’être décrites. À la voûte palatine, ces tumeurs déterminent quelquefois une altération du périosten et de los qui finit par amener une nécrose et une perforation.
Pharynx. — Les gommes du pharynx se montrent avec des caractères trop peu différents de ceux des gommes de la langue et du voile du palais pour qu'il soit besoin d’y insister, Ce sont encore de petites tumeurs arrondies, indo= lores, généralement développées dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Fermes! et mobiles à leur naissance, ces productions, à mesure qu'elles vieillissent,« deviennent moins consistantes, plus molles, altèrent la muqueuse qui les recouvre, se font jour à l’extérieur et disparaissent, non pas comme le ferait. une collection purulente, mais plutôt à la façon d’une eschare : l'ouverture s'agrandit, le produit morbide ramolli est peu à peu éliminé, il reste un ulcères qui se couvre de bourgeons charnus de mauvais aspect; la cicatrisation se fait” enfin, mais d’une façon toujours très-lente. É
La paroi postérieure du pharynx est le siége le plus ordinaire de ces lésions” et le périoste peut en être le point de départ. Ph. Boyer a vu une tumeur gom= meuse, développée en avant de la colonne vertébrale, perforer la paroi dun pharynx et s’éliminer ainsi. L’ulcération n’est pas la terminaison obligée de* ces productions; on les voit, sous l'influence d’un traitement approprié, sé“ résorber sans laisser la moindre trace de leur existence, si ce n’est une légères dépression. En dehors de cette circonstance, elles ont une évolution insidieuses latente, pour ainsi dire, et une durée très-longue. Leur diagnostic mérite plus grande attention, il repose principalement sur la lenteur de leur évolution" Trop souvent elles sont méconnues, où conduisent à des erreurs graves les’ hommes les plus autorisés dans la matière. « Je me souviens, dit Maison
(1) Voy. Bulletin de l'Académie de médec. » 11 octobre 1853,
neuve (1), d’un malade que Blandin avait soumis à une opération des plus sé-
rieuses pour une tumeur du pharynx qu’il croyait être un cancer encéphaloïde,
et qu'il avait crue telle, même après l'examen anatomique de la tumeur. Après
une guérison qui dura six mois, le mal récidiva et fit bientôt des progrès si
rapides, que Blandin le considéra comme absolument incurable. Get homme
fut envoyé à Bicêtre, dont j'étais alors le chirurgien. Une énorme tumeur occu-
pait la région latérale gauche du cou et toute la région parotidienne ; elle péné-
trait dans le pharvnx, déprimait le voile du palais, et menaçait le malade de
mort par asphyxie. L’iodure de potassium futadministré à la dose de un gramme par jour, et en moins de six semaines la tumeur disparut sans laisser de traces. »
Cette méprise ne doit pas étonner : le carcinome est l’une des affections avec
desquelles on confond le plus facilement les productions gommeuses. J'ai déjà insisté sur les caractères différentiels de ces affections; j'ajouterai que la “umeur cancéreuse le plus souvent {il s’agit ici d’un épithélioma), n’est pas aussi bien circonscrite que la gomme, qu’elle est moins libre, moins mobile au milieu des tissus ambiants et, contrairement à cette dernière, le plus souvent accompagnée d’une modification des ganglions correspondants. Les abcès rétropharyngiens se distinguent de leur côté, ceux qui sont aigus par des phénothènes inflammatoires à leur début, les autres, c’est-à-dire les abcès froids, par la mollesse et la fluctuation dès le premier moment de leur apparition. Le pronostic des affections syphilitiques de la bouche et du pharynx est grave lorsqu'elles viennent à gêner une grande fonction, ou que le produit gonmeux, ramolli, suppuré et résorbé sur place, arrive à produire des phénomènes d’infection secondaire, et aussi quand elles sont suivies de cicatrices profondes, blanchâtres, plus ou moins irrégulières, ou d’adhérences aux parties voisines.
Ainsi nous avons vu, chez un malade qui suecombait, à l’âge de cinquante-neuf ans, à une syphilis viscérale, le voile du palais en partie détruit et adhérent à la paroi postérieure du pharynx. Coulson, Sigmund (2) ont rapporté des faits du’ inême genre. On a vu se produire alors un tiraillement des parties voisines et latrésie des cavités au point de gêner considérablement les fonctions de la pho- ‘ation et de l'audition. La destruction de la trompe d’Eustache, dans un cas, fut
Suivie d’une cicatrice qui fermait ce canal. La présence de ces reliquats est d’une grande importance diagnostique relativement aux manifestations syphi-
litiques des viscères, qui, sans elle, pourraient plus souvent encore passer inaperçues. Les lésions profondes de la gorge et du voile du palais sont, en
effet, relativement fréquentes dans les affections cérébrales syphilitiques, puis-
que, notées par Virchow trois fois sur onze cas, elles existent quatre fois sur
le nombre des faits qui nous sont personnels.
8 2. — Affections syphilitiques de l’œsophage.
De même que les lésions de la variole et de la scarlatine, les manifestations éruptives de la syphilis bornent le plus souvent leur action sur le tube digestif
(4) Maisonneuve, Leçons cliniques sur les maladies cancéreuses. Paris, 1854. É
(2) Sigmund, Wiener med. Wochenschrift, 1854, n° 48, et OŒEsterr. Zeitschr. für pract. Heilkunde, 1857, n° 29. — Comparez : H. J. Paul, Archiv f. klinische Chirurgie, t. I, p. 448. — À. Zimmer, Schmidts Jahrbuch., t. CXLIIT, p. 297:
à la bouche et au pharynx. L'œsophage, l'estomac et l'intestin grêle en sont généralement exempts, et l'on ne retrouve guère dans ces organes que des lésions profondes et tardives dont la qualité spéciale est de rétrécir le calibre du canal. La rareté même de ces manifestations rend difficile leur étude, que gêne encore l’impossibilité de les voir dans leur première période et de pouvoir les suivre dans leur évolution.
Il est douteux que les médecins des premiers siècles de la syphilis aient et connaissance de ces altérations. Severinus, l’un des premiers, fait mention des ulcérations syphilitiques de l’œsophage et de la trachée : « Cultro anatomice tradita cadavera variorum syphilide extinctorum exhibebant exulcerationes, tum in œsophago, tum in trachea (1). » Rhodius (2) a rapporté un fait de lésion œsophagienne auquel, à la rigueur, il serait peut-être possible d'attribuer une oris gine syphilitique. Follin (3) a exhumé deux cas, l’un de Ruysch (4) et l’autre de Haller (5), qui semblent se rapporter à ce sujet. Paletta (6) a observé un fait qui serapproche des précédents ; il s’agit d’une dysphagie qui survint après la sup= pression d’une leucorrhée etla disparition d’une éruption papuleuse. Une obsers vation de Daniel Turner (7), cité par West de Birmingham, et deux autres dé Carmichaël (8), ne sont pas plus concluantes que les précédentes et laissent comme elles le doute dans l'esprit. Un fait observé par Parker n’est pas non plus démonstratif. Wilks (9) admet les rétrécissements syphilitiques de l’œ= sophage. Une pièce anatomique conservée au musée de Guy’s Hospital (n° 1784%) montre au point d'union de l’œsophage et du pharynx un rétrécissement qui, selon cet auteur, aurait succédé à une ulcération syphilitique. Semblable rétrécissement se rencontre dans une observation du mémoire dé Virchow. Follin (10) dit avoir observé deux cas de dysphagie æsophagienné d’origine syphilitique. Dans l’un de ces cas il existait un psoriasis de la paume des mains, et le malade a guéri sans l'emploi de la sonde: dans l’autre, les lésions étaient plus profondes et la guérison n’a pas été complète; il s'agissait sans doute, ajoute cet auteur, de lésions cicatricielles qu’on améliore, mais qu'on ne guérit pas. |
Dans un travail spécial sur la matière, West de Birmingham (11) rapporte deux observations personnelles dont l'une, avec autopsie, paraît suffisamment.
convaincante pour qu’il ne soit plus possible de mettre en doute le rétrécisse= ment syphilitique de l’œsophage.
J. M..., âgée de vingt et un ans, fut reçue au Queen's Hospital, à Birmingham, le 18 mai 1858, après s'être présentée à plusieurs reprises aux consultations de
(4) Lieutaud, Hist. an. med., t. IT, Liv. 1v, obs. 405.
(2) Jbid., t. IT, liv. 1v, obs. 402.
(3) Follin, Des rétrécissements de l'œsophage. Paris, 1853.
(4) Ruysch, Nov. anatom. med. chirurg., decad, I, art, 10,224:
(5) Haller, Opusc. patholog., obs. Lxxrr.
(6) Paletta, Exercit. patholog., 1820.
(7) Turner, À practical dissertation on the venereal disease, 1739, 4re partie, p. 6.
(8) Carmichaël, An essay on the venereal disease, 1814, x |
(9) Wilks, Pathological anatomy, p. 258; et On the Syphilitic affections of the internal organs, p. 41, 1863.
(10) Follin, Traité élém. de pathol. externe, t. 1, p. 696. Paris, 1861.
(11) Wait, Dubrin Quarterly Journal, febr, 1860, et Arch. de méd.,t, T, p. 714. 1860.
NOSOGRAPHIE. 2h7
cet hôpital pour différents accidents syphilitiques secondaires (éruption squameuse gngines). Au moment de son admission, elle se plaignait d’une impossibilité absolue d'avaler, la déglutition était douloureuse et suivie inmmédiatement du rejet des aliments; cependant il arrivait deux fois par jour que les aliments passaient sans difficulté. L'arrière-gorge était le siége d’ulcérations étendues, occupant à la fois és amygdales, le voile du palais et ses piliers, à surface gris cendré semée de taches rouges çà et là. Maigreur trés-prononcée, anémie, pouls faible, urine peu abondante. lodure de potassium, 5 grains dans une once de décoction de quinquina, trois fois par jour, gargarisme avec l'acide chlorhydrique, etc.
On continua ce traitement jusqu’au 28 mai, puis on essaya de passer une sonde œæsophagienne, mais on n'y put réussir; on prescrivit la quinine à la dose de 45 centigrammes. D'abord, application de nitrate d'argent sur les ulcérations de la gorge ; plus tard, application de sulfate de cuivre ; la déglutition des liquides s'opère un peu plus facilement, la malade va néanmoins en s’affaiblissant. Le sulfate de quinine est remplacé par le nitrate de fer de quinine. Les tentatives d’introduction de la sonde sont continuées ; gargarisme sublimé sans amélioration nofble. Alors, malgré l’affaiblissement progressif de la malade, et quoiqu'elle eût déjà fait plusieurs traitements mercuriels, on se décida à prescrire dix gouttes de Solution sublimée dans de la décoction de quinquina, trois fois par jour, et des frictions d’ongueut mercuriel sous les aisselles.
Le 25 juillet, les gencives commencèrent à s’affecter, et il fallut supprimer le
traitement spécifique ; pendant quelques jours la malade éprouva une légère amé- Mioration, elle avalait un peu, plus facilement. Le 6 août, il ne restait rien de cette amélioration passagère. Le cathétérisme, tenté avec tous les instruments imaginables, échouait toujours ; la malade finit par ne plus pouvoir avaler, et elle mourut épuisée le 2 septembre. * Autopsie. — Cadavre très-amaigri, tubercules à divers degrés de ramollissement et plusieurs cavernes aux sommets des deux poumons. La partie supérieure de l'œsophage, dans l'étendue de 4 pouces, est très-dilatée ; la membrane muqueuse, fortement épaissie, présente çà et là des taches qui paraissent être dues à des Gicatrices récentes. Au-dessous de la dilatation, l'œsophage se rétrécit subitement, ét forme un canal étroit qui admet à peine une sonde n°4. Le rétrécissement, qui a une longueur de 2 pouces et 1/2 environ, est produit par un épaississement de la muqueuse et par des dépôts fibreux, sous forme de bandes et de brides, qui ressemblent beaucoup à ceux que l’on voit dans les rétrécissements anciens de l’urèfhre. Au-dessous du point rétréci et jusqu’à l'estomac, l'œsophage est parfaitement sain. Le foie, pesant 2 livres et 4 onces, est gras; sa surface est sillonnée par des tractus fibreux, et son enveloppe présente çà et là de légers épaississements. L’enveloppe de la rate, qui est plus molle qu'à l’état normal, présente les mêmes altérations que celle du foie. Cicatrice probable à l'entrée du vagin; les autres Organes ne sont que peu ou pas altérés.
Les symptômes observés pendant la vie, et les lésions constatées après la mort, tant dans l’œsophage que dans les autres viscères, et surtout dans le foie, plaident ici en faveur de l’origine syphilitique du rétrécissement. D'ailleurs des dépôts fibreux sous forme de bandes et de tractus sont peu en rapport avec l'hypothèse d’un rétrécissement consécutif à une lésion tuberculeuse. Le second fait rapporté par le chirurgien de Birmingham est lom d'avoir la même impor-
tance ; néanmoins l’action de la syphilis sur l’œsophage ne paraït pas contes-
table, et il y a tout lieu de croire que les lésions cicatricielles signalées dans le fait qui précède sont la conséquence de modifications morbides analogues à celles que l’on observe dans le pharynx à la suite des dépôts gommeux ulcérés.
Il n’est guère possible de chercher, à l’aide de ce petit nombre de faits, des
signes propres au diagnostic des affections syphilitiques de l’œsophage ; ce affections toutefois présentent les caractères des rétrécissements fibreux, don elles ne diffèrent que par leur marche et par les manifestations syphilitiques qu peuvent les accompagner. Ces circonstances aideront sans doute à les diflé rencier des rétrécissements d’une autre nature. Le pronostic, relativemen moins grave que s'il s'agissait d’un épithélioma, est néanmoins sérieux sio ne fait pas intervenir un traitement spécifique dès les premiers temps l'affection ; car plus tard, lorsque les cicatrices existent, ce traitement devier: inutile.
$ 3. — Gastrite et entérite syphilitiques,
BIBLIOGRAPHIE. — Bulletin de la Société anatomique. t. IX et XXI. — CULLERIER, De l'entérite syphilitique, Union médicale, 1854. — Ernest MüLer, Ueber das Auftreter der constitutionnellen Syphilis in Darmkanale (Des manifestations de la syphèlis consti: tutionnelle dans le canal intestinal). Inaug. Diss. Erlangen. 1858. — E. Huer, Ucbei Syphilitische Affectionen des Matdarms (Des affections Syphilitiques du gros intestin, avec figures), dans Behrend’s Syphilidologie, neue Reïhe, II Bd,, 4 Heft, 1858. Venor, Diagnostic différentiel de l’anite ulcéreuse. Journal de méd. de Bordeaux, nov. 1858. — Bovero, Sur les rétrécissements organiques du gros intestin par suite dl la syphilis. Gaz. Sard., n° 46 et 47, 1858, et Schmidt’s Jahrb., Bd., CIV. p. 69. — GOSSELIN, Archives générales de médecine, t. IL, 1854, et Nouveau Dictionn. de médecine et de chirurgie pratiques, t. IL, art. Anus, 1864. — Bumsrean, Maladies syphilitiques du gros intestin, Americ. med. Times, N. Ser. VIIL, 24 may, 247. — DuyarpiN- BEAUMETZ, Syphilis tertiaire, etc., Gaz. des hôpitaux, p. 61, 1866. — P. A4 Ken, Zur Casuistik der Darmsyphilis. Inaug. Diss. Kænigsberg, 1867. — OSsER, Fülle von Enteritis syphilitica, Archiv für Dermatol. und Syphil., IL, p. 27, 1871:
Les auteurs qui ont écrit sur la syphilis des viscères gardent le silence at sujet des affections syphilitiques de l'estomac : aussi ces affections sont-elles toujours méconnues. Cependant les faits déjà nombreux de syphilis viscérale font mention de lésions diverses telles que l’hypertrophie partielle ou l’ulcéras lion des parois de cet organe. Quelques-unes des observations rapportées par Virchow (obs. VIT et VIII) et Leudet (obs. VIII), un certain nombre des cas qui nous sont personnels, signalent l'existence d’un épaississement plus ou moins étendu de la muqueuse gastrique, épaississement ou hypertrophie dont les! caractères anatomiques paraissent indiquer une liaison plutôt qu'une simple coïncidence par rapport à l'infection syphilitique. D'un autre côté, Fauvel a présenté à la Société anatomique (1) un estomac dont les parois étaient hypertrophiées surtout au voisinage du pylore, et dont la muqueuse était ulcérée en divers points. Comme la femme à laquelle appartenait cet estomac accusait des antécédents syphilitiques, et que sur un des tibias il existait une exostose, on put croire que cet épaississement des parois était dû à l'hypertrophie de la tunique fibreuse développée d’une façon morbide et sous la dépendance de la cachexie syphilitique ; mais, le seul fait d’antécédents syphilitiques ne suffit pas pour faire admettre {a nature syphilitique d’une altération. Chez un homme de soixante-six ans mort à l'Hôtel-Dieu, dans le mois de septembre de l’année 1863, je constatai à l’autopsie un ensemble
(4) Voyez Bull, de la Société anatomique, année 1858, p. 294.
NOSOGRAPHIE. 9h9
e lésions viscérales manifestement syphilitiques et en même temps une altétion de l'estomac qui me parut devoir être mise sur le compte de l’inction vérolique, d'autant plus que le foie était bosselé, déprimé, labouré de rides et de cicatrices, que les reins étaient cireux et qu’il existait ‘une ériorchite à droite. Les ganglions ilaques et la plupart des ganglions préverbraux étaient en outre tuméfiés et manifestement altérés. L’estomac, de imensions normales, présentait à 0", 02 du pylore, sur la petite courbure “dans une étendue de 0,03, une ulcération qui avait presque entièrement étruit sa paroi ; des pelotons graisseux légèrement adhérents et accolés derrière étte ulcération empêchaient en partie la perforation. Les bords de l’ulcération fäient grisâtres, fibreux, indurés, taillés en biseau aux dépens de la muqueuse ; n'existait pas de ganglions indurés dans le voisinage. Ces caractères et les ombreuses altérations viscérales qui accompagnent ici l’altération de l’estode, semblent mettre hors de doute l'influence de la syphilis sur cette altéraon. Une femme enfin, âgée de quarante ans, plusieurs fois atteinte de manilations syphilitiques, puis affectée de larges ulcères de la bouche et de la orge, éprouva des douleurs à l’épigastre après les repas, fut prise de vomiIséments, tomba dans la cachexie, et succomba. Capozzi (1), qui l'examina, fouva les parois de l'estomac épaissies, la muqueuse affectée d'un catarrhe hronique et d’une perte de substance irrégulière, étendue du pylore au cardia, vec bords sombres épais et fond gris blanchâtre. Ces données sur la syphilis él’estomac sont fort incomplètes ; aussi nous paraît-il difficile d'admettre Nec Engel (2) que, sur 100 ulcères de l'estomac, il y en ait 10 qui procèdent manifestement de la syphilis.
Les faits qui ont trait aux affections véroliques de Pintestin ne sont pas beau- Oup plus concluants. A peine est-il parlé de ces aflections dans les écrits des Yphiligraphes des derniers siècles ; et si parfois on Y signale la diarrhée ou la senterie syphilitique (3), il n’y est pas question de lésions intestinales bien léterminées. Antoine Chalmet (4) indique la façon de traiterles érosions intesinales dans la syphilis, et par conséquent, dans certains cas, il accepte origine spécifique de ces lésions. J. Frank (5) parle d'une jeune fille de dixleuf ans qui avait eu des ulcères primitifs, puis au cou des ulcères consécutifs une éruption syphilitique ; ces affections guéries, elle fut prise de douleurs, 16 coliques augmentant le jour, de vomituritions, de vomissements, d'une diarrhée colliquative et de fièvre hectique. L'autopsie montra un ulcère unique a fin de l'intestin iléon, un autre dans le cæcum et trois dans le côlon ascendant. Ces ulcères furent déclarés syphilitiques par Harlt; mais ce fait est évidémment trop incomplet pour qu'il soit possible d'attribuer à la lésion intesinale une origine syphilitique. D’ailleurs, quels sont les caractères qui servent défaire prévaloir ici la spécificité des ulcérations intestinales ? Cest ce que ne dit point l’observation. Demême on ne peut en toute assurance voir une liaison
(1) Voy. Schmidt’s Jahrbuch, t. CXXXV, p. 41.
(2) Brinton, On diseases of the stomach. London, 1859. “(31 Voy. Aphrodisiacus de Luisinus, p. 894 et 1299. — Boyle, Sauvages, Médec. méthod.,t. IT, p. 78. té
(4) Antonii Chalmetii De morbo gallico, dans Aphodisiacus, 857.
(5) J. Frank, Traité de pathologie interne, trad. franç., t, VI, p. 81, Paris, 1857.
De medicam. simpl, —
causale entre la syphilis et les ulcérations de l'intestin signalées dans der communications faites 11 ÿ a plusieurs années à la Société anatomique D: Choisy et Courtin (1). :
Cullerier, cependant, nous paraît mettre hors de doute l’existence des lésior tertiaires du tube Imtestinal par le fait suivant, que complète l'examen anatl mique.
Une femme grosse de neuf mois avait eu antérieurement des ulcérations d voile du palais et des périostoses, affections pour lesquelles elle avait subi un trai tement par l'iodure de potassium. Ce traitement avait été cessé à plusieurs repris à cause d’une diarrhée abondante. Rentrée à l'hôpital le 16 février, elle accoucha le lendemain, d’un garçon chétif qui mourut au bout de quelques jours. La dia rhée, qui avait persisté depuis la sortie, continua, et la mort ne tarda pas d’arriva dans le dernier degré de la faiblesse.
Des épanchements séreux se rencontraient dans toutes les cavités séreuse: le cœur, le foie et les poumons étaient décolorés. L’estomac paraissait sain ainsi que l'intestin grêle; mais dans toute l'étendue du gros intestin, on voya un grand nombre d'ulcérations arrondies et à divers états, les unes récentes siégeant sur une base dure et large, les autres à fond déprimé, gris jaunâtr et livide; quelques-unes ne comprenaient que la muqueuse et laissaient par faitement voir la couche musculeuse ; d'autres, plus profondes, intéressaien les fibres mêmes de cette couche. Dans plusieurs de ces dernières, les fibre musculaires étaient comme dilacérées et flottaient au milieu de, l'ulcération Toutes offraient un décollement de la muqueuse dans le pourtour de l’ulcération où il y avait un épaississement du tissu cellulaire, qui formait comme un bour relet arrondi avec une ouverture centrale ; il n'y avait aucun engorgement dans I mésentère.
La forme des ulcérations, le bourrelet fibreux qui les circonscrit, constituen dans ce cas autant de caractères que nous avons déjà notés à propos des ulcèr& syphilitiques du pharynx et qui plaident par conséquent en faveur d’une ori gine spécifique. |
Chez deux individus qui, après avoir présenté diverses manifestations syphi litiques, succombèrent à une diarrhée rebelle, Huet d'Amsterdam constata, en même temps qu'une dégénérescence lardacée du foie et de la rate, des ulcéra= tons arrondies multiples du gros intestin, des cicatrices et des excroissances comme verruqueuses développées dans le tissu sous-muqueux, d’une grande ressemblance avec les néoplasies sommeuses. Ern. Müller rapporte le cas d’une femme chez laquelle on trouva dans le larynx, la plèvre, le foie, l'intestin grêleet le vagin, des formations de tissu conjonctif qui parurent devoir être regardées comme des produits syphilitiques. Mais ce fait, peu précis par rapport aux COMmMmémoratifs et à la marche de la maladie, laisse quelque doute tou chant la nature spécifique des lésions viscérales. Une observation de syphilis tertiaire publiée par Leudet fait mention d'ulcérations nombreuses du gros intestin et surtout du côlon transverse et du rectum. L'une de ces ulcéras tions, en voie de cicatrisation, avait fini par amener un rétrécissement qui permettait à peine l'introduction du doigt indicateur. J'ai vu moi-même, dans un Cas où l’altération syphilitique des viscères n'était pas douteuse, un maissement, dans l'étendue d’une pièce d’un franc, de la paroi intestinale,
(1) Voy. Choisy, Bull, Soc. anat., t, IX, p. 217 ; et Courtin, hid., t. XXI, p. 351.
nétait réduite à la membrane séreuse et à une partie de la membrane uqueuse. Il semblait qu'entre ces membranes colorées en violet avait existé 1 dépôt gommEeUux, lequel avait fini par être résorbé. Chez un homme âgé de nte-six ans et qui avait des antécédents syphilitiques, Meschede !{ Ver Juvé, dans l'intestin grêle, 54 ulcérations d’une longueur qui variait de
à 5 centimètres. Le fond de ces ulcères, qui atteignait presque partout
funique musculeuse, était formé par un pigment noir, quelques-uns fraient des cicatrices fibreuses, d'aspect rubané. De petites nodosités fibreuses ästaient sur les portions du péritoine qui recouvraient ces ulcérations, et »snoyaux de la grosseur d’une noisette, à contenu gélatineux, étaient dis- “minés sans ordre dans les lobes supérieurs des poumons. Cette desiption, malheureusement, indique au moins autant une affection tubercu- ‘use qu'une lésion syphilitique. Un cas assez semblable a été rapporté par Oser. membrane muqueuse deliléon était, au niveau des plaques de Peyer, infiltrée dune masse gris rougeûtre ulcérée dans sa partie centrale. Le péritoine orrespondant était injecté, tuméfié, couvert de fausses membranes et parcouru vaisseaux lymphatiques dilatés, entre lesquels existaient de nombreuses Odosités. Histologiquement, l’altération de l'intestin était formée de petites éllules rondes remplies de graisse, et les nodosités péritonéales parurent erattacher aux vaisseaux lymphatiques.
Ces faits nous renseignent peu sur les caractères précis des lésions syphiliques du tube digestif. Certains d’entre eux montrent cependant que l'estomac intestin ne sont pas à l'abri des atteintes de la syphilis, et que certaines ulcétions multiples, arrondies, circonscrites par un tissu fibreux et plus ou moins Mofondes, ne sont vraisemblablement que la suite de dépôts gommeux, c’estire que des effets de la métamorphose subie par ces productions et de leur Mimination. Le simple épaississement du tissu sous-muqueux rencontré lns quelques cas, l'observation faite par Wagner (2) de dépôts non encore Hcérés, sont autant de circonstances favorables à cette manière de voir.
Les troubles fonctionnels qui correspondent aux désordres anatomiques dont agit ne présentent ordinairement aucun caractère bien particulier. Aussi leur origine est-elle difficile à reconnaitre en l'absence de toute manifestation Sÿphilitique concomitante. Cependant, dans un cas où il y avait tout lieu de Croire à une affection syphilitique de l'estomac, Andral (3) à noté un amaigrissement progressif avec teinte plombée de la peau, la perte de l'appétit, une Sensation douloureuse située au-dessous de l’appendice xiphoïde, des éructations fréquentes et le rejet des aliments peu d'heures après leur ingestion. Une ulcération qui fut aperçue sur la paroi postérieure du pharynx éveilla l'idée d'une syphilis, et le malade guérit sous l'influence des mercuriaux. Dans un cas où l'existence de la syphilis doit rester douteuse, on nota plusieurs hématémèses. Jamais la palpation de l'abdomen n'a révélé la présence d'une tumeur bien certaine sur le trajet du canal digestif.
Des alternatives de diarrhée et de constipation, sinon une diarrhée jaunâtre,
(1) Archiv für path. Anat., 1366, et Arch. de méd. 1867, t. I, p. 348. (2) Archiv der Heilkunde, 1863, obs. xxIx, P- 369. … (3) Andral, Clinique médicale, t. IV, p. 122.
quelquefois sanguinolente ou dysentériforme, des coliques vives, tels so avec un dépérissemeni graduel et une cachexie de plus en plus profonde, principaux symptômes qui accusent la souffrance de l'intestin. Plus loin, rapporterai des cas où la diarrhée dans le cours d une syphilis viscérale n'él plus sous la dépendance d’une lésion intestinale, mais bien d une modificati de quelque autre viscère et du foie en particulier. Les évacuations sanguin lentes, signalées par les auteurs des derniers siècles (1), ont été ro plus récemment dans le cours de la syphilis tertiaire. Un cas de ce genre « rapporté par Leudet, et notre collègue E. Vidal nous a dit avoir observé fait semblable qui guérit par l'iodure de potassium. Gendrin nous a appris qu avait obtenu un succès rapide de l'emploi d’un traitement mercuriel contre diarrhée de longue date accompagnée de cachexie et qui jusque-là s'éte montrée rebelle à toute espèce de médication entre les mains des meilleu praticiens. C4
Les affections syphilitiques de l’intestin, comme toutes les altérations tel tiaires, évoluent lentement. Lorsque la mort en est la terminaison, elle survie ou bien par l'effet du marasme qui résulte des désordres intestinaux (diarrhé abondante, rétrécissement), ou bien le plus souvent par suite d’affections Co comitantes ou de complications. Je ne sache pas qu’en pareil cas on ait obser\ de péritonite ou de perforation intestinale. |
Ces affections n’ayant aucun caractère spécial, c'est principalement sure manifestations antécédentes ou concomitantes que repose leur diagnosti Il faut se garder de croire à l’existence d’une lésion matérielle toutes les fo: que l’on voit apparaître, dans le cours d’une syphilis, des désordres digesti ou de la diarrhée; ces désordres n’ont parfois d'autre cause qu’une lésion de organes de l'hémopoièse.
En terminant l'étude des altérations syphilitiques de l'intestin, il nous fat mentionner une affection assez spéciale, mais improprement connue sous nom de rétrécissement syphilitique du rectum. Cette affection n’est nullemen une manifestation diathésique, une expression de la syphilis constitutionnelle mais un simple accident local, une lésion de voisinage produite souvent park sécrétion purulente des chancres de l'anus, plus rarement par des plaque muqueuses ; c’est, en un mot, une complication des maladies vénérienne plutôi encore que de la syphilis, |
Signalé par plusieurs auteurs, Morgagni, Desault, Rayer, Laugier, Lagneau Vidal (de Cassis), Tanchou, Costallat, Bovero, ce rétrécissement a été très-bier étudié par Gosselin (1), dont les opinions sur cette question ont été confirmées par les observations de Bærensprung (2), de Leudet (3) et de l’auteur de œ livre (4). Située à 0,04 ou 0®,05 au-dessus de l’anus, cette lésion consisté dans la présence d’un anneau dur, épais, qui permet à peine l'introduction du doigt indicateur, et qui se trouve constitué par la muqueuse et le tissu conjonctif sous-jacent ayant subi l’un et l’autre une transformation fibroïde. La couche
(1) Voyez À phrodisiacus.
(2) Annalen der Charité Krankenhauses, 1855, LASER
(3) Leudet, Moniteur des sciences médicales, 1860, p. 1132.
(4) Lancereaux, Bull, de la Soc. anatomique, 1859. — Comparez : V, Zappulla, Cas de rétr. syph, du gros tnlestin, Ann, univ. GOXIII, p. 157, et Schmidt’s Jahresb., t, CXLVII, p. 167.
“sculeuse correspondante est hypertrophiée ; au-dessous du rétrécissement
membrane muqueuse est boursouflée, mamelonnée, cicatrisée ou même perée; au-dessus, elle est simplement érodée ; partout elle est baignée par un “uide blanchâtre puriforme.
Les femmes, beaucoup plus que les hommes, sont sujettes à cette affection hi, symptomatiquement, se traduit par une diarrhée rebelle, plus rarement r de la constipation. Les malades éprouvent de faux besoins, du ténesme, ils “adent du pus pendant les efforts de la défécation ; ils maigrissent et tombent ns la cachexie. Le toucher permet de reconnaitre sûrement ce rétrécissement our lequel les femmes n'accusent parfois que des troubles utérins. Un siége cu élevé, des dimensions peu étendues, l'absence d’hémorrhagies, les antécé- »nts du malade, la présence de condylomes et de fissures à l'anus, sont autant bGirconstances qui peuvent servir à différencier cette lésion.
Notons que le traitement antisyphilitique n’est ici d’aucune utilité; les iques et les moyens locaux dilatatoires constituent toute la thérapeutique. Mie faudrait pas cependant nous adresser le reproche d’être par trop exclusif “uchant l’origine des rétrécissements du rectum ; évidemment nous reconaissons qu'il nest pas impossible que cet intestin soit parfois le siége d'un épôt gommeux, puisque ces dépôts sont susceptibles de se rencontrer sur un
hire point du tube digestif.
8 4. — Affections syphilitiques des glandes salivaires et du pancréas.
ML'altération des glandes annexes de l'appareil digestif n’est pas extrêmement Are chez les malades qui succombent emportés par la syphilis viscérale ; elle lésente des variétés qui paraissent tenir, du moins en partie, à la différence de ructure de ces organes. Si, dans les follicules clos, dont la conformation hisblogique diffère peu de celle des glandes vasculaires sanguines, l'élément : Écréteur est de préférence atteint, dans les autres glandes, c’est plutôt le tissu onnectif qui devient malade.
Les lésions syphilitiques des glandes salivaires et du pancréas sont peu com fünes ; mais il n’en faut pas moins reconnaître leur existence. Le fait suivant, lans lequel il existe, en même temps que toute une série de manifestations visérales, une lésion des glandes sous-maxillaires dont la nature syphilitique démparaît pas contestable, en est un exemple, et si l’on veut consulter les cas 1éjà nombreux de syphilis viscérale, on trouve que la glande pancréatique est om d’être toujours intacte.
Dicatrice au voisinage de l’anus. Exostose du tibia gauche. Ulcérations et cicatrices du
“pharynx. Mort à la suite d’un érysipèle développé au pourtour de ces ulcérations. Altération de la glande sous-maxillaire. Gommes des poumons et du péricarde. Dilatation et rétrécissement de plusieurs ramifications bronchiques. Cicatrices hépatiques.
Lésions des glandes tymphatiques profondes.
Os. XXVII. — La nommée R..., âgée de quarante-cinq ans, entre à l'hôpital de Pitié, le 17 décembre 1860, salle du Rosaire, n° 22. Cette malade, d'un teint pâle, jaunâtre, vient réclamer des soins pour une affection caractérisée par la présence, sur la face postérieure du pharynx, de petites saillies noueuses, arrondies,
déjà en voie de ramollissement, et d’aspect violacé. La nature spécifique dec lésions bien constatée, un traitement approprié est institué (pil. de Sédillot), mois de janvier 1861, les ulcérations commencent à se cicatriser. Le 6, survie up frisson violent, non suivi de sueur, puis de la diarrhée. Le 7, sécheresse douleur de la gorge, déglutition difficile. Rougeur uniforme de la paroi post rieure du pharynx ; quelques-uns des ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés douloureux. |
Le 8, ces phénomènes s’accusent davantage. Vers midi, se montre à l'aile ge che du nez une plaque d’un rouge intense, arrondie, grande de 0,02 à 0®Ÿ — Expectation. Le 9, la plaque de l'aile du nez s’est étendue, on voit déjà que ques phlyctènes; gonflement sous-maxillaire plus marqué, rougeur persistante d pharynx. Le 10, l'érysipèle envahit la joue droite et gagne les conduits audit et les pavillons des oreilles. La fièvre s’accroît. Vers le soir, le front et le cou son atteints, La malade ne peut que très-difficilement avaler, même les boissons ; à] suite d’une toux sèche et fréquente, la voix se perd, il y a par instants des phéno mènes de suffocation. Le pouls est petit, irrégulier, fréquent (104). Le 411" matin, amélioration apparente; le soir, intermittence et précipitation du pouls Le 12, l'érysipèle suit sa marche envahissante, il gagne le cuir chevelu ; sécheress de la langue. Mort le 13 janvier, à 4 heures du matin. 1
Autopsie. — Augmentation de volume des glandules de la base de la langue OEdème de la luette. Deux ulcérations en voie de cicatrisation sur la paroi posté rieure du pharynx. FA
La glande sous-maxillaire du côté gauche présente de nombreux sillons entre ses lobules ; elle est plus ferme au toucher et comme flétrie, mais non diminuée de volume ; elle offre une coloration jaune qui tient à la présence de granulation graisseuses ; les cloisons fibreuses interacineuses sont épaissies ; les ganglions dt voisinage sont volumineux, mous, d'aspect médullaire.
Le crâne se fait remarquer par une épaisseur considérable et une fragilité plus grande. Le cerveau est intact. Le corps thyroïde est hypertrophié, jaunâtre à coupe à cause d’abondantes granulations graisseuses. | Des adhérences nombreuses unissent les poumons aux parois thoraciques. St le poumon gauche on voit de petites tumeurs légèrement saillantes, les unes arrondies, les autre en forme de croissant. Ces tumeurs sont constituées par une matière amorphe granuleuse, des noyaux de tissu conjonctif (cytoblastions), quel: ques cellules fusiformes, des sranulations graisseuses et des restes du parenchyme pulmonaire. En ce point, les ramifications bronchiques sont dilatées, leur surface interne est rouge et injectée, leur paroi épaissie. Le péricarde est le siége d’une tumeur gommeuse du volume d’un noyau de cerise, un peu molle, jaunâtre, formée de cellules plasmatiques granuleuses. Plaques laitéuses à la surface du cœur.
Le foie déborde les fausses côtes d'environ trois travers de doigt. De nombreux sillons cicatriciels, les uns longitudinaux, les autres rayonnés, labourent ses deux surfaces antérieure et postérieure. Des tractus de tissu connectif unissent les bords de ces sillons nombreux sur la face antérieure. Le parenchyme de cet organe est induré, crie; sa surface de section présente une coloration brunâtre, tachetée de Jaune. Quelques-uns des conduits biliaires sont dilatés au voisinage des cicatrices dont le tissu fibreux se prolonge à l'intérieur du parenchyme. La rate, un peu molle, mesure 0,18 dans son plus grand diamètre. Les ganglions prévertébraux ont le volume d’une noisette où d’une noix, ils sont mous et fortement injectés.
Les intestins sont normaux. Les reins sont petits et les capsules surrénales volumineuses, Les ovaires sont manifestement atrophiés et fibreux.
Ce fait est remarquable par la multiplicité des lésions constatées après la mort, par l'absence presque complète de désordres fonctionnels COLTESpON= dants. On Comprend que l’inflammation diffuse de la glande sous-maxillaire SOIT passée inaperçue ; mais un Symplôme d’une grande valeur et qui aurait
| NOSOGRAPHIE. 250 u mettre sur la voie des lésions syphilitiques des viscères, c'était la cachexie. ‘affection du pharynx, si nettement caractérisée, a été le point de départ de érysipèle. Celui-ci, trouvant un terrain favorable, devint bientôt fatal; hormis ss il n'avait aucun rapport avec les lésions viscérales, qui fraient tous les caractères d’une spécificité imcontestable.
; Les faits qui témoignent de l’altération syphilitique du pancréas sont extréement rares. Un malade (1) mort dans le service du professeur Rostan
muatorze ans après avoir contracté un chancre, présenta des gommes HAT es muscles, une tumeur gommeuse de la région mammaire et deux autres tans le pancréas. Ces tumeurs, soumises à l'examen microscopique par Verouil et Robin, avaient toutes la même structure. Un fait que nous rapportons lus Join indique l'existence d’une semblable tumeur au sein de cette même “Ande. Ajoutons que, dans plusieurs cas de syphilis viscérale, le pancréas sous à paru ferme, induré, sclérosé, de sorte que, comme la plupartdes viscères, semble sujet aux lésions diffuses et circonscrites de la syphilis. Si donc les Mlections syphilitiques des glandes salivaires et du pancréas sont rarement bbservées, c'est sans doute parce que ces organes ne sont pas d'ordinaire PXaminés après la mort, et que les troubles fonctionnels qui résultent de leur
Atération peuvent facilement passer maperçus. $ 5. — Péritonite syphilitique.
L'un des premiers, Portal (2) fait mention de l'affection syphilitique du périoine : « J'ai trouvé, dit-il, sur un homme qui avait été tourmenté d’un vice Vénérien après divers traitements mal dirigés, et qui avait surtout éprouvé des douleurs dans la région des lombes, dont il se plaignait principalement la huit, le péritoine épaissi de près d’un demi-pouce dans la partie où il recouvre ls vertèbres lombaires et se prolonge au devant des reins ; on y voyait diver- Ses fossettes d’où découlait du pus ; les autres parties du bas-ventre parais- Sient en bon état. » Cette courte observation est loin d'indiquer l’action certaine de la syphilis sur le péritome ; une affection osseuse avec foyer purulent (3) “St ici chose beaucoup plus probable.
Albert Puech (4) rapporte un autre cas de lésion péritonéale dont l’origine Kpécifique n'est pas mieux prouvée. Un homme, qui avait eu autrefois un Chancre, était atteint d’une exostose du tibia et présentait les caractères de la maladie bronzée, en même temps que différents symptômes indicateurs d'une Idysenterie chronique. Il succombe, et à l’autopsie on constate des ulcérations mombreuses très-petites dans l'estomac, beaucoup plus développées dans le
gros intestin, des collections dans le foie, les unes purulentes, les autres seuément ramollies, une intégrité parfaite des capsules surrénales. En dehors des points envahis par l’inflammation, la séreuse intestinale et mésentérique est
(1) Voyez Bull. de la Société anatomique, 1855, p. 26. — Voyez de plus, dans Virchow,
une observation où existe un rétrécissement du conduit de Wirsung. + (2) Anat. médicale. Ulcér. du péritoine, À. V, p. 126, 1803.
(3) Nous avons dans quelques cas rencontré en avant des vertèbres lombaires une ou plu-
Sieurs masses saillantes non suppurées, constituées par du tissu conjonctif et de la graisse, sans
altération notable de la membrane péritonéale. (4) A. Puech, Moniteur des hôpitaux, p. 1045, 1857.
à 256 | LA SYPHILIS.
parcourue, d'espace en espace, par des productions pathologiques particulières Ces productions, au nombre de trente ou quarante, sont constituées par d petites plaques arrondies, discoïdes ou quadrilatères, blanchâtres et légèremen saillantes, les unes de l’étendue d’une lentille, les autres de la largeur d’unc pièce de 20 ou de 50 centimes.
Dans ce fait, la nature syphilitique des lésions péritonéales ne peut être sù rement établie, car, indépendamment de leur multiplicité, ces lésions sont accompagnées d’altérations qui ne paraissent nullement spécifiques. Quoi qu’ilen soit, si la péritonite gommeuse ne peut être acceptée jusqu'ici, il n’en est pas de même de la péritonite membraneuse adhésive. Signalée par Simpson (d'Édimbourg) chez les nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire, cette dérnière affection n’est pas absolument rare chez l’adulte (1). Elle a pour caractère d'être partielle, de siéger au niveau des viscères et principalement à la surface du foie. On trouvera dans les observations ultérieures un certain nombre de ces péritonites partielles (périhépatite, périsplénite). Plus rarement cette affection se généralise tout en conservant les mêmes caractères, comme semble le démontrer le fait suivant que nous a communiqué le docteur Hérard. se
Exostoses des clavicules et de l’os malaire gauche. Tumeur gommeuse de la scissure de Sylvius. Foie atrophié et déformé. Phlébite adhésive de la veine-porte et péritonite membraneuse sans ascite. Hypertrophie de la rate, des glandes lymphatiques abdo minales et du corps thyroïde. Altération des reins.
Ops. XXVIIL. — Un homme robuste contracta, il y a plusieurs années, unë syphilis parfaitement caractérisée, Entré en 1861 à l'Hôtel-Dieu pour des exostoses multiples, il fut pris, pendant son séjour, de convulsions épileptiformes, et depuis lors sa parole resta embarrassée comme dans la paralysie générale. Reçu plus tard.
à Lariboisière, dans le service de M. Hérard, ce malade avait la parole lente ét difficile, sans paralysie notable, l’intelli sence faible; puis il présenta une ascite.
intermittente, de l’amaigrissement, un état cachectique et plusieurs érysipèles à la suite desquels il succomba. Sur l’obligeante invitation de M. Hérard et de M. Ranvier, son interne, l’autopsié fut faite par nous 36 heures après la mort. ”
Autopsie. — La surface de la peau, en” vahie par l’érysipèle, est couverte de nom= breuses sugillations. La paroi abdominales . antérieure adhère dans toute son éten- Fig. 4, — A, lobe droit du foie. — 4, lobe due aux anses intestinales, accolées entre
gauche. — D, vésicule biliaire. — ec, cica- elles, de façon à ne former St seul
trice avec dépression de la surface du foie, Paquet. Des fausses membranes peu lisses,
— d, autre cicatrice. — e, ligament sus. résistantes, blanchâtres et en apparence
penseur (4/4 de volume). anciennes, unissent ces différentes parties.
, Le foie est comme perdu au milieu des produits pseudo-membraneux, il n’a plus sa forme ordinaire. Le lobe droit, rapetissé, offre plusieurs dépressions rayonnées sur sa face convexe (fig. 4); sa consis-
(4) Voyez : Murchison, Affection syphilitique du Toie, du péritoine et de la dure-mèrês The Lancet, 30 nov. 1861. — EF, Wagner, dans Archiv der Heilkunde, 1863,
“ance est ferme, sa coloration d’un jaune terne, sa sur “on constate la présence de cicatrices étoilées, r Mnrasculaire comme ecchymosé en certains points, et d’où partent des prolon- “sements fibreux (fig. 5 et 6). Les cellules hépatiques manquent en plusieurs endroits. Le petit lobe et les éminences portes sont réduits à une languette d'aspect ! Ù 5 : : { & k » r . , ibreux lardacé, d une longueu de 0®,05 sur 0",01 ou 0m,09 4 épaisseur. C'est la trame fibr euse du foie qui est, en somme, le foyer de cette altération lent la présence de cicatrices et une déformation caractéristique.
face chagrinée. A la coupe ésistantes, constituées par un tissu
que révè-
Hig. 5. — c’, coupe verticale de Ja cicatrice Fig. 6. — À, #, cicatrices dans 8. 0. LE
| À vueenc (fig. 4). l'épaisseur même de la substance hépatique.
«Le tronc de la veine porte et la plupart de ses branches sont presque complétement oblitérés par des fausses membranes ou des cordons fibreux parsemés de “aches noires pigmentaires. Les parois de ce vaisseau sont épaissies et vasculaires sur plusieurs points, ce qui porte à croire à l'existence d’une phlébite liée à la mème cause qui à amené l’altération du foie, La rate adhère aux parties voisines ; sa capsule, épaissie en plusieurs points, orésente çà et là des taches laiteuses d’où émanent de petits prolongements “ibreux. Les ganglions mésentériques sont volumineux, fermes et blanchâtres au “oisinage du foie et du pancréas; ailleurs, ils sont plus gros, plus mous et d’une inte rougeâtre ; mais c’est surtout dans la région du bassin que ces glandes sont manifestement altérées dans leur volume, leur consistance et leur coloration. Le corps thyroïde est hypertrophié. Le pancréas est petit et dur. Les reins, augmentés le. volume, sont affectés de dégénérescence amyloïde légère. Les testicules sont ‘éduits de volume, ils offrent une coloration jaune foncé; les canalicules spermaiques sont altérés. Les poumons sont œdématiés à leur base ; un noyau crétacé du rlume d’un pois se rencontre au sommet droit, quelques noyaux semblables sont tépandus à la surface des lobes.
Les os du crâne sont épaissis et friables. La dure-mère adhère en un point à la ubstance cérébrale ; la pie-mère est le siége de taches laiteuses, le liquide céphalo- “achidien est abondant. La substance cérébrale, d'aspect normal, ne parait pas utérée ; cependant, au niveau du point où adhère la dure-mère, on constate une vetite excavation pouvant recevoir l'extrémité du pouce et qui contient une JQuillie jaune (pl. IT, fig. 7); tout autour la pulpe est ramollie et jaunâtre, plus oin elle est rougeâtre et très-vasculaire. La substance jaune est constituée par des ranulations graisseuses abondantes et des corpuscules granuleux probablement lorigine conjonctive. Les éléments nerveux de la substance grise sont altérés, les ubes détruits ou cassés. Dans d’autres parties, l'élément conjonctif a subi une iyperplasie notable, que l’œil seul a peine à soupçonner (1).
Ce fait n’a pas besoin de commentaires, l'infection syphilitique est ici manieste, tant à cause des antécédents du malade que des caractères particuliers
(1) Cette observation a été publiée dans Gaz. hebd., p. 59, 1864. LANCEREAUX. — Syphilis, 2€ édit. 17
des altérations rencontrées à l’autopsie. Les déformations cicatricielles du foie et la lésion de l’encéphale ne laissent aueun doute à cet égard. Quant à la pés ritonite, il y a également lieu de l'attribuer à la syphilis, vu la fréquente coïneidence de cette altération avec les lésions syphilitiques du foie, et l’absence d’une cause qui puisse en expliquer la genèse,
Un point de physiologie pathologique digne d’être noté dans cette observation cest, malgré l’oblitération presque complète de la veme porte, le défaut d'épans chement péritonéal, Ce fait rare nous paraît trouver son explication, indé pendamment de la dilatation des veines de la paroï abdominale, dans ladhés rence de la paroi abdominale antérieure à la masse intestinale où même à colonne vertébrale, dans l'existence de fausses membranes dont l’organisation parfaite a pu contribuer à la résorption de la sérosité antérieurement épanchée: Ajoutons que, dans les faits de syphilis viscérale rapportés plus loin, la pére tonite, lorsqu'elle existe, se présente loujours avec les caractères qu’'elleeà dans l'observation précédente. Aucun fait ne démontre qu'une péritonite aiguë suppurative soit jamais survenue dans ces conditions. Il est encoremà l’état d’hypothèse que la substance ramollie d’une gomme hépatique se soit déversée dans la cavité du péritoine et lait enflammée.
La péritonite tuberculeuse et certains cas de péritonite membraneuse chronique; tels que ceux qui s’observent chez les individus adonnés aux boissons alcools ques, ne sont pas sans analogie avec la péritonite syphilitique. L’ascite, dans tous ces cas, peut cesser d’exister à un certain moment; mais si les désordres svmptomatiques sont peu dissemblables, reconnaissons que les commémoratifs et les troubles concomitants sont toujours différents. En effet, si le foie et rate sont généralement augmentés de volume dans les cas de péritonite syph litique, les poumons sont le plus souvent lésés dans la péritonite tuberculeust et, en même temps que ia péritonite alcoolique, il existe habituellement dés pituites stomacales, des crampes, des fourmillements, de l’anesthésie aux extrémités des membres, ete.