ART, IX. — APPAREILS DES SENSATIONS SPÉCIALES
$ 1. — Appareil de l’olfaction.
La membrane muqueuse, les os, les cartilages, les nerfs olfactifs, tous les tissus, en un mot, qui concourent à la formation de cet appareil, peuvent être isolément ou simultanément affectés de syphilis tertiaire. Fidèle à notre
LA
plan, nous étudierons les lésions propres à ces diverses parties.
RHINITE SYPHILITIQUE ULCÉREUSE, OZÈNE /SYPHILITIQUE.
Une forme des plus graves parmi les inflammations ulcératives des membranes muqueuses est la rhinite syphilitique, affection d'autant plus sérieuse qu’elle est fréquemment méconnue et qu’on ne s'aperçoit souvent de son existence que lorsqu'elle a fait des ravages irréparables. Dans le principe, le malade ressent de | l'embarras dans l’une des narines avec sensibilité et douleur fixe sur un point particulier; il présente les Symptômes de l’enchifrènement et de l’état catarrhal, il expulse de temps en temps une croûte poreuse, noirâtre, teinte de sang à la surface ; un liquide séreux, inodore, à peine coloré, est sécrété en même temps que du mucus. Plus profonde et plus étendue, cette altération donne lieu à l’écoulement permanent d’un liquide séro-sanieux d'autant plus fétide que des parties plus profondes sont affectées. Vient-elle à occuper l’orifice antérieur des fosses nasales, on aperçoit, sur la cloison ou à la face interne des ailes du nez, une croûte jaunâtre qui recouvre un ulcère arrondi et comme fonsueux. Est-elle plus élevée, l'emploi du rhinoscope devient nécessaire pour
(1) Voy. L, Gros et Lancereaux, Des affection ” TS ; 1864. — Laboulbène, Des ’ fections nerveuses Syphilitiques, p. 65. Paris,
viscéralgies. Thèse d’agrégation. Paris, 1860.
l'examen des ulcérations et des végétations de l’orifice postérieur des fosses nasales et de la paroi supérieure de l’espace naso-pharyngien. Dans trois cas observés par Türck, les ulcérations de l’espace naso-pharyngien étaient accompagnées d’une lésion analogue de la paroi postérieure du pharynx.
Que l’altération de la membrane de Schneider entraîne la destruction de l’os et du cartilage sous-jacent, ou que ces parties soient primitivement lésées, on voit trop souvent des portions considérables d’os ou de cartilages dénudés se détacher et être expulsées. Le liquide qui s'écoule dans ces conditions est d’un noir sale et de la plus grande fétidité, l’odorat est affaibli ou totalement perdu, les parties qui avoisinent les ulcères se tuméfient, deviennent rouges et douloureuses, le nez change de forme, il s’affaisse et s’aplatit {nez de punais) si la cloison est attaquée. Dans d’autres circonstances, la peau qui recouvre les cartilages du nez s’enflamme, et reste quelque temps rouge et sensible, puis surviennent de petits ulcères qui par leur réunion ne font bientôt plus qu’une seule plaie; les cartilages sont à peu près détruits, et le nez prend une forme effilée un peu crochue, qui lui a valu la dénomination de nez de mouton. Ces diverses altérations, qui finissent par l'élimination des os et des cartilages, étaient déjà connues de Baillou qui écrivait (1): « Il est une espèce d’anosmie qui vient dans le troisième temps de la vérole, lorsque l’intérieur des narines a été rongé et ulcéré. » C’est à ces altérations que l’on a donné le nom de nécrosie syphilitique (2). Signalons encore des tumeurs gommeuses analogues à celles que l’on observe dans le larynx; ces tumeurs, à part les désordres directs qu’elles déterminent, sont une cause d’altération secondaire des tissus osseux et cartilagineux (3).
Les affections dépendantes de la morve, du farcin et de la scrofulose, se rapprochent, par quelques-uns de leurs caractères, des lésions syphilitiques des fosses nasales. La rhinite morveuse se distingue toutefois à son début par là présence, sur la muqueuse nasale voisine de lorifice antérieur, de petites pustules arrondies, entourées d’un cércle rosé, et plus tard par des ulcérations Sanieuses différentes de celles qu’engendre la syphilis. Les lésions spéciales à là scrofulose, lentes dans leur évolution comme les accidents syphilitiques, Sont plus difficiles à distinguer de ces dernières manifestations. Les commémoratifs et ce fait que les ulcérations scrofuleuses des fosses nasales succèdent le plus souvent au ramollissement de dépôts tuberculeux, sont des circonstances Qui viendront en aide au diagnostic. Déjà, par les douleurs qu'elle détermine, là céphalée qui l'accompagne ordinairement (4) et l’odeur infecte qu’exhalent les fosses nasales, la rhinonécrosie syphilitique ne peut être confondue avec là rhinonécrosie typhique, dont elle diffère du reste par sa marche et par la nature des manifestations antécédentes ou concomitantes. Ces manifestations constituent à peu près la seule donnée qui puisse servir à reconnaître l’anosmie syphilitique provenant d’une altération des nerfs olfactifs.
Les affections nasales syphilitiques ne mettent pas par elles-mêmes l'exis-
(4) Baillou, Paradigma, n° 47, et Sauvages, trad. franç., t. IT, p. 213. É
(2) G. Lagneau, dans Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie, p. 441. Paris, 4860.
(3) Saint Arroman, Thèse de Paris, 1858, p. 18.
(4) Fréd. Hoffmann, t. III, p. 442 et p. 198. — B. Bell, t. Il, p. 146. — Lagneau, Gaz. hebd., p. 411, 1863.
LANCEREAUX. — Syphilis 2e édit, 25
. n , | tence en danger ; mais il faut savoir que, lorsqu'elles sont profondes et qu’elles attaquent les os, elles peuvent être suivies d’une résorption putride ou puru= daLLat J u = ; . > A à lente, ou tout au moins d’une déformation du nez et d’une gêne des fonctions,
de la respiration.
NÉVRITE OLFACTIVE. |
Quelques faits établissent l’envahissement possible des nerfs olfactifs par la syphilis ; nous citerons une observation de Bayle et Kergaradec (1) où ces nerfs sont détruits, un cas de Virchow où ils sont comme perdus dans une désor= wanisation considérable du cerveau. Le travail qui nous est commun aveedé te) / 6 docteur Gros contient des faits analogues. Malheureusement les désordres fonttionnels ont été la plupart du temps mal observés; mais les expériences phy= siologiques relatives aux nerfs olfactifs sont trop explicites pour qu'on puisse se refuser à admettre leur altération sans une anosmie partielle ou totale,
$ 2. — Appareil de la vision.