‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 52 sur 98 · LÉSIONS DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES PAUPIÈRES

Les paupières sont diversement affectées par la syphilis. Cullerier, Mackensie (2), Ricord (3) et plusieurs autres, observateurs ont vu des chancres de ces

(1) Arch. de méd., t. X, p. 536. 1857. Ce mémoire contient dix observations dont deux sont personnelles à l’auteur. |

(2) Traité des maladies de l'œil, trad. franc. de Warlomont et Testelin, t. I, p. 474. Paris, 1856. |

(3) Ricord, Lettres sur la syphilis, 2° édit, — Desmarres, Traité des malades de yeux,

parties produits par des baisers ou par les doigts d’une personne infectée ; un fait de ce genre nous a été rapporté par le docteur Alph. Desmarres. Le chancre des paupières est généralement induré et accompagné d adénopathies préaurieulaires et sous-maxillaires, ce qui lui constitue un signe précieux de diagnostic. L'importance de ce diagnostic est grande, car on conçoit combien fâcheuse serait une erreur qui conduirait à enlever ce chancre dans l’idée qu il s agit d’un épithélioma. Les lésions syphilitiques secondaires de la conjonctive et des paupières diffèrent peu, nous le savons, des éruptions de la peau, avec lesquelles elles coexistent souvent. Dans la période tertiaire, la surface extelss des paupières est quelquefois le siége d'une syphilide ulcéreuse ou même serpigineuse, qui, par la rétraction cicatricielle qu'elle détermine, est capable d'amener un ectropion, accident qui peut encore survenir à la suite des tumeurs gommeuses. Lawrence a vu les paupières tendues et douloureuses, couvertes d’ulcérations arrondies grisâtres dont le point de départ avait été un tubercule cutané. Il importe de ne pas confondre ces diverses lésions avec les ulcères cancéreux.

Les lésions tertiaires des paupières n’intéressent pas seulement la peau etsle tissu sous-cutané, elles affectent quelquefois aussi la conjonctive. Un cas d’alté: ration gommeuse de cette membrane a été rapporté par Magni de Bologne (4); mais il ne parait pas à l'abri de toute contestation. Une jeune fille we dix-huit ans, à la suite d’une blennorrhagie et d’ulcères , eut une éruption cutanée et une iritis; six mois plus tard, œdème des paupières, larmoiement, douleurs étendues aux deux yeux, continues, avec exacerbation nocturne; photophobie intermittente. Plusieurs tumeurs du volume d’une tête d’épmgle et d’une lentille, de forme hémisphérique, sont situées sous la conjonctiveset participent à ses mouvements, à l’exception de l’une d'elles qui repose si le périmètre de la cornée. Ces petites tumeurs sont blanchâtres à leur pointe et rouges à leur base; dans les espaces libres de la conjonctive, il existe une injection des vaisseaux radiés qui forment des groupes ayant chacun pour centre une de ces tumeurs, et le tout ressemble beaucoup aux exsudats qu'on observe dans la conjonctive scrofuleuse. Comme les tumeurs augmentaientde volume avec une grande rapidité, le professeur Magni se décida à faire l’exei= sion de l’une d'elles, et il constata à l’examen microscopique la présence d’une quantité de jeunes cellules au milieu d’une masse granuleuse. Un trai: tement spécifique parvint à faire disparaître au bout de plusieurs mois seu lement ces nouvelles productions. Cependant un fait rapporté par Estlander (2) semble mettre hors de doute l’existence des gommes sous-conjonttivales.

L'ulcère syphilitique des paupières, quand il se prolonge jusqu’à la cornée, peut altérer cette membrane ; mais, en dehors de ce cas, la cornée subit par lois les atteintes plus directes de la syphilis. Hutchinson a montré qu'une va-

t. 1, p. 621. — J. Rollet, Traité des maladies vénériennes, p. 693. Paris, 1866. — Laroyenne, Gaz. méd. de Lyon, 1855, p. 530. — Després, Gaz. des hôpit., 1865.

(1) Kerato-conjunctivitis, in Giornale d'oftalmologia italiano, 1863, et Annales d'oculistique, t. 1, p..118, 1864. — Comparez J. Windsor, British med. Journ., 3 juin 1865. . (2) Estlander, Gummose Geschwulst unter der conjunctiva bulhi, Mon.-bl. f. Augenheilk:, VII, 259, 1870, et Schmidt’s Jahrb., t. CL, p. 77.

riété de kératite chronique, propre à l’enfance, se lie incontestablement à la syphilis et non pas à la scrofulose, ainsi qu'on avait pu le supposer. Rare dans Jes cas de syphilis acquise, cette affection est, au contraire, une manifestation fréquente de la syphilis héréditaire, et, pour ce motif, nous nous proposons d'en donner la description plus loin.

Avec l’iritis tardive coexiste quelquefois une variété de kératite caractérisée par la présence de petits points blanchâtres, circonscrits à la face postérieure de la cornée (kératite pointillée profonde); mais cette altération ne peut nous arrêter, pas plus que les affections de la choroïde, qui ont été étudiées ailleurs {voyez p. 161 et suiv.). |

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