‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 60 sur 98 · ART. IV. — MODES D’ÉVOLUTION ET PHYSIONOMIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ART. IV. — MODES D’ÉVOLUTION ET PHYSIONOMIE GÉNÉRALE

Après avoir analysé et décrit isolément les lésions de la syphilis héréditaire, il importe de jeter un coup d'œil général sur cette maladie, d'en Suivre la marche et l’évolution. Développée pendant la vie intra-utérine, la Syphilis a pour effet ordinaire de produire l’avortement vers le sixième ou le Septième mois de la grossesse. Quoique contesté par quelques auteurs comme de Blégny, Acton et Huguier, qui accusent l’immoralité ou les excès, s'ils ne rendent le mercure responsable du mal, ce fait n’en est pas moins exact, ainsi que l’établissent un très-grand nombre d'observations où le mercure est venu mettre un terme à des avortements multiples. Après la naissance, la syphilis héréditaire revêt la plupart des formes de la syphilis accidentelle, l'accident primitif excepté. Les manifestations dites secondaires apparaissent d'abord, puis viennent les lésions tertiaires; mais cette règle souffre des exceptions, et l’ordre de succession qui préside au développement de la syphilis

4) Affect. nerv. syphilitiques, p. 207. Paris, 1862. | c be ie Jackson, Cases of diseases of the nervous system in patients the subjects of

inheredited syphilis. London, 1868.

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acquise est loin d’être aussi constant dans la syphilis héréditaire. Que la période secondaire ait eu ou non son évolution pendant le cours de la vie intra-utérine, on n'observe parfois que des manifestations tertiaires ; d’autres fois, et le plus souvent peut-être, manifestations secondaires et tertiaires coexistent, car, à côté de syphilides généralisées, on rencontre des lésions viscérales peu différentes de celles de l’adulte. Ge fait doit peu nous étonner ; ila

sa raison, semble-t-il, dans l’âge des malades; on l’observe quelquefois chez

l'enfant dont la syphilis est acquise (Roger). |

Au moment de sa naissance et pendant les premiers jours qui suivent, l’enfant paraît jouir d’une santé parfaite; mais bientôt apparaissent des symptômes qui révèlent la maladie dont il est atteint : c’est d’abord une gêne de la respi= ration par le nez, une sorte d’enchifrènement que l’on ne manque guère d’attibuer au froid. Des gerçures, des fissures se montrent au voisinage des

ouvertures naturelles, et puis se manifestent à la surface de la peau quelques” unes des éruptions ci-dessus décrites. Toutefois, ainsi que Rosen le faisait

déjà remarquer, ces symptômes ne se rencontrent pas tous chez le même sujet, l’un en présente plus, l’autre moins. Pendant ce temps, la santé géné

rale est languissante, l'enfant souffre et maigrit, il a de l’insomnie, son cri se

modifie, et lorsque à cet état s'ajoutent des lésions viscérales, il tombe dans la cachexie et le marasme. « Le visage, dit le professeur Trousseau (1), est

d'un ton bistré spécial; il semblerait qu’on a passé sur les traits une légères

couche de mare de café ou de suie délayée dans une ample quantité d’eau, ce

? 2 A 0 ,. \ . . . . « nest ni de la päleur, ni de l’ictère, ni le jaune paille des autres cachexies; cette teinte, beaucoup moins foncée, mais presque du même ton que le mas

que des accouchées, s'étend à peine au reste du corps... Les cils ne se sont pas développés ou sont tombés: les paupières sont souvent éraillées, et à

l'angle externe ont quelquefois des fissures comme celles que l’on voit aux.

lèvres où à l'ouverture des narines. A la place des sourcils, dont les poils sont tombés, vous voyez une tache jaunâtre, bistrée, avec production considérable de squames, et ces mêmes taches bistrées, qui ne sont en définitive que du Psoriasis, se retrouvent surtout au menton, autour de la bouche... » En

même temps l'enfant est chétif, malingre, amaigri, cachectique. S'il était pris

mitivement robuste et bien organisé, il s’affaiblit, devient triste, maigrit peu et reste plutôt bouffi; ses fonctions digestives sont habituellement troublées, il a des vomissements, une diarrhée fréquente et rebelle, quelquefois sanguinolente ; la débilité est telle que la mort peut être le résultat d’une syncope, Si elle n’est l'effet du marasme ou d’une complication comme l’érysipèle et la pneumonie, affections qui sont presque toujours fatales. La guérison n’est Pas à espérer quand la syphilis se développe au moment même de la naissance, elle est rare lorsque la maladie survient pendant les premiers mois del existence. Cependant, il est des enfants qui n’ont tout d’abord que des €ruplions superficielles, | se tellement bien , que leur mère les croit entièrement guéris. Rene La : savoir que ie état de bien-être est ordinairement momen-

; > survient des lésions le plus souvent symétriques des yeux

(1) Clinique médicale de l'Hôlel-Dieu, t. 1, p, 665. Paris, 1862.

Un coryza où une stomatite légère, et qui, ensuite.

kératite, choroïdite, amaurose), de la peau ou des muqueuses (ulcères erpigineux ou phagédéniques), des os {périostoses, exostoses, etc.) Ces sanifestations séparées les unes des autres par un état de santé apparente appellent l'état latent de la syphilis acquise.

Au fur et à mesure qu'il avance en àge, l'enfant atteint par le germe yphilitique présente des manifestations qui tendent de plus en plus à se miter et à se rapprocher des accidents de la syphilis acquise. Les viscères, > foie, le poumon (Obs. XLIII), le cerveau peuvent en être le siége. lalheureusement ces accidents, d'autant plus difficiles à rattacher à leur éritable origine que l'individu qui les porte est plus âgé, passent trop ouvent inaperçus; pour arriver à les soupçonner, il est de la plus grande mportance de bien connaître les modifications que ne manquent guère le laisser à leur suite les premières manifestations de la svphilis hérélitaire. Souvent, en effet, la physionomie de l'individu qui a hérité de a syphilis offre quelque chose de particulier, de typique pour ainsi dire. a peau, de teinte sale, pale ou plombhée, est épaisse, rude et flasque ; ärement elle présente la belle coloration claire des personnes scrofuleuses. jur le visage on aperçoit des cicatrices qui occupent de préférence les ingles de la bouche, d’où elles rayonnent sur les joues. Le front est d’hajitude large et proéminent au niveau des régions des bosses frontales, et jarfois une large dépression existe un peu au-dessus des sourcils ; les cheeux sont clairs, secs et fendus à leurs extrémités. Le nez a sa racine large, ifalée ou même enfoncée. Les dents permanentes ou de la seconde dentijon présentent un aspect tout spécial (voyez fig. 12). Les incisives cenrales supérieures se font remarquer par leur forme comme par leur cooration et leurs dimensions. Tout d’abord, ces dents sont courtes, étroites d'un côté à l’autre, très-minces au niveau de leur bord libre ; après UD pig. 41. — Malformation syphilitique des dents certain temps, une portion de ce bord, permanentes, d’après Hutchinson. sous forme de croissant, se brise et laisse une échancrure large, profonde, verticale, qui persiste pendant -plu- Sieurs années et qui disparaît vingt à trente ans plus tard, par suite de l'usure prématurée de la dent. Ces deux incisives tantôt convergent l’une vers l'autre, tantôt sont écartées et nettement séparées. Elles sont parcourues par des dépressions ou encoches horizontales, mais qui ne sont en aucune façon constantes.

* Quelquefois intacts et brillants, les yeux présentent, d’autres fois, la trace d'une altération ancienne ou récente, des synéchies avec ou sans déformation de la membrane irienne, une kératite interstitielle chronique. L'importance de cette dernière lésion est telle, que beaucoup d’auteurs tendent à en faire un signe pathognomonique de l'hérédité syphilitique, et comme elle coïncide souvent avec la modification du système dentaire, il arrive que la réunion de ces deux conditions ne manque pas d’avoir un grand poids dans la balance du diagnostic. Ces modifications locales s’accompagnent généralement d'un état de faiblesse relative mentionné par la plupart des auteurs, et dans quelques cas

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il s’y ajoute un arrêt de développement de tout individu, ou seulement d’un ou de plusieurs organes. Ces déviations de type, conséquences ordinaires de lésions matérielles survenues où dans le cours de la vie intra-utérine, ou plus tard pendant les premières années de l'existence, méritent de fixer l’attention. Une observation rapportée plus haut, page 330, nous montre un arrêt de développement des organes génitaux, et les faits qui suivent sont des exemples de malformations non moins graves, qui mettent hors de doute la dégénérescence de l’espèce humaine par la syphilis.

Syphilis héréditaire tardive. Idiotie, épilepsie, microcéphatie. Os. LIV. — La femme X.... d’une santé en apparence bonne, fut traitée par

moi pour des névralgies et une alopécie, alors que je remplaçais le docteur Martelière, médecin du bureau de bienfaisance du deuxième arrondissement. Cette

femme, qni pense que son mari a été atteint de syphilis, n’affirme pas qu’elle ait été pour son compte exempte de tout accident lié à cette maladie. Elle a eu quatre enfants, dont l’un est mort à sept ans, un autre à trois ans, et un troisième à l’âge de deux ans ; elle a fait quatre fausses couches, dont trois à sept mois et demi, et la quatrième à deux mois, Le seul enfant qui lui reste est âgé de douze ans et paraît avoir au plus six à huit ans. Sa tête est extrêmement petite, et déjà les os du crâne paraissent soudés entre eux, }

Cet enfant marche à la condition qu’on le conduise ; il est à peu près complétez

ment dépourvu d'intelligence et de mémoire. Il ne parle pas, et c’est à peine si on parvient à lui faire dire un et deux. Il ne peut sortir sa langue de sa bouche, bien que cet organe ait toute sa mobilité. Entêtement, habitudes de masturbation, et depuis l’âge de deux ans accès épileptiformes. Les organes de la vue et de l’ouie sont intacts, le nez un peu gros et aplati. Les deux premières incisives sont crénelées et parsemées de petites dépressions, les deux autres incisives et les canines

sont à peines sorties de leurs alvéoles. Il existe un véritable arrêt de développe=

ment de la dentition. A la partie supérieure du tibia, trajet fistuleux, nécrose

diode.) plusieurs mois. (Sirop d’iodure de fer. Applications locales de teinture ‘iode,

Syphilis héréditaire et malformations diverses.

Os. LV. — La nommée D... âgée de vingt-cinq ans, entre à l’Hôtel-Dieu en mars 1863. Cette malade à perdu son père de la poitrine ; sa mère a succombé à un cancer de l'estomac. Bien portante jusqu’à l'epoque de son mariage (seize ans), elle s'aperçut, environ un mois plus tard, de quelques boutons aux parties génitales, qui bientôt furent suivis de roséole et d’angine (pilules, sirop de Cuisinier, salsepareille). Elle fit une fausse couche à six mois. Une deuxième grossesse eut lieu, et elle accoucha à neuf mois d'un enfant aujourd’hui vivant. Cet enfant,

très-maigre à sa naissance, ne put être nourri par sa mère. Il ne parait avoir pré=

senté pendant les premières années de sa vie aucune éruption cutanée. Plus tard il eut une rougeole et présenta au cou une tumeur dure qui se termina par suppuration. Agé aujourd’hui de dix ans, il a depuis deux ans une kérato-conjonctivite qui trouble très notablement la vision. Opaque en plusieurs endroits, la cornée est

de plus exulcérée. Les paupières, soudées aux angles internes et externes, laissent un orifice qui permet d apercevoir au plus le champ de la cornée. Les dents incis

sives sont bicuspides, larges et courtes, striées en travers. Développement général très-incomplet, tête petite, propension à la colère.

Madame D... eut une troisième srossesse et accoucha à sept mois d’une petite

fille. Agée aujourd'hui de neuf ans, bien portante, celle-ci a le nez aplati à la base,

les dents écartées et bifides. Depuis lors il y a eu trois nouvelles grossesses dont:

deux à terme, Les enfants sont morts au bout de deux jours, La troisième gros-.

fl

“fique.

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