‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 67 sur 98 · ND · texte numérisé non relu

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(2) Clinique médicale, t. AK, p. 769. Paris, 1862. (3) La mère peut-elle transmettre au fœtus la diath

èse acquise pendant la grossesse ? (Journal de méd. de Bruxelles, janvier et février 4856, p. 1 16, et Gaz. hebd., 1856.)

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été transmise, puisque les produits se trouvaient très-bien portants huit et dix semaines après la naissance. Tel est l'état de la question relative à la contamination du fœtus par une mère infectée pendant le cours de sa grossessé, Cette question n'est donc pas définitivement résolue. Un fait qui s'est présenté à notre examen donne la mesure des difficultés que l’on rencontré en pareil cas. Une jeune femme de dix-huit ans est infectée deux moIs après le début de sa grossesse, elle accouche au huitième mois d'un enfant mort né, mais qui ne présente aucune trace d'altération. Doit-on regarder cet enfant comme syphilitique ? Evidemment les preuves manquent, et une con clusion serait prématurée.

Transmission syphilitique du fœtus à la mère. — De grandes autorités méde cales s'accordent à admettre cette forme de contagion sans se dissimuler difficulté qu'elle présente. Ricord, Depaul (1), Bazin (2), S. Cooper, Maisonneuve et Montanier, Hutchinson (3), Balfour (4), de Méric (5), sont de cet avis, que partagent encore Lafont-Gouzy (6), Putegnat de Lunéville (7}, et que semblent appuyer les observations de Semanas (8), de M. Robert (9), de Diday (10) et dé Bryant (11). Les faits connus peuvent être rangés sous deux chefs. Dans les uns, ceux de Semanas, de Bazin, de Beyran (12), et quelques-uns de Diday, il s'agit de manifestations secondaires survenues plusieurs semaines ou plusieurs mois après l'accouchement; dans les autres, la syphilis s'est montrée pendant le cours même de la grossesse. L'objection à laquelle prêtent les premiers, c’est que la contamination a pu s’opérer au moment même de l'accouchement ; celle que soulèvent les seconds, est que la gestation a été la cause occasion= nelle et non la cause efficiente de la syphilis, l'accident primitif ayant passé inaperçu, comme cela est arrivé, du reste, dans l'observation IV du mémoire de Rollet (13). Même objection encore pour les trois observations de Balfour, où on vit reparaître des accidents syphilitiques semblables dans plusieurs grossesses successives. Plus loin, quand nous ferons connaître l'influence de la grossesse sur les éruptions syphilitiques secondaires, on jugera mieux encore de la réserve qu'il convient d'apporter dans un tel sujet. Jusqu'à présent done on ne peut admettre comme certaine l'infection de la mère par le fœtus; j'ajouterai que j'ai vu des femmes n'ayant jamais été infectées accoucher d’ens fants syphilitiques et ne rien manifester.

(1) Depaul, Mémoire lu à l’Académie de médecine, le 19 avril 4851 (Bulletins de l'Académie). — Noyez J. Behrend, Syphilidologie, t. 11, p. 264. Erlangen, 1859,

(2) Leçons sur les syphilides, 1859, p. 45. IT

(3) Medical Times and Gazette, 1856, et Gaz. méd., 1857, 646.

(4) Edinburgh med. Journ., 1856, et Gaz. méd., 1857, p. 754.

(5) De Méric, Lettsomian lectures, The Lancet, sept. 1858.

(6) Lafont-Gouzy, Journ. de méd. de Toulouse, avril et mai 1854.

(7) Putegnat, Hist. et thérap. de la syph. des nouveau-nés, 1854, p. 114 (8) Semanas, Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 777. t e (9) M. Robert, Nouveau traité des malad, vénér, P (10) Diday, Loc. cit. et Exposit. des nouv. doctr. (11) Bryant, Transmission de la syphilis à la

Gazette, july 27, 1879.

ré SRE LA Pre de la syphilis du père au fœtus et du fœtus à la mère (Union (13 |

aris, 1861, p. 680.

sur la Syphilis, p. 466.

mere par l'œuf malade, Med. Times and

Rollet, Recherches sur la Syphilis, 1861, p. 180.

ÉTIOLOGIE. LS1

Le lait. — Vernois et Becquerel, dans des recherches intéressantes sur la composition du lait de la femme pendant l’état de santé et l'état de maladie, ont reconnu que dans le lait de la femme syphilitique le beurre diminue beaucoup, tandis que les sels augmentent hors de proportion et que la densité s élève extraordimairement. Bien que ce liquide, vu au microscope, n'offre rien de particulier, on se demande s'il n'est pas contagieux. Stahl et la plupart des syphiligraphes des derniers siècles soupçonnaient l'infection syphilitique par le lait. Catanée (1), Paracelse, Ambroise Paré (2) et bien d'autres v croyaient fermement. Astruc, Fabre, Doublet, Bell, Mahon, Bertin, Cooke, étaient de la même opinion. Cette opinion fut professée plus récemment par Lane, Parker, Putegnat de Lunéville (3), Melchior Robert et Ricordi de Milan. Cependant Hunter, Swediaur et Nisbett nient ce mode de communication que Barbantini, Dugès (4), Venot, N. Guillot, Ricord et Nonat ne veulent point mettre au rang des causes infectantes.

Deux opinions contraires sont donc en présence ; les assertions ne manquent pas, mais 1l y a peu de faits à l'appui. Suivant nous, on ne peut croire aujourd hui à l'infection par le lait comme l’entendaient les anciens, car tout porte à voir dans les observations invoquées pour soutenir cette doctrine une contamination par des accidents secondaires développés sur le sein des nourrices et restés Inaperçus. Doit-on accepter avec plus d'assurance les observations des modernes ? Melchior Robert donne comme parfaitement concluants deux faits qui sont loin de satisfaire un observateur rigoureux :

Une nourrice mère, n'ayant aucune maladie vénérienne, allaitait un enfant bien portant, lorsqu'elle eut des rapports avec son mari infecté depuis peu. Un mois et demi plus tard, taches confluentes sur le corps de l’enfant, mêmes taches sur le corps de la mère et, de plus, céphalalgie. Les mamelons et la bouche étaient sains; l'enfant n’avait ni plaie, ni cicatrice, ni ganglions engorgés.

M. D. confie son enfant à une nourrice jeune ct fraiche, qui perdait ses cheveux et qui était couverte de boutons aux bras et aux mains. Cependant le mamelon, examiné avec soin par M. D..., n’offrait aucune lésion. Deux mois plus tard, la nourrice est renvoyée, et, quinze ou vingt jours après, l'enfant portait à l’anus six boutons humides, qui n’étaient autre chose que des plaques muqueuses ; il y avait en outre des taches sur Le corps, mais aucune ulcération ou cicatrice à la bouche, et pas d'engorgement ganglionnaire aux aines ni au cou.

Pour faire admettre ces faits en toute assurance, il eût fallu suivre plus attentivement les petits malades. Qui ne voit qu'il a été impossible de surveiller avec un soin suffisant ces deux enfants, observés du reste à une époque beaucoup trop avancée de l'infection ?

À l'appui de l'opinion opposée, Cullerier lut, en 1850, à l'Académie de mé-

(4) Lac enim quum ex sanguine generetur, malam sapit qualitatem in sanguine præexistentem.

(2) Les enfants allaictant nourrices vérolées en sont infectés, attendu que le lait n'est que sang blanchi, lequel estant infecté de virus ct l'enfant en estant nourri en prend les mêmes qualités, etc. (Œuvres complètes, Lyon, 1692.) ,

(3) Putegnat, Hist. et (hérap de la syph. des nouveau-nés. Paris, 1854, p. 102.

(4) De l’innocuité du lait des nourrices atteintes de syphilis pour les enfants qu'elles nourrissent. Thèse de Paris, 1852, n° 37.

LANCEREAUX. — Syphilis 2e édit, 31

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decine (1), cinq observations de nourrices infectées dont les ROuTTISSOUS l'estèrent sains; mais ces faits laissent à désirer, en ce sens qu il n'est pas prouvé que les enfants, malgré leur bonne apparence, ne fussent pas syphilitiques. Padova (2) a cherché à éclaircir cette question du flambeau de l'expérience. À la fin de 1865 etau commencement de 1866, cet observateur à inO= eulé deux fois à un médecin, quatre fois à des nourrices saines, du lait pris sur des nourrices atteintes de syphilis (plaques muqueuses, éruption générale papuleuse, ecthyma), et l'inoculation faite , tantôt par piqüres, tantôt en déposant. le lait à la surface d'un vésicatoire, tantôt en Pinjectant sous la peau avec la seringue de Pravaz, à constamment donné un résultat négatif.

La conséquence à tirer de ces faits, c'est que si jusqu'ici l'innocuité absolue du lait d'une mère infectée à un enfant sain n’est pas parfaitement prouvées il n'est pas prudent de laisser teter une nourrice syphilitique, si l'on tient à mettre la santé de l’enfant hors de tout danger.

Le sperme. — Les anciens syphiligraphes attribuaient une qualité virulente à la liqueur séminale des syphilitiques ; mais depuis Hunter, le liquide spers matique, comme tous les produits de sécrétion physiologique, ne passe plus pour être contagieux. Cependant, dans un mémoire publié en 1857, Porter (3) prétend que la semence d'un homme infecté peut, sans intervention de gross sesse, développer chez une femme saine une infection en dehors de toute espèce d'accident primitif. Parmi les faits qui servent à étaver cette propos sition, il en est deux qui ne sont rien moins que concluants ; mais les deux autres méritent d'être rapportés en raison de la difficulté du sujet et de som importance. Les voici :

Un homme se marie, supposant qu'il est parfaitement guéri de la vérole; huit mois après, sa femme est atteinte de symptômes constitutionnels, sans trace d'accident primitif et sans être enceinte. Le mari n'avait présenté aucun nouvel accident.

Un homme cut la vérole trois mois avant son mariage ; accidents primitifs et secondaires. Il fut traité par le mercure et l’iodure de potassium. Au moment de ses noces il n'avait plus rien ; trois mois après sa femme eut une angine avec ulcé= ration vénérienne , engorgement des amygdales et des ganglions, mais rien aux organes génitaux ; plus tard elle présenta des exostoses. |

Le professeur Collet, ajoute Porter dans son mémoire, possède des faits en tout semblables. Langston Parker (4) rapporte également trois cas d'infection syphilitique qu'il croit devoir attribuer au sperme. En effet les maris infectés étaient exempts de tout accident, et il n'y eut ni grossesse ni trace de lésion

(1) Cullerier, Bulletin de l'Académie de médecine, 1850, et Ce: méd. de Paris, mème annee, p. 892, * | (2) C. Padova, dans Gaz. méd. de Lyon, 1867.

(3) Porter, Essai sur l'hist. de la syphilis (The Dublin quarterly Journal, mai 186% cer méd., 1858, p. 663). — Comparez Vidal, Traité des malad. vénér. IParis, 1859, 4) Langston Park ) lis ts effects 0: S on a (Medical Times EN sn 63 rire Men

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primitive chez les femmes. Je n’insisterai pas sur les objections que l’on peut adresser à ces observations. Celles qui se présentent immédiatement à l'esprit sont les suivantes : Est-il certain que le mari prétendu infectant n'a pas eu après son mariage quelque manifestation restée inaperçue ? Est-ce bien le sperme qui à été l'agent de transmission ? Faut-il croire enfin qu'un tiers n'est pas intervenu ? Tous ces points ne sont pas suffisamment éclaireis, et ils mériteraient de l'être pour porter la conviction dans les esprits. Cependant voici l'explication que donne Diday de cette contagion. « Le sperme, dit-il, peut infecter directement, et le spermatozoïde, qui est l'agent de transport de la matière virulente, pénétrant jusqu'à l'ovaire, a assez de force pour infecter l'ovule et l'organisme de la femme qui le porte (1). » Je ne sais s’il y a eu des observations citées à l'appui de cette communication faite au congrès de Lyon; mais, à mon sens, la question de la contagion par le sperme a besoin d’être élucidée par de nouveaux faits avant qu'il soit possible de l'accepter définitivement,

Salive, sueur, larmes. — De même que le lait, la salive n'était nullement innocentée par les syphiligraphes anciens, et du reste ceux d'aujourd'hui croient encore que ce produit de sécrétion peut servir à la transmission de la syphilis. Il est bien évident qu'une salive provenant d'une bouche garnie de plaques muqueuses doit être infectieuse; mais en dehors de toute manifesta tion buccale, la salive transmet-elle la syphilis? Il n°y a pas lieu de le croire, après la communication faite par Diday au congrès de Lyon, cet expérimentateur ayant pu imoculer impunément, à des sujets sains, de la salive qu'il avait recueillie sur des individus syphilitiques. Les larmes, et sans doute aussi la sueur, ne se comportent pas différemment, car leur inoculation n’a pas mieux réussi. Avouons ici que ces insuccès engagent peu à admettre la propriété contagieuse du lait, qui est, comme les liquides dont nous venons de parler, un produit de sécrétion physiologique.

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