‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 74 sur 98 · PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE

$S 1. — Hygiène publique.

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- ,ÀA SYPHILIS.

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Dès les temps les plus reculés, législateurs et médecins ont compris R nécessité d'intervenir pour tempérer les ravages produits par les maux vénériens. Depuis longtemps aussi on a essayé de réglementer la prostis tution.

L’unique préoccupation de l'antiquité à cet égard fut de veiller à la propreté et à la toilette des prostituées, à l'entretien luxueux et au confortable des maisons publiques. Au milieu du libertinage effréné de l'empire, Rome ne cherche pas autrement à prévenir les effets de la débauche. Toutefois, sousle règne de Constantin, des deux Théodose et de Justinien, des lois sévères sont rendues pour refréner la prostitution. Ces lois sont prohibitives, elles ordons nent la confiscation des meubles, des vêtements, de la maison; elles cons damnent au fouet, au bannissement, etc. Tout, dans cette législation draco= nienne, dit Parent-Duchàtelet, annonçait de bonnes intentions, mais une ignorance complète de ce qui regarde les mœurs, les habitudes et le régime des prostituées. Les Capitulaires de Charlemagne offrent chez nous le premier exemple de cette sévérité excessive; mais, pendant les quatre siècles qui suivirent, toute mesure fut abandonnée malgré limmoralité la plus grande: À son retour de la Palestine, saint Louis essaya de porter remède à un état de choses déplorable par une ordonnance prohibitive; mais s’apercevant plus tard qu'il n'avait fait qu'aggraver le mal, il en arriva à tolérer la prostitution que l'expérience lui avait appris ne pouvoir être détruite, il chercha à la régu= lariser pour diminuer le scandale et atténuer les maux dont elle est la causé:

THÉRAPEUTIQUE. 515 Dès lors des endroits spéciaux furent désignés aux prostituées. Avignon, Toulouse et beaucoup d’autres villes eurent, comme Paris, Venise et Londres, leurs quartiers de prostitution et des règlements particuliers à l'égard des prostituées. | Lors de l’épidémie du xv° siècle, on s’attacha à éloigner de toute société, même de celle des lépreux, les individus convaincus d’être atteints de syphilis. La séquestration des vérolés fut le régime de cette époque. Les riches étaient contraints de s’emprisonner dans leurs demeures, les pauvres étaient chassés et menacés de mort, abandonnés même des médecins, qui se voyaient impuissants à combattre leur mal : « Pauperes hoc malo laborantes expellebantur ab hominum conversatione, tanquam purulentum cadaver; derelicti a medicis (qui se nolebant intromittere in curam) habitabant in areis et silvis (A). » C'est ainsi que la mesure rigoureuse qui suit fut adoptée tout d’abord à Strasbourg en 1495, et reçut, le 6 mars 1496, la sanction du parlement de Paris : « Premièrement sera fait cry publique d’après le roy, que tous les malades de cette maladie de grosse vérole étrangers tant hommes que femmes, qui n’estoient, etc... partent hors de cette ville de Paris ès pays et lieux dont ils sont natifs, ou [à où ils faisoient leur résidence quand cette maladie les a pris, ou ailleurs où bon leur semblera, sur peine de la hart.. » De même, une ordonnance de Jacques IV d'Écosse, du 22 septembre 1497, obligeait les personnes infectées de grand gor de sortir d'Édimbourg, sous peine d’être marquées, sur la joue, avec un fer rouge, afin qu'on püût les reconnaitre à l'avenir.

Des mesures si radicales ne pouvaient durer; aussi Voyer d’Argenson en 1714, et Berrier en 1747, tous deux lieutenants de police, eurent-ils l’intention de soumettre, à Paris, les prostituées à une visite sanitaire. En 1762, Aulas demande que les dames de maison de tolérance soient rendues responsables de l’état sanitaire de leurs filles, et que toutes, sans exception, soient assujetties à des visites continuelles faites par des chirurgiens attachés à la police et sous la direction d’un chirurgien major. Gardane en 1770, et Bourru en 1771, émettent chacun le vœu qu’on établisse soit des bureaux publics, soit des hôpitaux spéciaux pour le traitement des maladies vénériennes. En 1778, parut l’ordonnance fameuse du lieutenant de police Lenoir, ordonnance à laquelle l'administration actuelle recourt encore lorsqu'il s’agit de prendre des mesures énergiques. Toutefois, malgré sa sévérité, cette ordonnance, mal ‘exécutée du reste, n’améliora pas l’état des choses. Sous la République, le besoin d’une organisation définitive se faisant de plus en plus sentir, on s’mjuiéta tout particulièrement des moyens à opposer à la contagion ; c’est alors qu'un chirurgien proposa d'établir (1860) dans chaque arrondissement un Jocal où toutes les femmes seraient tenues de venir se faire visiter deux fois par semaine, et dans lequel on retiendrait celles qui, reconnues malades, de- “vraient être dirigées sur les hôpitaux. En 1802, un dispensaire de salubrité fut créé dans ce but à Paris; en 1811, il fut organisé avec plus de soin, et lon ne tarda pas à reconnaître les avantages de cette mesure qui obligea à la réglementation de la prostitution, à l'inscription des filles prostituées. Mais

(4) Laurent Phrisius, D? morbo galliso liber (Aphrodisiacus, t. I, p. 346).

‘y trompe pas, l'inscription ne fait pas la prostituée, elle établit une ion entre les deux genres de prostitution : la prostitution libre ou clandestine et la prostitution inscrite ou réglementée. Aussi vit-on peu à peu des dispensaires analogues s'établir dans les principales villes de France, Lyon, Bordeaux, Marseille, Nantes, Brest, etc., el cette institution ne tarda pas à se répandre dans la plupart des capitales et des autres grandes villes del Europe : la elgique, la Suisse, la Hollande, la Norwége, la Prusse, | ltalie, l'Espagne, l'ont adoptée. Cette mesure, née de ce courant d'opinions qui tend à mettre au même rang tout ce qui peut nuire à la santé publique et à faire de l hygiène une des préoccupations légitimes du pouvoir, ne parut pas suflisante à tous les médecins ; quelques-uns demandèrent l'application des visites sanitaires aux hommes. Ratier émit le vœu de voir ces visites mises à exécution dans les corps en garnison des grandes villes, et proposa de rendre plus fréquente l'inspection des femmes. La Belgique, en cela, prit l'initiative. La visite des filles, des servantes et des matrones, y fut faite deux fois par semaine et soumise à un inspecteur-contrôleur dans le but de prévenir la propagation de la syphilis dans l’armée. En outre, le docteur Vleminckx recommanda de ne pas traiter le soldat dans les casernes, et demanda que celui-ci fût obligé de désigner la femme qui l'avait infecté. Les mesures que fit adopter cet éminent inspecteur eurent des résultats tels, que, en 4846, il n’y avait à Bruxelles que 1 vénérien sur 490 soldats, lorsqu’à Strasbourg la proportion, d’après Bertherand, était de 4 sur 33, et à Lyon, suivant Sandouville, de 1 sur 40, encore ce chiffre était-il inférieur à la réalité, puisqu’un grand nombre de soldats se faisaient traiter à la chambrée.

La commission organisatrice du Congrès médical tenu à Paris en 1867 comprit toute l'importance de cette grande question ; elle la fit figurer sur son programme, et là fut agitée pour la première fois la discussion d’une réglementation universelle de la prostitution. C'est qu’en effet, dans l’état présent du monde, avec les relations de peuple à peuple chaque jour plus nombreuses, toutes les nations deviennent de plus en plus solidaires, et l’extension de la syphilis est en rapport avec l'extension des échanges commerciaux.

Telle a été la marche du progrès en fait de prophylaxie syphilitique. En somme, Jusqu'à ce que les divers gouvernements soient assez sages pour s’en— tendre sur les mesures relatives à une prophylaxie générale, des mesures locales demandent à être prises dans le but de diminuer la propagation de læ syphilis ; nous les examinerons en ce qui concerne les femmes, les prostituées surtout, les hommes, et enfin les nourrices et les nourrissons.

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