MESURES RELATIVES AUX PROSTITUÉES ET AUTRES FEMMES
Personne ne doute que la prostitution ne soit le principal foyer et le grand centre de propagation de la syphilis.
« Pour atténuer présentement les ravages de la syphilis et la faire dispa= raître probablement par la suite, écrit Parent-Duchâtelet, la première, la plus indispensable des conditions, est de surveiller la santé des individus qui se. trouvent dans les conditions les plus favorables pour la propager ; ces indi-
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vidus sont évidemment les prostituées. » Un relevé statistique de Puche et de Fournier (1) nous apprend qu’à Paris, sur 873 cas de syphilis transmise, il ya: |
RIHOÆDUDlIQUER ERREUR 625 Prostituées clandestines. ............ 46 Filles entretenues, actrices, etc ....... 92 OUVrIé res A PSP RER 100 Domestiqueés RPM Re TRS. 26 Femmes mariées, femmes des malades.. 24
. Bien que le chiffre relatif des prostituées soit ici vraisemblablement un peu élevé en raison de conditions particulières, puisqu'il s’agit d'observations faites dans des hôpitaux spéciaux où abondent les individus qui se livrent aux filles publiques, la prostitution n’en est pas moins l’une des plus fréquentes causes de la syphilis ; c’est aussi l’une de celles auxquelles, nous le savons, il est possible de porter remède.
Nous ne chercherons pas, à l'exemple des esprits imbus d’idées paradoxales sur ce qu'ils appellent la liberté, si la société a le droit de se défendre contre les excès et les dangers de la prostitution. Nous sommes de l'avis de ceux qui pensent que le devoir d’un gouvernement sage est de sauvegarder, autant que faire se peut, la santé morale et physique de ses administrés, et de savoir sacrtfier au besoin le bon plaisir de quelques-uns à l'intérêt de tous. Donc, s'il y à force majeure de tolérer la prostitution, il y a nécessité absolue de la réglementer et de l’assainir. À cet effet, les prostituées sont dans beaucoup de pays soumises à des visites sanitaires.
La manière dont se font ces visites chez nous n’est pas la même dans les diverses villes. A Paris, les filles de maison sont vues toutes les semaines, les filles dites en carte sont visitées deux fois par mois, le spéculum est employé une fois sur deux. À Bordeaux, les visites ont lieu tous les quinze jours, et l'emploi du spéculum est l'exception ; à Marseille et à Reims, elles se font toutes les semaines. Absence d’uniformité, dé législation absolue, oubli de la solidarité, insuffisance des visites, comme le prouve l'observation journalière, voilà ce que l’on peut reprocher à cette organisation. Effectivement, on est forcé de reconnaître que, sous ce rapport, Bruxelles et Hambourg ont le pas sur Paris. Dans ces deux villes, les filles publiques subissent deux visites par semaine, et le spéculum est toujours obligatoire.
D'ailleurs, le nombre par trop considérable des filles à examiner, et le peu de temps qu'il est possible de consacrer à chacune d'elles, sont un imconvénient qui tend à rendre pour ainsi dire illusoires nos mesures sanitaires. AJoutons que, l'examen ayant lieu peu de temps après l’arrivée des filles aux dispensaires, celles-ci ne manquent pas toujours de faire disparaître par des lotions ou des ‘injections astringentes le produit de sécrétion révélateur de la lésion contagieuse. Aussi, dans ces conditions, n’obtient-on jamais qu'une sécurité tout à fait relative.
(4) Alfred Fournier, De la contagion syphilitique. Thèse de Paris, 1860.
Des réformes nombreuses ont été proposées, et l’une des principales estk l'accroissement du nombre des visites médicales. Les hommes les plus compétents estiment que ces visites devraient avoir lieu tous les trois ou quatre jours ; mais, sans doute, cet intervalle de temps est encore trop long, si l'on veut combattre sérieusement le mal et chercher à le faire disparaître entièrement. Ce n’est pas assez .du rapprochement des visites ; il importe d'empêcher les fraudes, d'éviter tout ce qui peut apporter des difficultés au diagnostic médical, et pour cela il n’y a qu'à garder les femmes pendant quel= ques heures dans un local spécial. Un point essentiel, et sur lequel ont déjà insisté Guichard et Davila, est de faire porter l'examen, non-seulement sur les: organes génitaux, mais aussi sur la peau, la bouche, la gorge, l'anus, etc. Depuis qu'il est avéré que les accidents secondaires sont contagieux et qu'ils infectent plus fréquemment peut-être que laccident primitif, cet examen est devenu indispensable. De même, dans les hôpitaux, un point important est de: ne pas livrer à elles-mêmes les prostituées aussitôt après la disparition de l'accident primitif, car, lorsque survient la période des accidents secondaires, ces femmes deviennent une source nouvelle de contagion. Que faire ? Interner: et traiter toute prostituée syphilitique pendant un temps assez long pour que sa guérison puisse s'assurer dans les limites du possible, ou bien, après la disparition des premiers accidents, rendre la liberté à cette fille, mais en exerçant sur elle une surveillante spéciale. Ce second moyen, le plus facilement applicable dans l'espèce, exigerait que celle-ci se rendit tous les deux ou trois jours dans un dispensaire ou chez un médecin désigné ; après quoi, si elle était reconnue malade, elle serait envoyée dans un hôpital.
De semblables mesures sont applicables aux filles libres en carte. Env outre, tout bon système de prophylaxie doit s'appliquer à prévenir les dangers de la prostitution clandestine (1), et par conséquent à restreindre le nombre: des prostituées insoumises qui causent le véritable danger partout où des dis— pensaires de salubrité fonctionnent régulièrement. En ce qui concerne les. ouvrières et les femmes mariées, la chose est plus difficile ; mais il suffit sans doute d'atteindre le mal à sa source, c’est-à-dire dans les maisons de prostitution. Du reste, la punition appliquée à l'homme qui, volontairement, vient à transmettre la syphilis à une pauvre ouvrière, serait un puissant adjuvant. Donc, surveiller soigneusement les prostituées et les filles en carte, les obliger à se soumettre tous les deux Jours au moins à une visite sévère, retenir toutes. celles qui sont suspectes et ne leur rendre leur liberté, en cas de syphilis incontestable, qu’autant qu’elles auront franchi la période des accidents secondaires ; telles sont les mesures indispensables, sinon pour mettre un terme à l'existence de la syphilis, du moins pour en diminuer la fréquence. Il importe de savoir que la syphilis cessera définitivement le jour où on parviendra à soumettre la prostitution à des règles partout suffisamment sévères.
(1) Partout, même dans les États où la police est le mieux faite, les prostituées clan destines sont en nombre supérieur aux prostituées inscrites, et la syphilis est chez elles très= répandue, Sur 13 818 femmes, arrêtées pour fait de prostitution clandestine à Paris, du meurs ne HR ee Le 1866, 3725 ont présenté des maladies vénériennes. Chez
INQivIQUS traités à l'hôpital idi S re 6 dont on à en UM cu 66 en 1867 pour de ions vénéremne el: gi: 7 te adie à la prostitutiom clandestine, (Le Fort, Académie de médecine, séance du 20 avril 1869.)