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MESURES RELATIVES AUX NOURRICES ET AUX NOURRISSONS

Les longs développements donnés plus haut à la contagion syphilitique par l'allaitement indiquent toute l'importance de la question d'hygiène qui concerne les nourrices et leurs nourrissons affectés de syphilis. Une double surveillance est ici nécessaire, ainsi que l'ont fait remarquer Cullerier et Bard (2), car si la bouche d’un enfant peut infecter une nourrice, le sein d’une nourrice peut aussi infecter l'enfant.

La nourrice exige un examen approfondi. Non-seulement les seins, la bouche, le pharynx, les ganglions cervicaux, mais encore les parties génitales sont à visiter. Rosen donne encore le sage conseil d'examiner le nourrisson précédemment allaité. Observateur exact et précis, il savait que la syphilis transmise par la nourrice est due le plus souvent à un premier nourrisson héréditairement infecté. Le médecin qui cherche à se précautionner contre la duperie n'oubliera pas qu’une nourrice ayant Intérêt à tromper pourrait fort bien présenter un nourrisson qui ne serait pas le sien.

Dans le but de prévenir ce mode de contagion, on a songé à l'établissement des bureaux de nourrices (3). Mais ces bureaux demanderaient à être surveillés, et il conviendrait de multiplier ceux d’entre eux qui dépendent de l’assistance publique. Lagneau demande Ja création de bureaux particuliers où il serait défendu de présenter une lemme, si elle n’avait pas auparavant été soumise à une visite minutieuse qu'attesterait le certificat du médecin. Dans ces établissements, ainsi soumis à une surveillance sanitaire, on pourrait aussi refuser les enfants suspects, dit Bouchut, pour prévenir l'infection des nour-

ul, Voyez Parent-Duchätelet, De la prostitution dans la ville de Paris.

(2) Cullerier et B p. 144.

(3) Voyez COPULATION,

3° édition. Paris, ard, Dictionnaire des sciences méd, Paris, 1821, t. LIV, art. SYPHILIS,

Marc, Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1813, t. VI, p. 305, art.

rices mercenaires. De cette façon, les nourrices saines, de même que les parents d'enfants reconnus sains, auraient intérêt à s’y présenter.

Moro d'examiner les enfants qui doivent être envoyés en nourrice pest pas chose nouvelle. En 1775, la Faculté de médecine de Paris proposa d'imposer aux accoucheurs et aux sages-femmes l'obligation de désigner les enfants vérolés, et de leur attacher au bras, avant de les livrer aux nourrices, un billet qui indiquerait leur état ainsi que celui de leurs parents (1). Parent- Duchâtelet (2) voulait que l’on s’assurt de l’état des enfants de soldats avant de les livrer aux nourrices ; or rien ne s’oppose à cette mesure qu'il est possible de généraliser. La famille, alors, recevrait du médecin un certificat que tout directeur d’un bureau de nourrices serait obligé de demander avant de présenter une femme pour allaiter l'enfant. Le directeur enfin exigerait encore une surveillance par le médecin de la localité où l'enfant serait envoyé. À ce point de vue, Ricordi (3} émet le vœu d’une réglementation que je ne puis qu'approuver : donner la charge aux médecins de visiter deux fois par semaine tous les enfants allaités qui arrivent dans la circonscription de leur juridiction ; établir une ligne sanitaire pour empêcher la propagation de la contagion toutes les fois qu'elle se serait développée chez un de ces enfants. Enfin, l’arrivée dans un pays d’un enfant en nourrice devrait être notifiée au syndic (maire), qui en avertirait le médecin. Quant à ces malheureux êtres porteurs d’une maladie dont les parents sont les seuls auteurs, s’il est avéré que la mère est syphilitique, rien ne s'oppose, sa santé le lui permettant, à ce qu'elle allaite son enfant; en cas contraire, l'enfant devra être nourri artificiellement, comme font les femmes auxquelles les hospices confient des enfants vénériens, Soit simplement avec les biberons ordinaires, soit avec le tire-lait à mamelon du professeur Wurzer. A laide de ce mamelon, l'enfant suce le lait au fur et à mesure que la nourrice en fait l'extraction par un tube dont l'instrument ést muni (A). Tous ces moyens sont excellents, mais il faut exiger en outre que des nourrissons infectés de syphilis soient soignés dans des hôpitaux spéciaux ét non abandonnés, comme cela se fait trop souvent, dans les campagnes, où ls ne manquent pas de propager la syphilis.

De toute facon, les nourrices doivent être prévenues du danger qu'elles peu- Yent courir aussi bien que leurs enfants et les personnes qui les fréquentent. Al importe que leurs mamelons soient cautérisés toutes les fois qu'ils viendront à s’excorier, et tout contact avec une partie ulcérée du nourrisson sous Îe coup de manifestations de la syphilis sera soigneusement évité.

Inutile d’insister sur les mesures à prendre dans certaines professions pour éviter la propagation de la syphilis; déjà nous avons fait sentir la nécessité pour les médecins de n’employer que des instruments d’une propreté exquise. De même, nous avons parlé de l'avantage de la visite des ouvriers dans cer- “aines industries, notamment les verreries ; ajoutons que c’est à l'initiative du médecin de s'opposer à la transmission de la syphilis au sein même de

(1) Marc, Loc. cit., p. 303, et Lagneau, p. 269.

(2) Voyez encore Journal de médecine, de chirurgie, de pharmacie, ete., t. LXXVI, p. 494,

(3) Sifilide da allattamento. Milano, 1865. oi

{A) Voyez G. Lagneau, Ann. d'hyg. publ. et de méd. légale, 2° série, t, V, p. 274.

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la famille. Quant à la propagation par la vaccine, il faut, pour l’éviter, examiner. avec soin les enfants vaccinifères, chercher à connaître l’état de santé de leurs parents, el avoir la précaution d’inoculer le vaccin sans mélange de sang.

Yest ici que se présente un point des plus difficiles à traiter. Un individu parvenu à l’époque du mariage, et malheureusement attemt de syphilis désire: savoir s’il est ou non exposé à procréer des enfants malades. La réponse à unes semblable question est toujours délicate, car s'il s’agit, d’une part, de pré-: server une femme de la svphilis et de prévenir la procréation d’une descen-" dance dégénérée, il importe, d'autre part, d'éviter de contrarier l’accomplis-: sement d’un des actes les plus importants de la vie. Suivant Diday, tout individu affecté de syphilis primitive ou constitutionnelle, s'il n’a subi aucuns traitement général, doit être déclaré inhabile au mariage; mais ce qu'il ne: faut pas oublier, c’est que l’opposition au mariage n'empêche pas la pro= création d'enfants syphilitiques. « C'est là pour moi, dit ce médecin (1), un devoir de conscience, une prohibition à la rigueur de laquelle je n’admets: ni infraction ni concession. » Aujourd'hui qu'il sait que la syphilis peut guéri sans traitement, l’habile syphiligraphe Ifonnais ne tiendrait pas, ce me sem-=" ble, un langage aussi absolu; c’est qu’en effet il y a sur ce point des distimctions: à établir. Certainement le devoir d’un médecin est de défendre le mariage toutes les fois que l'accident primitif et des accidents secondaires existent ;: mais, si plusieurs années se sont écoulées depuis la cessation de ces accidents; et si le malade, bien rétabli, jouit d’une santé parfaite, bien qu’il ne soit pas toujours prudent de conseiller le mariage, on ne peut cependant pas le pro= biber d’une manière absolue, puisque les ehances de guérison définitive sont peut-être plus nombreuses après des accidents multiples secondaires que S'il n'y avait eu qu'un chancre induré. Dans le cas de manifestations tertiaires, le: médecin, après avoir traité son malade, pourra autoriser le mariage, car on sait que la transmission de la syphilis héréditaire tend à s’éteindre à cette période: de la maladie.

Au demeurant, la prudence du médecin ne peut être trop grande dans une semblable circonstance, où l’absence de signes certains rend toujours impos= sible l'affirmation de la guérison.

S 2. — Hygiène privée.

L'hygiène privée des maux vénériens, comme l'hygiène publique, préoccupe depuis longtemps les législateurs et les médecins. Il est peu de traités médicaux qui n’en diseñt au moins quelques mots. Celse en parle très-longuement ; Lanfranc (1290) conseille de laver la verge avec de l’eau vinaigrée comme moyen prophylactique contre les affections qui prennent naissance à la suite de rapports avec les femmes malpropres ou malsaines. Arnaud de Ville= neuve, Guillaume de Salicet, Nicolas Massa préconisent ce même moyen (2)

(1) Traité de la syphilis des nouveau-nés, ete., 1855, p. 330. | (2) « Si vero quis cum infecta muliere coire voluerit, quod fatuum est, lavetur vulva cum vino aut aceto, et membrum virile cum aceto..…. » Ces lavages con la pratique à suivre avant l'acte; voici la conduite à tenir après l'acte: « Quod si forte quis cum muliere infecta coiverit, layventur partes illæ post coitum cum vino albo calido, vel cum aceto, quod

Fracastor célèbre dans son poëme le jus de citron fréquemment employé de son temps, et G. Fallope vante les lotions avec les liquides vulnéraires, lemercure et le gayac. Les décoctions aromatiques et alcooliques ont été également préconisées. En 1690, Ettmuler conseille de se laver avec de la térébenthine mêlée au vin. Plus tard, Mahon recommande pour le même usage une solution d’alun. Waren conseille, avant l'entrée en matière, des onctions avec une pommade astringente, et après, des lotions et des injections avec une: lessive alcaline. Gardanne (1772) propose un préservatif composé d’eau dechaux, d'alcool et de sublimé corrosif. Peyrilhe, Hunter, Fordyce, etc., recommandent, à l’exemple de Waren, les lotions alcalines. Suivant Langlebert, Luna Calderon (1) aurait trouvé un préservatif dont la composition restée inconnue est une chose regrettable. Coster, en 1828, conseille l'emploi du chlore et les préparations chlorurées. Ricord recommande la plupart des substances indiquées; les acides, les alcalis étendus d’eau, l'alcool, le vin, la solution de sulfate de zinc et de sulfate de plomb lui ont paru offrir quelque utilité, mais à la condition que le pus virulent n’ait pas encore pénétré dans les tissus. Langlebert préconise un liquide qui est une sorte de composé des précédents : c’est un mélange de savon mou, de potasse et d'alcool rectifié, le: tout additionné d'essence de citron. Un liquide peu différent, plus caustique toutefois, a été proposé par Rodet de Lyon; il renferme, pour 32 grammes d’eau distillée, perchlorure de fer, acide chlorhydrique et acide citrique, de chaque 4 grammes. D’autres substances ont encore été recommandées, et particulièrement les huiles et les graisses. Au point de vue de leur mode d'action physiologique, ces diverses substances peuvent se classer sous trois chefs. Les. unes modifient la circulation de la partie sur laquelle elles sont appliquées, et tendent à s'opposer à l'absorption : ce sont les liquides alcooliques et astrincents, tels que l’eau vinaigrée, les solutions de tanin, d’alun, etc. Les autres, comme les graisses, protégent les organes à la manière d'un enduit et mettent obstacle à l'absorption. Les dernières enfin, plus énergiques, sont destinées à détruire le virus : elles sont, quelques-unes au moins, assez actives pour agir à la manière des caustiques; telle est par exemple la préparation recommandée par Rodet (de Lyon). En somme, aucune de ces substances ne peut être regardée comme un préservatif absolu. Cependant chacune d'elles a des avantages propres, une utilité relative et des indications particulières. Ans les corps gras, qui entretiennent la souplesse des parties et s'opposent à l’absorption, seront avantageusement utilisés chez l’homme avant l'acte, chez la nourrice avant l'allaitement. Les substances alcooliques, les acides ou les alcalis, et surtout l'alcool et le vinaigre de Bully, qui sont les substances les plus usuelles, peuvent être utilisés pour les lavages, et sil arrivait de découvrir une solution de continuité, les caustiques trouveraient leur application. A défaut de ceux que nous avons indiqués , le crayon de nitrate d en pourrait être employé. Avantageuses tant que l'absorption de la matière

magis mihi placet, ut fiat confortatio membri et prohibitio corruptionis ad He ne pre tatem, et sic stet in suo robore membrum confortatum. » Nic. Massa, De mor0o q (Aphrodis., t. 1, p. 52). | Su S

(4) Luna Calderon, Démonstration de la prophylaæie de la syphilis. Paris, 1815.

virulente n’a pas lieu, ces diverses substances sont évidemment nulles lorsque le chancre existe. Signalons, en terminant, l'acide phénique, agent qui, . au rapport même de l’une de nos plus grandes illustrations scientifiques (4), serait capable de neutraliser un certain nombre de virus, et particulière= ment le virus syphilitique ; mais aucun fait n'a jusqu'ici justifié cette manière de voir.

La question de savoir jusques à quand il est possible de neutraliser sur place le virus syphilitique est des plus importantes. Si cet agent ne se comportait pas autrement que les virus de Ja rage, de la morve, de la vaccine, ou même les venins, tels que celui de la vipère, toute précaution préventive serait inutile. En effet, Renault {d’Alfort), ayant cautérisé la plaie d’inoculation quel= ques heures et même une heure après l’insertion de la matière virulente de la morve ou de la clavelée, n’empêcha pas le développement de ces maladies. Bousquet et E. Rousseau ont fait des observations analogues : le premier, relativement à la vaccine; le second, par l’inoculation du venin de la vipère. Toutefois Sigmund a établi par des recherches expérimentales et par l’observation clinique, que la cautérisation du point prétendu contaminé est suivie de succès peu contestables, à la condition qu’elle soit pratiquée dans les premiers jours qui suivent le contact impur. Ainsi, l'absorption du virus syphilitique, semblable en cela au virus charbonneux, ne serait pas immédiate. C’est un sujet sur lequel nous reviendrons à propos du traitement.

Ces moyens, nous l'avons déjà dit, ne sont nullement des préservatifs certains, ils n’ont d’autre action que de diminuer les chances d'infection de tout individu qui s'expose à contracter la syphilis. On a encore indiqué des mesures dont il est à peine nécessaire de faire mention, je veux parler de la vaccination syphilitique et de la syphilisation préventive. La première de ces méthodes préservatrices, qui consiste à inoculer le sang pris au Voisinage d'accidents tertiaires, fut proposée autrefois par Diday ; mais elle a été depuis abandonnée par son auteur même, et jamais personne, que je sache, n'a songé à la mettre en pratique. La syphilisation préventive n’a pas eu un plas grand succès. Plus loin nous parlerons de la syphilisation curative.

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