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PÉRIODE DES PRODUCTIONS GOMMEUSES OU DES ACCIDENTS TERTIAIRES

Tandis que les manifestations syphilitiques secondaires n’exigent souvent qu’une médication générale et spécifique, les lésions tertiaires, plus profondes et plus durables, demandent en outre l'intervention habituelle d'un traitement local. La main du chirurgien peut être appelée à les combattre ou du moins à remédier aux désordres fonctionnels qu’elles engendrent ou qu’elles laissent à leur suite. Nous aurons à tenir compte de ces diverses circonstances.

L’iode est ici la base thérapeutique fondamentale, comme tout à l'heure le mercure dans la syphilis secondaire. Administrée tout d'abord par Martini de Lubeck et par Lugol, la teinture d’iode a été préconisée de nouveau par le docteur J. Guillemin (3), qui lui reconnait, entre autres avantages, celui d’être d’un prix peu élevé, d’une falsification à peu près impossible et d’un emploi peu ou pas dangereux. Les doses en sont très-faibles, comparativement aux doses habituelles des composés iodiques; celle dont fait usage le docteur Guillemin est la suivante :

Teinture d’iode au dixième........ 5 grammes. Eau commune....::..:.....0. 1000 —

Deux ou trois cuillerées de cette solution avant chacun des deux principaux repas suffisent en général, au dire de cet auteur, pour combattre non-seulement les accidents tertiaires, mais même les accidents secondaires.

L'iode, néanmoins, est rarement employé en nature ; le plus souvent

(1) Voyez Gaz. méd., p. 173, 1873.

Ce médecin fait composer les pastilles suivantes :

Chlorate de potasse.......... L grammes.

Protoiodure d’hydrargyre...... 4 — Essence de menthe........... q. S.

Diviser en 20 pastilles. Une ou deux pastilles par jour. (2) Ces diverses tisanes sont des décoctions de bois sudorifiques et de salsepareille. Les

tisanes de Vigarous et de Pollini contiennent du sulfure d’antimoine, celle de Zittmann renferme du calomel. Quant à la tisane de Felfz, voici sa formule :

Salsepareille.............:.. 60 grammes.

Colle de poisson ......-...-.:: 40 — Sulfure d’antimoine lavé ...... 90 — Eau RME RES a af MATE à 2 litres.

Réduisez à un litre à prendre dans la journée par verres. (3) Des avantages de La substitution de liode à l’iodure de potassium dans le traitement

des maladies syphilitiques, Gaz. hebdomad. de médecine et de chirurgie. Paris, 1865, p. 134 et suivantes.

c'est à l’un de ses sels que l’on a recours, et de préférence aux iodures de potassium et de sodium (1). Les doses auxquelles on administre Fid dure de potassium varient depuis 50 centigrammes et 1 gramme jusqu'à 3, 4, 5 et 6 grammes dans les vingt-quatre heures. Quelques auteurs portent ces doses à 10, 12 et 15 grammes, ou même au delà, mais sans avan— tage pour les malades, car il en est de l'iodure de potassium comme de tous les agents médicamenteux, dont l'organisme n'utilise Jamais qu'une quantité détermine L'expérience a du reste montré que, dans ces conditions, l’influence thérapeutique du médicament n’est jamais proportionnée aux doses ingérées, et que les effets pathogéniques seuls sont augmentés,. . but auquel doit tendre le médecin en pareille circonstance, est donc d'arriver graduellement à une dose qui produise des effets thérapeutiques sans déterminer d'effets pathogéniques imcommodes pour le malade. On fait prendre ce sel en solutioh, en sirop, très-rarement en pilules, à cause de sa déliques-

cence. Le meilleur mode d'emploi consiste à l’incorporer, une fois dissous, avec des sirops toniques ou dépuratifs, tels que les sirops de gentiane

de fumeterre, de salsepareille, ou même les sirops de gomme, de thridace, etc. (2). Les doses les plus élevées d’iodure de potassium trouvent leur indication dans les lésions avancées et profondes, telles que les altérations des os, les localisations viscérales qui peuvent mettre la vie du malade en danger. Mais si l'affection ne s'étend pas au delà du tégument externe ou interne, et si surtout le malade se trouve dans cette phase de la maladie à laquelle certains auteurs ont donné le nom de période de transition, le traitement mixte, Lel que l'ont institué Gibert et Bazin (3), est le meilleur moyen de faire cesser les accidents. Le biiodure de mercure associé à l'io— dure de potassium, ou sirop de deutoiodure ioduré de mercure (Boutigny, Gibert), est la préparation qui combat le plus avantageusement les syphilides profondes tuberculo-ulcéreuses et puro-vésiculeuses, affections la plu-

(1) L'iodure de potassium, tel que le livre le commerce, contient en général du carbonate de potasse et de l’iode en excès, (Voyez Payen, Sur l'iodure de potassium, Gaz. médicale, 1865, p. 581,) On reconnaitra l'existence de ces substances par la coloration jaune que prend la solution à la lumière et la teinte violette qu'elle fait subir à l’empois d'’amidon. Des recherches

récentes de Vée (Voyez Bulletin général de thérapeutique, t. LXX, p. 405), apprennent que le

chlorate de potasse absorbé en même temps que l’iodure de potassium peut lui céder son oxy-

gène et le transformer en iodate, agent toxique. Des expériences de Melsens prouvent la possibilité de cette intoxication.

(2) Je formule ce médicament de la façon suivante :

# Sirop d’écorces d’oranges amères. ...... NAS à 250 grammes. lodure dé potassinm 21,1, MERE 15 —

À prendre chaque jour de une à trois cuillerées à bouche. Au lieu de sirop, on peut se servir d’eau distillée et prescrire la solution que voici : 28: Eat distitée a rot ta aber + 250 grammes. lodure de potassium. ......... 145 —

À prendre 4, 2 à 3 cuillerées par jour, en trois fois, chaque fois une cuillerée dans une tasse de macération de gentiane ou d’infusion de houblon.

(3) Nous avons fait counaitre plus haut la formule adoptée par Gibert. Voici celle à laquelle

E. Bazin donne la préférence :

2 Biodure de mercure. . .…. 0,20 centigrammes, lodure de potassium . .. 40 grammes, Sirop de saponaire . , ... +. 900 —

On commence Par deux cuillerées de ce sirop et l’on arrive ensuite à quatre par jour.

part du temps très-rebelles. De même que le mercure, l'iodure de potassium détruit la manifestation, mais il n'empêche pas les récidives, et par conséquent 11 ne peut rien contre la diathèse. L'espace de temps pendant | lequel il convient de continuer l'usage de ce médicament est pour quelques. auteurs de deux à trois mois ; mais ces auteurs oublient trop facilement qu'il

ne peut y avoir de règle absolue sur ce point, et que la constitution du malade, son état de santé générale, la ténacité plus ou moins grande de la manifestation, sont alors les seuls guides. Évidemment, lorsque la détermination morbide locale cède facilement, il n’est pas nécessaire de prolonger beaucoup: l'emploi du médicament ; en cas contraire, il importe d’en continuer l'usage: jusqu'au rétablissement de la santé générale, principalement lorsque la lésion est profondément située, circonstance qui rend difficilement saisissable le: moment exact de sa complète disparition.

L'iodure de fer en pilules, ou mieux en sirop, sera avantageusement substitué, chez les personnes débiles, à l’iodure de potassium ; nous y reviendrons plus loin à propos du traitement de la syphilis héréditaire. De même que les préparations mercurielles, les préparations d'iode ont besoin d'être aidées dans leur action, toutes les fois que les malades présentent un certain. degré de cachexie ou de simple anémie. Les boissons amères, les macérations de quinquina, le vin de Bordeaux, les jus de viande, les rôtis et même les ferrugineux (1), deviennent, dans ces conditions, plus ou moins nécessaires ou indispensables. Dans quelques circonstances où les préparations iodurées sont restées sans effet, je me suis fort bien trouvé contre les accidents viscéraux de: l’usage du calomel à doses fractionnées. Ge médicament ne doit pas être oublié, il peut être d’un grand secours. L'association du mercure à l’iodure de potassium est souvent utile ou nécessaire. | |

Les fonctions digestives troublées demandent quelquefois à être traitées à part ; mais il importe de savoir que l’un des principaux moyens à opposer au dérangement intestinal, si surtout 1l est sous la dépendance d’une lésion matérielle des glandes hémopoiétiques, e’est la médication iodurée, dont les contre-indications sont relativement rares. Plusieurs fois 1l m'est arrivé de: constater les bons effets des frictions mercurielles dans cette circonstance.

S'il arrivait que l’état cachectique fût entretenu par des dégénérescences. amvloïdes des viscères comme le foie et la rate, on pourrait, ainsi que la conseillé le docteur Budd, faire usage d’une limonade nitrique. Administré pendant un certain temps, l’acide nitrique possède, suivant ce médecin, une tendance remarquable à faire résorber le dépôt morbide auquel est dû l'accroissement des organes, à rétabir leur texture normale et à produire une

(1) Les ferrugineux n’ont pas seulement été considérés comme des adjuvants. Henri Behrend (de Liverpool) a conseillé d'employer à l'intérieur le tartrate de potasse et de fer (The Lancet, 15 et 20 décembre 1856), dont il prétend avoir obtenu un plein succes, A côté des médecins qui traitent par les ferrugineux, il s’en rencontre d’autres, comme Marsden, qui se contentent d’administrer des remèdes stomachiques et toniques et régime fortifiant (The Lancet, 27 juillet 4857, p. 650). Rien d'étonnant qu'une semblable médication réussisse dans maintes Circonstances, après ce que nous savons de la guérison spontanée des manifestations Us De mème on ne sera pas surpris des prétendues guérisons attribuées au bichromate de potasse, médicament, selon nous, plus nuisible qu’utile. (Voyez Leroux, dans Bull, de la Soc. de chi-

rurgie, 8 mai 1867.)

amélioration de l’état général. Lorsqu'il est bien supporté, ce médicament, auquel il nous est arrivé de recourir plusieurs fois, est administré pendant des mois entiers, à la dose de quelques grammes pour un litre d’eau, sans incommoder l'estomac et sans produire une acidité excessive de l’urine.

Les indications locales, relativement fréquentes dans le cours de la période tertiaire, varient avec le siége et le degré d'intensité des accidents. Elles se présentent lorsque des ulcérations plus ou moins profondes succèdent aux néoplasmes syphilitiques et laissent à leur suite des pertes de substance, des rétrécissements de canaux, ou d’autres désordres capables d’entraver des fonctions importantes. Les ulcères de mauvais aspect, rebelles à la cicatrisation, développés à la surface de la peau ou des muqueuses, sont favorablement mfluencés par des pansements avec la glycérine, l'alcool, la teinture d’iode, une solution concentrée de sulfate de cuivre ; lorsque ces accidents revêtent la forme serpigineuse, les moyens dont il s'agit ne sont pas toujours suffisants, et il devient nécessaire de recourir à des cautérisations à l’aide du perchlorure de fer, ou avec le nitrate acide de mercure, ou avec le sublimé. Disons que les pansements à l’iodoforme font généralement merveille dans ces cas.

Gauthier recommande de toucher les ulcères de la gorge avec un pinceau de charpie imbibée du mélange suivant :

22 Iodure de potassium......... : 0,60 centigrammes, Temture diode RPM TER EE 2 grammes, Faudistillée MA PETER 140 —

Introduit dans les fosses nasales en cas d’ozène, ce mélange combat aussi bien que le chlorure d'oxyde de sodium la fétidité dont ces cavités sont le siége. Il est bien évident que toute espèce de complication inflammatoire survenant dans ces conditions exigera l'emploi des sédatifs et des émollients.

Un traitement local n'est pas moins utile dans les affections syphilitiques de l'appareil de la locomotion. J'ai pu, dans plusieurs occasions, vérifier les bons effets des vésicatoires contre les arthropathies syphilitiques, les douleurs ostéocopes, l’ostéopériostite. En cas d’exostoses rebelles, Melch. Robert conseille de panser les vésicatoires avec la teinture d’iode ou l'onguent mercuriel double, et de recouvrir de cataplasmes émollients. Ces moyens peuvent être opposés à la contracture musculaire. Les gommes ulcérées des muscles réclament les mêmes soins que les ulcères cutanés profonds. Les onctions mercurielles, l'emplâtre de Vigo, aident à la résolution des lésions syphilitiques terüaires superficiellement situées ; les injections surtout activent leur disparition.

Certaines lésions peuvent obliger à recourir à une opération chirurgicale, ce sont principalement celles qui portent sur le voile palatin, le pharynx et les voies aériennes. Lorsque les perforations de la voûte palatine ou du voile du palais ne viennent pas à se cicatriser, la Staphylorrhaphie doit être tentée, si elle est applicable ; sinon, il est encore possible de remédier à ces accidents à l’aide d'obturateurs bien faits (1). Une autre circonstance propre à légitimer une opération chirurgicale, c'est quand des adhérences se sont établies, à la suite d’ulcérations, entre la face postérieure du voile du palais et la portion

(1) Déjà Gabriel Fallope cherche à remédier à l’aide d’un i è qui abr , à l'aide d’un instrument de ce genre. à la erforation syphilitique de la voûte palatine, (Voyez Aphrodisiacus, p. 829.) é É

supérieure du pharynx. On sait que ces adhérences ont le plus souvent une origine syphilitique (1), par ce fait que les ulcérations syphilitiques sont les plus fréquentes de toutes celles que l’on observe dans ces régions.

Les lésions des voies aériennes causent, dans quelques cas, des troubles de la respiration tellement dangereux, qu'il devient nécessaire de pratiquer la trachéotomie (2). Utile et efficace lorsque le larvnx seul est affecté, cette opération est sans résultat dans les lésions de la trachée dont le siége habituel est la partie inférieure de ce canal.

$ 3. — Traitement de la syphilis héréditaire.

Avant de traiter la syphilis héréditaire, il importe de la prévenir, au moins dans la mesure de son pouvoir. C’est pourquoi le médecin ne doit jamais consentir au mariage de quiconque est porteur d'accidents syphilitiques. Mais si ces accidents n'existent plus, permettez le mariage, dit Vidal de Cassis, quand le traitement à été complet et que six mois se sont écoulés sans aucune manifestation. Je n’oserais, pour mon compte, me montrer aussi facile ; je demanderais au moins à mon malade d'aller, auparavant, passer une saison dans l’un des établissements thermaux dont il sera question plus loin, et après cette épreuve seulement j'aviserais. Le mariage accompli, le médecin * qui constate l'existence d’affections syphilitiques chez l’un ou l’autre des conjoints n’a autre chose à faire que d'interdire momentanément les rapports conjugaux, mesure qui sera d'autant moins rigoureuse que les manifes tations appartiendront à une période plus avancée du mal.

Héréditairement transmise, la syphilis donne lieu à des indications un peu différentes chez le fœtus, chez l'enfant nouveau-né et à un âge plus avancé de la vie.

1° Chez le fœtus, la syphilis est, nous le savons, l’une des plus fréquentes causes d'avortement. Mais, pour combattre la maladie du fœtus, il devient nécessaire d'agir sur la mère. La question de savoir si la syphilis doit être traitée dans le cours de la grossesse a été diversement résolue. La majorité des médecins d'autrefois était d'avis de s'abstenir, et cet avis, partagé par Doublet, a été adopté par le docteur Huguier, qui croit qu'un traitement mercuriel administré dans le cours d’une grossesse prédispose la femme à des suites de couches plus graves que celles que l’on observe après un traitement simple. Quelques médecins, allant plus loin dans cette voie, ont accusé le mercure de produire l’avortement. Cette opinion, que les observations de Colson relatives au mode d’action du mercure sur les fonctions de l'utérus n'ont pas peu contribué à accréditer, est évidemment exagérée. Ni la durée du traitement ni les doses du médicament ne paraissent capables de produire un sem-

(1) On trouve cette origine 26 fois sur 30 cas dans le mémoire du docteur Paul de “Hi dont le docteur Verneuil vient de nous donner la traduction. (Voyez Archives de médecine, octobre 1865, p. A22,) j ; ice

(2) Voyez Demärquay, Union méd., 1864. — U. Trélat, Bu/letin de l'Académie de médecine, 8 déc. 1868.

LANCEREAUX. — Syphilis, 2° édit. 36

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