‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 87 sur 98 · IS · texte numérisé non relu

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blable résultat ; l'observation clinique, du moins, n’est nullement favorable à cette manière de voir.

Parmi les nombreux médecins qui recommandent le traitement spécifique chez les femmes grosses, il faut citer N. Massa, Garnier, de Blégny, Astruc, Petit, Fabre, Levret, Rosen, Underwood, Swediaur, Bell, Bertin, S. Cooper, Lagneau, Vannoni (1), Gibert, Cazenave, Cullerier, Ricord, Devilliers, etc. Or, selon ces médecins, le mercure convenablement administré s'oppose presque toujours à l'avortement, accident commun en l'absence de tout traitement. Pick (2), auteur de recherches nombreuses sur ce sujet, est arrivé à des résultats peu différents. Ainsi, il faut reconnaître l'utilité de l'intervention d'un traitement spécifique chez les femmes grosses syphilitiques, et ne pas hésiter à avoir recours à ce traitement, la mère füt-elle exempte de toute manifestation, lorsque la santé du père et des avortements antérieurs font présumer l’infection du fœtus. Dans une discussion académique restée célèbre, le professeur Moreau a cité l'exemple d’une femme qui, après plusieurs grossesses successives toutes suivies d'accouchement avant terme et de la mort du fœtus, fut soumise, en désespoir de cause, à un traitement antisyphilitique, et dont les nouvelles grossesses furent conduites heureusement à terme (3). Le mercure, médicament auquel la plupart des médecins autorisés s'accordent à donner la préférence, peut être administré à l’intérieur, mais à la condition que les fonctions digestives, prédisposées à se déranger par le fait de la grossesse, ne soient pas notablement troublées. Le dérangement de ces fonctions conduit à recourir à la méthode des injections hypodermiques, ou à la méthode des

frictions à l’aide de l’onguent mercuriel double, à la dose de 4 à 10 grammes |

Jar jour.

9° Chez le nouveau-né syphilitique, Guyon-Dolois et Gardanne croyaient nécessaire d'attendre un certain temps après la naissance avant de commencer à traiter. Mais, si l’on réfléchit à la gravité de la syphilis héréditaire et au danger que courent les jeunes enfants atteints de cette affection, il faut renoncer à suivre cette pratique, qui ne repose sur aucune donnée. À notre avis, le traitement doit intervenir dès l’instant où la syphilis se manifeste ; en l’absence de tout accident, il faut s’en abstenir. Cette opinion, différente de celle que pro-

fesse Diday (de Lyon), qui veut que l’on traite tout enfant dont les deux parents |

sont reconnus syphilitiques, me paraît légitimée par ce fait que le mercure n'empêche pas plus l'apparition des manifestations de la syphilis héréditaire que celle des manifestations de la syphilis acquise. Il est d’ailleurs prouvé,

dit Vidal (de Cassis), que des parents infectés ont mis au monde des enfants

très-viables qui n'ont jamais offert le moindre symptôme syphilitique. Ainsi, il faut recourir à une médication spécifique toutes les fois qu’il existe des manifestations, à moins que des complications surajoutées à la svphilis ne viennent contre-indiquer ce traitement,

FE Raccoglitore med., août 1842. Consultez E, Bertin, Gazette hebdomadaire, 1858, P. e

(2) Voyez Schmidt's Jahrb., t. CXX, p. 194.

(3) Cazeaux, Maisonneuve et Montanier prétendent qu'il ne faut pas traiter lorsque les

parents sont en apparence sains ; mais Dubois, Depaul, Moreau, Vidal {de Cassis), Putégnat (de Lunéville), sont de l’avis contraire, si les parents ont eu des enfants vérolés.

Le mercure et l’iodure de fer sont les deux principaux agents sur lesquels se fonde la thérapeutique de la syphilis héréditaire, et, suivant que ces agents -sont administrés à l’enfant où à la nourrice, le traitement est direct ou indirect. Le traitement direct fut d'abord appliqué. N. Massa (1536), Paré MESA Botal (1663), Augier-Ferrier, Guyon-Dolois, de Blégny, Astruc, . en étaient partisans ; ils employaient les frictions ou les fumigations, c’est-à-dire un traitement direct externe. Rivière, Vercelloni, Brunner, Sanchez, Underwood, Nisbett, Bell, conseillaient le mercure à l’intérieur, c’est-à-dire le traitement direct mterne.

L'idée de traiter un enfant malade en faisant prendre des médicaments à la mère existe déjà dans Hippocrate (1). Pierre Garnier (de Lyon), en 1699, proposa d’administrer à l'enfant le mercure par le lait de la mère. Levret, Burton (4775), Rosen de Rosenstein, Colombier, Doublet(1766), Faguer, Swediaur, ete., adoptèrent bientôt ce mode de traitement. On se servait, dans le même but, du lait d’une chèvre ou d’une ânesse préalablement soumise à des frictions mer- -curielles. D'abord il y eut des succès, mais qui ne furent pas justifiés par l’observation ultérieure. Depuis lors, Bertin, Lagneau, Philippe Boyer, S. Cooper, Gibert, Cazenave, ont eu recours à un traitement mixte, et, plus récemment, Cullerier, Bassereau, Natalis Guillot, Putégnat, Vidal (de Cassis), sont revenus au traitement direct. Ge traitement est effectivement le seul efficace, car les doutes émis tout d’abord sur l'insuffisance du traitement indirect sont devenus des certitudes, depuis que des analyses chimiques rigoureuses ont montré que le mercure passait peu ou pas dans le lait des nourrices.

Péligot (2) ne put retrouver de mercure dans le lait d’une ànesse qui prenait chaque jour 5 grains de sublimé, non plus que dans le lait d’une chèvre qui en prenait jusqu’à 12 grains. Cullerier, Reveil, Lutz, ne furent pas plus heureux dans les analyses qu'ils firent du lait de femmes soumises aux préparations mercurielles. Cependant Personne, opérant d’une autre facon, parvint à constater la présence du mercure en très-faible quantité dans le lait d’une femme qui prenait, depuis deux mois, 5 centigrammes de protoiodure par jour (3). Ainsi s'expliquent les insuccès du traitement indirect et la nécessité qu'il y a de recourir au traitement direct, soit externe, soit interne.

Le traitement direct externe consiste dans l’emploi des frictions, des bains et des injections hypodermiques. Les frictions sont faites avec le calomélas ou l'onguent mercuriel. Cazenave conseille les frictions sur les gencives avec un centième de calomélas incorporé dans du miel. Massa, Botal, Doublet, Bertin, faisaient usage des frictions avec longuent mercuriel. Lagneau et Putégnat (de Lunéville), les emploient aujourd'hui, et Cullerier en faisait la base du traitement à l'hôpital de Lourcine. « Après avoir baigné l'enfant à l'eau de son plusieurs fois afin de calmer l’inflammation qui peut exister et afin aussi de prédisposer la peau à une absorption plus facile, je fais faire, dit cet observateur, sur les parois latérales de la poitrine, en remontant vers l’aisselle, une friction

(4) Lactantium cura posita est tota in medicatione nutricum. Epist., liv. IT.

(2) Journ. des connaïss. médico-chirurg., nov. 1836. , ,

(3) Voyez Cullerier, Bulletin. de thérapeutique, n° d octobre 1862. — Comparez Ch, Ravin, Du traitement de la syphilis congénitale. Thèse de Paris, 1897.

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