‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 4 sur 107 · SYNONYMIE · texte numérisé non relu

SYNONYMIE

La syphilis est peut-être, de toutes les maladies, cel|e qui à l'origine a reçu les dénominations les plus nombreuses et les plus variées. Inconnue, lors de son apparition, dansses causes, dans sa nature, dans son traitement, elle prêtait facilemenl^à toutes les suppositions : aussi l'imagination des médecins et du peuple se donna pleine carrière à son sujet. Delà ces noms divers qui reflétaient ou les préoccupations scientifiques, ou les rivalitésnationales, ou les superstitions populaires de l'époque.

Bon nombre de médecins, jaloux de repousser une calomnie et une erreur et de rester en dehors des animosités et de l'ignorance des masses, cherchèrent leurs désignations soit dans les causes, soit dans les symptômes du mal. Aux uns il parut que ce n'était qu'uneforme de la lèpre asiatique, de là le nom d'éléphantiasis ; les autres y virent une affection cutanée déjà décrite par les Arabes, auxquels ils empruntèrent le terme de sahafaii. Mais ce qui frappait surtout, c'était la ressemblance de la maladie nouvelle avec la petite vérole connue depuis le sixième siècle. Aussi les Français, pour l'en distinguer, l'appellent-ils grosse vérole ou vairole ; les Flamands et les Picards, les poques; les Espagnols, las bubas ou buvas , on boas ; les Génois, lo maie de le tavelle; les Toscans, il malo délie bolle ; les Lombards, lo maie délie bozzole; les Savoyards, clavelée ou claveau ; les Allemands, grosse B lutter ; d'autres, gorre, grande gorre, scorra pestilentialis, morbus pustularum, malœ pustulœ, gale pustuleuse, vésicules épidémiques,' crystalline. Les noms usités à Saint-Domingue rappelaient la même analogie : guagnara, hipas, taybat, rjcas. L'influence des idées astrologiques donna lieu aux mots de Patursa (passio turpis saturnina), maladie saturnine, parce qu'on en faisait remonter la cause à la conjonction de Saturne et de Mars. Le nom de Pélade vint, dit Sauvai, à cause du nombre de personnes qu'on vit tondues si joliment et sans rasoirs. J. de Béthencourl, médecin rouennais, adopta la dénomina-

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lion de maladie vénérienne que Fernel après lui employa de préférence sous la forme latine de lues venerea. Fracastor avait déjà publié son poëme dans lequel figure le berger Syphilis, destiné à devenir l'incarnation la plus durable du mal nouveau.

Telles furent les dénominations principales employées par les médecins et chirurgiçns du temps. Elles ne suffirent point : les rancunes nationales, les inimitiés politiques trouvèrent l'occasion de se satisfaire, et on s'imputa réciproquement l'introduction du fléau. Les Italiens, les Napolitains l'appelèrent mal francese, mala de Frantzos, désignation que s'empressèrent d'adopter les Allemands, p-antzosen, frantzosiscken Pocken. Les Anglais lui donnèrent le nom de french pox. De même, et avec tout autant de raison, les Français le nommèrent mal de Naples;\e& Flamands,î;ero/e espagnole, spaanse Pocken ; les Maures, mal espagnol ; les Portugais, mal castillan ; les Indiens, mal des Portugais ; les Turcs, mal des chrétiens ; les Persans, mal des Turcs ; les Polonais, mal des A llemands ; les Moscovites, mal des Polonais.

A ces noms, souvenir de vieilles haines, il reste à joindre, pour être complet, ceux que le vulgaire employait en certains pays et qui n'étaient que l'expression de ses croyances superstitieuses au point de vue de la guérison. Ainsi vit-on le morbus novus devenir chez les Allemands le mal de saint Mévius ou de saint Maiw; chez les Catalans et les Aragonais, le mal de saint Sèment, et ailleurs le mal de saint Job, de sainte Heine, de saint Evagre, de saint Roch, etc.

Voici du reste comment un poète du temps, Jean Leraaii:e (1), rappelle dans son langage naïf cette multiplicité d'appellations :

Ne seul onc lui bailler propre nom, Nul médecin, tant eut-il de renom.

L'ung la voulut Sahafuti nommer En Arabie ; l'auUe a peu estimer Que l'on doit dire en latin Meniagra ; Mais le commun, quand il la rencontra, La nommait Gorre ou la Vérole grosse, Qui n'espargnoit ne couronne, ne crosse ;

(I) Les Irais comptes intitulés de Cupido et d'Atropos, dont la premier fut inventé par Séraphin, poète italien, le second et le tiers de l'invention de maistre Jean Lernaire, 1526.

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