VIRUS SYPHILITIQUE
action toute locale; mais celte différence, dont nous nous demandons encore la raison, ne tient-elle pas à la constitution spéciale de la matière contagieuse qui renferme en abondance des bactéridies ? La difficulté d'absorption de ces corpuscules peut rendre compte en effet de l'état local qui ici précède l'état général, elle explique aussi ce fait, résultat d'expériences communiquées à la Société de biologie par notre distingué collègue M. Davaine, le défaut d'infection du foetus parla mère dans l'inoculation de la pustule maligne (d). Sans insister davantage sur l'analogie ou les différences qui existent entre les principes virulents (2), voyons comment on peutconcevoir le mode d'action du virus syphilitique sur les tissus et les organes.
Le virus est-il dans le sang ? A cette question Hunter répondait par la négative. Le sang, pour cet auteur, n'était pas inoculable ; mais des expériences que nous citerons plus loin prouvent d'une façon péremptoire que ce liquide, pris sur un individu à la période secondaire, est susceptible de communiquer la syphilis à un individu sain. Ainsi, pas de doute, le virus syphilitique, à un moment donné, existe bien dans le liquide sanguin. Or, s'il en est ainsi, deux hypothèses son t admissibles. Le sang est virulent, parce que l'économie impressionnée et modifiée par la gouttelette contaminante est apte à sécréter la matière virulente. Cette première hypothèse exige que toutes les humeurs soient virulentes, ce qui n'a pas lieu. Le sang est virulent, parce que le principe contagieux s'y trouve mêlé et' s'y est multiplié. Cette dernière hypothèse paraît plus vraisemblable. Admise par Astruc, acceptée par Rollet, la multiplication du virus syphilitique n'est, à la vérité, prouvée par rien; mais aussi aucun fait ne la contredit. S'il est vrai toutefois que ce virus se dissémine en se fixant à l'un ou à l'autre des principes du sang, on se demande auquel de ces principes il s'unit de préférence. Et alors, il semble que ce soit aux globules plutôt qu'au sérum, puisque, dans les cas d'inoculation du sang pratiqués jusqu'ici , la réussite n'a eu lieu, qu'autant que les globules sanguins ont servi à l'opération, et
(1) Chez des femelles (lapines) auxquelles il avait inoculé la pustule maligne, M. Davaine a pu s'assurer de la parfaite sanlé de tous les produits, el tandis qu'il Irouvaitdesbactéridies dansleplacenta.lesang du fœtus en était entièrement exempt.
(2) Consultez sur ce sujet : Vaulliicr, Du virus syphilitique el de ses effels. Tliôse de Paris, 1850. — Ch. Rcbin, Sur les états de virulence et de puiriditc de' la substance organisée. Comptes rendus des séanc. et mém. de la Société de biologie t. V, série lil. — Péter, thèse citée, Paris, 18G3. '
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que la transmission de la syphilis d'une mère infectée dans le cours de la grossesse, au fœtus, ou d'un foetus syphilitique à la mère, est dans l'espèce un accident relativement rare, ce qui ne serait pas sans doute, si le sérum servait de véhicule au virus syphilitique. Ainsi le virus syphilitique paraît se fixer de préférence aux globules sanguins, et, transporté par ces éléments, il va modifier les tissus.
B. Bell et le plus grand nombre des syphilographes croient à une aclioa directe du virus syphilitique sur le sang; mais cette opinion paraît peu admissible. Parles eiïels qu'il détermine, ce virus est, à noire avis, tout à fait comparable à certains poisons irritants, tels que l'alcool qui agit bien plutôt sur les parties solides que sur les parties liquides. En effet, de même que l'alcool et beaucoup d'autres substances, le virus syphilitique contenu dans le sang agit sur la trame des organes, oti il produit en même temps qu'une hyperhéraie le développement d'éléments de nouvelle formation. •
Telle est la période de la maladie dans laquelle, tous les accidents qui fournissent un produit de sécrétion, sont contagieux et inoculables. Les choses se passent ainsi pendant un certain temps (période du chancre et des accidents secondaires). Après un séjour plus ou moins long dans l'économie, l'agent virulent est éliminé; le fait est qu'il n'est plus ni dans le sang ni dans aucun des produits de sécrétion physiologique ou pathologique, puisque le sang et ces produits ont cessé d'être inoculables, comme le prouvent les expériences faites à ce sujet. La maladie cependant n'a pas accompli toutes ses phases, et la souffrance de l'organisme persiste toujours. Le mal continue son évolution et il survient de nouvelles manifestations, de même qu'on voit, chez un buveur, apparaître, longtemps après l'abstention des liqueurs fortes, des accidents qu'il n'est possible de rattacher qu'à l'alcoolisme. Dans cet état, qui est la période véritablement chronique de la maladie, il devient évident que l'organisme modifié a conservé une aptitude particulière à produire dans les différents points du corps des désordres qui, anatomiquement, sont caractéi'isés par une hypergénèse spéciale des tissus connectifs. A la simple impression du virus a succédé l'imprégnation, et il en est résulté une modification de tout l'organisme tellement profonde, qu'elle disparaîtra difficilement. L'individu malade a acquis la constitution syphilitique, il n'est plus un être normal, mais un individu dévié du type, il a subi une sorte de dégénérescence.
Après avoir parlé du virus syphilitique, il y aurait lieu sans doute de se demander quel est son degré de force dans le temps et de chercher si, comme le supposent certains auteurs, il a pu diminuer d'intensité depuis la'fin du quinzième siècle. Cette question traitée ailleurs ne doit plus nous arrêter.
§ 1. — Contagion.
Après avoir attribué à la syphilis des causes plus ou moins imaginaires, les premiers syphilographes finirent par reconnaître que cette maladie était l'effet habituel sinon constant de la contagion. D'abord ils admirent que celle-ci pouvait s'effectuer à distance ; mais en 13 12, J. Almenar parle déjà avec ironie des cas de transmission de celte nature auxquels il faut croire pieusement, dit-il, puisqu'on en a observé chez plusieurs religieux. Fracastor (1530) déclare qu'on ne voit plus la syphilis se transmettre par l'intermédiaire de l'air. Vidus Vidius {] 330) et Fernel nient que ce modede contagion ait jamaisexisté. Dèscemoment, la contagion est acceptée par la plupart des syphilographes, nonseulement dans les rapports, sexuels, mais à la suite de toute espèce de contact un peu prolongé, direct ou indirect, et notamment par l'allaiiement, par l'usage commun des ustensiles déménage ouaulres, et par la voie héréditaire.
L'erreur de cette époque fut d'admettre la transmission de la syphilis sans distinction de périodes et par toute espèce d'humeurs, pathologiques ou physiologiques, en particulier par le lait, la sueur, la salive, etc. Néanmoins les deux modes de propagation de la syphilis, la contagion et l'hérédité, étaient connus. Hunter ne voulut point croire à l'hérédité syphilitique. Une école célèbre a plus récemment nié la contagion des accidents secondaires. Mais, aux observations nombreuses des anciens auteurs se sont ajoutés des faits qui, aujourd'hui, metienthors de doute le modo de propagation par ces accidents.