VIRUS SYPHILITIQUE
li tique ne s'accordent pas tous sur les propriétés et sur les qualités de ce principe morbide. Les recherches chimiques et micrographiques ne nous ont rien appris sur son essence. De nombreuses hypothèses ont été faites pour en exph'quer la nature. Certains auteurs le considèrent comme une substance acide ou alcaline, ou bien encore comme un poison acre et corrosif; d'autres, comme un ferment, un levain ou même un principe incorporel, invisible (Fernel, Cazenave).
Entre ces opinions il sera inutile de se prononcer, tant que des analyses exactes, multipliées, n'auront pas déterminé nettement les caractères physiques et distinctifs de cet agent. Or, jusqu'ici, il a été peu étudié, probablement à cause de la difficulté de se le procurer à l'état de simplicité et de pureté. Ce qa'on sait, c'est qu'il est un principe fixe et non volatil, contenu dans un liquide clair, transparent, opalin, légèrement visqueux, et jusqu'à un certain point analogue au vaccin. Ce n'est pas assez sans doute pour le faire reconnaître d'avec un autre liquide organique de même coloration et de même fluidité ; le caractère propre de la virulence n'y est point indiqué, et jusqu'ici il ne se saisit que par ses effets sur l'organisme; mais c'en est assez néanmoins pour le distinguer nettement de tout autre principe. La purulence est ici opposée à la virulence; car, sitôt que le pus apparaît, la puissance virulente diminue, et la contagion est souvent impossible. Le liquide que l'on voit sourdre à la surface de l'érosion chancreuse est le meilleur type qu'on puisse donner du virus syphilitique : alors^ en effet, ce virus n'est mélangé ni avec le détritus provenant d'un chancre fortement induré et déjà en voie d'évolution rétrograde, ni avec le pus que sécrète le chancre qui se répare, ou la pustule d'ecthyma, ou tout autre accident ; il n'est pas non plus mêlé à de nombreuses cellules épithéliales ou à des globules de mucus, ainsi qu'il arrive lorsqu'il provient des plaques muqueuses.
Produit de sécrétion morbide, ce virus est l'effet d'une maladie dont il peut devenir la cause, de la même façon que le fruit, produit d'une graine, peut à son tour, dans des conditions données, engendrer des fruits semblables. Rien d'extraordinaire en cela, et que l'on ne vienne pas nous dire que ce virus ne joue d'autre rôle que celui de cause occasionnelle. Évidemment, pour engendrer la syphilis, il est besoin d'un organisme prédisposé, de la même façon que la graine demande un terrain approprié pour son développement. Inutile donc de prolonger ces considérations. Ce virus corn*
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mimique ses propriétés aux substances avec lesquelles il est njis en contact, et ces substances, comme le virus lui-même, n'exercent d'action spécifique qu'à la condition de n'avoir subi aucune altération. Certains agents, tels que les acides, les alcalis, le chlore, le modifient profondément et lui enlèvent ses propriétés nuisibles; il paraît même que la mortification des tissus qui sont le siège de cette sécrétion pathologique conduit au même résultat. Relativement à son absorption, bon nombre d'auteurs se sont demandé quelle en était la voie ; mais cette question supporte peu la discussion : les agents d'absorption du virus syphilitique sont ceux des autres substances, c'est-à-dire les capillaires veineux et plus particulièrement peut-être les vaisseaux lymphatiques.
Un autre point plus important, eu égard aux applications thérapeutiques, consiste ^ déterminer si l'absorption du virus est immédiate, ou si elle ne s'opère qu'au bout d'un certain temps et après une sorte de multiphcalion de l'agent morbifique au niveau de la partie contaminée. Nous avons déjà dit ce qu'il fallait croire à ce sujet (1) ; ajoutons que l'ablation, pas plus que la cautérisation du chancre syphilitique, n'empêche, ainsi que l'ont prouvé des expériences bien faites, l'infection de se manifester. Évidemment, pour admettre avec assurance l'absorption immédiate du virus syphilitique, il faudrait produire les mêmes expériences qui ont été pratiquées avec le virus vaccin, d'abord inoculer, puis laver la plaie, la cautériser, appliquer une ventouse à sa surface, et si dans ces conditions le chancre et ses suites apparaissaient, il est clair qu'il ne pourrait y avoir le moindre doute. Mais le devoir qui commande de ne pas exposer la santé de ses semblables rend de pareilles expériences impraticables. En réalité, en avons-nous si grand besoin avec l'enseignement que donne le vaccin, dont on connaît la grande analogie avec le virus syphili tique, et n'y a-t-il pas lieu de croire que, comme les virus vaccin et varioleux, le virus syphilitique se dissémine dans les différents points du corps, qu'il ne germe pas sur place, et que l'économie tout entière subit de suite l'impression qu'elle est susceptible d'en recevoir ? Cependant on ne saurait admettre que tous les principes connus, à tort ou à raison, sous le nom de virus, se comportent de la même façon. La pustule maligne exerce, dès l'abord, une
(1) Vojcz Davaine, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1865.