ÉTIOLOGIK
il arriva à cette conclusion, que le chancre primitif et la gonorrhée sont les seuls accidents inoculables. Selon lui les lésions constitutionnelles et le sang ne sont pas contagieux. Il devait en être ainsi : puisque la syphilis ne se double généralement pas, les accidents que Hunter regardait comme contagieux ne pouvaient par conséquent être syphilitiques. Ricord, reprenant vers 1836 les expériences de Hunter, arriva aux mêmes conséquences; seulement, à l'exemple de Balfour, Bell, Hernandez, etc., et contrairement à Hunter, il regardait la blennorrhagie comme une maladie spéciale, différente et tout à fait distincte du chancre.
Cependant, vers la même époque oti Ricord répandait un nouveau lustre sur les opinions de Hunter, un revirement singulier s'opérait dans la patrie même de ce dernier. En 1835, Wallace procède, comme Hunter, par voie expérimentale ; mais, au lieu d'inoculer le malade lui-même, il a l'idée, peu louable sans doute au point de vue humanitaire, de porter le principe contagieux de l'individu malade à un individu sain. Or, les conséquences qui résultèrent de ce mode d'expérimentation furent toutes différentes; les accidents secondaires, dont Hunter avait nié le caractère contagieux, produisirent des résultats positifs entre les mains de Wallace, et dès lors un coup fatal était porté à la doctrine, un pas venait d'être fait, une doctrine nouvelle prenait naissance. Effectivement, les expériences de Wallace répétées démontrèrent que les humeurs contagieuses proviennent d'accidents multiples, qu'elles sont généralement l'effet d'une sécrétion pathologique, plus rarement d'une sécrétion physiologique.
Les produits de sécrétion pathologique ne sont contagieux qu'à la condition d'avoir une origine spécifique. « Les sécrétions morbides non spécifiques d'un syphilitique (pus, matière catarrhale, sérosité de l'eczéma, etc.), écrit Diday (1), ne sont pas contagieuses. J'ai inoculé sans succès à une jeune dame saine la matière d'une pustule d'acné iodique prise chez un syphilitique en plein début de poussée secondaire. » L'inoculation, par le môme expérimentateur, de la sérosité d'un eczéma n'eut pas plus de réussite. Les docteurs RoUet et Viennois (2) ont fait voir au Congrès médical de Lyon, que du vac-
(1) Gaz.méd. de Lyon, févr. 1805, p. 47.
(2) . Voy. Boucliard, Gazette hebdom. deméd. et de chir., 18G4, p. 70G.
CONTAGION. o '
cin pur pris sur un sujet syphilitique ne transmet que la vaccine Seul, le liquide muqueux qui s'échappe du nez d'un enfant atteint de coryza syphilitique a pu être considéré comme contagieux. Chabrely (1) et H. Roger (2) rapportent des faits qui ne laissent aucun doute à cet égard ; mais on se demande si ce liquide n'était pas le produit de sécrétion de quelques plaques muqueuses.
Les accidents syphilitiques qui donnent naissance au principe contagieux sont les accidents dits primitif et secondaires.
1° Accident primitif. — Qu'il se manifeste sous la forme de chancre induré ou d'érosion chancreuse, l'accident primitif est éminemment contagieux. Deux ordres de preuves appuient celte proposition ; elles sont les unes cliniques, les autres expérimentales. Les faits cliniques sont nombreux, et il serait long et fastidieux de les citer ici. Le docteur Alf. Fournier en donne plusieurs exemples dans sa thèse inaugurale (3), puis il ajoute : « Qu'il me suffise de dire que, dans une série de soixante-douze observations, le chancre induré a toujours donné naissance (sur les sujets sains, bien entendu) à un chancre de même nature, et toujours dans ces conditions la vérole a succédé au chancre de part et d'autre. »
Les faits expérimentaux ne sont plus rares aujourd'hui, ceux qu'ont rapportés Rinecker (4.), Gibert (5), RoI!et (6), Baerensprung (7), ne laissent pas de doute dans l'esprit. L'accident primitif ou chancre infectant est donc contagieux. Le chancre mixte ou hybride est aussi susceptible de transmettre la syphilis. Il en est de même du chancre phagédénique; ce dernier toutefois est, sous ce rapport, moins à redouter. On a prétendu que le chancre simple développé chez un sujet syphilitique pouvait avoir la même propriété. Cinq observations rassemblées à ce sujet par Fournier, trois autres relatées par Melchior Robert, semblent montrer la possibilité d'une contagion syphilitique dans ces conditions ; mais lorsqu'on examine ces faits avec soin, on ne tarde pas à reconnaître qu'ils sont loin d'être entièrement démonstratifs. Les dé-
{l)Journ, deméd. de Bordeaux, ]aay. 1859.
(2) Union médicale, 1865.
(3) Alfred Fournier, De la contagion syphilitique. Thèse de Paris, 18C0. — Voyez, de plus, Ricord, Leçons sur le chancre. Paris, 18C0, p. 252.
(4) \oy. Archives de médecine, t. II, p. 597.
(5) Gibert, Traité des maladies de la peau et de la syphilis. Paris, 18G0. (6] Rollet, Recherches sur la syphilis, 18G1 .
(7) Ânnalen des Krankenhauses in B.erlin.
616 ÉTIOLOGIE.
taifs manquent sur le caractère du chancre qui devient la source de l'infection. Il est dit dans un cas (obs. de GuUerier) que le chancre était simple ou à base molle; mais tous les chancres syphilitiques n'ont pas, comme nous le savons, une base nettement indurée, surtout chez la femme. Du reste, n'exislaii-il alors aucun accident secondaire ? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer. Quoi qu'il en soit, si le chancre à base molle des sujets syphilitiques peut se transmettre sous forme d'un chancre infectant, cette contagion, au rapport même de Fournier, doit être rare. Du reste, le pus d'un chancre simple, développé chez un syphilitique, fut inoculé par Basset et ne produisit qu'un chancre simple. Le chancre mou, à bords taillés à pic, d'un individu non vérole ne transmet évidemment pas la syphilis; nous avons été conduit plus haut (1) à cette conclusion fondée, selon nous, jusqu'à preuve contraire.
La question de la contagion syphilitique [par la blennorrhagie se présente naturellement ici ; mais ce serait nous répéter que de la discuter de nouveau. Il a été établi précédemment (2) que la blennorrhagie est une maladie distincte de la syphilis, et qu'elle ne peut engendrer cette dernière. Du mucus blennorrhagique pur recueilli chez un syphilitique et inoculé sur la peau, comme l'a fait Basset (3), est incapable d'ailleurs de transmettre la syphilis. Donc il n'y a de contagieux chez un syphilitique, parmi les produits de sécrétion morbide, que ceux de provenance spécifique.
2° Accidents secondaires. — La contagion des accidents secondaires, comme celle de l'accident primitif, repose sur des faits cliniques et expérimentaux. Les faits cliniques sont nombreux et remontent à une époque éloignée, puisque G. Torella parle déjà de la transmission de la syphilis entre nourrices et nourrissons. Il serait intéressant mais beaucoup trop long de faire connaître tous ces faits, dont un certain nombre ont été rassemblés par RoUet (A) et par Alfred Fournier (5). Les faits expérimentaux, plus rares, portent avec eux un degré de
() ) P. 9G de ce livre.
(2) P. 86 de ce livre.
(3) Voy. Lettre de Bouchardion {Gazette hebdomadaire, t864, p. 70G).
(4) Hollet, Du chancre produit par la contag. des accidents second. {Archives de médfcine) .
(6) l ournier, De la contagion syphilitique. Thèse de Paris, 1860. Comparei : Bulletin de l'Académie de méd., 24 et 3t mai 1869; liid., t. XXIV; Gibert, Traité
certitude plus absolu. Nous n'avons pas à les rapporter, puisque nous avons donné ailleurs le résumé de la plupart d'entre eux ; un simple coup d'œil jeté sur le tableau de la page 64 en dit à cet égard plus que tous les raisonnements. Ce tableau ne montre pas seulement que le plus grand nombre des accidents secondaires sont contagieux, il indique que le degré de contagiosité de ces accidents est proportionnel à la période de leur apparition et à l'abondance de leur sécrétion, ce qui revient à dire que, plus tôt ils se moqtrent, plus ils sécrètent, plus aussi ils sont aptes à transmettre la maladie d'oîi ils dérivent. Ainsi , les plaques muqueuses semblent tenir le premier rang, viennent ensuite les syphilides pustuleuses, toutes manifestations de la période d'éruption générale. La pustule d'ecthyma, qui a servi à l'inoculation dans le fait de Vidal de Cassis, fait évidemment partie de cette période, car il y avait au plus quelques mois que le chancre avait disparu. A part la roséole et la syphilide papuleuse qui ne fournissent aucun produit de sécrétion, les accidents secondaires sont donc transmissibles par le contact; aussi avons-nous pu avancer que l'un des caractères de la syphilis à cette période était sa propriété contagieuse. Ce caractère est-il suffisant pour distinguer les manifestations secondaires des manifestations tertiaires? Nous n'oserions l'affirmer ; mais ce qu'il est possible de dire, c'est qu'il n'existe pas pour le moment un seul fait qui vienne démontrer la contagion des affections groupées dans notre dernière période.
Aucune expérience, il est vrai, n'a été tentéejusqu^ici relativement à la contagiosité des syphilides profondes tardives. Diday s'est assuré par Texpérimentation que les accidents tertiaires ne sont pas inoculables. D'autres expérimentateurs sont arrivés à des résultats également négatifs, et jamais, malgré les nombreuses piqûres que je me suis faites en pratiquant des autopsies de cadavres porteurs de
des maladies de la peau et de la syphilù, t. II, p. 483, 1860. — Follin, De quelques doctrines modernes sur lasyphilis et la syphilisation {Archiv. de me'd., février 1856).
— Lasègue, même journal, mai 1858. — Guy enot, Gaz. hebd. et Gaz. méd. de Lyon, 1859. — Langlebert, Moniteur des hôpitaux, n" 61, 1859. — De Castelnau, Transmissibililé des accidents second. {Monit. des hôpitaux, n»» 65, 67, 68, 70,1859).
— Gabalda, De la contagion des accidents secondaires de lasyphilis. Paris, 1859.
— Joulin, Monit. des liôpitaux, n" 10. — Saurel, Transmissioii de la sypliilis secondaire [Revue thérapeutique du Midi, XIII, juillet et août). — Junquet, Syphilis congénitale contagieuse (Montfjellier médical, août 1859; Gaz. hebd., 1859, n" 46). — Friedberg, Kann die Sypftilis auch durch andere Secretionen ûbertragen werden, als durch Schankereiter? [Ëehxenà'a Syphilidologie, 1. 11, part. 2).
818 ÉTIOLOGIE.
tumeurs gommeuses, je n'ai rien éprouvé. Tous les observateurs ne paraissent cependant pas d'accord sur ce point, et nous voyons le D' Craith (1) admettre la conlagion de certaines formes de syphilis tertiaire. En tout cas, s'il est vrai que le pouvoir contagieux puisse encore exister à la dernière période, il est au moins très-affaibli.
Les anciens syphilographes admettaient assez volontiers la contagion syphilitique par les sécrétions physiologiques, et particulièrement par le lait et par le sperme. Cependant, comme ils ne donnent sur ce point aucune observation rigoureuse, l'élude que nous allons en faire est, pour ainsi dire, toute nouvelle.
Le sang. — Hiinter n'admettait pas la contagion de la syphilis par le sang ; ce liquide, suivant cet observateur, n'avait aucune qualité contagieuse. Si,-disail-il, le sang pouvait faire naître dans une plaie saine l'inflammation syphilitique, aucun sujet ayant la matière vénérienne en circulation, c'est-à-dire ayant la syphilis constitutionnelle, ne pourrait, dans certaines circonstances, éviter un ulcère vénérien ; toutes les fois qu'il serait saigné ou qu'il se ferait une égratignure avec une épingle, les petites plaies ainsi produites se transformeraient en autant de chancres (2). Ne sachant pas que la syphilis ne peut se doubler. Hunier s'en tint à ce raisonnement; il ne songea pas que, pour savoir si le sang syphilitique est contagieux, il faut inoculer un individu sain et non un individu syphilisé. Or, ce que Hunier ne fit pas, Waller de Prague eut l'audace de l'exécuter. Le 27 juillet dSoO, il fit, en présence d'un grand nombre de médecins et d'élèves, l'inoculation du sang d'une femme atteinte de syphilis secondaire à un jeune garçon âgédequinzeans.Le31 août suivant, on remarqua aux points d'insertion des tubercules qui bientôt après furent suivis d'accidents secondaires. Gibert pratiqua une semblable opération qui eut le même succès (3). En 1856, le secrétaire de la Société de médecine du Palatinat annonça à celle assemblée qu'un médecin qui désirait garder l'anonyme avait inoculé avec le sang d'un individu atteint de syphilis secondaire neiif individus sains : sur ce nombre, trois seulement, chez lesquels une large surface absorbante avait été frictionnée, furent inoculés avec
(1) On the tertiary forms of syphilis proving contagions {Med. Times and Gazette, march 19, 1869).
(2) Œuvres complètes, Irad. fr. deRichelot. Paris, t. III, p. 564.
(3) Giliert, Traité des maladies de la peau et de la syphilis.
succès (1). Le 6 février 1862, en présence de tous les médecins de l'école de Florence, Pellizzari qui, en 1860, avait tenté deux inoculations sans résultat sur la personne des docteurs Belli et Tosti, renouvela ses essais sur les docteurs Bargioni, Rossi et Passigli, qui se dévouèrent courageusement (2). Deux de ces inoculations restèrent sans résultat; mais, le 3 mars, le docteur Bargioni vit apparaître à son bras gauche, au niveau du point d'insertion, une papule à base dure, accompagnée d'adénopathies axillaires et suivie plus tard d'accidents secondaires.
Enjoignant à ces faits quatre inoculations négatives pratiquées parle docteur Thiry, et trois autres rapportées par un médecin d'Albi, le docteur Lalagade (3), on arrive à un total de vingt-trois opérations dont six seulement ont été suivies d'un résultai positif. Voici le tableau de ces faits :
Anonyme du Palatinat.
Waller
Gibert
Pellizzari
Thiry
Lalagade
9 inoculât. 3 avec succès.
6 sans succès.
Il est clair que les faits négatifs ne peuvent ici annihiler les faits positifs ; un seul de ces derniers suffit pour faire admettre la contagiosité du sang des syphilitiques. Je ne doute pas, pour mon compte, de cette contagiosité après le fait de Pellizzari et les détails qui m'ont été fournis par le courageux champion qui en est l'objet, mon excellent confrère et ami le docteur Bargioni, dont voici le rapport :
La femme dont le sang servit à rexpérimentation était âgée de 25 ans,
fille et enceinte au sixième mois Elle présentait des papules muqueuses
très-confluentes et très-humides aux parties génitales; l'une d'elles, qui siégeait sur la grande lèvre gauche, vers la commissure inférieure où la malade nous annonçait avoir eu la première manifestation de la maladie, était plus grande et plus relevée que les autres, elle avait une base avec induration spécifique évidente. C'était ou le chancre infectant transformé en plaque muqueuse, ou une plaque muqueuse qui s'était développée sur la
(1) Voir Lasègue, Archives générales de méd. , 1. 1, p. 603, 1858.
(2) Voir Gazette hebdomadaire de nMeeine et de chirurgie, 18G3, p. 349.
(3) Revue tliirap. méd .-chirurg . , 25 juin 1859.
620 ÉTIOLOGIE.
cicatrice du chancre primitif. On rencontrait encore des papules muqueuses autour de Taniis, et des glandes volumineuses, dures et indolentes, aux aines, sur le tronc. Il existait en outre un érytlième confluent, des adônopathies à la région postérieure ctu cou, et des pustules fermes sur le cuir chevelu. Aucun traileraenl n'avait été employé; une saignée delà veine céphalique fut pratiquée au milieu du pli du bras droit; aucune manifestation éruplive n'existait dans cette région, qu'on avait lavée préalablement. Le chirurgien avait lavé avec soin ses mains, et le ruban, la lancette et le pot qu'on avait apprûlé pour le sang étaient tout neufs. Aussitôt le sang extrait, on y a imbibé un plumasseau de charpie, et on l'a appliqué à M. Bargioiii, à la région supérieure et externe dui bras gauche, vers l'insertion du deltoïde, où on avait enlevé l'épiderme et fait trois incisions transversales.
On opéra de niôiiie sur M. Rossi, mais avec cette différence, qu'on avait enlevé l'épiderme à la région supérieure et externe de l'avant-bras gauche, et de plus le sang s'était déji refroidi. M. Passigli fut inoculé sur la même région et de la même manière que M. Bar^ioui; mais le sang était presque tout à fait coagulé, et à cause de cela, outre la partie liquide, on a appliqué sur la surface excoriée une partie du caillot. L'étendue de la surface destinée à rinoculation était de 2 centimètres de hauteur et de 1 centimètre de largeur.
Le bandage qui servait à M. Bargioni fut enlevé après vingt-quatre heures, et rien de particulier ne s'est montré, excepté une légère croûte noirâtre due au sang évasé et séché. Le môme jour la charpie fut également extraite du bras des deux autres docieurs, et rien de remarquable ne se présenta. Quatre jours plus tard, toute trace d'inoculation avait disparu.
Dans la matinée du 3 mars, pendant ma visite à l'hOpital, M. Bargioni annonça à M. Pellizzari que dans le centre de la surfice, où on avait inoculé le sang, il avait remarqué un petit relief qui lui donnait un peu de démangeaison. M. Pellizzari examina le bras et vit au point indiqué une petite papule de forme ronde et d'une couleur rouge assez foncée ; l'on ne remarquait aucune induration à la base de la papule, aucun engorgement des glandes axillaires. M. Bargioni fut prié de vouloir bien appliquer sur la papule de la charpie avec du cérat pour la mettre à l'abri d'un frottement quelconque. Celte papule, examinée avec soin chaque jour, augmenta de manière à atteindre, en huit jours seulement, la dimension d'une pièce de vingt centimes.
Le H, elle était couverte d'une écaille fine argentine et très-adhérente; les jours suivants cette écaille devint plus épaisse, moins adhérente, et dans sa partie centrale elle commença à se fendre.
Le 14, on remarquait dans l'aisselle deux glandes du volume d'une noisette, mohiles et indolentes comme la papule, dont la sensibilité avait cependant un peu augmenté.
Le 19, en pressant sur l'écaillé qui couvrait la papule, ou voyait sortir
de sa périphérie une petite quantité de sérosité purulente, et la pression produisait un peu de douleur; les glandes de l'aisselle élaii^nt devenues pins grosses et pins dures, mais se conservaient indolentes. Aucune induration ne se remarquait à la base de la papule.
Le 21, l'écaillé s'était transformée en vraie croûte, qui, dans quelques points de la périphérie, commençait h se détacher, et laissait manifestement voir au-dessous une surface ulcérée, légèrement indurée à sa base.
Le 2?., après avoir ôté la croûte, on découvre un chancre d'aspect infundibulifurme; les bords avaient une certaine résistance élastique, de telle sorte qu'ils représentaient très-bien l'induration annulaire, ils étaient enflés, adhérents et obliques relativement au fond du chancre qui était trèspeu humide et couvert d'une couche presque diplilhéritique : presque pas de douleur, pansement avec de la charpie sèche.
Le 26, le chancre a l'étendue d'une pièce de cinquante centimes; il sécrète davantage; son aspect est celui d'un très-petit entonnoir renversé. L'induration a beaucoup augmenté, on continue le simple traitement local avec la charpie sèche. Avant de commencer le triiitement à l'intérieur, le docteur Bargioni veut attendre les manifestations générales. Rien de remarquable jusqu'au 4 avril; le chancre reste slalionnaire, le fond en est granuleux; les glandes sont toujours grosses, dures et indolentes.
Le 4 avril, légère céphalalgie nocturne, qui se continue pendant deux ou trois jours; on commence à s'apercevoir d'un engorgement glandulaire à la région postérieure du cou.
Le 12, on voit sur la surface du corps, et surtout des deux côtés du thorax et vers les hypochondres, des taches de forme irrégulière et d'une couleur rosée, qui ne s'accompagnent d'aucune maladie. Les engorgements glandulaires du cou sont devenus plus marqués. L'érythème, plus étendu et plus confluent les jours suivants, ne laisse aucun doute sur la nature syphilitique. Absence de fièvre, pas de phénomènes de catarrhe; absence de chaleur et de démangeaison à la peau, rien enfin n'accompagne cet érythème maculeux qui va en augmentant pendant huit jours.
Le 20, les glandes cervicales et les sus-épitrochléaires ont augmenté de volume et de résistance, le chancre est toujours dans la période d'état et il ne tend point encore à se cicati iser.
Le 22, la couleur de l'érythème est absolument cuivrée et parsemée de papules lenticulaires. Le chancre primitif commence à se réparer, un traitement mcrcuriel est employé.
Il est à remarquer que, dans ces différents faits, l'accident qui a servi à rinoculation faisait partie de la période secoudaire ; des expériences tentées par Diday avec du sang pris sur des individus affectés d'accidents tertiaires ont donné un résultat constamment négatif (1).
(1) Gaz. mdd. de Paris, 18-i9.
622 ÉTIOLOGIE,
Aussi cet auteur pense-l-il qu'à la période de ces accidents le sang a cessé d'être inoculable, et je partage volontiers cette croyance que la contagiosité du liquide sanguin ne dure pas plus longtemps que celle des accidents syphilitiques secondaires.
Quelques expériences de Melchior Robert sembleraient indiquer que le sang ne possède encore aucune qualité contagieuse au début de la période d'éruption locale (accident primitif), s'il n'y avait tout lieu de croire que ce syphilographe a confondu la vraie et la fausse syphilis. Il a remarqué, en effet, que le sang puisé sur une plaie produite par l'excision de chancres, soit simples, soit indurés, n'est pas inoculable d'un malade à l'autre pendant les trois premiers jours qui suivent l'excision, mais seulement dès que la suppuration s'est établie à la surface des plaies, c'esl-à-dire vers le quatrième jour.
En résumé, le sang peut être contagieux pendant la durée de l'accident primitif, il ne l'est plus dans la période des accidents tertiaires. Il l'est à coup sûr pendant la période secondaire, et, à notre avis , c'est avec raison que le docteur Viennois a soutenu que ce liquide pouvait être l'agent de transport du virus syphilitique dans la vaccination. La vaccination toutefois n'est pas le seul mode de contagion syphilitique par le sang. S'il est vrai qu'une mère infectée pendant le cours de la grossesse est susceptible de communiquer la maladie à son enfant ou que celui-ci puisse infecter sa mère lorsqu'il repose encore dans son sein, il faut bien admettre que le sang est le seul moyen de communication entre les deux individus, à moins de supposer, ce qui est peu probable, que des lésions telles que des accidents secondaires aient pu se développer dans la profondeur de l'ulérus.
Transmission de la syphilis au fœtus par la mère infectée après le moment de la conception. — Onze cas rassemblés par Diday (1), dans le but de montrer que la syphilis est transmissible de la mère au fœtus, lorsqu'elle est contractée après la quatrième semaine et avant le septième mois de la grossesse, ne nous ont pas paru nets et bien positifs. Il n'est pas prouvé, en effet, que l'enfant infecté au moment de sa naissance ou peu de temps après ne l'était pas par le fait du père, lequel n'aurait infecté la mère qu'après la conception, et le doute à cet égard est tout au moins légitimé par des observations dues
(I) Diday, Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle, Parii, 1854, p. 45.
à Starck, à Depaul, à Berlin et à plusieurs autres auteurs. En outre, rinfection de l'enfant n'est pas toujours certaine: tel est un cas de Berlin, oîi l'enfant offrit pour tout accident des pustules ulcérées aux fesses; tel est encore celui de Baumes, dans lequel l'enfant qui guérit présentait des pustules d'ecthyma syphilitique (accident difficile à spécifier) aux fesses, à la poitrine él aux joues. Le cas observé par Diday lui-même n'est pas plus concluant; il s'agitd'une femme qui prit par contagion des tubercules muqueux au gosier etqui présenta ensuite les signes les mieux accusés d'une syphilis constitutionnelle; l'infection eut lieu au commencement du septième mois de la grossesse. Mais les tubercules muqueux ne sont pas l'accident primitif. A quelle époque remontait donc celui-ci ? N'était-il pas antérieur à la grossesse? ou bien lui était-il postérieur? Rien ne l'établit. Comme Diday, Trousseau croit en pareille circonstance à la transmission de la syphilis, il cite un fait à l'appui de son opinion (1). Putegnat est aussi de cet avis. Malgré ces autorités imposantes, nous croyons que les faits ne prouvent pas encore sufflsamment la contagiosité de la syphilis dans ces conditions. Du reste, Natalis Guillot et Boys de Loury ont vu des femmes portant, à l'époque de l'accouchement, des accidents primitifs gagnés dans les derniers temps de la grossesse donner le jour à des enfants chez lesquels aucune trace de syphilis ne s'est manifestée. Mandon de Limoges écrit que o la syphilis gagnée par la mère pendant sa grossesse ne saurait être transmise au fœtus (2). » Cet auteur, il est vrai, se contente de nier sans avancer de preuves; mais il n'en est pas de même de Baerensprung, qui déclare, de son côté, qu'une mère contaminée pendant la grossesse n'infecte pas son enfant. Ce professeur fait reposer son assertion sur quatorze faits oîi la syphilis contractée à toutes les périodes de la gestation, même au cinquième et au sixième mois, n'a pas été transmise, puisque les produits se trouvaient trèsbien portants huit et dix semaines après la naissance. Tel est l'état de la question relative à la contamination du foetus par une mère infectée pendant le cours de sa grossesse. Cette question, à notre avis, ne peut être encore définitivement résolue ; il faut éviter de trop se hâter de conclure. Un cas qui s'est présenté à notre examen donne
(1) Clinique médicale, t. II, p. 669. Paris, 1862.
(2) La mère peut-elle transmettre au fœtus ladiathèse acquise pendant la groS' sesse? (Journal de médecine de BruxeZ/e*, janvier et février 185G, p. IIC, et Gaz. hebd., 1856).
624 ÉTIOLOGIE.
la mesure de cette difficulté. Une jeune femme de i8 ans est infectée deux mois après le début de sa grossesse, elle accouche au huitième mois d'un enfant morl-né, mais qui ne présente aucune trace d'altération. Doit-on regarder cet enfant comme syphilitique ? Évidemment les preuves manquent, et ce fait ne peut conduire à aucun résultat véritablement scientifique.
Transmission syphilitique du fœtus à la mère. — Pe grandes autorités médicales s'accordent à admettre cette forme de contagion, o Le mari, dit Ricord, peut procréer un enfant infecté qui propage le virus secondaire à la mère (I). Depaul (2) écrit : « La mère étant incontestablement saine et la syphilis n'ayant pu être transmise que par le père et seulement au moment de la fécondation, l'embryon, seul malade pendant quelque temps, pourra à son tour, durant son séjour dans Uulérus, infecter sa mère. » Pour Bazin (3), le fœtus à qui la syphilis a été transmise par son père, peut contagionner sa mère pendant la vie intra-utérine, et les accidents qui se développent chez elle sont alors très-communicables. S. Cooper, Maisonneuve et Mon lanier, Hutchinson (4), Balfour (5), sont de ce même avis, que partagent encore Lafont-Gouzy (6), Putegnat de Lunéville (7), et qu'appuient les observations de Seraanas (8) et de Diday. Les faits de ce genre peuvent être rangés sous deux chefs. Dans les uns, ceux de Seraanas, de Bazin (9), de Beyran (10), et quelques-uns de Diday, il s'agit de manifestations secondaires survenues plusieurs semaines ou plusieurs mois après l'accouchement; dans les autres, la syphilis s'est montrée pendant le cours même de la grossesse. L'objection à laquelle prêtent les premiers faits, c'est que la contamination a pu s'opérer au moment même de l'accouchement ; celle que soulèvent les seconds, est que la gestation a été la cause
(1) Citation de Diday, Syphilis des nouveau- nés, p. 243.
(2) Depaul, Mémuire lu à l'Académie de médecine, le 19 avril 1851 {Bulletins de l'Académie).
(3) Leçons sur les sypltilides, 1S59, p. 45.
(4) Médical Times and Gazette, 1856, et Gaz. méd., 1857. p. 646,
(5) Edinburgh med journ., ISbC, et Guz. méd., 1857, p. 754.
(6) I,afoiit-Gouzy, Journ. de méd. de Toulouse, avril el mai 1854.
(7) Putegnat. Hist. et Ihérap. de la syph. des nouveau-nés, 1854, p. 114.
(8) Semanas, Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 777.
(9) Diday, ioc. cit. et Exposit. des nouv. doctr. sur la syphilis, p. 466.
(10) Heyran, Transmission de la sijphilis du père au fœtus et du fœtus à la mère, (Union médic, 1862, t. Il, p. 457).
occasionnelle et non la cause efficiente de la syphilis, l'accident primitif ayant passé inaperçu, comme cela est arrivé, du reste, dans l'observation IV du mémoire de Rollet (1). Même objection encore pour les trois observations du docteur Balfour, où on vit reparaître les mêmes accidents syphilitiques dans plusieurs grossesses successives. Plus lard, quand nous ferons connaître l'influence de la grossesse sur les éruptions syphilitiques secondaires, on jugera mieux encore de la réserve qu'il convient d'apporter dans un tel sujet. Jusqu'à présent donc on ne peut admettre comme certaine l'infection de la mère par le fœtus.
Le lait. — Vernois et Becquerel, dans des recherches intéressantes sur la composition du lait de la femme pendant l'état de santé et l'état de maladie, ont reconnu que dans le lait de la femme syphilitique le beurre diminue beaucoup, tandis que les sels augmentent hors de proportion et que la densité s'élève extraordinairement. Bien que ce liquide vu au microscope n'offre rien de particulier, on se demande s'il n'est pas contagieux. Stahl et la plupart des syphilographes des derniers siècles, soupçonnaient l'infection syphilitique par le lait. Catanée (2), Paracelse, Ambroise Paré (3) et bien d'autres y croyaient fermement. Astruc, Fabre, Doublet, Bell, Mahon, Berlin, Cooke, étaient de la même opinion. Cette opinion fut professée plus récemment par Lane, Parker, Putegnat de Lunéville (4;, Melchior Robert et Hicordi de Milan. Cependant Hunter, Svs^ediaur et Nisbett nient ce mode de communication que Barbantini, Dugès (5), Venot, N. Guillot, Ricord et Nonat ne veulent point mettre au rang des causes infectantes.
Deux opinions contraires sont donc en présence ; les assertions ne manquent pas, mais il y a peu de faits à l'appui. Suivant nous, on ne peut croire aujourd'hui à l'infection par le lait comme l'entendaient les anciens, puisque tout porte à voir dans les observations in-
(1) Rollet, Recherches sur la syphilis, 18G1, p. 180.
(2) Lac cnim quum ex sanguine generelur, malam sapit qualitatem in sanguine prœexistentem.
(3) Les enfants allaictant nourrices vérolées en sont infectées, attendu que le lait n'est que sang blanchi, lequel estant infecté de virus et l'enfant en estant nourri en prend les mêmes qualités, etc. {Œuvres complètes, Lyon, 1652.)
(4) Pulegnat, Ilist. et tliérap. rie la syph. des nouveau-nés. Paris, 18f)4, p. 102.
(5) De l'innocuité du, lait des nourrices atteintes de syphilis pour les enfants (jumelles nourrissent. Thèse de Paris, 1852, n" 37.
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voquces à l'appui de celle doclrine, une contamination par des accidents secondaires développés sur le sein des nourrices et restés inaperçus. Doit-on accepter avec plus d'assurance les observations des modernes? Melchior Robert donne comme parfaitement concluants deux faits que voici en abrégé; mais ils sont loin de satisfaire un observateur rigoureux :
Une nourrice mère, n'ayant aucune maladie vénérienne, allaitait un enfant bien portant, lorsqu'elle eut des rapports avec son mari infecté depuis peu. Un mois et demi plus tard, taches confluentes sur le corps de Tenfant', mômes taches sur le corps de la mère et, de plus, céphalalgie. Les mamelons et la bouche étaient sains; l'enfant n'avait ni plaie, ni cicatrice, ni ganglions engorgés.
M. D. confia son enfant à une nourrice jeune et fraîche, qui perdait ses cheveux et qui était couverte de boutons aux bras et aux mains. Cependant le mamelon, qui fut examiné avec soin par M. D. . n'offrait aucune lésion. Deux mois plus tard, cette nourrice est renvoyée, et, quinze ou vingt jours après, l'enfant portait à l'anus six boulons humides, qui n'étaient autre chose que des plaques muqueuses ; il y avait en outre des taches sur le corps, mais aucune ulcération ou cicatrice à la bouche, et pas d'engorgement ganglionnaire aux aines ou au cou.
Pour faire admettre ces faits en toute assurance, il eût fallu que les petits malades fussent suivis plus exactement. Qui ne voit qu'il a été impossible de surveiller avec un soin suffisant ces deux enfants, observés du reste à une époque beaucoup trop avancée de l'infection?
A l'appui de l'opinion opposée, GuUerier lut, en 18S0, à l'Académie de médecine (1), cinq observations de nourrices infectées dont les nourrissons restèrent sains ; mais ces faits laissent aussi à désirer, en ce sens qu'il n'est pas prouvé que les enfants, malgré leur bonne apparence, ne fussent pas syphilitiques.
Dugès rapporte qu'une femme affectée de syphilide tuberculeuse allaita pendant près de cinq mois, en même temps qu'elle était soumise à un traitement par le protoiodure de mercure, un enfant qui n'offrit aucune trace d'accident syphilitique, mais qui était seulement très-débile. Ce fait n'est pas parfaitement démonstratif, et il a de plus le tort d'ôlre unique. Il ne mérite pas toutefois le reproche que lui a adressé Diday, à savoir que l'enfant suçait en même temps le poison
(1) Culierier, Bulletins de l'Académie ris médecine^ 1850, et Gaz. rhëd. de Pari f, même année, p. 892.
et le remède, car le mercure, nous le verrons plus loin, ne prévient en aucune façon les accidents syphilitiques.
Tels sont les faits; la conséquence à en tirer, c'est que jusqu'ici l'innocuité absolue du lait d'une mère infectée à un enfant sain n'est pas parfaitement prouvée. Ainsi, il n'est pas prudent de laisser un enfant téter une nourrice sypbili tique, si l'on tient à mettre la santé de cet enfant hors de tout danger.
Le sperme. — Les anciens syphilographes attribuaient une qualité virulente à la liqueur séminale des syphilitiques; mais depuis Hunter, le liquide spermalique, comme tous les produits de sécrétion physiologique, ne passe plus pour être contagieux. Cependant, dans un mémoire publié en 18S7, Porter (4) prétend que la semence d'un homme infecté peut, sans intervention de grossesse, développer chez une femme saine une infection en dehors de toute espèce d'accident primitif. Parmi les quatre faits qui servent à appuyer cette proposition, il en est deux qui né sont rien moins que concluants ; mais les deux autres méritent d'être rapportés en raison de la difficulté du sujet et de son importance. Les voici :
Un homme se marie , supposant qu'il est parfaitement guéri de la vérole j huit mois après, sa femme est atteinte de symptômes constitutionnels, sans trace d'accident primitif et sans être enceinte. Le mari n'avait présenté aucun nouvel accident.
Un homme eut la vérole trois mois avant son mariage; accidents primitifs et secondaires. Il fut traité par le mercure et Piodure de potassium. Au moment de ses noces il n'avait plus rien ; trois mois après sa femme eut une angine avec ulcération vénérienne, engorgement des amygdales et des ganglions, mais rien aux organes génitaux ; plus tard elle présenta des exostoses.
Le professeur Collet, ajoute Porter dans son mémoire, possède des faits en tout semblables. Langston Parker (2) rapporte également trois cas d'infection syphilitique qu'il croit devoir attribuer au sperme. En effet les maris infectés étaient exempts de tout accident. 11 n'y eut ni grossesse ni trace de lésion primitive chez les femmes. Je n'insisterai pas sur les objections que l'on peut adresser à ces observations. Celles
(1) Porter, Essai sur l'hist. de la syphilis {The Dublin qmrte)'hj Journal^ mai 1857; Gaz. méd., 1868, p. 6C3). — Comparez Vidal, Traité des malad. vénér., 1855, p. 75.
(2) Langston Parker, On latent syphilis and ils effects on healthy fetnales and on Ihe fœtus in utero (Médical Times and Gazette, July 4, 1863, p. 6).
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qui se présentent immédiatement à l'esprit sont les suivantes : Est-il certain que le mari prétendu infectant n'a pas eu après son mariage quelque manifestation restée inaperçue? Est-ce bien le sperme qui a été l'agent de transmission? Faut-il croire enfin qu'un tiers n'est pas intervenu ? Tous ces points ne sont pas suffisamment éclaircis, et ils mériteraient de l'être pour porter la conviction dans les esprits. Un de nos syphilographes les plus distingués, Diday, donne l'explication suivante de la contagion qui surviendrait en pareil cas. « Le sperme, dit-il, peut infecter directement, et le spermatozoïde, qui est l'agent do transport de la matière virulente, pénétrant jusqu'à l'ovaire, a assez de force pour infecter l'ovule et l'organisme de la femme qui le porte (1). » Je ne sais s'il y a eu des observations citées à l'appui de cette communication faite au congrès de Lyon ; mais, à mon sens, la question de la contagion par le sperme a besoin d'être élucidée par de nouveaux faits avant qu'il soit possible d'admettre cette contagion ou de la rejeter définitivement.
Salive, sueur, larmes. — De même que le lait, la salive n'était nullement innocentée par les syphilographes anciens , et du reste ceux d'aujourd'hui croient encore que ce produit de sécrétion peut servir à la transmission de la syphilis. Il est bien évident qu'une salive provenant d'une bouche garnie de plaques muqueuses doit être infectieuse; mais à part cette condition, la salive transmet-elle la syphilis ? Il n'y a pas lieu de le croire, après la communication faite par Diday au congrès de Lyon, cet expérimentateur ayant pu inoculer impunément, à des sujets sains, de la salive qu'il avait recueillie sur des syphilitiques.
Les larmes, et sans doute aussi la sueur, ne se comportent pasdifieremment, car leur inoculation n'a pas mieux réussi. Avouons ici que ces insuccès engagent peu à admettre la propriété contagieuse du lait, qui est, comme les liquides dont nous venons de parler, un produit de sécrétion physiologique.