‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 79 sur 107 · MODES DE LA CONTAGION · texte numérisé non relu

MODES DE LA CONTAGION

Dans la phrase suivante, Paracelse a nettement indiqué les divers modes de la contagion syphilitique : « Infectio triplici via, videlicet coitu, parlu, tactu (2). »

(1) Voir Gazette hebdomadaire, 1864, p. 70G, et Gazette médicale de LyoA, février 1R65, p. .SO.

De var.f lib. V, c. i.

Rapprochement sexuel. — Dès l'époque de la grande épidémie du quinzième siècle, il fut reconnu que le rapprochement sexuel entre personnes saines et malades était l'un des modes les plus fréquents de la contagion syphilitique. En 1497, A. Benedictus (1) le constatait. En 1498, Aquilanus (2) se montrait non moins précis à cet égard. En 1505, J. de Gatunée remarquait que le coït était la principale cause de la maladie, et de là, la dénomination de lues venerea qui lui fut donnée plus tard. L'expérience de chaque jour n'a que trop confirmé depuis lors la vérité des observations des premiers syphilographes, et le fait est assez vulgaire pour que nous n'ayons pas à y insister. Je ne m'arrêterai pas sur la contamination qui peut arriver, pour me servir d'une expression d'Astruc, par suite du commerce abominable et contre nature des personnes de même sexe.

Toutefois, la contagion est possible dans les rapports sexuels, sans qu'aucun des deux participants soit malade. Ce fait, qui n'avait pas échappé aux premiers syphilographes, a été depuis étudié avec soin.

«Ilpeuty avoir une quatrième cause de contagion, écrit Catanée (3), c'est le coït avec une femme saine, laquelle, après avoir subi récemment les approches d'un homme infecté, aurait gardé dans le vagin de son liquide séminal. » Widemann (4), Thierry de Héry, Fernel(5), Ambr. Paré, etc., admettaient la possibilité de ce mode de transmission que l'on trouve mentionné en termes formels par G. Vella (6) : « J'ai connu des femmes saines qui ont eu commerce avec des hommes infectés, lesquelles, quoique n'ayant pas éprouvé ce genre de maladie , l'ont cependant transmis à d'autres hommes en rapport avec

(1 ) Novam in mundo pestera, tempestate nostra, concubitu et contacta haberi animadvertimus.

(2) Nam fera omnes qui hanc œgritudinem passi sunt, aut illam per coitum vel lac sugendo contraxerunt, aut aliquo alio contagioso modo (Aphrodisiacus de Gruner, p. 63).

(3) Quarta causa poterit esse coitus cum sana cum qua de proximis coiverit Infectus semine adhuc in matrice existente.

(■i) Il faut éviter tout rapport avec une femme saine qui a eu commerce peu de temps auparavant avec un homme malade. Dans cette dernière condition, l'expérience a démontré qu'il y avait danger de contagion pour le sujet qui succède à l'amant infecté.

{h) Ytmû, De luis venereœcuratiom^e, w.

(fi) Novi mulieres sanas qua; coiverunt cum infectis, in quas taie genus œgritudinis non transivit, et tamen transivit in viros alios coeuntes cum iliis.

C'iO ÉTIOLOGIE.

elles. » « Quelques femmes, dit Nicolas de Blégny (i), qui ont été trouvées saines, n'ont laissé de gâter les hommes qui ont eu leur compagnie, etc. »

Astruc, Fabre et Swediaur admettent aussi la contagion médiate. « On croit, dit Astruc (2), qu'un homftie sain peut prendre la vérole avec une femme saine , si cette femme , après avoir eu commerce un peu auparavant avec un homme gâté, souffre les approches de l'autre sans s'être lavée. » « Une personne, rapporte Swediaur (3), homme ou femme, qui a du virus syphilitique logé dans les parties génitales, peut infecter une autre et lui donner une blennorrhagie et un ulcère syphilitique, sans qu'elle-même ait la moindre apparence de maladie, soit dans ses parties extérieures, soit dans le système du corps. » Suit la théorie.

De nos jours, Gullerier est venu appuyer sur des faits bien observés et tout à fait démonstratifs de ces vues des anciens auteurs. Ricord rapporte (A) une observation dans laquelle l'homme et non plus la femme se trouve être l'agent de transmission. Un jeune homme eut des rapports avec une femme affectée de chancre; il eut le même jour des relations avec sa maîtresse habituelle, qui fut infectée de la même maladie, sans que lui-même en fût atteint. Il est à remarquer que ce jeune homme ne s'était pas lavé après le coït^ et que chez lui le prépuce était fort long. Ainsi, à plus forte raison, on ne peut contester que des filles, après des rapports avec des hommes malsains, n'aient pu, servant de véhicule, transmettre un mal qu'elles n'ont pas contracté.

Baisers, attouchements divers. — Torella fait mention de la transmissionde la syphilis par lesbaisers. Il enattribue l'origine à des lésions des mamelles ou du visage ou de la bouche, soit d'une nourrice, soit de quelque autre personne. Car les nourrices ont coutume d'embrasser souvent les petits enfants (5). Fernel parle également de ce mode de contagion à propos duquel Benedictus Victorius écrivait en 1581 : « Je sais d'expérience qu'un jeune homme jouissant d'une santé irréprochable avait coutume d'embrasser une femme malade depuis long-

(1) Nicolas de Blégny, L'art de guérir les maladies vénériennes, ch. vi.

(2) Loc. cit., t. II, p. 16.

(3) Loc. cit., t. II, p. 98. Paris, 1801.

(4) Traité des maladies vénériennes, p. 98.

(5) Et hoc accidit propter mammas infectas, aut faclem, aut os nulrlcis seu alicujus alterius.|^Solent enim nutrices saîpius infantes osculari.

temps de la vérole ; il contracta cette maladie sans cependant avoir jamais eu d'autres rapports avec elle (1). »

Almenar, Brassavole, Fallope, Léonard Bolal, Bernard Tomitanus, A. Paré, Trajan Pétrone, Nie. de Biégny, Aslruc, Fabre et beaucoup d'autres syphilographes, n'ont pas oublié de mentionner ce genre de contamination. A ce sujet Charles Musitan raconte l'histoire des religieuses de Sorrente qui prirent la vérole en embrassant une petite fille qui était nourrie par une femme syphilitique (2). Un grand nombre d'exemples de cette nature ont été rassemblés par Rollet (3). Ce que j'ai dit suffit, ce me semble, pour mettre hors de doute le mode de transmission dont il s'agit. L'action de coucher avec une personne infectée a été aussi regardée comme une cause de contagion par plusieurs syphilographes, entre autres par Paracelse et Fernel. Guillaume Rondelet écrivait à cette occasion : «D'autres contractent la maladie en couchant avec des malades, elle se montre alors sur toute la peau, principalement aux points oii le contact a eu lieu (4). A. Férier et N. de Biégny (S) reconnaissent ce mode de contagion. « Coucher avec un vérolé, dit ce dernier, et le toucher à nu pendant qu'il sue ou quand il a des ulcères et des pustules sur la peau, c'est une chose qu'on peut croire très-dangereuse, principalement pour ceux qui ont les pores lâches. » Swediaur raconte le fait suivant : Deux jeunes filles nées de parents sains, l'iine âgée de douze ans, l'autre de dix, avaient toutes les deux des ulcères et des dartres dans les différenies parties du corps sans aucun mal aux parties génitales. Ces deux jeunes filles, qui n'avaient jamais eu d'affection vénérienne, couchaient quelquefois avec une servante qui fut reconnue atteinte d'une éruption non équivoque et d'une m^ona veneris. Sydenham fait cette remarque qu'il a observé plus d'une fois que des enfants, en couchant dans le lit avec leurs parents infeçtés, l'ont été euxmêmes. Pour mon compte j'ai vu en 18S8 , dans le service de

(1) Ego enim experientia edoctus fui juvenem inculpabili sanitate munitum, longo quodam temporis intervallo mulierem gallico morbo depravatam, ore exosculare assuetum, nullo per jovem exercitato coitu, in morbum gallicum incidisse [De viorbo gallico, lib. I, cap. ii).

(2) Tract, de Lue venerea, lib. II, cap. iv.

(3) Rollet, Rédherches surja syphilis, p. 272.

(4) Alli cum aegrotis dormiendo hanc luem contrahunt et tune in cute tola apparat et prœsertim in ea parte qua œgrotum tetigerunt (Aphrodisiacus, p. 935)

(5) Nicolas de Dlégny, 7oc. C!V.,,-p. IC'.

632 ÉTIOLOGIE.

M. Rayer dont j'étais l'interne, une jeune femme atteinte d'une syphilide papuleuse méconnue en ville e,t qui guérit en peu de jours par les pilules de Sédillot. Cette personne affirmait qu'elle n'avait jamais eu de rapports sexuels, et en cela elle disait vrai. Interrogée sur l'origine de sa maladie, elle racontait qu'elle avait couché pendant plusieurs semaines avec une de ses amies, laquelle était afifeclée d'une éruption syphilitique.

Une jeune dame me montra un jour l'un de ses fils âgé de six ans dont la peau était couverte d'une syphilide papuleuse confluente, la bouche affectée de plaques muqueuses. L'enfant avait contracté la maladie étant en nourrice. Malgré mes avertissements réitérés, cette mère continuait à embrasser son fils, et parfois elle le mettait coucher à côté d'elle. Trois ou quatre mois plus tard elle venait me trouver et me faisait voir une éruption papuleuse des plus caractéristiques qui se modifia bientôt sous l'influence des pilules mercurielles. Elle ne s'était aperçue d'aucun bouton sur la bouche ou à la face. (Voir obs. II, p. 88.)

Le simple contact par conséquent suffit pour la contamination, et celle-ci peut avoir lieu n'importe comment s'opère celui-là. Ainsi sVercelloni raconte avoir connu un jeune homme qui , craignant d'avoir des rapports sexuels avec une courtisane vérolée, avait cru pouvoir se permettre des attouchements, et dont la main devint malade. A côté des faits de cette nature il en est d'autres beaucoup plus regrettables, et qu'il importe de connaître parce qu'ils renseignent sur le danger de certaines professions, de la nôtre en particulier. Ant. Lecoq dit avoir connu une sage-femme qui gagna la maladie en accouchant une femme syphilitique (1). Fernel (2) etProsper Borgarutius citent chacun un fait semblable. Le traducteur français de Ch. de Musitan rapporte, au dire d'Astruc, deux histoires du même genre. Ces faits depuis lors se sont multipliés, et aujourd'hui ils sont nombreux. Il est évident que le médecin est en pareil cas tout aussi exposé que la sage-femme, il l'est de plus dans toutes les opérations qu'il peut pratiquer chez des individus syphilitiques. On connaît trop l'histoire de Hourmann pour que nous ayons besoin de

(1) Equidom obstetricem novi quce dummulierls inqiiinataî partum exciperet, hoc morbo coriepta fuit iiulla tamen fœtus noxa communtcata. [Lib. de ligno sancio non perniiscendo , cai*. i.)

(2) Âpitrodis., p. 010.

la rappeler. Il y a peu de temps, l'une de nos illustrations chirurgicales contractait dans l'exercice de sa profession un chancre à l'un des doigts.

Allaitement. — Le premier, G. Torelîa de Valence enseigna la transmission de la syphilis par l'allaitement. En 1498, Seb. Aqnilanus, de Mantoue, écrivait que la plupart des cas de syphilis son tdus au coït ou à la succion du lait. J. Gatanée raconte : « Nous avons vu de même plusieurs enfants affectés de cette maladie infecter leurs nourrices (i). » G. Vella confirme les observations cliniques de ses prédécesseurs relativement à ce mode de transmission, mais il incrimine plutôt la qualité du lait que l'action d'allaiter. Dans une ode sacrée adressée par G. Reitterius à la sainte Vierge pour la prier de préserver le genre humain de la syphilis, il est dit : « L'enfant à l'aurore de la vie qui s'alimente au sein de la nourrice n'est plus en sûreté.

Non puer tutus teneris in annis Quem susB lactat genitricis uber.

Benedictus, J, Almenar, Fracastor, N. Massa, font mention de la contagion de la syphilis par l'allaitement. Paracelse, A. Ferri, Ant. Lecoq, parlent également de ce genre de communication dont, en 16S0, A. M. Brassavole rapporte un fort bel exemple (2), en même temps qu'il indique le moyen de savoir lequel, du nourrisson ou de la nourrice, a infecté l'autre. J. B. Montanus et A. Ferrier confirment les données précédentes. J. Rodrigue, mieux connu sous le nom d'Amatus Lusitanus, décrit une petite épidémie qui a pour origine un nouveau-né syphilitique. Celui-ci transmet la maladie à sa nourrice, et celle-ci la communique à son mari et à ses voisines.

G. Fallope, Fernel et G. Rondelet admettent aussi la contagion par allaitement. D'accord en cela avec Brassavole, ce dernier fait remarquer que la syphilis, chez les nourrices infectées, commence par des ulcères au sein. Souvent aussi, dit A. Paré, l'enfant ayant la vérole la donne à sa mère nourrice, et à ce propos il raconte dans son style original et naïf le fait suivant :

(1) Hoc etiam modo vidimus plures infantulos lactantes tali morbo infectos plures nutrices infecisse.

(2) Voyez ce fait dan» VAphrodisiacus, p. GC8.

634 ÉTrOLOGIE.

^ Une honnûle et riche femme pria son mari qu'il lui permît d'être nourrice d'un sien enfant ; ce qu'il lui accorda pourvu qu'elle prît une autre nourrice pour la soulager à nourrir son enfant. Cette nourrice avait la vérole, et la bailla à l'enfant, et l'enfant à la mère, et la mère au mari, et le mari à deux petits enfanis qu'il faisait ordinairement boire et manger et souvent coucher avec lui. Or, la mère, considérant que le petit enfant ne profitait aucunement, et qu'il était en cris perpétuels, m'envoya quérir pour connaître sa maladie, qui ne fut pas difficile à juger, d'autant qu'il était tout couvert de boutons ou pustules, et que les tétins de la nourrice étaient tout ulcérés; pareillement ceux de la mère, ayant sur son corps plusieurs boutons; sernblablement le père et les deux petits enfants, dont l'un était âgé de trois et l'autre de quatre ans. Lors déclarai au père et à la mère qu'ils étaient tous entachés de la vérole, ce qui était provenu par la nourrice, lesquels j'ai traités et furent tous guéris; reste le petit enfant qui mourut, et la nourrice eut le fouet sous la custode, et l'eût eu par les carrefouiis, n'eût'été de crainte de déshonorer la maison.

Pour ce père de la chirurgie française il y a deux modes de transmission de la syphilis par l'allaitemeut, la succion du lait seul et le contact direct entre nourrice et nourrisson. Bern. Tomitanus fait également connaître les modes d'infection des nourrices par leurs nourrissons. Léonard Botal, A. Fracanziani, A.Trajan Pétrone, P. Borgarutius (1), N. de Biégny (2), Boerhaave, Astruc, Van Swieten, Fabre enfin, sont tous d'accord sur ce fait, que la syphilis peut se gagner par l'allaitement. J'ai cru devoir exposer tout au long la doctrine ancienne relative à cet important sujet, afin de montrer comment la vérité peut tout à coup faire place à l'erreur quand l'opinion d'un seul vient à se substit uer aux vérités acquises par la tradition.

Hunter, cherchant à appliquer l'expérimentation à l'élude de la syphilis, eut une conception heureuse, mais qui devait tout d'abord porter de mauvais fruits. Oubliant l'histoire du passé et confiant dans l'inoculation artificielle qu'il ne sut pas prendre à sa juste valeur, il nia la contagion des formes secondaires et la transmission de la syphilis par l'allaitement. Et cependant le fait clinique ne lui échappa point ; si sou imagination ou son système le faisait dévier, son esprit d'observation le replaçait sur la voie. En effet, il rapporte dans son traité deux observations du plus grand intérêt, où des enfants affectés

(1) Voyez, pour les indications bibliographiques, Lulsinus, ^p/i»'orfmaciw, etc., et RicordI, Si/ilide da alluttamenlo, Milano, 1806.

(2) L'Art de guérir les mal. vénér., 1G74.

de syphilis héréditaire deviennent cause de l'infection de nourrices et de nourrissons.

Malgré les expériences ingénieuses de Hunter, le dogme de la transmission de la syphilis par l'allaitement ne continua pas moins à être professé par beaucoup d'observateurs. Ainsi Babington, B. Bell, Bosquillon , firent opposition à la doctrine du chirurgien anglais, lequel trouva toutefois des partisans dans Girtanner, Barbantini, Vacca Berlinghieri, Monteggia, Pressavius, Roson de Rosenstein, Paletta; mais Doublet, Swediaur,Bertrandi, Ploucquet, Mahon, Vassal, Bertin, Bourgogne, Lagneau, Petit-Radel, Colles, Baumes, Egan," Viani, Pietrini, Bertherand et beaucoup d'autres, d'accord avec la tradition, cherchèrent à réfuter les opinions du célèbre syphilographe.

Les sectateurs de Hunter étaient donc en petit nombre, quand vint Ricord, le grand et le chaud partisan de la doctrine Huntérienne. Confiant comme son devancier dans les résultats de l'inoculation, il tomba dans la même erreur. L'un de ses principaux élèves, Diday, n'accepta pas entièrement la doctrine du maître. « Il demeure établi, écrivait-il dès 1834, que le contact de la bouche d'un nourrisson avec le sein d'une nourrice syphilitique doit être soigneusement évité. » Depuis lors il s'est montré partisan décidé du dogme opposé, que Bardinet, Putegnat,Bouchut (1), Valéry, Rollet, Ricordi de Milan, etc., ont aujourd'hui rendu inattaquable.

La nourrice ou le nourrisson peut être l'agent syphilifère. La nourrice, lorsque, sous le coup d'une syphilis primitive ou secondaire, 'elle allaite un enfant sain. Or si, comme on peut le supposer» le lait n'est pas contagieux, c'est à la condition seulement qu'un accident syphilitique vienne à se développer, et c'est ce qui arrive le plus- souvent, ou bien parce qu'un chancre a été transporté sur le sein de la nourrice par une personne étrangère qui est venue pratiquer la succion , ainsi qu'on en trouve des exemples nombreux dans la science (2), ou bien parce qu'il y a eu un contact

(1) Bouchut, Transmission de la syphilis des nouveau-nés aux nourrices {Gaz. méd. de Paris, 1850). — Comparez : Candelon, Modes de transmission de la syphilis chez les nouveau-nés, Thèse de Paris, 1852.

(2) On a vu des épidémies de syphilis survenir à la suite de ce procédé. Consultez à ce sujet : A. Eveuard, Collatio antiqui morbi reerudesc. cum gallico vel indico morb. Mediol,, tCC). — Albert, Disserlatio de osculo marbifico et morbifero. Halle, 172G. — E. Barry, Account of a malignous lues venerea communicatcd 'by the succion in the city of Cork. Edinburgh, 1728, et Médical Essays and Observ., i.lW,

63G ÉTIOI.OGÏE.

d'un aulre genre, direct ou indirect (1), ou encore, comme l'a vu-Bortin, parce qu'un enfant infecté a déposé sur le sein de celle qui l'allaite la matière virulente qui aura servi à- infecter un aulre nourrisson (contagion médiate). Mais en somme la cause la plus fréquente de contamination par la nourrice tient aux plaques muqueuses qui, sous l'influence de la succion, ne manquent guère do se développer à la surface ou au voisinage du mamelon.

Le nourrisson est néanmoins le sypliilifère le plus ordinaire. La syphilis qu'il transmet peut provenir de trois sources. Elle est héréditaire, ce qui est le cas le plus habituel; elle a été gagaée par l'allaitement d'une nourrice étrangère : elle résulte d'un contact quelconque, direct ou indirect. Si le contact est direct ou immédiat, c'est en général un frère de lait qui transporte le mal; dans le cas contraire, les instruments" de toutes sortes, les linges surtout, la vaccination, /peuvent être autant de causes capables de développer la syphilis chez l'enfant.

Ces différents modes, dans les détails desquels nous ne pouvons entrer, sont du reste faciles à concevoir; mais il importe de s'habituer à prévoir leur éventualité. Il ne faut pas oublier que dans ces circonstances on a plusieurs fois vu apparaître de véritables épidémies syphilitiques.

Déjà nous avons fait connaître celles de ces épidémies dont le rapport nous a été laissé par les anciens auteurs. Voici la relation succincte de celles qui ont été observées plus récemment. Portai rapporte qu'une sorte d'épidémie scrofuleuse régna à Montmorency parmi les enfants qui étaient en nourrice. Le mal devint si grand dans cette localité, que le gouvernement y envoya Morand et Lassonne, lesquels reconnurent que la plupart des nourrices étaient syphilitiques (2). En

n" 21, p. 323 et suiv., On trouve dans ce recueil un fait intéressant qui est aussi rapporté dans Van Svvieten, Comment, in H. Boerhnavii Aplwrism., t. V, p. 348. — Plodcquet, Imlia hibliothecœ medico-practicœ et chirurgicœ. Tuhingue, 1803. — Jacob }lLvm\KS, Observntiones variœ ; diss. inaug. Groningœ, 1805; elJourn. gén. de médec, dechirurg.et de pharm., 1805,1. XXIV, p. 337 ; Histoire d^une maladie syphilitique propagée par une femme qui faisait métier de téter les nouvelles accouchées, et qui a régné à Groningue en 1804. — Boukgogne, Considérai, générales sur la contagion de la maladie vénérienne des enfants trouvés à leurs nourrices. Lille,

(1) Voyez Ricord, Lettres sur la syphilis, p. 1G6, 1G7, 2« édit.

(2) Citation de Lugol : Des maladies scrofttleuses. Paris, 1844, p. 120.

mars 1844, Petrini soigna un enfant adultérin, né d'une mère syphilitique : cet enfant infecta deux nourrices qui communiquèrent leur mal à leurs maris et à leurs deux enfants (1).

Un fait qui donna lieu à une plus grande extension de la syphilis a été observé par le Jolly (2) ; le Facen en rapporte un autre non moins curieux (3). Dans son excellent travail sur la syphilis par l'allaitement, Ricordi (4) a consigné des observations non moins curieuses et intéressantes. En 1863, à Cazorezze, un enfant trouvé, affecté de syphilis héréditaire, causa l'infection de vingt-trois individus. La même année, à Ubolde, un enfant trouvé, également atteint de syphilis héréditaire, transmit la maladie à dix-huit individus. Une troisième épidémie, développée dans les mêmes circonstances, a régné enfin en 1864 à Marcalle, où elle a fait seize victimes. Il serait facile de rassembler un plus grand nombre de faits de ce genre ; mais ceux qui précèdent sont suffisants, à notre avis, pour faire comprendre la nécessité d'une police médicale dans le but de prévenir de pareils désastres.

Je dois faire remarquer en terminant, et c'est là un point qui ne manque pas d'une certaine importance pratique, que le nourrisson qui a hérité de la syphilis n'infecte pas plus sa mère que celle-ci n'infecte son nourrisson. C'est toujours la conséquence de cette loi que la syphilis ne se double pas. Colles (S) en 1837, donna comme règle constante cette observation, qu'un nouveau-né affecté de syphilis congénitale ne déterminait jamais d'ulcérations au sein de sa mère, même lorsqu'il portait des ulcères à la bouche, tandis qu'il pouvait dans ces conditions infecter une nourrice étrangère. Baumès (6), en 1840, fit la même observation que vinrent confirmer plus tard les recherches d'Egan (7) et celles de Gullerier (8).

Vaccination. — Destinée à nous préserver d'une maladie des plus graves, la vaccination peut être aussi un mode de contagion de

(1) Il Raccorjlitore medico, n" de juillet 1850.

(2) Noyé?, Journ. méd.-chirurg. etpharm. de Bruxelles, 1863, p. 92.

(3) Gaz. med. Lombard., n« 1, mai 1849.

(4) Ricordi, Sifilide da allattamenlo. Milano, 1SC5.

(5) On the venereal Disease, 1837, p. 385.

(G) Précis théoriq. et pratiq. des malad. ve'na'r., p. 180.

(7) The Dublin quarterly journ., mai 1840.

(8) Bes symptômes consécutifs de la sypUilii, considérés dans leurs rapports avec l'allaitement. — Bulletin général de thérapeutique, 1850, p. 559.

638 ÉTIOLOGIE.

la syphilis, dans lequel le virus n'est plus transrais par un contact immédiat, mais par l'intermédiaire d'un objet quelconque; la contagion est dite alors médiate. A peine entrevu par A. Leroy (1), ce danger de la vaccination paraît avoir été signalé tout d'abord en Angleterre (2), et plus tard en Italie par Monteggia (3) et Marcolini (4). Ce dernier observa une sorte d'épidémie analogue à celle dont nous avons déjà parlé à propos de la transmission de la syphilis par l'allaitement. Une petite fille née de parents syphilitiques servit à vacciner, le 16 juin 1814, dix enfants; on en vaccina trente autres le 30 du même mois, en tout quarante; parmi les inoculés, plusieurs moururent de vérole confirmée ; quelques enfants eurent conjointement la syphilis et la vaccine. Dans un fait du même auteur observé en 1822, un enfant sain en apparence, mais plus tard reconnu syphilitique, servit par le même procédé à la transmission de la syphilis à une petite fille.

En 1821, une petite fille âgéedetrois mois, saine en apparence, et dont le vaccin était très-régulier, servit à vacciner quarante-six enfants ; presque tous furent infectés, dix-neuf succombèrent. La plupart des nourrices et des mères contractèrent la syphilis par l'allaitement (5).

En 1841, un enfant des environs de Crémone, né de parents syphilitiques, fournit le vaccin à soixante-quatre enfants, et la plupart de ces enfants eurent des symptômes de syphilis générale. Les mères et les nourrices ne furent pas épargnées. Sorlessoixante-quatre vaccinés, cinquante-quatre guérirent, huit enfants et deux femmes succombèrent ; l'enfant vaccinifère finit par mourir hydropique, après avoir présenté diverses éruptions à la peau et des ulcères syphilitiques aux parties génitales et auscrotum(6). Pitton (7) en 1844, Ceccaldi (8) en 1845,

(1) La clef du cabinet des princes, an X, obs. Il et 12.

(2) Consultez : B. Moseley, A treatise on the Lues bovilla or Cowpox. London, 1805. Trad. franç. par Depping dans le recueil intitulé : La vaccine combattue dans le pays ail elle a pris naissance. Paris, 1807. W. Rowley, Commentaries on Ihe Lues bovilla or Cowpox. London, 1806.

(3) Monteggia, Mém. lu, le 17 février l8I4, à l'Institut de Milan. \oyeiAnnali universali di medicina, di Annibale Omodei. Milano, 1824.

(4) Ibid.

(5) Cerioli, dans Barbantini de Lucques, Del contagio venerco, etc. 1821, et Ann. universali di medicina di Omodei, t. XIX, lieuueniéd., t. III, p. 51.

(6) Cerioli, dans Gazetla medicu di Milano, U octobre 1843, t. II, n» 4 .

(7) Journ. des connaiss. méd.-chir., 1844.

(8) Revue méd.-chirurg., Paris, 1853, t. XIII, p. 121.

observèrent aussi des cas de transmission de la syphilis par la vaccine; mais ces faits peuvent laisser matière au doute, et on se demande, après les avoir lus, si la syphilis a été la cause efficiente ou simplement l'occasion du développement de la syphilis chez le nouveau-né. Une observation plus positive est rapportée par Viani. Un enfant qui avait déjà infecté quatre nourrices, dont l'une communiqua la syphilis à un autre nourrisson, servit à la réinoculation vaccinale de son oncle et de sa tanle qu'il infecta aussi. Le vaccinateur, le D' Viani lui-même, ignorait les antécédents de l'enfant (1).

Des faits peu différents et dans lesquels il y a tout lieu de supposer la transmission de la syphilis par la vaccine, sont encorn rapportés par Monnell et par d'autres observateurs (2). L'attention du monde médical fut dès lors éveillée sur ce mode auquel deux procès intentés en AllemagnCj l'un au vétérinaire B..., l'autre au Hubner, vinrent tout à coup donner un grand retentissement.

Dix familles sont revaccinées, et, à la suite de l'opération, dix-neuf individus sur vingt-qualre sont reconnus atteints de syphilis. Le vétérinaire B.., auteur de ces revaccinations, est poursuivi devant les tribunaux, condamné à deux ans de prison et à une amende de 50 thalers (3). En 1852, le 16 juin, treize enfants d'un village sont vaccinés le môme jour, dans la même séance, et avec le même vaccin, celui d'un enfant réputé syphilitique ; des ulcères se développent bientôt aux endroits vaccinés chez huit d'entre eux, et environ trois mois plus tard apparaissent des éruptions syphilitiques; chez les cinq autres on ne constate aucun symptôme anormal (4).

Malgré ces nombreux et regrettables faits, la possibilité de la transmission de la syphilis par la vaccination n'était pas généralement acceptée, quand parut, en 1860, l'intéressant travail du docteur Viennois

(1) Gazeifa medica Lombarda, 1849, et Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 874.

(2) New-York med. Times, 1864. — James Whilehead, Third report on t/ie clinical hospilal. Manchester, 1859. — J. Lecoq, Gaz. des hôpitaux, 1869, p. 698, et Guyenot, De l'inocula lion de la syphilis const. Thèse de Paris, 1859.

(3) Voyez Wegeler, Medizinische Zcitung, 3 avril 1850.

(4) Voyez Sée, Gaz, hebdom. de méd. el de chirurg., [) mars 1855. — Broca, Société de chirurg., t. V. — Consultez de plus : Pauli de Landau, Ue/)er Contagiosiiat und Erblichkeit der Syphilis, etc., Manheim, 1859. — Friedenger, Erfalirungen ilber Vaccine und syphUit. Kvankh., etc., Vienne, 1855. — J. Heine, Bcitrûge zw Lehre von der Syphilis in ihrer Verbindung mit Vaccine und Diphtheritis . Wurzburg, 1864.

640 ÉTIOLOGIE.

Lyon (1). Après avoir examiné et contrôlé les faits produits, cet auteur en a tiré celte conclusion que c'est le sang et non le virus qui est l'agent do transmission de la syphilis. Dans un mémoire publié vers la même époque, Rollet (2) est arrivé à la môme conséquence. Dès lors les faits se sont multipliés. » Dernièrement, écrivait le D' Galligo en août 1860 (3), on a remarqué dans les environs de Florence , à la RuBna, la transmission de la syphilis chez quatorze enfants vaccinés avec le virus vaccin d'un enfant qui, tout en ayant l'apparence d'une santé parfaite, était (d'après les informations reçues) issu de parents qui, peu de temps auparavant, avaient été atteints de graves phénomènes consécutifs. »

Vers la fin de mai J861, un enfant de Rivalta, âgé de onze mois et jouissant d'une parfaite santé est vacciné, avec du virus renfermé dans un tube provenant du conservateur d'Aqui (4). Dix jours après, le 7 juin, on prit du vaccin dans les pustules de cet enfant, et l'on s'en servit pour inoculer dans une seule séance quarante-six enfants, qui tous étaient parfaitement sains. Le d 2 du même mois, dix-sept autres enfants furent vaccinés avec du liquide de l'un des quarante-six de la première série. Le chiffre des vaccinés s'est ainsi élevé à soixante-trois, et sur ce nombre quarante-six ont été infectés; trente-neuf sur les quarante-six de la première série et sept sur les dix-sept de la seconde ont présenté des traces de syphilis. Le 7 octobre, sur vingt-trois de ces enfants, six étaient morts sans traitement, quatorze étaient en voie de guérisou, trois étaient en danger; les vingt-trois autres se trouvaient dispersés dans diverses communes. Vingt mères ou nourrices furent infectées (o).

Un fait assez semblable, bien qu'il prête un peu plus à l'objection,

(1) Viennois, De la transmission de la syphilis par la vaccination {Arch. gén. de méd., juin et septembre 18C0).

(2) tîollet. Recherches sur la syphilis. Paris et Lyon, 1861, p. 372 et suivantes.

(3) Gaz. hebd. de méd. et de chirurg.^ n» 31, p. 519; I8G0.

(4) 11 a paru depuis au docleur Paccliiotli que cet enfant avait pu contracter la syphilis d'une nourrice. — Paccliiotli, Sifilide trasmessa per mezzo délia vaccinazioîie, in Rivalta pressa Acqui, Torino, 1862, et H. Lec, De l'inoculation syphilitique, traduit en français par E. Baudot, 1863.

(5) Voyez Gazelta medica italiana, 4 novembre 1861, et Gaz.hebd., 1861. — Pac cliiolti, loc. cit. — Consultez sur le même sujet: Jaccoud, dans Gaz. hebd., 1861. — Amédée Latour, Cerise, Laclièse, dans Union médicale, même année. — Vtnof, dans Journal de Bordeaux, mars 1862, p. 117. — Will. Acton , British med. journal, 22 février 1802.

est rapporté par le docteur Glutter. Dans un village de 650 habitants, 34 individus d'âge et de sexe différents furent atteints d'accidents syphilitiques de la bouche et de la gorge après la vaccination ; mais il ne fut pas possible de déterminer d'une façon exacte le sujet vacciné qui était affecté de syphilis.

En 1856, à Lupara, dans le royaume de Naples, le docteur Marone vaccine dans les premiers jours de novembre un certain nombre d'enfants avec du vaccin en tube, qui venait de Gampo-Basso, et qui se trouvait coloré par un peu de sang, quoique clair et transparent comme à l'ordinaire. Un premier enfant reçut le vaccin et le transmit ensuite aux autres ; 23 de ces enfants, y compris le vaccinifère, formant la presque totalité des vaccinés, quoique nés de parents sains et exempts d'accidents vénériens, furent atteints de syphilis après cette vaccination. Les mères de ces enfants contractèrent à leur tour la maladie. Dans une seconde série de vaccinations pratiquées avec du vaccin provenant des premiers vaccinés, 11 autres enfants eurent la vérole, et, comme ceux-ci, ils infectèrent leurs mères; celles-ci infectèrent H nourrissons qu'elles avaient, et quelquesunes d'entre elles communiquèrent la maladie à leurs maris. De toutes jeunes filles furent aussi infectées par leur contact avec les nourrissons ou avec les enfants (1).

Un fait qui ne manque pas d'intérêt s'est présenté à la clinique du professeur Trousseau, dans le courant de l'année scolaire 1861-1862. Une jeune femme, âgée de 18 ans et qui n'avait aucun symptôme de syphilis, est vaccinée avec du liquide provenant de pustules vaccinales régulières. Le résultat fut presque nul, ce qui n'étonna pas, puisqu'elle avait été déj'â vaccinée. Mais un mois plus tard, survinrent deux pustules ecthymaleuses aux bras, et peu de temps après une roséole syphilitique. Chez quatre enfants qui avaient été inoculés en même temps, tout se passa régulièrement.

Auzias Turenne a également rapporté plusieurs faits de syphilis vaccinale (2).

Ghassaignac (3) a mis sous les yeux de la Société de chirurgie un

(1) L'imp^irziale, n» du 1« mars 1862, p. 142. — Pacchiotti, loc. ctY., p. 99. — H. Lee, loc. cit., p. 76, et The Lancet, 1862, t. I, p. 567. — Consultez encore sur ce sujet: Stricker, dans Virchow's Archivât. XXII, p. 285-312, 1861..

(2; y Qïï Courrier médical y 18G3.

(3) Bullet. de la Société de chirurg., séance du 26 août 1863.

Lancerbaux. 41

ÉTIOLOGIE.

enfant chez lequel on ne pouvait invoquer de syphilis héréditaire et qui cependant fut atteint de syphilis quelque temps après avoir été vacciné. Devergie (i) et Hérard ont communiqué chacun un fait du même genre à l'Académie de médecine. Le docteur Viennois a fait connaître (2), à celte même compagnie deux observations du docteur A. Adelasio de Bergame (3). Mon ami, le docteur Millard a présenté un autre fait, il y a quelques jours, à la Société médicale des hôpitaux (Bull, de celte Société, année 1865).

Laroyenne (4), Rodetde Lyon (5), Bouvier (6), ont enfin rapporté des cas analogues. Telle est, bien qu'encore incomplète, la longue séried'observations qui prouvent aujourd'hui, d'une façon indubitable pour le plus grand nombre des médecins, la transmission de la syphilis par la vaccination. Ces observations sont rapprochées dans le tableau ci-dessous:

Cas detlerioli 46 vaccinés. 40 infectés. 6 sains.

Monell (New-Yoïlc).

Galligo.

fi

Chassaignac

Je sais bien qu'il existe des faits négatifs; mais ces faits, supposé même que l'interprétation très-rationnelle de Viennois ne leur soit pas toujours applicable, ne prouvent rien vis-à-vis des nombreux faits positifs ci-dessus rapportés. Dans une récente et célèbre discussion à

(1) Bullet. deVAcad. deméd. Paris, 1862-1863, t. XXVIII, p. 664.

(2) Ibid., p. 1189.

(3) Bullet. dePAcad. deméd. 1864-18G5, t. XXX, p. 20.

(4) Gaz. méd. de Lyon, 16 juin 1864.

(5) Ihid., 1865, p. 35.

(fi) Dullet.de l'Acad. de méd., séance du 28 février 1865. - Voyez encore Gat. des hôpitaux, 22 octobre 1864.

l'Académie de médecine, les avis furent partagés; mais en définitive la plupart des membres, sinon tous, ont fini par reconnaître qu'il n'était plus possible de nier ce mode de contagion syphilitique qui eut pour défenseurs MM. Depaul, Trousseau et Bouvier. Ainsi il ne reste plus aujourd'hui qu'à trouver les moyens propres à empêcher cette contagion. Plus loin, nous chercherons quels peuvent être ces moyens. ■

Opérations diverses. Scarifications, tatouage, cathétérisme, etc. — La vaccination n'est pas la seule opération à l'aide de laqueUe on puisse transmettre la syphilis. En 4577 fut observée, comme nous le savons, à Brunn en Moravie, une épidémie syphilitique dont on finit par trouver l'origine dans les scarifications que s'étaient fait faire un certain nombre de personnes par un baigneur étuviste de la ville (1). Des faits du même genre ont été rapportés par G. Horst et observés à Bamberg en 1603 par Sigismond Snizer, à Ulm en 1662 par Horst lui-même, et à Windshelm, en 1624, par Marc "V\'idemann sur plus de soixante-dix personnes. La maladie chez toutes avait été causée par l'emploi des ventouses (2). Plus certainement encore que dans la vaccination, le sang est ici l'agent de transmission.

L'opération du tatouage a pu être parfois aussi, paraît-il, un moyen de propagation de la syphilis (3).. Chose plus triste à dire, mais que nous ne pouvons cacher, des opérations pratiquées par des médecins ou des chirurgiens peu soigneux ont été dans quelques circonstances des causes de contamination syphilitique. C'est ainsi que, dans ces dernières années, on put observer à Paris même des cas de syphilis qui parurent n'avoir d'autre origine que le calhétérisme de la trompe d'Eustachè. Dans la séance de la Société médicale des hôpitaux du 28 septembre 1861 (4) une malade fut présentée par Lallier, laquelle s'était trouvée infectée de cette façon, et dans la séance suivante, 12 octobre, treize faits de ce genre de communication furent cités par différents membres. Il est vrai toutefois, selon la remarque du docteur Roger, que quelques-uns de ces faits, un petit nombre en tout cas, pouvaient faire double emploi.

En 1863, mon ami le docteur Maurice Raynaud me montra à l'hô-

(1) Voir Historique, p. 26.

(2) Voyez Astruc, De morbis venereis, M'iO.

(3) Voyoz Pelry, Uebertragung der secimdare Syphilis durch das Tâttowtrjii, [Allgem. Wien med. Zeitung, n" 14, 1859.)

(4) Voyez Union méd„ II oct. 18C4.

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