‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 85 sur 107 · PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE

§ 1. — Hygiène publique.

GARDANNEj.Traitement des maladies vénériennes. Paris, 1770. — Bourru, Moyens les plus propres à éteindre le mal vénérien. Paris, 1771. — Re?tif DELA Bretonne, Le Pornographe. — Marc, Dictionnaire des sciences médicales, art. Copulation. — Fodéré, ibid., art. Maison. — F. S. Ratier, Police médicale contre la propagation de la syphilis (Annales d'hygiène publ. et de méd. légale, 1836, t. XVI, p. 262. — Parent-Duchatelet, De la prostitution dans la ville de Paris. Paris, 2» édit., 1837; 3^ édit., 1857. — VLEMmxKx, Des mesures adoptées et réalisées en Belgique contre la propagation des alTections vénériennes. Voyez Gaz. méd. de Paris, p. 1, 1846.

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Dès les temps les plus reculés, législateurs et médecins ont compris la nécessité d'intervenir pour tempérer les ravages produits par les maux vénériens. Dçpuis longtemps aussi on a essayé de réglementer la prostitution.

L'unique préoccupation de Tantiquité à cet égard fut de veiller à la propreté et à la toilette des prostituées, à l'entretien luxueux et au confortable des maisons publiques. Au milieu du libertinage effréné de l'empire, Rome ne cherche pas autrement à prévenir les effets de la débauche. Toutefois , sous le règne de Constantin , des deux Théodcse et de Justinien, des lois sévères sont rendues pour refréner la prostitution. Ceslois sont prohibitives, elles ordonnent la confiscation des meubles, des vêtements, de la maison; elles condamnent au fouet, au bannissement, etc. Tout, dans cette législation draconienne, dit Parent Duchâtelet, annonçait de bonnes intentions, mais une ignorance complète de ce qui regarde les moeurs, les habitudes et le régime des prostituées. Les Capitulaires de Charlemagne offrent chez nous le premier exemple de celte sévérité excessive ; mais, pendant les quatre siècles qui suivirent, toute mesure fut abandonnée malgré l'immoralité la'^plus grande. A son retour de la Palestine, saint Louis essaya de porter remède à un tel état de choses par une ordonnance prohibitive ; mais s'apercevaut plus tard qu'il n'avait fait qu'aggraver le mal, il en arriva à tolérer la prostitution que l'expérience lui avait appris ne pouvoir être détruite, il chercha à la régulariser pour diminuer le scandale et atténuer les maux dont elle est la cause. Dès lors des endroits spéciaux furent désignés aux prostituées. Avignon, Toulouse et beaucoup d'autres villes euren,t, comme Paris, Venise, et

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Londres, leurs quartiers de prostitution et des règlements particuliers à l'égard des prostituées.

Lors de l'épidémie du quinzième siècle, on s'attacha à éloigner de toute société, même de celle des lépreux, les individus convaincus d'être atteints de syphilis. La séquestration des vérolés fut le régime de cette époque. Les riches étaient contraints de s'emprisonner dans leurs demeures, les pauvres étaient chassés et menacés de mort, abandonnés même des médecins, qui se voyaient impuissants à combattre leur mal : « Pauperes hoc malo laborantes expellebantur ab hominum conversatione, tanquam purulentum cadaver ; derelicti a medicis (qui se nolebant intromittere in curam) habitabant in areis et silvis (1), » Une mesure rigoureuse adoptée tout d'abord à Strasbourg en 1495, et qui reçut, le 6 mars 1496, la sanction du parlement de Paris, est la suivante, qui fut prononcée le 6 mars 1496 : « Premièrement sera fait cry publique d'après le roy, que tous les malades de cette maladie de grosse vérole étrangers tant hommes que femmes, qui n'estoient, etc. . . partent hors de cette ville de Paris ès pays et lieux dont ils sont natifs , ou là où ils faisoient leur résidence quand cette maladie les a pris, ou ailleurs oii bon leur semblera, sur peine de la hart... »

Une ordonnance de Jacques IV d'Écosse, du 22 septembre 1497, oblige également les personnes infectées de grand gor de sortir d'Edimbourg, sous peine d'être marquées, sur la joue, avec un fer rouge, afin qu'on puisse les reconnaître à l'avenir.

Voyer d'Argenson en 1714, et Berrier en 1747, tous deux heutenants de police, eurent les premiers à Paris l'intention de soumettre les prostituées à une visite sanitaire. En 1762, Aulas demande que les dames de maison de tolérance soient rendues responsables de l'état sanitaire de leurs filles et que toutes, sans exception, soient assujetties à des visites continuelles faites par des chirurgiens attachés à la police et sous la direction d'un chirurgien major. Gardane en 1770, et Bourru en 1771, émettent chacun le vœu qu'on étabhsse soit des bureaux publics, soit des hôpitaux spéciaux pour le traitement des maladies vénériennes.

En 1778, paraît l'ordonnance fameuse du lieutenant de police Lenoir, ordonnance à laquelle l'administration actuelle recourt en- Ci) Laurent Phrisius, Demorbo gallico liber, Aplirodisiacus, t. I, p. 346.

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corc lorsqu'il s'agit de prendre des mesures énergiques. Néanmoins, malgré sa sévérité, cette ordonnance, mal exécutée du reste, n'améliora pas l'état des choses. Sous la république, le besoin d'une organisation définitive se faisant de plus en plus sentir, on s'inquiéta tout particulièrement des moyens à opposer à la contagion; c'est alors qu'un chirurgien de Paris proposa d'établir (1800) dans chaque arrondissement un local où toutes les femmes seraient tenues de venir se faire visiter deux fois parsemaine, et dans lequel on retiendrait colles qui, reconnues malades, devraient être dirigées sur les hôpitaux. En 1802, un dispensaire de salubrité fut créé dans ce but à Paris. En 18H, il fut organisé avec plus de soin, et on ne tarda pas à reconnaître les avantages de cette mesure. Bientôt en effet on vit des dispensaires analogues s'établir dans les grands centres de population, et ainsi s'organisa en France un système de prophylaxie que l'on tend à perfectionner de jour en jour. Ces mesures toutefois ne parurent pas suffisantes à tous les médecins ; quelques-uns demandèrent l'application des visites sanitaires aux hommes. Ratier émit'le vœu de voir ces visites mises à exécution dans les corps en garnison des grandes villes, et proposa de rendre plus fréquente l'inspection des femmes. La Belgique, en cela, prit l'initiative. La visite des filles, des servantes et des matrones, y fut faite deux fois par semaine et soumise à un inspecteur-contrôleur dans le but de prévenir la propagation de la syphilis dans l'armée. En outre, le docteur Vleminckx recommanda de ne traiter aucun soldat dans les casernes et demanda que celui-ci fût obligé de désigner la femme qui l'avait infecté . Les mesures que fit adopter cet éminent inspecteur eurent des résultats tels, que, en 1846, il n'y avait à Bruxelles que 1 vénérien sur 190 soldats, lorsque à Strasbourg la proportion, d'après Bertherand, était de 1 sur 33, et à Lyon, suivant Sandouville, de 1 sur 40, encore ce chiffre était-il inférieur à la réalité, puisqu'un grand nombre de soldats se faisaient traiter à la chambrée.

Telle a été la marche du progrès en fait de prophylaxie syphilitique. En somme , les mesures à prendre demandent à être examinées chez les hommes, chez les femmes, les prostituées surtout, et enfin chez les nourrices et les nourrissons.

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