MESURES RELATIVES AUX HOMMÈS
La propliylaxie générale ne sera complète, dit Aug. Vidal (1), que si l'on parvient à empêcher la propagation du mal par les hommes. Restif de la Bretonne, Marc, Ratier , Diday , Acton , Sandouville , Davila, G. Lagneau, regardent comme chose utile de soumettre les soldats et les marins à des visites sanitaires. Selon Marc, on ne devrait choisir en temps de paix, pour être cantonnés dans les campagnes, que des hommes dont Tétat de santé aurait été préalablement constaté; n'accorder de semestres qu'autant qu'on aurait pris la même précaution, et ne donner de congé absolu, en cas de maladie vénérienne, qu'après une guérison complète. Davila est d'avis qu'il ne faut permettre à aucun marin national ou étranger, de descendre à terre sans qu'il ait été auparavant visité. « L'utilité de la visite des marins, dit G. Lagneau, n'est pas douteuse, et son exécution n'est peut-être pas complètement impossible, puisqu'on oblige bien à une quarantaine les individus venant de pays oii la peste existe, a Quant aux soldats, nous avons indiqué les bénéfices que tirait la Belgique des règlements auxquels elle les soumet, et la France, sans aucun doute, pourrait tirer lemême profit de l'application de ces règlements.
Ces mesures de précaution sont plus difficilement exécutables vis-àvis des ouvriers, de ceux même qui travaillent dans les ateliers de l'État. Cependant en Allemagne, selon Davila (2), les ouvriers de quelques grandes manufactures sont visités chaque mois par un médecin qui constate s'ils ne présentent pas des maladies contagieuses. Nous avons dit que les ouvriers des verreries établies dans le voisinage de Lyon ont de leur propre chef demandé des visites à dessein de se garantir d'une contagion susceptible de les atteindre. A la rigueur donc, ce serait peu attenter à la liberté individuelle que de soumettre à des visites sanitaires les nombreux ouvriers employés aux mines ; ces visites et beaucoup d'autres seraient tout au moins utiles pour la généralité. Mais là ne doivent pas s'arrêter, suivant quelques médecins, les mesures à prendre à l'égard des hommes.
Dès l'année 1430, d'anciens rcglemepts (3) prescrivaient aux per-
(1) Aug. Vidal, Traité des malad, vénér. Paris, 1855, p. 573.
(2) Loc. cil.,^. 2Z.
(3) Lagneau, foc. cit., p. 62.
672 DYGIÈNE PUBLIQUE.
sonnes chargées des maisons publiques à Londres de faire visiter nonseulement les prostituées, mais aussi les hommes les recherchant, et quelques syphilographes depuis lors ont pensé que le moyen d'atteindre la syphilis dans ses sources serait de faire subir une visite aux hommes qui se livrent aux prostituées. Diday, qui s'est beaucoup occupé de tout ce qui concerne la prophylaxie de la syphilis, demande qu'un règlement de police oblige les directrices de maisons de tolérance à examiner les hommes qui se présentent chez elles et à ne leur permettre l'entrée de leur établissement qu'autant qu'elles les auraient reconnus sains. Cette mesure depuis longtemps mise à exécution à Hambourg (1), malgré les difficultés de son application, paraît donner de bons résultats.
Bourru, il y a bientôt un siècle, réclamait la punition sévère de ceux qui ne se font pas scrupule de communiquer la vérole et d'infecter une multitude de personnes. Une punition est alors, on le conçoit, de toute justice. Si des indemnités considérables sont quelquefois, et avec juste raison, allouées à des nourrices contaminées par des enfants syphilitiques, pourquoi une amende ne serait-elle point infligée à l'individu qui volontairement transmet la maladie dont il se sait atteint ? J'admets qu'une semblable mesure pourrait entraîner à sa suite des accusations in justes, mais elles seraient faciles à découvrir, et rien n'empêcherait de faire retomber la punition sur l'accusateur. Visites sanitaires et punitions, tels sont, en définitive, les moyens qu'une administration intelligente pourrait à la rigueur opposer à la contagion syphilitique par les hommes.