‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 87 sur 107 · MESURES RELATIVES ADX PROSTITUÉES ET AUTRES FEMMES · texte numérisé non relu

MESURES RELATIVES ADX PROSTITUÉES ET AUTRES FEMMES

« Pour atténuer présentement les ravages de la syphilis et la faire disparaître probablement par la suite, écrit Parent-Duchâtelet, la première, la plus indispensable des conditions, est de surveiller la santé des individus qui se trouvent dans lesconditions les plus favorables pour la propager ; ces individus sont évidemment les prostituées. » La prostitution, voilà la grande source de la syphihs. Un relevé sta-

(I) Voyez Parenl-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris. 3* édition Paris, 1857.

DYGIÈNE PUBLIQUE. 673

lisliqiie de Puche et Fournier (1) nous apprend que sur 873 cas de syphilis transmise il y a :

Filles publiques C25

Prostituées clandestines 46

Filles entretenues, actrices, etc 62

Ouvrières * 100

Domestiques 20

Femmes marle'es, femmes des malades. 24

Bien que le chiffre relatif des prostituées soit ici vraisemblablement un peu élevé en raison de conditions particulières, puisqu'il s'agit d'observations faites dans des hôpitaux spéciaux où. abondent les filles publiques, la prostitution n'est pas moins l'une des plus fréquentes causes de la syphilis; c'est aussi l'une de celles auxquelles il est possible de porter remède.

En France, la manière dont se font les visites n'est pas la môme dans les diverses villes. A Paris, les filles de maison sont vues toutes les semaines, les filles dites en carte sont visitées deux fois par mois, le spéculum est employé une fois sur deux. A Bordeaux, les visites ont heu tous les quinze jours, et l'emploi du spéculum est l'exception ; à Marseille et à Reims, elles se font toutes les semaines. Absence de législation absolue, insuffisance des visites, comme le prouve l'observation journalière, voilà ce que l'on peut reprocher à celte organisation. Effectivement, on est forcé de reconnaître que, sous ce rapport Bruxelles et Hambourg ont le pas sur Paris. Dans ces deux villes, les filles publiques subissent deux visites par semaine, et le spéculum est toujours obligatoire.

D'ailleurs, le nombre par trop considérable des filles à examiner, et le peu de temps qu'il est possible de consacrer à chacune d'elles, sont un inconvénient qui tend à rendre pour ainsi dire illusoires nos mesures sanitaires. Ajoutons que l'examen ayant lieu peu de temps après l'arrivée des filles aux dispensaires, celles-ci ne manquent pas toujours de faire disparaître par des lotions ou des injections astringentes le produit de sécrétion révélateur de la lésion contagieuse. Aussi, dans ces conditions, n'obtient-on jamais qu'une sécurité tout à fait relative.

(1) Alfred Fournier, De la contagion syphilitique. Thèse de Paris, 18G0.

LANCEnEAUX. 4 3

Des réformes nombreuses ont été proposées, et l'une des principales est raccroisseraent du nombre des visites médicales. Ricord, Ratier, Sandouville, Davila, estiment que ces visites devraient avoir lieu tous les trois ou quatre jours ; mais, sans doute, cet intervalle de temps est encore trop long, si on veut combattre sérieusement le mal et chercher à le faire disparaître entièrement. Ce n'est pas assez du rapprochement des visites; il importe d'empêcher les fraudes, d'éviter tout ce qui peut apporîer des difficultés au diagnostic médical, et, pour cela, il n'y a que le moyen de garder les femmes pendant quelques heures dans un local spécial. Un point essentiel, et sur lequel ont déjà insisté Guicbard et Davila, est de faire porter l'examen, non-seulement sur les organes génitaux, mais aussi sur la peau, la bouche, la gorge, l'anus, etc. Depuis qu'il est avéré que les accidents secondaires sont contagieux et qu'ils infectent plus fréquemment peut-être que l'accident primitif, cet examen est devenu indispensable. De même, dans les hôpitaux, un point important est de ne pas livrer à elles-mêmes les prostituées aussitôt après la disparition de l'accident primitif, car, lorsque survient la période des accidents secondaires, ces femmes deviennent une source nouvelle de contagion. Que faire? « Deux moyens se présentent, dit A, Fournier, ou bien interner et traiter toute prostituée syphilitique pendant un temps assez long pour que sa guérison puisse s'assurer dans les limites du possible, ou bien, après un temps plus ou moins long, rendre la liberté à cette fille, mais en exerçant sur elle une surveillance spéciale. Ce second moyen, le plus facilement applicable dans l'espèce, exigerait que cette fille se rendît tous les deux ou trois jours dans un dispensaire ou chez un médecin désigné; après quoi, si elle était reconnue malade, elle serait envoyée dans un hôpital. »

De semblables mesures sont applicables aux filles libres en 'carte. Relativement aux ouvrières et aux femmes mariées, la chose est difficile; mais il suffit d'atteindre le mal à sa source, c'est-à-dire dans les maisons de prostitution. Du reste, la punition appliquée à l'homme qui, volontairement, vient à transmettre la syphilis à une pauvre ouvrière, serait un puissant adjuvant. Donc, surveiller soigneusement les prostituées et les filles en carte , les obliger à se soumettre tous les deux jours au moins à une visite sévère, retenir toutes celles qui sont suspectes et ne leur rendre leur liberté, en cas de syphilis incontestable, qu'autant qu'elles auront franchi la période des accidents se-

condaires; telles sont les mesures indispensables pour diminuer la fréquence de la syphilis, sinon pour mettre un terme à son existence. Il importe en effet de savoir que la syphilis cessera définilivemenl le jour oîi on parviendra à soumettre la prostitution à des règles partout sufiisammeut sévères.

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