‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 89 sur 107 · HYGIÈNE PRIVÉE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE PRIVÉE

lange de savon mon, de potasse et d'alcool rectifie, le tout additionné d'essence de citron. Un liquide peu différent, plus caustique toutefois, a été proposé par Rodet de Lyon ; il renferme, pour 32 grammes d'eau dit^lillée, pcrclilorure de fer, acide chlorhydrique et acide citrique, de chaque à grammes. D'autres substances ont encore été recommandées, et particulièrement les huiles et les graisses. Au point de vue de leur mode d'action physiologique, ces diverses substances peuvent se classer sous trois chefs. Les unes modifient la circulation de la partie sur laquelle elles sont appliquées, et tendent à s'opposer à l'absorption : ce sont les liquides alcooliques et astringents, tels que l'eau vinaigrée, les solutions de tannin, d'alun, etc. Les autres, comme les graisses, protègent les organes, à la manière d'un enduit et mettent un obstacle à l'absorption. Les dernières enfin, plus énergiques, sont destinées à déiruire le virus, et elles sont, quelques-unes au moins, assez actives pour agir à la manière des caustiques, comme par exemple la préparation recommandée par Rodet de Lyon.

Que dire de ces substances, sinon qu'il n'en est aucune qui puisse être regardée comme un préservatif absolu. Cependant chacune d'elles a des avantages propres, une utilité relative et des indications particulières. Ainsi les corps gras, qui entretiennent la souplesse des parlies et s'opposent à l'absorption, seront avantageusement utilisés chez l'homme avant l'acte, chez la nourrice avant l'allaitement. Les substances alcooliques, les acides ou les alcalis, et surtout l'alcool et le vinaigre de BuUy, qui sont les substances les plus usuelles, peuvent servir en tout temps, et s'il arrivait de découvrir une solution de continuité, les caustiques trouveraient leur appHcation. A défaut de ceux que nous avons indiqués, le crayon de nitrate d'argent pourrait être employé. Avantageuses tant que l'absorption de la matière virulente n'a pas lien, ces diverses substances sont évidemment nulles lorsque le chancre existe. Signalons, en terminant, l'acide phénique, agent qui, au rapport môme de l'une de nos plus grandes illustrations scientifiques (1), serait capable de neutraliser un certain nombre de virus, et particulièrement le virus syphilitique; mais aucun fait n'a jusqu'ici justifié cette manière de voir.

La question de savoir jusques à quand il est possible de neutraliser

(1) Chevreul, Considérations sur l'histoire de la partie de la médecine qui concerne la prescription des remèdes. Paris, 1865.

sur place le virus syphilitique semble pouvoir être résolue par analogie, si on admet que cet agent ne se comporte pas autrement que les virus de la rage , de la morve, de la vaccine, ou môme les venins, tels que celui de la vipère. Renault d'Alfort, ayant cautérisé la plaie d'inoculation quelques heures et même une heure après l'insertion de la matière virulente de la morve ou de la clavelée, n'empêcha pas le développement de ces maladies. Bousquet et E. Rousseau ont fait des observations analogues : le premier, relativement à la vaccine; le second, par l'inoculation du venin de la vipère. Il y aurait donc lieu de croire que l'efficacité des agents médicamenteux appelés à neutraliser surplace le virus syphilitique est nécessairement liée à la rapidité de leur application, car l'absorption du principe morbide est prompte, et une fois effectuée, ils sont sans utilité.

Tels sont les moyens dont peut user chacun dans le but de se préserver delà syphilis. Ces moyens, nous l'avons déjà dit, ne sont nullement des préservatifs certains, ils n'ont d'auti-e action que de diminuer les chances d'infection de tout individu qui s'expose à contracter la syphilis.

On a encore indiqué certaines mesures dont il est à peine nécessaire de faire mention, je veux parler de la vaccination syphilitique et de la syphilisation préventive. La première de ces méthodes préservatrices, qui consiste à inoculer le sang pris au voisinage d'accidents tertiaires, fut proposée autrefois par Diday ; mais elle a été depuis abandonnée par son auteur même, et jamais personne, que je sache, n'a songé à la mettre en pratique. La syphilisation préventive n'a pas eu un plus grand succès. Plus loin nous parlerons de la syphilisation curative.

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