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CHAPITRE H

§ 1. — Des diverses méthodes de traîtement employées jusqu'à nos jours.

TRAITEMENT RATIONNEL 00 MÉTHOTIQUE.

Les premières manifestations de l'épidémie syphilitique du quinzième siècle, ayant été pour les médecins de cette époque une véritable surprise, ne furent nullement traitées. Il était honteux pour le praticien de s'occuper d'une semblable maladie. iMais, disons-le, l'absleniion

MÉTUODES DE TRAITEMENT. 681

avait plus particulièrement sa cause dans l'ignorance complète d'un mal nouveau, inconnu d'Hippocrate, de Galien et d'Avicenne. « Les savants, raconte Gaspard Torella, évitaient de traiter cette maladie, étant persuadés qu'ils n'y entendaient rien eux-mêmes... Car, ajoute le même auteur, comme cet étrange mal n'avait jamais été vu de noire temps, personne, quelque habile, quelque expérimenté qu'il fût, ne pouvait le traiter suivant les règles de l'art... C'est pourquoi les droguistes, les herboristes, toutes sortes d'artisans, de vagabonds imposteurs, se vantent encore, en ce temps-ci, de guérir parfaitement la vérole (1). » Dans ces conditions, des remèdes aussi singuliers que dangereux furent employés ; l'abus même devint tel, le mal allant du reste en croissant, que les médecins eurent enfin honte de manquer à leur devoir, et ainsi, fait remarquer Astruc, la honte plutôt que l'espérance de réussir leur fit entreprendre de traiter ce fléau. Guidés par les idées théoriques de l'époque (2), ils instituèrent un traitement tout à la fois rationnel et méthodique. Une grande diète, un régime très-sain, composé d'aliments faciles à digérer, voilà pour l'hygiène. Des saignées (3) proportionnées à l'âge, aux forces et au tempérament des malades ; des sangsues ou des ventouses, des laxatifs, des minoratifs, des apozèmes faits de sucs dépurés de chicorée sauvage, de buglosse, etc.; des sirops composes des mêmes sucs, du petit-lait; tels étaient, en même temps que des bains et des onctions faites avec des liniments divers ou simplement avec des substances grasses, les moyens qui composaient la thérapeutique de la syphilis. Ajoutons à ces moyens, lorsque la maladie était rebelle, la sudation dans des éluves ou encore dans un four médiocrement chaud, moyen auquel Gaspard Torella accordait la préférence quand il s'agissait de guérir les douleurs et les pustules. Quelques médecins, eu petit nombre il est vrai, faisaient usage do la décoction ou de l'infusion de vipère , d'autres enfin recouraient fré-

(1) Voyez Âphrodisiams, t. I. Comparez : Wendelin Hock, Trad. de morbo gailico, cap. I. — Jean Almenar, De lue vencrea. Pavie, 151G. — Uliicli de Hulten, De curatione morbi gallir.i per administrât, ligni guaiaci, cap. i et ii, 1519.

(2) Consultez dans V Aphrodisiacus de Luisinus les traités de Nicol. Leonicenus, Conrad! Gilinus, G. Torella, Seb. Aquilanus, Jac. Catanée, Wendel. Uock, Bened. Victorius, — Voyez de plus le traité cité d'Aslruc, t. Il, p. 78.

(3) A ce propos, consultez : Antonii Benivenii De morbo gallico (ractalus, etc. [Aphrod., t. I, p. 401). — Léonard! Botalli, Astensis, medici regii. Luis venereœ curandœ ratio [Aphrodisiacus, t. Il, p. 8C5).

quemmcnl à l'application d'un cautère sur la têle,a;i bras.ouàlajambe.

Cependant, dès celte époque commence aussi l'emploi d'un médicament qui deviendra célèbre dans rhist(;irc de la syphilis, je veux parler du mercure. Introduit dans la thérapeutique par les Arabes (Rhasès, Avicenne, Mésué, t.tc), cet agent était employé contre les poux, la gale, l'impétigo, le malum mortuvm (Théodoric), sorte de lèpre, et autres éruptions cutanées (1). L'analogie, naturellement, conduisit à s'en servir pour combattre les éruptions syphilitiques. Nourris des auteurs de l'antiquité, les premiers syphilographes suivirent en cela le précepte de Gelse, qui recommande, dans le cas de l'apparition d'un mal inconnu, d'examiner de quelle maladie ce mal approche le plus et de tenter des Tl modes semblables à ceux qui ont guéri plusieurs fois un mal approchant. C'est ainsi que Conrad Gilinus (1497), J. Widmann Torella, Sebastianus Aquilanus, Ant. Benivenius, Wend. Hock, J. Catanée, Angélus Bologninus, et d'autres encore, furent conduits à proposer divers onguents mercuriels.. Déranger de Carpi et Jean de Vigo furent néanmoins les deux grands promoteurs de la médication par le mercure. Tout d'abord on redoutait les effets de cet agent, et les doses employées étaient assez faibles : c'est à peine s'il entrait un quarantième de mercure dans l'onguent dont Gaspard Torella faisait usage (3). Les onguents dont se servaient les médecins de ce temps renfermaient un quatorzième ou même un huitième de la même substance. Les empiriques avaient également recours au mercure ; mais, moins retenus par la crainte de nuire, ils contribuèrent peu à peu, par leurs excès, à jeter du discrédit sur ce médicament. EfTeetivement, les malades, accablés de frictions fortes et répétées, périssaient quelquefois par le fait du remède (4), et ceux

(1) C'est des Arabes que vient, en effet, l'onguent sarasin dont la formule se trouve dans Guy de Chauliac. [Chirurijiœ magnœ Tr<ictalu.<i, doct. 1. c. 3.

(2) Widmann dictus Meichinger, Tradafus de pustulis quœ vulgato nomine dicunturMalde Franzos. Argentorati, 1497. — Voyez, pour les autres auteurs, l'^/j^rodisiacus de Lui si nus.

(.3) Gaspard Torella, quoique partisan du mercure, attribue la mort de César Borgia gl celle de son frère à l'abus de ce médicament [Aphrodis., t. Il, p. 528).

Cl) Les fumigations de cinabre, qui étairnt aussi usitées dès celte époque, n'étaient pas non plus sans danger, ainsi que l'indique ce passage de Jean Bénédict : Suadeo ut cavcas ab empiricorum sulHmigiis, in quibus [oriitur cinnaharis, tanquam a praîsentissinio vencno, et cujus ego fumo vidi periisse quemdam nobilissimum piclorem Bononiœ, et muliercm devenisse ad apoplexiam. {De morbo gallico libellus, cap. iv. De cura morbi gallici, p. 182.)

qui avaient assez de force ou de bonheur pour résister h sa violence restaient épuisés par la salivation, la diarrhée, les ulcères de la bouche, etc., ou ne recouvraient la santé qu'après bien du temps et après des souffrances longues et inexprimables. Le remède devint bientôt pire que le mal, et la méthode tomba en discrédit, ce à quoi contribua encore la découverte d'un médicament nouveau^ le gayac (1517). Dès lors commence en réalité, sur les avantages et les inconvénients des préparations mercurielles, la fameuse discussion qui s'est continuée jusqu'à nous, et qui a reçu tout récemment une impulsion nouvelle. Au seizième siècle, comme de nos jours, on ne se contentait pas de signaler les dangers du mercure; quelquefois on accusait cet agent de produire les manifestations les plus graves de la syphilis, sinon on le regardait comme pouvant en être l'occasion. « Occasiones tumorum proveniunt a visceribus affcctis, écrit Fallope (1), sed, ut in pluribus, post iuunctionem hydrargyri, qui non sanarit œgros......

Gum inungantur partes illse, imbecilles redduntur, et morbus petit loca illa. »

Le passage suivant d'Ulrich de Hutten indique assez l'abus que l'on faisait de ce médicament : « L'onguent, dit-il, causait une si abondante salivation, qu'on était en danger de perdre les dents, si on n'avait l'attention de prévenir ces accidents. Le gosier, la langue et le palais s'ulcéraient ; les gencives s'enflaient, les dents branlaient, il coulait de la bouche, sans relâche, une bave très-puante. » Cet autre, de Rabelais, n'est pas moins explicite : « Que diray-je des pauvres verollez et goutteux ? Quantes fois nous les avons veus à l'heure qu'ilz estoient bien oingtz et engressez à point, et le visaige leur reluisoit comme la claveure d'un charnier, et les dents leur tressailloient, comme font les marchettes d'un clavier d'orgues ou d'espinettes quand on joue dessus, et que le gosier .leur escumoit comme à un verrat que les vaultres ont acculé entre les toiles. »

Au seizième siècle donc régnaient déjà la doctrine mercurialisteet la doctrine antimercurialiste. A cette époque aussi on traitait la syphilis par les méthodes ordinaires de traitement des autres maladies, et quelque peu par l'expectation et la diète : c'est dire qu'on y trouve, du moins en germe, les divers procédés thérapeutiques dont nous aurons à parler plus loin.

(I) De morbo gallko [Aplirodisiacus^f, 85G).

TRAITEMENT PAR LES BOIS SUPORl PIQUES. XnAlTEMENT VÉGÉTAL.

Le traitement parles bois sudorifiques marque une période de relâche et de réaction salutaire contre les excès et les conséquences fâcheuses du traitement mercuriel. Ulrich de Hutten raconte comme il suit la découverte du gayac, le plus célèbre de tous les bois sudorifiques employés à la curalion de la syphilis : a Un gentilhomme espagnol, trésorier d'une province (Hispaniola), étant fort malade de la vérole, apprit d'un habitant du pays le remède dont il devait se servir, et fut le premier qui l'apporta, craignant cependant qu'il n'eût pas la même vertu qu'il avoit dans cette isle. » Cette version semble faire allusion à Gonzalo Fernandez de Oviedo y Valdez; mais néanmoins on est loin d'être d'accord sur le nom de celui à qui on doit l'importation du bois de gayac et sur la date de cette importation. Je ne chercherai pas à débrouiller ce point de l'histoire du gayac (i). Ce qui est certain, c'est que le gayac, connu en Espagne dès l'année 1508, au rapport de Delgado, se répandit seulement vers les années 1517 et 1518 en Italie et en Allemagne (2).

Peu de remèdes devinrent aussi rapidement populaires. On publia bientôt par toute l'Europe que le mal de Naples pouvait enfin guérir à l'aide d'une drogue que fournissait l'Amérique , et dès lors le peuple, qui fait d'étranges confusions dans ses chroniques, se persuada que le remède et le mal avaient dû tirer leur origine du même pays, ce qui, sans doute, contribua à affermir l'idée de l'importation amé-

(1) On consultera avec avantage sur ce sujet : les notes de Bosquillon à la traduction du Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne, de Benj. Bell, t. II, p. 395, Paris, 1802 ; — celles de Potion, dans sa traduction du livre du chevalier Ulrich de Hutten sur la maladie française, Paris, 1865, — etenfln un inléressant feuilleton inséré par J.-M. Guardia, dans le n» 49, p. 741, de la Gazette médicale de Paris, année 1865.

(2) A ce sujet et sur la médication par le gayac, consultez : Delgado, Del nwdo di adoperare il legno sancto d'india occidentale, owero del modo che si guarisce il mal francioso, e ogni maie incurabile. Venise, 1529, in-4o. — Nicolas Poil, De cura morbi gallici per lignum guyncanum, dans Aphrodisiacus, t. I, p. 242. — Léon Schmauss, De morbo gallico tractatus, Salisburgœ, 1518, el Aphrod., t. I, p. 383. — Ulrich de Hutten, De morbi gallici curatione per administrutionem ligni guajaci, dans Aphrodisiacus, t. I,p. 2^5. Tr. fr. par PoUon. Paiis, 18o5. — Gonzalo Fernandez de Oviedo y Valdez, Del palo guyacan, o del palo santo, 1552, tiré de Natural y gênerai historia de las Indias. Séville. Nouv. édit. Salamanque, 1557, trad. lat. dans Aphrod., t. I, p. 355.

MÉTHODES DE IRAITEMEM. 685

ricaine de la syphilis. Des cures nombreuses, dont se portaient garants les médecins de celte époque, vinrent du reste légitimer la faveur accordée au gayac. Ulrich de Hutten et son ami Érasme lui furent redevables, après Oviedo, d'une guérison que n'avaient pu produire les onctions mercurielles. Le premier principalement aida beaucoup à la propagation de ce remède par la publication d'un traité spécial. Musa Brassavole, Nie. Massa, Pracastor, Fernel(l) au seizième siècle; Valsalva, Morgagni et Boerhaave au dix-huitième, prétendent avoir eu l'occasion de constater ses bons effets.

Avant d'être administré, le gayac subissait diverses sortes de préparations. « La manière la plus ordinaire, autrefois, de préparer la décoction de gayac, dit Astruc (2), était de faire infuser pendant vingtquatre heures, dans un pot de terre neuf et dans huit, dix ou douze livres d'eau, une livre de ce bois, coupé menu ou bien râpé : ayant bien bouché le vaisseau, on faisait bouillir la décoction, au bain-marie, sur un feu doux, mais égal, jusqu'à la diminution du quart, du tiers ou de la moitié, suivant qu'on voulait une décoction plus ou moins forte, eu égard aux forces et au tempérament du malade, et à la violence de la maladie. La décoction étant refroidie, on la passait et on la gardait dans des bouteilles de verre bien bouchées ; sur le bois qui restait dans le pot de terre, on versait de nouveau pareille quantité d'eau que l'on faisait encore bouillir à un feu doux, jusqu'à la diminution du quart. Celte seconde décoction, que l'on appelait Bocket, étant passée se gardait aussi dans des bouteilles de verre. La première décoction était employée comme remède, et l'autre comme

boisson ordinaire Quand la décoction était prête, et que le malade

avait été doucement purgé et tenu à une nourriture légère depuis quelques jours, on le renfermait dans une chambre qui fût chaude par son exposition, ou qu'on avait soin d'échauffer, et qu'on tenait biencalfeutrée pour empêcher l'air et le froid d'y entrer. On lui donnait, de grand matin, dans son lit, un verre de la première décoction chaude, d'environ huit ou dix onces, et, après l'avoir bien couvert,

(1) Ant. Musa Brassavole, De morbo gallico liber [Aphrod., t. I, p. C58). — Nicolas Massa, Demorbo gallico liber, Venetiis, 15G3, elAphrod., t. I, p. 39. — Hier. Fracastor, De morbo gallic. poematum lib. III (Aj)hrod., t. I, p. 183). — Jean Fernel, De lue venerea dialogus [Aphrod., p. CIO). — Antonius Gallus, De ligno sancto non permiscendo opus (Aphrod., t. 1, p. 455).

(2) Astruc, t. II, p. 96, édlt. de Louis Paris, 1777.

on le faisait suer deux ou trois heures; après qu'on l'avait essuyé, quatre heures au moins après la prise de la décoction, on lui donnait deux ou trois onces de biscuit, avec quelques raisins secs, ou quelques amandes, ou quelques pistaches; on le laissait boire abondamment delà seconde décoction; quatre heures après, il prenait un autre verre de la première décoction, contenant huit ou dix onces, suait pendant trois heures, comme la première fois ; après avoir été essuyé, il mangeait de même deux ou trois onces de biscuit, etc., buvait quelques verres de la seconde décoction. Si le malade était trop délicat, trop maigre, trop faible, pour soutenir une si rigoureuse abstinence, on lui donnait un peu plus de pain, de raisins, ou un massepain, ou un bouillon de poulet, même, quelques jours après, le quart ou la moitié d'un poulet rôti ou bouilli, sans sel. On suivait cette méthode pendant quinze jours ; durant ce temps-là, si le ventre n'était pas libre, on donnait un lavement émoUient, de deux en deux ou de trois en trois jours ; après les premiers quinze jours, on purgeait doucement le malade avec la moelle de casse, la manne, les tamarins, etc., et il ne buvait, le jour de la purgation, que de la seconde décoction. On recommençait ensuite le même traitement jusqu'au trentième ou quarantième jour ; mais on donnait un peu plus de nourriture, en augmentant insensiblement. Si le malade, après vingt-cinq ou trente jours, se trouvait avoir assez de forces, on lui permettait, quand il ne suait pas, de se lever, de se promener dans la chambre, bien vêtu. En6n on le purgeait de nouveau sur la fin du traitement; il pouvait alors sortir de la chambre, non pas pour s'exposer au plein air, mais pour aller dans une autre chambre, jusqu'à ce qu'il fût en état de soutenir l'impression de l'air, car il ne fallait pas changer de régime tout d'un coup, mais il fallait que le malade s'accoutumât peu à peu à reprendre le train de vie ordinaire, durant un mois entier, pendant loquel il gardait encore le régime, ne buvait point de vin, usait de la seconde décoction pour la boisson ordinaire. »

Tel était le mode d'emploi du bois de guyac. A notre sens, la préparation à laquelle était soumis le malade, le régime sévère auquel il était maintenu, contribuaient au moins autant que le remède à amener la guérison. Du reste, la forme différente sous laquelle on prescrit encore le gayac aujourd'hui explique suffisamment la diversité d'action.

Un autre bois, venant également des Indes, mais, suivant Aslruc,

différent du précédent, fut employé en même temps que ce dernier. En France, où ce bois, dit bois saint, jouissait d'une grande réputation, malades et médecins n'en parlaient qu'avec une pieuse admiration. 0 saint bois! disait dans l'une de ses oraisons un patient qui se trouvait soulagé, sinon guéri, par les effets de cet heureux médicament ; ô saint bois, n'es-lu pas au propre le bois béni de la croix du bon larron? Comme ces bois étaient fort chers, on leur substitua peu à peu, mais sans succès, les bois d'ébène, de coudrier, de buis, et surtout le bois de genièvre, etc. (1).

Les éloges les plus pompeux et la recommandation des deux grands souverains de l'époque ne suffirent pas pour maintenir le règne du gayac. Dès 1546, Fracastor, écrivant son traité en prose sur les maladies contagieuses, prétendait qu'il en fallait donner la décoction à la plus forte dose et pendant un plus grand nombre de jours que dans les premiers temps. Matlhiole tenait à peu près le même langage. Le gayac tomba enfin dans le discrédit. C'est vers ce temps (1536 ou 1537) que fut apportée en Europe la racine de squine. Cette l'acine, dont usa l'empereur Charles-Quint, comme le rapporte A. Vésale (2), remplaça peu à peu le bois de gayac. Vinrent ensuite la racine de salsepareille et le bois de sassafras; puis on reconnut bientôt que toutes ces plantes possédaient dos vertus analogues, et on finit par les administrer sous le nom de décoction des bois sudorifiqaes. Cependant la méthode rigoureuse qu'on employait tout d'abord ayant paru offrir quelques inconvénients chez les malades d'une constitution faible, une nourriture plus abondante fut permise, la sudation fut diminuée ; mais avec les inconvénients cessèrent les vertus thérapeutiques du remède. La notoriété du gayac et des bois sudorifiques ne tarda pas à décroître. Enl56-i, A. Pracanziani avoue de bonne foi que la maladie s'élant rendue difficile et opiniâtre à guérir, beaucoup de médecins très-habiles ont été obligés de revenir aux onctions mercurielles depuis deux ans. Dans le dix-septième siècle, le gayac était encore en usage ; mais les médecins du dix-huitième siècle, à l'exception d'un petit nombre, le délaissl'reni à peu près complètement pour recourir au nicrcure. Astruc déclare, après beaucoup d'autres, que la décoction des bois sndorifiijues n'est snsceplible de guérir

(Ij Voir Brassavole, Jean de Léon, J. Sciiliger.

(2) De radice chinœ, Epislolœ, 1850 {Aphrod., t. J, p. 580).

que les maladies vénériennes locales et commençantes. Le mercure fut donc remis on honneur. Avant de parler du traitement mercuriel, quelques mots sur les végétaux employés à la curation de la syphilis.

Du temps môme de Fracaslor, les médecins, qui tenaient compte de la vigueur de leurs maladcs,n'avaient pas toujours recours aux remèdes les plus énergiques; les individus faibles et débiles étaient mis à l'usage de certains végétaux. On s'adressait aux résineux, à l'encens , à la myrrhe, au souchet, à 1 ecorce de cannelle, etc. Plus tard, la saponaire fut vantée par Sennert, Barlholin et Stahl. La gratiole, la douceamère, la germandrée, l'hysope, le dictame blanc et beaucoup d'autres plantes ont reçu des éloges plus ou moins mérités. Kalm et Berlram ont vanté la racine de cardinale bleue {lobelia syphilitica), Russell et GuUerier ont fait l'éloge du bois-gentil {daphne mezereum). Cirillo attribue de grands avantages au citron qu'avait déjà célébré Fracastor (1). Il prétend qu'il a été témoin de cures nombreuses opérées par les limons, les oranges, fruits dont il vaut mieux conseiller aux malades l'abus que le trop petit nombre. Certes, il n'est guère possible de contester les avantages et l'utilité de ces différentes substances ; mais, à notre avis, elles ne sont que de faibles adjuvants.

TRAITEMENT PAR l'oPIUM ET LES SUBSTANCES OXYGÉNÉES.

Dans un livre écrit en 1661, Simon Pauli rend compte d'un cas de guérisonde syphilis obtenue par l'opium; mais ce fait resta oublié, et c'est vers la fin du dix-huitième siècle seulement que l'opium acquit tout à coup une certaine célébrité dans le traitement de la syphilis. En 1779, Grant et Michaëlis, médecins des armées anglaises en Amérique, disent avoir obtenu de grands succès de l'emploi de ce médicament (2). Plusieurs médecins anglais (3), suédois (4) et allcmands(3)

(1) Sed neque caiminibus neglecta silebere nostris Hespeiidum decus, et Medarum gloria citre

Sylvarum

Ergo ubi nitendum est cœcis te opponere morbi Seminibus, vi mira arbor Cythereia prœslat.

(2) On trouve la relation de ces succès dans les Médical Communications.

(3) Voyez Cullen, Materia med., t. II, p. 364 ; — Pearson, Observât, on tlie cffect of varions articles of the materia medic. in t lie cure of lues venerea, London, 1800, p. 57,

(4) Ci. Tode, Mémoires de la Société de médecine de Copenhague, t. I, p, 424,

(5) Tuissinck, De opii usu in syphilide observatis probato, Leyde, 1785. — Franck, dans sa traduction de Wcikard sur la doctrine de Urown.

MÉTOODES DE TRAITEMENT. 689

ne tardèrent pas à en faire usage dans les mêmes circonstances et parurent également satisfaits de ses effets thérapeutiques.

Gonvaincusque les prodriétés de l'opium étaient jusque-là restées inconnues parce qu'on avait administré ce médicament avec trop de timidité, les médecins partisans de cette médication commençaient, en général, par faire prendre 5 grains (0^', 2655) d'opium par jour, puis ils en augmentaient peu à peu la dose pendant trois ou quatre mois, au point de la porter jusqu'à 50 grains (2S'',655) dans les vingtquatre heures. Dans ces conditions, le sommeil était prolongé, il y avait quelquefois un assoupissement dont il était aisé pourtant de tirer les malades ; le ventre conservait d'ordinaire sa liberté, mais le plus souvent survenait une sueur fétide fort abondante et un écoulement considérable d'urines muqueuses. Gherardini {i) , Richler , J. Pasta (2) et quantité d'autres praticiens célèbres ne reconnurent aucun résultat avantageux à l'opium, si ce n'est toutefois pour calmer certaines douleurs qui résistent au mercure; en conséquence, l'usage exclusif en fut cessé.

Vers la fin du siècle dernier, on employa dans le traitement de la syphilis les substances oxygénées et principalement l'acide nitrique. Frappé de ce que le mercure n'avait d'action qu'autant qu'il était à l'état d'oxyde, Girtanner imagina que les propriétés de ce métal résultaient de sa grande facilité à abandonner son oxygène aux substances animales. Partant de celte idée, Scott de Bombay et Alyon de Paris, puisRollo, Cruikshank (3), chirurgiens militaires anglais, pensèrent qu'il n'y avait rien de mieux que de traiter la syphilis par les préparations oxygénées; aussi les employèrent-ils tout à la foism^Ms et extra.

Malgré une vogue d'assez courte durée, la rnédication oxygénée ne paraît pas avoir toujours été dépourvue de succès. Elle semble avoir réellement contribué à la curation de quelques cas de syphilis avancée. Plus loin nous ferons connaître les indications qui lui sont propres. Néanmoins, on remarqua bientôt que les substances oxygénées

(1) Gherardini, Appendice à sa traduction italienne du Traité des malad, vénér. de Fabre.

(2) Pasta, Nuove Ricerche délia facollà delV oppio nelle malattie veneree. Bergamo, 1788, in-S".

(3) Comparez : Th. Beddoes, On Ihe Effecls ofthe nitrous acid ùi the venereal diseases,\lS)l. — Adam Sclimidt, Beiirœge zu den Resultalen der Vcrsuche mit der Salpcter-Saure bel syphilil, Kranklieiten. Wien, 1802.

LANCEnKAUX. 44

n'avaient qu'un avantage médiocre, et que la théorie, en vertu de laquelle on les prescrivait n'était pas fondée. Subissant le sort de bien d'autres agents médicamenteux, elles tombèrent dans l'oubli, mais non toutefois dans un oubli complet, car nous les voyons reparaître de temps à autre, et nous dirons plus tard quel parti on peut tirer des acides et pariiculièremeut de l'acide nitrique dans le traitement de certaines lésions des viscères.

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