‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 95 sur 107 · VACCINATION · texte numérisé non relu

VACCINATION

Je rapproche de la syphilisation la vaccination, autre méthode de traitement de la syphilis, qui a vu le jour en Russie et qui consiste à traiter cette maladie par des inoculations multiples de virus-vaccin. Importée en France par son inventeur Justin Lukomski, capitaine du corps forestier russe, cette méthode n'a pas paru mériter de fixer l'attention des chirurgiens devant lesquels elle fut expérimentée. En Russie, toutefois , elle reçut un commencement d'exécution, et d'abord on put lui attribuer quelques succès. De nombreuses observations rapportées par Yeltzinski (1) et par Kreyser (2) font connaître les résultats avantageux obtenus parce moyen, à savoir, la disparition plus rapide des accidents primitifs, secondaires ou tertiaires. Mais dans ces faits, comme dans ceux qui ont trait à la syphilisation, il ne semble pas qu'on ait tenu aucun compte de la marche de la syphilis livrée à elle-même ou du moins soustraite à l'action de tout remède dit spécifique. Les considérations dans lesquelles nous sommes entré tout à l'heure ont ici, à fortiori, leur raison d'être, et si la vaccination a réellement quelque utilité, elle la doit à la révulsion qui résulte de la production artificielle d'un nombre plus ou moins considérable de pustules. D'ailleurs, cette méthode, traduite, vers la fin de l'année 1860, devant la Société physico-médicale de Moscou, et très-chaudement discutée, a été condamnée à quelques réserves près (3).

Telles sont, parmi les diverses méthodes thérapeutiques employées pour combattre la syphilis, celles qui ont le plus fixé l'attention. Loin

(1) Radicale Heilung der Syphilis vermittel Kuhpocken vaccination. Leipsig,

(2) Die Vaccination aïs Heilmittel gegen Syphilis (Medic. Central-Zeitung, 18C0, t. XIX, p. 49).

(3) Voyez Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie, l'» série, t. I, p. 567, 1864. — Comparez : Behrend, Die Vaccination als Heilmittel der Syphilis {Behrend's Syphilidologie, t. III, 2" part. 18G1). — Schuberg, Versuche zur Heilung der Syphilis mittelst der Vaccination {Badisch Miltheil,, n» 11, 1861). — Sabborky Ueber die Heilung der Syphilis durch Blattereinimpfung (Med, Mittheil. n<" 17, 18, 19; 1861, et Sàint-Petersbourg Med. Zeitschr., t. I, p. 335, 1861).]

de moi la prétention d'avoir tout dit sur un sujet aussi vaste ; mais je m'en console, convaincu que ce qu'il faut au médecin, ce n'est pas tant la connaissance de procédés thérapeutiques plus ou moins bizarres qu'une règle sûre et certaine pour ne pas nuire et savoir se rendre utile. Or si, comme je me suis efforcé de le prouver, la syphilis, de même que toutes les maladies de l'homme, a une tendance naturelle à la guérison spontanée, il est clair que le rôle du médecin {interprcs naturœ et minister) consiste à favoriser cette tendance. L'important est donc de placer le malade dans les conditions les plus propres à amener cette guérison, et ainsi le premier précepte a trait à l'hygiène; mais comme l'hygiène ne suffit plus quand des lésions viennent compromettre l'existence, les agents thérapeutiques ont alors à intervenir. Parmi ces agents, le mercure et l'iodurë de potassium, avons-nous dit, méritent la préférence ; mais que l'on se garde d'en faire, ainsi que cela se voit trop souvent, une panacée universelle applicable à tous les cas obscurs, car lors même que la syphilis est nettement accusée, ces agents ont leurs indications particulières.

Si les moyens hygiéniques suffisent dans la période de l'accident primitif, le mercure est l'agent thérapeutique de la période secondaire , c'est-à-dire des lésions hyperémiques ou phlegmasiques disséminées sur les surfaces cutanée et muqueuse. Le sublimé et le protoiodure de mercure sont les préparations que l'on doit préférer. Le biiodure est plus généralement employé contre les syphilides profondes. L'iodure de potassium convient mieux pour combattre les lésions lentes et chroniques qui envahissent, en dernier lieu, les parenchymes. La durée d'emploi de ces agents est nécessairement variable, et' on conçoit qu'il ne puisse y avoir de précepte absolu à cet égard. Règle générale, tant que leur influence sur l'économie est reconstituante et non débilitante, rien à craindre; mais sitôt qu'ils produisent l'anémie, il convient d'en cesser l'usage. Un médicament n'est jamais chose indifférente : ou il est utile ou il est nuisible, c'est au médecin à discerner. L'effet médicamenteux une fois obtenu, il n'y a plus qu'à attendre, l'hygiène et le temps achèveront la cure. Les exercices journaliers sans fatigue, la gymnastique, les frictions cutanées, les bains et l'hydrothérapie viendront à leur tour compléter la guérison de l'organisme, qui tend naturellement à revenir à son état normal primitif.

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