HYDROTHÉRAPIE
Appliquée au traitement de la syphilis, l'hydrothérapie est simplement un adjuvant utile ; pas plus que les eaux minérales, elle ne peut constituer une méthode particulière de traitement. Schedel avait cru à tort qu'aucun remède ne guérissait plus sûrement les accidents primitifs ; mais L. Fleury fait remarquer avec justesse que Desruelles et les adversaires du mercure ont montré que les chancres guérissent chez les malades soumis à un traitement simple, et cela en quinze jours ou trois semaines, c'est-à-dire dans un espace de temps qui n'est pas plus long que celui que peut demander l'eau froide. L'hydrothérapie prévient-elle les accidents consécutifs ? a-t-elle des ava ntages marqués sur le mercure et Tiodure de potassium ? arrête-t-elle , en un mot, mieux que toute autre médication, les progrès de la dialhèse syphilitique ? Telles sont les questions dont il importe d'avoir la solution. Or, un cas de syphilis secondaire a été traité sans succès par Priessnitz (Scoutetten). Schedel rapporte trois cas de syphilis secondaire ou teriiaire contre lesquels le traitement hydrothérapique a aussi échoué. Lubanski ne fait pas mention de la syphiUs dans son ouvrage. Bidart signale quelques cas de syphilis tertiaire guéris par l'eau froide. Baldou rapporte onze observations de malades guéris , mais la plupart incomplètes et très-peu condiuantes, en sorte que la guérison de la syphilis par l'hydrothérapie n'est nullement prouvée.
L. Fleury, ne voulant pas traiter uniquement par l'hydrothérapie les malades affectés de syphilis, recourt en même temps aux spécifiques, auxquels il associe les sudations et les douches froides générales. « Dans ces conditions, dit cet auteur (1), l'hydrothérapie m'a semblé être un adjuvant précieux du traitement spécifique ; elle est fort utile pour combattre la chloro-anémie que l'on rencontre si fréquemment chez les malades atteints de vérole constitutionnelle ; elle m'a paru aussi exercer une influence très-favorable sur la marche de la maladie, et principalement sur celle des accidents secondaires et tertiaires : cette influence s'est manifestée surtout chez les individus faibles, débilités, lymphatiques, à tendance scrofuleuse. » On ne peut,
(1) Traité pratique et raisonné d'hydrothérapie^ Paris, 1856, p. 392.
en résumé, nier les bons effets de l'hydrothérapie dans les dernières périodes de la syphilis ; il est à regretter seulement que cette méthode de traitement ait été trop peu expérimentée jusqu'ici. Je crois qu'elle mérite d'être employée en même temps qu'une hygiène après l'usage du mercure et de l'iodure de potassium, et qu'elle est un excellent moyen d'arriver à compléter la guérison de la syphilis.
Le régime a été de tout temps considéré comme un puissant adjuvant dans la curation de la syphilis. Les anciens syphilographes plus que les modernes y attachaient de l'importance ; souvent aussi ils en exagéraient les effets. «Dans les premières années (après l'apparition de la syphilis) on défendait au malade, dit Fracastor, de quitter le lit durant un mois entier ; mais depuis on s'est un peu relâché de cette rigueur. Alors aussi on ne lui accordait de nourriture que juste ce qu'il fallait pour entretenir la vie (trois onces ou au plus quatre onces de pain, deux onces de chair de poulet, une once de raisins secs). Il devait s'abstenir de vin et user, pour unique boisson, de la seconde décoction degayac seule ou additionnée de miel. Aujourd'hui, on est moins sévère ; on permet au malade de sortir et de se nourrir plus copieusement. Toutefois, celui qui s'astreint aux prescriptions les plus rigoureuses guérit d'une manière plus sûre et plus radicale (1). » Là ne se bornait pas toutefois le régime des syphilitiques, car nous voyons le même Fracastor, dans le livre II de son célèbre poëme, conseiller la liberté des champs, l'air pur des collines (2), les distractions de la chasse, les travaux de la terre, les exercices de la lutte, du saut, de la paume, l'équitation, etc.
(1) De morbis contagiosis. Aphrodisiacus.
(2) Protenti potius campi mihi liber et agri
Tractus, et apricis placeanl in collibus aurse, Molles zephiri, pulsusque aquilonibus aer. Hic, jubeo, Ubi nulla quies, nulla oUa sunto-, Rumpe moras, agita asslduis venatibus apros. Impiger, assiduis agita venatibus ursos. / Nec tibi sit labor aerii cursu ardua montis Vincent!, rapidum in valles deflectere cervutn, Et longa lustrare altos indagine saltus. VidI ego sœpe, malum qui jam sudoribus omne Finisset, sylvisque luem liquissetin altis. Etc., etc. Toute la première partie du second livre de Fracastor est consacrée à la diététique.
7i2 THÉRAPEUTIQUE.
Fallope écrit sur le même sujet : «Ego vidi aliquos curalos ligne fagi, qui conjecti in trirèmes, atque inslituia victus ratione tenuissima, laborantes, ex toto liberantur; sed iste non est usus medicus. » Brassavoie a laissé un bel exemple des effets de la gymnastique dans l'histoire de cet homme qui se guérit de douleurs nocturnes en allant souvent tirer la corde de la grosse cloche de Ferrare (1). A une époque plus rapprochée de nous, Van Swieten insista aussi sur l'importance de la diététique; il s'exprime ainsi : « Vidi ipse memorabilem casum, qui me docuit, quidconstans aegri animus, cum victupenitus macilento, ac validorum laborum tolerantia, effîcere possit in lue venerea inveterata, et vix non desperata. ù Et il raconte le fait que voici : Un jeune homme avait été traité quatre fois par la salivation mercurielle et trois fois par la décoction de gayac, et chaque fois la maladie, après avoir été dissipée en apparence,- s'était manifestée par de nouveaux symptômes. Dénué de tout, abandonné de sa famille, ce jeune homme s'adressa à Van Swieten. Celui-ci le consola et promu de le soulager. Il lui conseilla de prendre un habit de paysan, et le mit, au commencement d'avril, valet d'un laboureur chez lequel il fut assujetti, uniquement pour la nourriture, aux travaux les plus rudes. Le malade ne vivait que de pain, de panais, de carottes, de pommes de terre et de quelques fruits ; il n'avait d'autre boisson que du petit-lait léger ; il s'abstenait de viande, de poisson, d'œufs, de lait, de beurre et de fromage. Au mois d'octobre suivant, il était parfaitement guéri. Van Swieten le revit plus tard, lorsqu'il était père de plusieurs beaux enfants.
Ainsi que nous l'avons dit, c'est à l'aide du régime que les malades, dès le seizième siècle, parvenaient quelquefois à échapper à l'influence désastreuse du mal et du remède, le mercure, qui leur était si libéralement prodigué : au régime aussi il faut attribuer un grand nombre de guérisons qui ont été mises sur le compte des bois sudorifiques. C'est de même par le régime poussé jusqu'à la plus extrême rigueur que les habitants de l'Abyssinie (2), que les fellahs d'Égypte, que la plupart des peuples barbares étouffent leurs maux vénériens. Le régime encore guérit radicalement plusieurs centaines de soldats réduits à ne manger, pendant plusieurs mois, que de la galette et des
(1) Voir les traités de Fallope et de Btassavole dans VAphrodisiacus. — Consultez, dans le même recueil, le traité de Nicol. Massa, oi\ se trouve l'observation de Broila Montanus.
(2) Voyez Combes et Tamisier, Voynrjc en Abyssinie, t. I, p. 279.
légumes (i). C'est le régime enfin et toujours le régime qui aida à la guérison de ces milliers de malades auxquels on refusa, à une certaine époque, les bienfaits d'une médication mercurielle bien dirigée. Le régime est donc tout-puissant en fait de syphilis et, en réalité, la diététique est tout aussi importante dans les maladies chroniques que dans les maladies aiguës; car elle est un des principaux modificateurs de l'organisme. Cette grande puissance dont peut user le médecin est néanmoins généralement négligée, et c'est à peine si, de nos jours, on songe à en tirer profit. Vidal de Cassis etPayan ont, il est vrai, fixé l'attention des médecins sur les succès obtenus, dans les hôpitaux de Marseille et dans les hôpitaux d'Aix, par la diète sèche ou le traitement arabique ; mais on n'a pas suffisamment spécifié les cas auxquels convient cette méthode de traitement qui a reçu le nom de cura famis. Appliquée sans distinction de cas,cette méthode peut être dangereuse chez les individus faibles, débilités, à tendance scrofuleuse. La diète, dit Ricord, aggrave, quelquefois la maladie, tandis qu'une alimentation réparatrice et tonique devient la condition de succès du traitement.
Il résulte de là que la diététique a ses règles et ses indications. L'alimentation doit être peu modifiée, car il faut respecter les habitudes du malade. Des viandes en petite quantité, des légumes, un peu de vin, rarement des alcooliques, à moins que le malade ne soit habitué à ces boissons : voilà pour le régime alimentaire. L'air, ce second aliment, ne doit pas être négligé. « Souvenez-vous, écrit Diday, que le bain d'air et de soleil, qui n'est jamais un supplément inutile, devient parfois un secours qui est indispensable à ces sujets chez qui l'action vitale languit. » Les promenades au grand air, les courses à la campagne sont certainement indiquées. Non-seulement l'air est utile, mais il doit avoir certaines qualités. Nous savons que les brusques changements de température ne sont pas toujours avantageux, et quil n'est pas indifférent de vivre dans tel ou tel milieu. Un appartement chaud et sec, bien exposé, n'est pas chose à négliger de la part de l'individu qui cherche à se guérir de la syphilis. L'inaction est en pareil cas une fort mauvaise chose : il faut, sans vouloir exiger autant que Pracastor, que le malade continue ses occupations ordinaires; et s'il veut se guérir définitivement, il ne fera pas mal de se soumettre
(1) Clot-Bey, Sur le traitement de la syphilis en Ègypte, Gaz. médicale de Paris, 1839, p. 394.
744 TOÉRAPEUTIQUE.
à une sorte d'entraînemenl. L'escrime, la gymnastique, l'équitation, le tout pratiqué en plein air et avec une alimentation suffisante, sont, à notre sens, les meilleurs moyens d'opérer cette rénovation de l'organisme sans laquelle la guérison ne peut jamais être complète.
Mais, en même temps, il faut savoir éviter la fatigue et respecter les nuits : le sommeil est un besoin des plus impérieux à l'âge principalement oti l'on contracte d'ordinaire la syphilis ; il doit être pris la nuit et dès neuf ou dix heures du soir. La continence est une autre mesure hygiénique que doit observer le malade ; il faut qu'il sache éviter les plaisirs de la chair ainsi que les plaisirs de la table, et n'user qu'avec la plus grande modération des femmes et du vin. Combien de fois n'avons-nous pas vu les excès alcooliques devenir la cause occasionnelle d'accidents qui ne se seraient peut-être jamais manifestés autrement ! combien de fois surtout n'avons-nous pas vu ces excès changer le caractère de la maladie, et faire d'une maladie bénigne une maladie grave! Le tabac, et particulièrement celui qui se fume dans la pipe, cause provocatrice si fréquente des plaques muqueuses de la bouche, sera soigneusement évité. Le moral, comme le physique, mérite tous les égards du médecin. Les anciens syphilographes n'ignoraient pas cela; N. Massa n'oubliait pas l'hygiène morale auprès des grands seigneurs vérolés de son temps (d), et nous ne devons pas non plus l'oublier aujourd'hui auprès de nos malades ; qu'ils soient de grands seigneurs ou des artisans, nous devons chercher à raffermir leur moral souvent attristé et inquiet, ainsi qu'il a été dit plus haut. Toutes ces considérations, sur lesquelles je ne puis m'arrêter plus longtemps, ont leur utilité dans le traitement de la syphilis. Loin de moi la prétention de tout dire à cet égard ; mais que le médecin n'oublie pas que l'avenir de son malade dépend à peu près invariablement du respect ou du mépris qu'il aura pour la rigoureuse observation du régime.
(1) Voici en quels termes il en résumait les préceptes :
« Lœtentur igitur et sint jocundi, fugiant plorantes et loca tristia; sint in jocis, cantilenis et fabulis, qua; sint deiectabiles et jocundœ. Audiant sonos et voces suaves. El slent in viridariis et cum caris amicis ; et, si sunt studiosi, legant hislorias, neque multum studeant, maxime maleria; difflcili. Nie. Massa (De morbo gallico tractalux, cap. xv.)
SYPHILISATION.
§ G. — Syphilisation et vaccination.
SYPHILISATION.
AuziAS-TuBENNE, De la syphilisation ou vaccination syphilitique (Archives de médecine, 1851, 4" se'rie, t, XXYI); De la syphilisation et de la contagion des accidents secondaires, etc., in-S", Paris, 1853 ; Correspondance syphilographique. Paris, 1860. — Sperino, La syphilisation étudie'e comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennes; traduitde l'italien par Trésal. Paris, 1855. On trouve dans cet intéressant travail un historique détaillé de la question qui nous occupe, et plusieurs raéaioires des docteurs Mottini, Zelaschi, Galligo, Gamberini et Calderini, — W.Boeck, SyphiUsationem studeretved Sygesengen. Christiania, 1854; Recherches cliniques sur la syphiUsation (Revue médico-chirurgicale de Paris, septembre 1854); Delà syphilisation appliquée aux enfants, traduit en français par Hagen, 1857; De/ la syphilisation, état actuel et statistique, Christiania, 1860 (en français); et encore Bulletins de l'Académie de médecine, années 1851, 1852. Toutes ces pièces ont été réunies en un volume sous ce titre : De la syphilisation, etc. 1853. — Hagen, De la syphilisation (thèse de Strasbourg, 1855). — Follin, De quelques doctrines modernes sur la syphiHs et de la syphilisation. Archives de méd., janvier 1856, — J. H. GuÉRAULT, Observ. médic. recueillies pendant le voyage du prince Napoléon dans les mers du Nord (thèse de Paris, 1857). — Melchior Robert, Bulletin de la Société impériale de médecine de Marseille, n" 4, 1859, et Nouveau Traité des malad. vénér., 1861, p. 750. — Boeck, Note sur la théorie de la syphilisation. Gazette hebd., n° 19, 1859. — SiG- MUND, Syphilisalionen bei syphilitischen Krankheitsformen. Wien med. "Wochenschr, n°^ 17 et 19, 1859. — Hebra, Ueber Syphilisation. Wien med. Wochenschr., n» 12, 1859. — Hermann, Zur Frage der SyphiUsation. Wien med. Wochenschrift, n<" 5, 6, 7, 1859. — Lindwurm, Même question Intelligenz-Blalt, n" 13, 1860. — Diday, Gazette médicale de Lyon, 1860. — AuziAS-TuRENNE, Correspondance syphiliographique. Paris, 1860. — Sig- MUND, Eigebnisse der Syphilisation Versuche fur die Praxis. Wien med. Wochenschrift, n" 7 et 8, 1861. — Boeck, Note sur la syphilisation. Gaz. des hôpitaux, n°83, 1861. — Wilduagen, Ueber Syphilisation. NorskMagazin, voL XIV, 1860, et Behrend's Syphiiidologie, neue Reihe, vol. III, 1861 . — Martin Lauzer, La syphilisation devant la Société médicale du Panthéon. Journal des connaissances médico-chirurg., septembre 1861. — Auzias- TuRENNE, Discours sur la syphilisation à la Société méd. du Panthéon. Paris, 1861. — Bcecker, Die Syphilisation vom Sanilâtspolizeilichen Standpunkte. Vierteljahrschr. fiir gerichtch. Med. t. XX, p. 37. — Mansouuoff, Note sur le traitement de la syphilis constitutionnelle par les inoculations répétées du virus chancreux. Gaz. hebd., p. 8, 1861. — Faye, Nogle Bemarkninger cm Syphilisation eller curaliv Chanckerinoculalion. Chris-
tiania, 18G1. — Société médicale de CLERMONT-FeRnAND, Rapport et discussion sur la syphilisation. Ctermont, d86o. — D.-J. Simpson, Hemarks on syphilization or a euro for constitutional syphilis. Edinburgh med. and surgicalJourn., décemb. 18G4. — Boeck, Conférence sur l'historique, la théorie et la pratique de la syphilisation. Médical Times and Gazette, 10 juin 18G5, et France médicale, Paris, 1865.
La syphilisation est née en France. Étudiant les effets du virus syphilitique sur les animaux, Auzias-Turenne reconnut qu'après un certain nombre d'inoculations l'animal inoculé devenait réfractaire au virus chancreux, sans avoir rien perdu de sa bonne santé et sans avoir montré la moindre trace de la maladie dont le premier signe lui avait été donné à satiété. C'est à cette immunité, ou plutôt à l'état particulier de l'organisme ainsi modifié, qu'Auzias-Turenne donna le nom de syphilisation. Une lettre en date du 10 novembre 18o0 annonça ce résultat à l'Académie des Sciences. Auzias-Turenne ne s'arrêta pas en si beau chemin, il pensa qu'il ne serait pas impossible de reproduire chez l'homme ce qu'il observait chez les animaux. Mais comment faire bénéficier l'espèce humaine de la découverte? Quelques personnes vinrent tirer l'expérimentateur d'embarras en se soumettant spontanément aux inoculations. Une immunité complète ayant été obtenue chez elles, on chercha bientôt à transporter dans le domaine thérapeutique les idées théoriques d'abord exposées par Auzias-Turenne. A Turin, Sperino essaya de traiter par la syphilisation les prostituées de son syphilicome, et, vers la même époque, Boëck introduisit la syphilisation à Christiania. Depuis lors, plusieurs médecins bien connus ont mis celte méthode en pratique, tant en Suède qu'en Allemagne. En France, l'auteur d'une thèse présentée à la Faculté de médecine de Strasbourg, en 1855, s'aidant des résultats obtenus par Sperino et Boëck, chercha à réhabiliter la syphilisation déjà en grande défaveur. En 1857, H. Guérault faisait connaître les observations qu'il avait faites sur la syphilisation, dans un voyage en Norwége. Vers la fin de la même année, Melchior Robert communiqua à la Société de médecine de Marseille des expériences entreprises sur la syphilisation, et desquelles il résulte que, sous l'influence d'un certain nombre d'inoculations chancreuses ne dépassant pas 36, on peut faire résoudre assez facilement des chancres indurés, guérir des accidents secondaires et tertiaires, imprimer enfin à l'économie une modification telle que des accidents réfractaires à l'emploi
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des spécifiques deviennent ensuite très-sensibles, môme à de faibles doses de ces médicaments. Ce médecin, pourtant, réserve ce moyen pour des cas exceptionnels, et lui préfère le traitement mercuriel. Diday, dans une étude critique intéressante, insérée dans la Gazette médicale de Lyon, prétend que la syphilisation convient uniquement à certains cas de syphilis rebelle. Gibert et Bazin sont d'un avis peu différent; mais bien d'autres médecins distingués repoussent ce procédé thérapeutique. Tout récemment, la Société médicale de Glermont-Ferrand manifesta une tendance de ce genre dans les conclusions générales qui ont terminé une remarquable discussion sur ce sujet. Néanmoins, elle émit le vœuque la liberté d'expérimentation fût laissée, en France, aux médecins qui se croiraient suffisamment éclairés.
La syphilisation peut être envisagée comme moyen préventif ou comme moyen cuyatif. La syphilisation préventive, aujourd'hui complètement abandonnée, ne peut nous arrêter; la syphilisation curative demande seule à être examinée avec soin.
Les conditions de succès de la syphihsation curative, telle qu'on la pratique dans les hôpitaux de Christiania, par exemple, tiennent à l'application de la méthode peu après l'apparition des symptômes constitutionnels et chez des individus vierges de tout traitement dit spécifique. Quant au procédé d'application, le voici tel que le décrit le professeur Boëck : « Je prends le virus d'un chancre contracté par le coït, ou bien d'une pustule ou d'un ulcère artificiel de ceux qui sont déjà en traitement par la syphilisation. Je fais les premières inoculations aux côtés, et j'en fais trois à chaque côté. Après trois jours, trois autres inoculations à chaque côté, en prenant la matière des pustules produites par la dernière inoculation. Je continue tous les trois jpurs d'inoculer aux côtés, en me servant toujours de la matière des dernières pustules jusqu'à ce que j'aie un résultat absolument négatif. Alors je commence à inoculer les deux bras et je continue de la même manière qu'aux côtés, jusqu'à ce que la matière ne produise plus d'effet non plus. Étant parvenu à ce point, je prends la matière d'un autre individu, et je l'inocule aux côtés ou aux bras, ou bien à ces deux places à la fois, et je continue avec la nouvelle matière de la môme manière qu'avec la première, jusqu'à ce qu'elle n'agisse plus. Quand il y a immunité aussi pour la seconde matière aux côtés et aux bras, je commence les inoculations aux cuisses, et je continue de la même manière que sur les places déjà nommées, jusqu'à
l'immunité. Sur les trois places nommées, je fais encore l'inoculation avec de la matière prise d'autres malades, jusqu'à ce qu'aucune matière dont je peux disposer ne prenne plus. » Le résultat des inoculations ne se fait pas attendre. Au bout de vingt-quatre heures, le point d'inoculation est enflé et environné d'une petite auréole d'un rouge pâle; le troisième jour, la pustule est ordinairement bien caractérisée, et, lorsqu'elle vient à se rompre, il reste un petit ulcère rond, à bords taillés à pic, à fond grisâtre et lardacé.
Tel est le procédé opératoire et son résultat immédiat. Ici se pose une première question : quelle est la nature de l'accident inoculé? A en juger par la description qui précède, il est clair que ce n'est pas le vrai chancre syphilitique que l'on transmet dans ces conditions, mais simplement le chancre mou (fausse syphilis). L'absence d'incubation et les caractères de l'accident ne laisseraient déjà aucun doute à cet égard, si l'on ne savait de plus que le phénomène initial de la syphilis constitutionnelle n'est pas réinoculable. Par conséquent, la prétendue immunité qu'on veut accorder à la syphilisation est le résultat de l'inoculation du chancre simple, et, sous ce rapport, il y aurait à contester la légitimité du mot syphilisation. Cette immunité n'est, du reste, que temporaire, au rapport même des principaux partisans de la syphilisation, puisque des individus réfractaires ont pu être réinoculés plus tard, et que l'on compte un certain nombre de récidives.
Cependant des médecins dont on ne peut contester le savoir et le mérite prétendent que la syphilis peut guérir par l'inoculation chancreuse; il en est même qui vont jusqu'à préférer celte méthode de traitement à toutes les autres. Ainsi se présente une seconde question : quelle est la valeur thérapeutique de la syphilisation ? Les faits, avouons-le, sont, en pareil cas, d'une interprétation difficile. Dès l'instant que la possibilité d'une guérison spontanée de la syphilis n'est plus à contester, il s'agit de rechercher si les cas de guérison attribués à la syphilisation ne sont pas la conséquence de la marche naturelle de la maladie. Or, pour décider dans de semblables conditions, il serait nécessaire d'avoir un terme de comparaison exact, comme de savoir au juste ce que deviennent, abandonnés à euxmêmes, un certain nombre de cas semblables à ceux qui se trouvent soumis à la syphilisation. Seulement alors il sera permis, à mon avis, de porter un jugement définitif sur la syphilisation. Sans le terme de comparaison dont je viens de parler, les statistiques ne peuvent
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rien prouver d'absolu. Sur 76 individus atteints de vérole et guéris par la syphilisation, 45, nous dit-on, n'étaient affectés que de symptômes mal précisés, ils ont été mis de côté ; sur les 31 faits restants, il y eut, par suite de la syphilisation, cinq fois insuccès et 26 fois disparition des accidents. Un pareil résultat est évidemment heureux ; mais à mon sens, nullement démonstratif, et pour s'en convaincre, il suffira de jeter un coup d'œil sur les statistiques que nous ont laissées les médecins anglais relativement au traitement non mercuriel. Si même l'on suppose l'efficacité thérapeutique de la syphilisation, cette méthode est loin de mettre les malades à l'abri des rechutes, et par conséquent on ne peut lui attribuer, ainsi qu'on l'a voulu, la propriété de modifier l'économie tout entière. J'ai traité en tout 42 individus, professait tout récemmcn Boëck, de Christiania, 45 ont eu des rechutes ; mais comme on peut calculer que quelques-uns de ceux qui ont été traités l'année dernière sont encore passibles de rechutes, je pourrais, d'une façon certaine, fixer le nombre des rechutes à 12 et 13 pour cent. Aussi loin que remontent mes souvenirs dans ce moment, 13 d'entre eux furent traités de nouveau par la syphilisation et 2 par l'iodure de potassium, 3 d'entre eux ont, en outre, ressenti des accidents tertiaires. Les résultats obtenus par la syphilisation sur les enfants atteints de syphilis héréditaire n'ont pas été brillants, ajoute ce médecin. Sur 42 enfants, 22 sont morts; mais j'ai traité tous les cas que j'ai pu rencontrer, et tout le monde sait que, chez de tels enfants,' il y a souvent des affections d'organes internes qu'il n'est pas en notre pouvoir de guérir.
Au résumé, l'efficacité thérapeutique de la syphilisation manque jusqu'ici de preuves suffisamment démonstratives, et si tant est que cette méthode de traitement soit utile, c'est seulement dans des cas donnés, et sans qu'il soit possible de certifier le succès. Jamais, après cela, il n'y a lieu de préférer la syphilisation aux divers traitements ci-dessus indiqués. Il est très-vraisemblable, du reste, que les effets thérapeutiques de la syphilisation consistent dans une action révulsive toute locale.
CuUerier voulut s'assurer du fait en faisant traiter un certain nombre de syphilitiques par les vésicatoires. Il faisait appliquer chaque jour quatre à six vésicatoires volants, de la grandeur d'une pièce de cinquante centimes, sur la face antérieure de la poitrine ; exceptionnellement, il faisait mettre de grands vésicatoires, etproscrivait,du moins.
pour une série de malades, toute médication mercurielle ou iodique. Un des élèves de ce maître, Parisot, a consigné dans sa thèse inaugurale (1) les résultats de ce mode de traitement. Sur 22 malades atteints de syphilis primitive, secondaire et tertiaire, on put compter un certain nombre de cas de guérison auxquels la médication ne parut pas avoir été tout à fait indifférente. Ainsi, ce traitement fit disparaître des syphilides papuleuses, pustuleuses, squammeuses, des plaques muqueuses, etc. ; mais il resta sans succès contre les lésions plus profondes de la bouche et de la gorge. C'est sur les accidents cutanés de la syphilis, sur les syphilides papuleuses proprement dites, qu'il eut le plus de prise. Or, ces accidents superficiels sont précisément ceux contre lesquels la syphilisation réussit le mieux, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en jetant un coup d'œil sur le relevé statistique du professeur Boëck. Comme la syphilisation, les vésicatoires échouent fréquemment contre les accidents primitifs et tertiaires ; ni l'une ni l'autre de ces méthodes n'empêche les récidives. Mais, en somme, la méthode par les vésicatoires ne devra être prescrite qu'autant que le traitement mercuriel sera sans succès et que la gravité des symptômes exigera l'emploi de moyens énergiques. Les surfaces soumises à l'action des vésicatoires prennent ordinairement un aspect en rapport avec le tempérament du malade; chez les individus lymphatiques, elles deviennent le siège de poussées inflammatoires et se couvrent de croûtes impétigineuses. Les cicatrices présentent d'ordinaire une teinte bistre plus ou moins foncée, à laquelle la syphiHs n'est peut-être pas tout à fait étrangère.
Un autre procédé de révulsion (emplâtre siibié), tenté par le docteur Hjort (2), à l'instigation de Boëck, de Christiania, a été également suivi de bons résultats, de l'aveu de ce professeur (3). Aussi, malgré l'opinion contraire de la plupart des syphilisateurs, sommesnous conduit à ne voir, dans la syphilisation, autre chose que le résultat d'une action analogue à celle que peuvent produire des moyens révulsifs d'une égale puissance, mais nous croyons que cette méthode de traitement n'est applicable que dans des cas particuliers qui ont résisté aux moyens de traitement ordinaires, au mercure, à l'iodure
(1) Études sur un nouveau traitement de la syphilis expérimenté à l'hôpital du Midi en 1857.
(2) Voir Magazin for Lœyevidenskaben, t. XV, liv. III.
(3) Recherches sur la syphilis, etc. Christiania, 18C2, p. 473.